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mardi 14 avril 2015

Lost River


Titre : Lost River
Réalisateur : Ryan Gosling
Acteurs : Christina Hendricks, Saoirse Ronan, Iain De Caestecker
Date de sortie en France : 8 avril 2015
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Avis : 
Pour son premier film en tant que réalisateur, on peut dire que Ryan Gosling (Drive, Only God forgives...) n'a pas choisi la facilité : refusant de se contenter d'une oeuvre commercial, il s'attache au contraire à nous livrer un film destabilisant, aussi travaillé et exigeant que puissant. Une oeuvre qui ne plaira assurément pas à tout le monde, et dans laquelle l'acteur-réalisateur va nous entraîner dans un monde aux frontières du fantastique, avec ses légendes et ses monstres.


Il utilise à merveille un décor exceptionnel (une village engloutie et les habitations délabrées qui l'entourent) pour évoquer les destins croisés de deux personnages peu à peu happés par la violence et contraints de repousser leurs limites : la violence, réelle ou simulée, côtoie la poésie dans un film clairement marqué par l'aura de Refn, de Noé, de Jodorowsky, voire même de Carpenter ou Argento... et surtout de David Lynch. Cela donne quelques plans magnifiques, même si l'aspect ultra-référentiel pourra certainement en agacer certain, donnant par moment un côté un peu poseur et prétentieux au film.

Pourtant, on sort de cette oeuvre particulière étrangement fascinés, envoûtés par la puissance indéniables des images et par un casting incroyablement juste (même si l'on sent que Gosling se met lui-même en scène dans le personnage interprété par De Caestecker, éternel t-shirt blanc et attitude boudeuse inclus). Cela permet de pardonner quelques maladresses typqieus d'une première réalisation, notamment dans un récit manquant parfois de consistance et de rythme au profit d'une abstraction et d'un symbolisme parfois irritants.

S'il comporte certains défauts, Lost River reste une oeuvre étonnamment couillue, étonnamment forte, visuellement parfaite. Une première oeuvre très prometteuse pour un acteur que l'on attendait pas forcément là, même si ses derniers films avaient laissé entrevoir cette facette torturée, loin du sex symbol sans intérêt des débuts. Un OVNI qui nous laisse un peu groggy, et surtout impatient de voir le jeune réalisateur confirmer !

Note : 9/10


jeudi 2 janvier 2014

Les garçons et Guillaume, à table !


Titre : Les garçons et Guillaume, à table !
Réalisateur : Guillaume Gallienne
Acteurs : Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian
Date de sortie en France : 20 novembre 2013
Genre : comédie dramatique

Synopsis : 
Le premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

Avis : 
Lors de sa première sortie au cinéma, fin novembre 2013, j'avais totalement snobé ce premier film de Guillaume Gallienne, à cause notamment d'une bande-annonce insupportable. Et si j'avais presque succombé aux avis positifs que j'avais pu entendre et lire à l'époque, il a fallu que le film reçoive une cascade de récompenses aux derniers César pour attiser ma curiosité. Verdict : je m'attendais clairement à bien pire, mais il n'y a quand même pas de quoi en faire tout un pataquès. 


Entre comédie rarement drôle et drame pas vraiment touchant, Les garçons et Guillaume, à table ! donne l'impression de ne rester qu'en surface, de ne pas savoir comment traiter son sujet, pourtant très prometteur. Doit-on enfoncer les portes de la farce un peu lourde, ou s'attarder sur la dimension dramatique de l'histoire de l'acteur-réalisateur de la Comédie Française ? Ni l'un ni l'autre, mais quand même les deux en même temps...

C'est dommage, car le thème de l'identité avait un immense potentiel, qui ne sera jamais vraiment creusé. Malgré la sympathie que l'on éprouve immanquablement pour le personnage, on peine à être touché, à le comprendre, à véritablement saisir le trouble qui l'habite et qui n'est jamais plus développé que dans le synopsis du film. Pourtant, on tente bien de nous prendre à partie, entre séance chez le psy ou confession sur une scène de théâtre, mais rien à faire, tout cela est bien trop léger. Et l'humour faisant rarement mouche, on se demande un peu où veut en venir le film...

S'il doit énormément au capital sympathie de Guillaume Gallienne, dont le vrai-faux personnage est attachant et touchant, Les garçons et Guillaume, à table ! donne surtout un goût d'inachevé, d'hésitation constante. Jamais vraiment drôle, jamais vraiment profond, il s'oubliera sans doute aussi vite qu'il se regarde, et toutes les récompenses n'y changeront pas grand chose. Même si on appréciera évidemment de le voir s'imposer face à La Vie d'Adèle dans une cérémonie des César 2014 qu'on pourra sans doute surnommer les "César pour tous" tant l'aspect politique des récompenses a primé sur l'aspect cinématographique...

Note : 5/10

mardi 24 septembre 2013

Les Petits princes


Titre : Les Petits princes
Réalisateur : Vianney Lebasque
Acteurs : Paul Bartel, Reda Kateb, Eddy Mitchell
Date de sortie en France : 26 juin 2013
Genre : drame

Synopsis : 
JB, jeune prodige de 16 ans, est le dernier à intégrer le centre de formation où évoluent les plus grands espoirs du ballon rond. Entre l'amitié, la compétition, les rivalités et son attirance pour Lila, une jeune fille passionnée de street art, JB va devoir se battre malgré le lourd secret qui pourrait l'empêcher d'atteindre son rêve. 

