lundi 15 août 2022

The Pool

 
 
Titre : The Pool (The Pool Narok 6 Metre)
Réalisateur :  Ping Lumpraploeng
Acteurs : Theeradej Wongpuapan, Ratnamon Ratchiratham
Date de sortie en France : 23 février 2021 (VOD)
Genre : horreur

Synopsis : 
A l’issue d’un shooting et surtout de son after, un pubard s’endort sur un matelas pneumatique, au coeur d’une gigantesque piscine. Il se réveille pour constater que le niveau de l’eau a suffisamment baissé pour qu’il se retrouve coincé, sans personne pour le secourir. Un crocodile très joueur le rejoint… 
 
Avis : 
Deux personnes coincées dans une piscine avec un crocodile : c'est le point de départ, assez original, du thaïlandais The Pool, que l'on aura notamment découvert en France grâce au site de streaming Shadowz. Une promesse alléchante, dans un genre, le film de crocodiles, généralement synonyme de médiocrité et de banalité : cette fois, on n'aura que la médiocrité. 
 
 
Il faut dire qu'il est compliqué de débrancher le cerveau et de se laisser porter par le film de Ping Lumpraploeng, tant celui comporte de défauts rédhibitoires. Dès les premières minutes, l'interprétation fait tiquer, et les personnages principaux n'attirent guère la sympathie. Par la suite, entre des effets numériques franchement moches et des péripéties invraisemblables, on glisse peu à peu du survival prometteur au bon gros nanar qui tache. Et on va beaucoup rire. 
 
Car les pauvres Day et Koy ont deux principales qualités : ils sont cons comme des manches à balai (non mais vraiment, au point de ne pas explorer les deux chemins pouvant potentiellement mener à la liberté, à se laisser prendre au piège de la piscine ou à rater lamentablement tout ce qu'ils entreprennent), et sont sans doute les personnages les plus malchanceux du monde, ratant systématiquement des possibilités de s'échapper parce qu'ils regardaient ailleurs. On finit par rire franchement devant l'accumulation improbable de leurs ratés, mais aussi face à l'imagination perverse du scénariste qui donne tout ce qu'il a pour les laisser dans leur piscine, souvent au détriment de toute logique ou de toute cohérence. Mentions spéciales pour la livraison de la pizza, le héros monstrueusement endurant et résistant, ou l'héroïne championne d'apnée. 
 
The Pool ne vient donc pas redorer le blason du film de crocodile, cédant aux sirènes de la surenchère permanente pour un résultat prêtant largement à rire à ses dépens. Un bon gros nanar comme on les aime ! 
 

 
 

dimanche 7 août 2022

Incantation

 

Titre : Incantation (Zhou)
Réalisateur : Kevin Ko
Acteurs : Hsuan-yen Tsai, Ying-Hsuan Kao, Sean Lin
Date de sortie en France : 8 juillet 2022 (Netflix)
Genre : fantastique, épouvante
 
Synopsis : 
Il y a six ans, Lee Jo-nan était frappée d'une malédiction après avoir brisé un tabou religieux. Aujourd'hui, elle doit protéger sa fille des répercussions de ses actes. 
 
Avis : 
Je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais en tant qu'amateur de cinéma d'horreur et d'épouvante, certains qualificatifs allument immédiatement des alarmes dans mon esprit. Les expressions "le film le plus terrifiant" ou "inspiré d'une histoire vraie", les articles sur des sites de mode ou de jeux vidéo sur les spectateurs apparemment traumatisés par un film, les vagues de tweets à la syntaxe acrobatique indiquant que "se filme ma fé fair dé cochemarres lol ptdr", tout ceci me donne envie de fuir. Tout comme la mention "found footage", devenue depuis longtemps synonyme presque systématique de "bonne grosse daube fauchée sans imagination". Et j'avoue me méfier des films estampillés Netflix, Amazon Prime, Disney+... Alors forcément, quand un found-footage arrive de Taïwan, avec l'étiquette Netflix, auréolé du titre de "plus gros succès horrifique du pays" et qu'il a provoqué plus de terreur chez les adolescents que l'ouverture d'un Bescherelle, tous les voyants sont au rouge ! Mais quand même, là-bas, au fond, quelques petits signes m'ont incité à donner une chance à Incantation : les avis plutôt positifs de quelques connaissances, et les avis les plus négatifs sur Allociné. Merci à vous, car contre toute attente, j'ai plutôt aimé le film de Kevin Ko, malgré quelques gros défauts. 
 

