mercredi 16 octobre 2013

Ilo Ilo


Titre : Ilo Ilo (Bà Mā bù zài jiā)
Réalisateur : Anthony Chen
Acteurs : Yann Yann Yeo, Tianwen Chen, Angeli Bayani
Date de sortie en France : 4 septembre 2013
Genre : drame

Synopsis : 
A Singapour, Jiale, jeune garçon turbulent vit avec ses parents. Les rapports familiaux sont tendus et la mère, dépassée par son fils, décide d’embaucher Teresa, une jeune Philippine. Teresa est vite confrontée à l’indomptable Jiale, et la crise financière asiatique de 1997 commence à sévir dans toute la région…

Avis : 
 Récompensé par la Caméra d'or au dernier festival de Cannes, Ilo Ilo se concentre sur la relation entre Jiale, jeune garçon aussi insupportable à l'école qu'à la maison, et Teresa, jeune Philippine venue travailler à Singapour pour gagner de quoi élever son jeune enfant resté au pays. Une relation d'abord conflictuelle, la jeune femme étant confrontée à la méchanceté et au vice du gamin, qui ne supporte pas de devoir partager sa chambre avec elle : il lui désobéit, lui manque de respect, l'humilie et va jusqu'à la faire accuser de vol.


Une situation qui évoluera progressivement, à mesure que Jiale se découvre une mère de substitution en Térésa, plus présente, plus tendre et meilleure cuisinière que sa propre mère. Il faut dire que ses parents ne sont pas très présents ou attentionnés, touchés de plein fouet par la crise : enceinte d'un second enfant, la mère rédige des lettres de licenciement, menacée elle-même par le fait que le comportement de son fils l'oblige parfois à quitter son lieu de travail ; le père quant à lui, perd rapidement son emploi, mais refuse de l'avouer à sa famille, tentant de survivre de petits boulots et imaginant de multiples solutions désespérées pour remonter la pente.

La jeune Jiale se retrouve ainsi emportée dans une crise familiale qui n'est pas la sienne (un peu à l'image de La Fête du feu de Farhadi), réduite au silence par un statut la rapprochant d'une esclave (ses papiers sont confisqués par la mère, elle ne peut pas manger à la même table que la famille au restaurant...), et constamment sous la menace d'être, elle aussi, renvoyée. Ilo Ilo joue ainsi avec subtilité de ces différentes crises, de ces non-dits, de ces regards, déroulant avec beaucoup de finesse et de pertinence son histoire et l'évolution de chacun de ses personnages.

Il en résulte un très joli film, bien que souvent un peu lent, où la crise économique se fait omniprésente, s'ajoutant à la crise d'un couple incapable d'élever son enfant ou d'avoir une véritable discussion. Une double crise où évoluent Térésa, jeune étrangère esclave moderne, et Jiale, enfant sans repère, dans la fourmilière de Singapour, où la réalisation sobre de Anthony Chen et le talent des 4 acteurs principaux font des merveilles.

Note : 8/10


dimanche 13 octobre 2013

C'est la fin


Titre : C'est la fin (This is the end)
Réalisateur : Seth Rogen, Evan Goldberg
Acteurs : James Franco, Jonah Hill, Seth Rogen
Date de sortie en France : 9 octobre 2013
Genre : comédie, fantastique

Synopsis : 
Invités à une fête chez James Franco, Seth Rogen, Jonah Hill et leurs amis sont témoins de l'Apocalypse.

Avis : 
Cette fois, c'est donc bien la fin de tout : c'est le Jugement Dernier, et si certains sont sauvés, emportés dans les cieux dans une douce lumière bleue, la plupart sont envoyés directement en Enfer. Pour d'autres en revanche, il reste une petite chance, celle de survivre au Purgatoire et de gagner leur place au Paradis. James Franco (127 heures, Spiderman), Jonah Hill (SuperGrave, Le Stratège), Seth Rogen (En cloque, mode d'emploi, Green Hornet), Jay Baruchel (Million dollar baby, Tonnerre sous les tropiques), Danny McBride (Délire express, In the air) et Craig Robinson (Zack et Miri font un porno), réfugiés dans la superbe maison de James Franco vont devoir survivre à l'Apocalypse, aux monstres de l'Enfer...mais également à eux-même, car il n'y a rien de pire qu'un acteur hollywoodien désespéré.


Jouant leurs propres rôles, les acteurs s'amusent donc à s'auto-parodier, à jouer de leur image, n'hésitant pas à se présenter comme les pires enfoirés possibles, comme Michael Cera, hilarant, ou Jonah Hill, parfait en petit hypocrite. Les situations comiques se succèdent à un rythme régulier, montrant par exemple McBride dévorer les réserves du groupe ou Emma Watson craignant de se faire violer par les six hommes. Et quand ils ne sont pas occupés à se mettre des bâtons dans les roues, les survivants doivent affronter divers monstres ou quelques situations rappelant largement quelques classiques du film fantastique, comme L'Exorciste.

Les répliques fusent, et si certains gags tombent à l'eau, C'est la fin (était-il vraiment nécessaire de traduire le titre ?) se révèle être un excellent divertissement, souvent drôle, dans la lignée de ce que nous ont déjà offert Rogen, Hill et les autres. Très souvent drôle, parfois piquant, voilà sans doute l'une des meilleures comédies de l'année.

Note : 8/10


jeudi 10 octobre 2013

Grand central


Titre : Grand central
Réalisatrice : Rebecca Zlotowski
Acteurs : Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet
Date de sortie en France : 28 août 2013
Genre : romance, drame

Synopsis : 
De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Avis : 
 Très librement inspiré du livre La Centrale d'Elisabeth Filhol, Grand central met donc en scène deux des jeunes acteurs français les plus intéressants du moment, Tahar Rahim (Un prophète, Le Passé) et Léa Seydoux (Les Adieux à la Reine, La Vie d'Adèle), pour une histoire d'amour compliquée dans un cadre très particulier : celui d'une centrale nucléaire, où travaillent le mari de Karole et Gary, qui deviendra rapidement son amant.


Ainsi, à l'histoire assez classique de la jeune femme adultère qui trompe son mari avec un homme plus jeune et plus séduisant répond sans cesse l'environnement, anxiogène par nature, du lieu de travail, où chaque mouvement peut être dramatique, où la confiance entre équipiers doit être maximale, et où la radioactivité s'infiltre constamment, comme un poison contre lequel on ne peut lutter...tout comme la jalousie. Le parallèle est ainsi (trop) évident, laissant craindre à chaque instant une issue fatale, rendant surtout chaque passage au milieu des radiations assez pesant.

Hélas, si les acteurs donnent tout ce qu'ils ont, l'ensemble manque clairement de souffle et s'avère quand même assez répétitif, d'autant que la réalisatrice ne semble pas vouloir aller au bout de ses idées, nous offrant un final vraiment raté, comme une espèce de contre-pied de tout ce qu'on a vu jusque là.  Les personnages secondaires sont souvent rapidement abandonnés alors qu'ils apportaient toute la profondeur du film, de la débrouillardise et l'insouciance peu à peu éteinte des plus jeunes à la lassitude des plus anciens.

On reste donc un peu sur notre faim avec ce Grand central, qui vaut donc surtout pour la prestation de son duo de héros et pour la centrale nucléaire, véritable personnage à part entière plutôt qu'une simple toile de fond, donnant au film quelques passages anxiogènes, mais au service d'une thématique assez scolaire...

Note : 6,5/10