Avis : 
 Le football inspire les scénaristes et les réalisateurs ces derniers mois : après le lamentable Les Seigneurs et le sympathique mais inabouti Comme un lion, c'est cette fois Les Petits princes qui débarque, avec son jeune surdoué obligé de falsifier ses ordonnances médicales afin de réaliser son rêve : jouer au football au plus haut niveau.


Pourtant, ce thème du mensonge n'apparaît que comme le fil rouge de ce récit initiatique où la progression de JB sera confrontée à bien d'autres obstacles : les tensions se multiplient avec son père, agriculteur, et ses camarades, soudés entre eux et bien décidés à ne rien laisser passer au nouveau, petit blanc qui débarque de sa campagne. Humilié, trahi, abandonné, il devra se battre pour trouver sa place, et y parviendra grâce à un mentor interprété par l'excellent Reda Kateb (Un prophète).

Il faudra également mater la rebellion de l'adolescence, l'envie de rejoindre Lila plutôt que de se coucher bien sagement pour être en forme le lendemain : si le parcours de JB reste classique, l'ombre de sa maladie venant régulièrement contrebalancer ses réussites, Vianney Lebasque le met en images avec simplicité et efficacité, évitant les gros clichés avec un bel enthousiasme, le tout jusqu'à de très belles scènes de matchs, parfaitement claires et assez épiques.

Les Petits princes est donc une très bonne surprise, dans un exercice pourtant périlleux. Evitant de sombrer dans le larmoyant, il tire le maximum de son jeune interprète (Paul Bartel, étonnant de naturel) pour livrer une très belle histoire sur le dépassement de soi et le refus du destin.

Note : 7/10


  

dimanche 3 mars 2013

Zero Dark Thirty


Titre : Zero Dark Thirty
Réalisateur : Kathryn Bigelow
Acteurs : Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton
Date de sortie en France : 23 janvier 2013
Genre : thriller, espionnage

Synopsis : 
Depuis 2003, Maya, une jeune officier du Renseignement américain, se consacre exclusivement à la traque d'Oussama Ben Laden, leader du mouvement islamiste Al-Qaeda, responsable des attentats du 11 septembre 2001...

Avis :
Après la guerre en Irak avec Démineurs, Kathryn Bigelow s'attaque à un autre sujet sensible : la traque, puis l'exécution de Ben Laden, 10 ans après les attentats du 11 septembre. Un sujet forcément très fort, dont la réalisatrice nous rappelle la symbolique dès les premières secondes en diffusant des extraits sonores des derniers instants de certaines victimes de ce drame. Et si cette introduction laissait craindre un développement un peu trop patriotique (principal défaut de son précédent film), la séquence de torture qui suivra nous permet de voir que l'ex-Madame Cameron est bien décidée à ne pas prendre de gants, ni avec son pays, ni avec le spectateur. Ce qui sera confirmé dans l'extraordinaire séquence de raid qui conclura le film.

Mais avant cela, nous suivrons donc les grandes lignes de l'enquête pour retrouver Ben Laden. Découpée en chapitres, et rebondissant au rythme des divers attentats perpétrés pendant ces 10 années (à Londres, à Islamabad ou à Camp Chapman), celle-ci nous décrit donc les méthodes de la CIA pour obtenir les informations, mais aussi les errements du service ou les hésitations des supérieurs, bien décidés à ne prendre aucun risque pour leur carrière. Au milieu de tout ça évolue le personnage de Maya (Jessica - Take Shelter, Des hommes sans loi, The Tree of life - Chastain, comme toujours parfaite), au caractère bien trempé, dont la persévérance et la détermination permettront finalement d'assembler les pièces du puzzle et de décider tout le monde à attaquer la résidence fortifiée. Un personnage comme l'aiment les Américains, sans peur ni reproche, mais qui porte le film sur ses épaules pendant les 2 heures de l'enquête à l'écran.


A bien des égards, le film de Kathryn Bigelow emprunte au documentaire, retraçant scrupuleusement les grandes étapes de la chasse, rappelant les dates, utilisant des images d'archives. Le film est par ailleurs très bien documenté, et reproduit ainsi à l'identique certains décors, comme la cache de Ben Laden qui sera le théâtre de la dernière partie du film. L'occasion pour la réalisatrice de nous plonger au beau milieu de ce commando, dans le noir, n'ayant pour éclairage que les lunettes de vision nocturne ou les lumières de la demeure, et découvrant les lieux et les menaces en même temps que les SEAL, pour l'une des meilleures séquences d'infiltration jamais vues !

Zero Dark Thirty est donc un film coup de poing, une leçon de thriller d'espionnage exploitant un sujet difficile sans (trop) de complaisance. Grâce à une Jessica Chastain impeccable (franchement, comment peut-on ne pas lui avoir donné l'Oscar de la meilleure actrice ?) et une Kathryn Bigelow aussi efficace pour filmer les passages violents que les scènes plus calmes, ZDT s'annonce déjà comme l'un des meilleurs films sortis en France en 2013.

Note : 9/10