 

La première chose qui frappe devant Incantation, c'est sa volonté d'impliquer le spectateur. A ce titre, on peut presque se réjouir de découvrir le film sur Netflix, et de pouvoir le regarder seul, dans le noir, plutôt que dans une salle bondée. Dès les premières minutes, le personnage principal nous interpelle directement, brisant le sacrosaint quatrième mur, nous fait participer à quelques illusions d'optique, et nous invite à mémoriser une image et à retenir et réciter une incantation afin de protéger sa fille, manifestement victime d'une malédiction ou d'une possession, si l'on en croit les images que nous avons vues un peu plus tôt. Et, régulièrement, on viendra nous rappeler cette fameuse incantation (Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma), nous plongeant entièrement dans le récit. Et si le procédé semble d'abord un peu gratuit, un peu facile, le final nous montrera au contraire que cette façon d'impliquer le spectateur était une vraie bonne idée.

Passées ces instructions, nous nous retrouvons d'abord devant un found-footage assez classique, lorgnant clairement vers Paranormal Activity par exemple (le son qui accompagne les manifestations étranges, l'ombre qui semble s'intéresser à la gamine), en plus agressif. Nous n'en sommes encore qu'aux premières minutes que l'esprit, le fantôme ou le démon qui tourne autour de Ronan et de Dodo s'en est déjà donné à coeur joie pour effrayer le spectateur et, même si l'on connaît parfaitement ces ficelles, cette agressivité est assez efficace. 
 

 
Le rythme retombe ensuite légèrement, tandis qu'Incantation nous aiguille sur sa principale thématique, celle de la malédiction autour de Dodo. C'est sans doute là que se trouve le principal défaut du film... mais aussi l'une de ses principales qualités : l'enquête est assez passionnante, d'autant que l'on découvre totalement le culte lié à Mère Bouddha, entre incantations, sacrifices, et offrandes. Des rituels obscurs, souvent associés au body horror (trypophobes s'abstenir), dont on va, comme les personnages, tenter de recoller les morceaux, comme pour un puzzle macabre. Un puzzle d'autant plus compliqué à appréhender que la narration du film est très éclatée, jonglant sans prévenir entre les époques, nous laissant parfois un peu confus. 

Difficile de vraiment savoir si ce procédé handicape réellement le film : d'un côté, il renforce clairement le sentiment d'inconfort du spectateur qui, déjà baladé par les mouvements des caméras portées par les protagonistes, ne peut même pas réfléchir tranquillement aux éléments qu'il a face à lui. De l'autre, il est parfois vraiment frustrant, et peut clairement faire décrocher les moins attentifs, d'autant que le film est assez long et parfois assez bavard. Il faudrait presque le regarder une seconde fois assez rapidement pour mieux appréhender l'ensemble des subtilités... mais qui en aura vraiment envie ?
 

 
L'éclatement de la narration permet également de détourner un peu l'attention des thématiques souvent classiques, et que l'on connaît déjà via les représentants les plus connus de la J-Horror. L'idée d'une malédiction se transmettant rappelle ainsi Ring ou Kaïro, les allers-retours temporels évoquent la saga Ju-On, et la détérioration de l'état mental de la mère, ainsi que ses conséquences sur la santé de sa fille, font quant à eux écho à Dark water. On retrouve également quelques séquences assez classiques, mais souvent efficaces, de l'apparition furtive d'une ombre à cette route qui se répète, encore et encore, en passant par des objets qui bougent seuls : sans cette malédiction que l'on découvre petit à petit, nous serions sans doute en terrain (très) connu, ce qui ne retire rien à la force de certains passages, comme la visite de la grotte, au centre du mystère. On sera même surpris par le faible nombre de jump-scares, ce qui est forcément une qualité pour un film tentant surtout d'installer une ambiance. 

