samedi 24 août 2013

Wolverine : le combat de l'immortel


Titre : Wolverine : le combat de l'immortel (The Wolverine)
Réalisateur : James Mangold
Acteurs : Hugh Jackman, Famke Janssen, Tao Okamoto
Date de sortie en France : 24 juillet 2013
Genre : super-héros, action

Synopsis : 
Wolverine, le personnage le plus emblématique de l’univers des X-Men, est entraîné dans une aventure ultime au cœur du Japon contemporain. Plongé dans un monde qu’il ne connaît pas, il doit faire face au seul ennemi de son envergure, dans une bataille à la vie à la mort. Vulnérable pour la première fois et poussé au bout de ses limites physiques et émotionnelles, Wolverine affrontera non seulement l’acier mortel du samouraï mais aussi les questions liées à sa propre immortalité.

Avis : 
 Mais que diable est allé faire James Mangold dans cette galère ? Comment le réalisateur des excellents Walk the line, 3h10 pour Yuma ou Copland a-t-il pu se laisser entraîner dans un nanar aussi spectaculaire ? Soyons honnête, ça partait pourtant bien : Mangold situe son histoire après X-Men : l'affrontement final, et nous montre un Wolverine torturé par le souvenir de Jean Grey et vivant loin de toute civilisation. Mais rapidement, il est rattrapé par son passé (qu'il n'a miraculeusement plus oublié ?) et doit se rendre au Japon. Là, il perd peu à peu son pouvoir de régénération et, après une première scène d'action très réussie, est contraint de s'enfuir avec Mariko, menacée par un immense complot familial.


Et à partir de là...plus rien. Le scénario veut mettre en avant ses personnages plutôt que l'action, qui se fera assez rare. Hélas, alors même que la souffrance physique ou la réflexion de Logan sur sa propre mortalité auraient pu donner quelque chose de très intéressant, le film se perd dans des rebondissements prévisibles, accumulant les poncifs et les ficelles pour livrer l'éternel complot familial que seule l'héroïne n'avait pas vu venir. Car le film ne s'encombre d'aucune finesse, au point de multiplier les incohérences : on a par exemple droit à une attaque de ninjas si mal coordonnée que les hommes de main ne réagissent à aucun moment en voyant leurs collègues se faire tuer en face d'eux !

On notera également qu'au Japon, on peut agresser et tuer librement quelqu'un dans une rue bondée sans que personne ne sourcille, et que les yakuzas et les ninjas peuvent disparaître d'un plan à l'autre du film quand le scénario n'a plus besoin d'eux. Mieux encore, on apprend que l'adamantium, le métal le plus résistant connu, ne vaut pas mieux qu'un katana et peut même être déchiré à mains nues...

Ainsi, alors que l'accent est clairement mis sur le scénario, ce Wolverine est finalement un échec total à ce niveau, se contentant de ficelles et de clichés laissant deviner facilement l'histoire au spectateur, et multipliant les incohérences et erreurs. Le personnage titre n'est finalement jamais développé, et l'action, très rare, et souvent ratée (l'affrontement entre Wolverine et les ninjas n'est qu'un pétard mouillé), voire même ridicule (le train)...A ce niveau, on en viendrait presque à reconsidérer l'épisode réalisé par Gavin Hood...

Note : 3/10



vendredi 23 août 2013


Titre : No
Réalisateur : Pablo Larraín
Acteurs : Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro
Date de sortie en France : 6 mars 2013
Genre : drame, historique


Synopsis : 
Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet. 

Avis : 
 En 1988, Augusto Pinochet organise donc un référendum pour assurer son maintien au pouvoir tout en lui donnant une assise démocratique apparente. Avant la campagne, le résultat ne semble en effet faire aucun doute : les soutiens au dictateur sont nombreux, et les opposants sont souvent réduits au silence par peur de représailles ou par la certitude que rien ne changera vraiment. La campagne référendaire passe pour la première fois par la télévision, chaque camp disposant de 15 minutes quotidiennes pour diffuser ses messages.


No va ainsi suivre la campagne du "non" à travers le personnage de René Saavedra, jeune publicitaire, qui va appréhender la question de la démocratie non comme un idéal, mais comme un produit qu'il faut vendre au public. C'est là l'une des grandes forces du film : au-delà de son aspect politique, qui ne sert finalement que de toile de fond, il va étudier cet affrontement de propagandes. Face aux images du camp du "pour", qui entend rappeler aux chiliens les progrès opérés depuis la prise de pouvoir de Pinochet, Saavedra va opter pour une approche originale : celle de se concentrer sur le bonheur, la joie.