En dehors d'une narration parfois agaçante, cet Incantation a donc été pour moi une très bonne surprise. Si l'on n'est certes pas sur le film le plus terrifiant de tous les temps. J'ai vraiment adoré découvrir les éléments de cet étrange culte et cette malédiction, j'ai parfois frissonné, et j'ai adoré la façon qu'a le film d'impliquer le spectateur, jusque dans un final vraiment étonnant. Allez, tous avec moi : Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma, Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma... Tout va bien se passer.
 

 

Prey

 
Titre : Prey
Réalisateur : Dan Trachtenberg
Acteurs : Amber Midthunder, Dane DiLiegro, Dakota Beavers
Date de sortie en France : 5 août 2022 (Disney+)
Genre : science-fiction, action

Synopsis : 
Il y a trois siècles sur le territoire des Comanches, Naru, une farouche et brillante guerrière, se fait désormais un devoir de protéger sa tribu dès qu’un danger la menace. Elle découvre que la proie qu’elle traque en ce moment n’est autre qu’un prédateur extraterrestre particulièrement évolué doté d’un arsenal de pointe des plus sophistiqués. Une confrontation aussi perverse que terrifiante s’engage bientôt entre les deux adversaires...  

Avis : 
Voici une saga dont on n'osait plus rien attendre : depuis sa première apparition en 1987, le Predator n'avait guère été à son avantage au cinéma, entre suites oubliables et crossovers sans grand intérêt. Aussi, l'annonce d'un nouvel épisode consacré au chasseur extraterrestre, sortant directement sur Hulu et Disney+, n'incitait pas vraiment à l'enthousiasme. Et pourtant, ce Prey est, à mes yeux, le meilleur épisode de la série après celui de John McTiernan. 
 

 
L'idée de ce Prey est née en 2016, avant que Dan Trachtenberg et le scénariste Partick Aison n'approchent en 2018 la production du très moyen The Predator. D'abord nommé "Skulls", le projet a longtemps essayé de masquer son appartenance à la saga, afin de surprendre les spectateurs. Mais, forcément, les réseaux sociaux sont entretemps passés par là, au grand désespoir de Trachtenberg.

Avec Prey, la saga revient aux sources, au propre comme au figuré. Le film de Dan Trachtenberg (à qui l'on doit également le très bon 10 Cloverfield lane) nous emmène dans l'Amérique sauvage du 18e siècle, aux côtés d'une tribu Comanche, confrontée à ce qui est peut-être le premier Predator à avoir foulé notre planète. Un retour aux environnements naturels donc, et à un équipement limité, ce qui va permettre de revenir aux fondamentaux de la saga : la chasse, la survie, l'astuce pour abattre un adversaire plus puissant et mieux équipé, et cette thématique constante du chasseur devenant le chassé. Prey, c'est Naru contre le Predator, dans un affrontement résonnant comme un rite de passage pour la jeune femme superbement interprétée par Amber Midthunder et destinée à rejoindre Ripley au Panthéon des femmes fortes du cinéma fantastique. 


Arc, hache, lances et connaissance du terrain pour l'une, équipement sophistiqué (mais toujours un peu primitif, comme le casque ou les armes de corps à corps), puissance, agilité et découverte des lieux pour le second : l'affrontement sera intense, avec quelques scènes d'action très réussies, et montera en puissance au fil du film, l'héroïne apprenant peu à peu à connaître son adversaire. Un adversaire qui redevient enfin le prédateur implacable qui avait donné tant de mal à Schwarzenegger et son équipe, se révélant même assez effrayant par moments.

Alors, évidemment, le film ne sera pas exempt de défauts, au premier rang desquels les effets spéciaux numériques, qui semblent trahir un certain manque de moyens, notamment lors de l'hommage un peu forcé à The Revenant. A titre personnel, j'ai également été gêné par les voyageurs francophones, qui n'apportent pas grand chose au récit (mais augmentent le bodycount et permettent de faire un clin d'oeil à Predator 2), et dont les dialogues sont souvent incompréhensibles...

Bref, Prey est une excellente surprise qui, en revenant à l'essentiel tout en développant sa propre identité, nous offre le meilleur volet de la saga depuis 1987. Violent, intense, le film aurait même mérité une sortie au cinéma, mais on peut comprendre que les volets précédents aient refroidi les producteurs. On parle déjà d'une suite, ce qui semble cohérent avec le générique de fin... mais franchement, est-ce bien nécessaire ?