Saavedra semble ainsi un peu décalé au milieu de son groupe : il n'est jamais vraiment militant, et est plus intéressé par les aspects techniques, par le rythme de ses clips que par le rappel des heures sombres du pays. On le verra ainsi, à l'annonce de la victoire du "non", un peu perdu, détaché, avant d'aller reprendre son travail de publicitaire chez son patron partisan du "oui" comme si rien n'avait changé. Il ne sera vraiment concerné que lorsque ses actions attireront l'attention du camp opposé, et que sa famille sera surveillée et même menacée.

Reprenant des images d'archives, et optant pour un format en 4/3 et un grain destiné à vieillir l'image et la rapprocher d'un documentaire d'époque, No est un excellent film, aussi amusant et grinçant qu'inquiétant et intelligent, dépassant le simple film historique et politique pour entraîner une réflexion sur le pouvoir des médias sur le spectateur, un thème forcément d'actualité...

Note : 8,5/10


jeudi 22 août 2013

Les Nibelungen : la vengeance de Kriemhild


Titre : Les Nibelungen : la vengeance de Kriemhild (Die Nibelungen - Kriemhilds Rache [2. Teil])
Réalisateur : Fritz Lang
Acteurs : Margarete Schön, Hans Adalbert Schlettow, Rudolf Klein-Rogge
Date de sortie en France : mars 1925
Genre : aventures, drame

Synopsis : 
Après la mort de Siegfried, Kriemhild se marie avec Etzel, le roi des Huns. Elle donne naissance à un fils et invite alors ses frères à une fête. Elle essaye de persuader Etzel et ses Huns de tuer Hagen de Tronje, le meurtrier de Siegfried, mais ce dernier est protégé par ses frères, et notamment le roi Gunther...

Avis :  
Après une première partie fortement marquée par le fantastique, ce second volet des Nibelungen change radicalement de ton. Si l'héroïsme de Siegfried était au centre des débats dans La Mort de Siegfried, c'est cette fois sa veuve, Kriemhild, et son désir de vengeance, qui occupent toute la place. Car la jeune femme est prête à tous les sacrifices et à toutes les manipulations pour parvenir à ses fins, même si cela implique d'épouser Etzel, le roi des Huns, et de provoquer une guerre qui condamnera les membres de sa famille.


Margarete Schön passe ainsi de l'innocence un peu niaise qu'elle arborait dans la Partie I à une colère implacable. L'actrice est presque méconnaissable, offrant une étonnante intensité à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran. Son interprétation sert parfaitement le film, le faisant basculer dans une noirceur très éloignée des exploits hauts en couleurs de Siegfried, où les héros n'existent plus, où tout manichéisme a disparu pour laisser la place à des personnages plus complexes.

Etzel, le viril roi des barbares, cache ainsi un véritable sens de l'honneur, refusant de s'attaquer à ses invités ; mieux encore, Hagen de Tronje, l'assassin de Siegfried, finit par gagner nos faveurs grâce à son courage et à sa loyauté sans faille à son roi. Quant à Kriemhild, sa légitime soif de vengeance en fait peu à peu une reine sanguinaire, sans sentiment, assistant sans sourciller à la mort de son fils et de ses frères.


Cette seconde partie est d'ailleurs beaucoup plus bavarde, et est d'ailleurs un peu moins rythmée que la première. Fritz Lang compense néanmoins ce statisme récurrent par une explosion visuelle lors des scènes d'action, où des dizaines de figurants se livrent à des affrontements dantesques et superbement chorégraphiés. Le réalisateur allemand nous offre toujours quelques plans saisissants, notamment lors de l'incendie du palais des Huns.

La Vengeance de Kriemhild est donc bien différent de La Mort de Siegfried : abandonnant la fantasy, Fritz Lang nous offre ici une sombre histoire de vengeance sans issue, porté par l'intensité de Margarete Schön dans le rôle de la veuve implacable et par l'intelligence de l'évolution des personnages principaux. Encore une fois, une vraie réussite, malgré quelques longueurs en début de film.

Note : 9/10