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dimanche 10 décembre 2023

Godzilla Minus One

 
 
Titre : Godzilla Minus One
Réalisateur : Takashi Yamazaki
Acteurs : Ryūnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yuki Yamada, Munetaka Aoki, Hidetaka Yoshioka, Sakura Andō, Kuranosuke Sasaki
Date de sortie en France : 7 décembre 2023
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Le Japon se remet à grand peine de la Seconde Guerre mondiale qu’un péril gigantesque émerge au large de Tokyo. Koichi, un kamikaze déserteur traumatisé par sa première confrontation avec Godzilla, voit là l’occasion de racheter sa conduite pendant la guerre. 
 
Avis : 
1954 - 2024. Pour fêter ses 70 ans, Godzilla revient enfin au bercail, 7 ans après le formidable Shin Godzilla. Entre temps, le Roi des Monstres a été à l'affiche d'une soporifique trilogie (Godzilla : La Planète des monstres, Godzilla : la Ville à l'aube du combat et Godzilla : le dévoreur de planètes),  et d'une série animée diffusées sur Netflix (Godzilla : l'origine de l'invasion), et surtout d'un massacre en règle dans le triste MonsterVerse avec les tristes suites du Godzilla de Gareth Edwards : Godzilla II : Roi des Monstres et Godzilla vs Kong. Hasard (ou non) du calendrier, la "sortie" au cinéma de Godzilla Minus One en France coïncide avec l'arrivée de la bande-annonce du futur Godzilla X Kong : le Nouvel Empire qui n'annonce rien de bon. 
 
 
Bref, il était temps que le véritable Godzilla revienne mettre les pendules à l'heure et l'église au centre du village. Pour cet anniversaire, la Toho choisit une nouvelle fois de confier son bébé à un réalisateur confirmé, à la vision singulière. Après Ryuhei Kitamura et son complètement fou Godzilla : Final Wars, après Hideaki Anno et Shinji Higuchi pour l'exceptionnel Shin Godzilla, c'est Takashi Yamazaki qui se retrouve aux manettes, un réalisateur reconnu comme expert en effets spéciaux numériques, mais qui s'est aussi parfois retrouvé au coeur de polémiques en raison des sous-textes ambigus de certains de ses films, dont Kamikaze, le dernier assaut
 
Il sera justement question d'un kamikaze dans ce Godzilla Minus One, qui se déroule au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans un Japon portant encore les stigmates, tant matérielles que psychologiques, de la défaite et des bombardements atomiques. Si le pays pensait avoir atteint le fond, l'attaque de Godzilla va encore empirer la situation, et l'amener plus bas que terre. Au niveau -1, d'où le titre du film. Et si cette attaque permettait aux japonais de tourner la page pour faire front face à cette nouvelle catastrophe ?
 

Shin Godzilla nous perdait dans les méandres et la froideur d'une administration incapable d'agir ou de réagir face à la menace du monstre. Minus One en prend le parfait opposé en nous faisant suivre un héros clairement identifié, et sa quête de rédemption. Yamazaki va ainsi prendre le temps de développer ses personnages, de les rendre crédibles et attachants, et décupler par la même occasion l'impact des attaques de Godzilla. 
 
Car le monstre nous offre quelques séquences incroyables, s'inspirant de pas mal de ses aînés (une séquence signature de Godzilla par-ci, une origine calquée sur celle de Godzilla vs King Ghidorah par-là) et d'autres classiques du cinéma (Les Dents de la mer, pour le plus évident). La première attaque offre quelques images assez inédites dans la saga, et la séquence de destruction de Ginza m'a scotché sur mon siège tant elle était impressionnante... voire même terrifiante. Une terreur que l'on retrouve dans Godzilla lui-même, le monstre se révélant particulièrement menaçant et colérique,  bénéficiant de plus d'une capacité de régénération donnant quelques images cauchemardesques rappelant parfois le GMK de Kaneko. Que dire enfin de son souffle atomique, qui retrouve un impact destructeur total ? On saluera d'ailleurs la qualité des effets spéciaux, souvent impressionnants, pour un film dont le budget n'avoisine pourtant "que" les 15 millions de dollars. 


Bref, ce Godzilla Minus One est l'un des tous meilleurs films de l'année, et l'un des tous meilleurs films de la saga. Un film profondément humaniste, qui exploite à merveille le cadre du Japon d'après-guerre, évoquant sans jamais les nommer directement les traumatismes d'Hiroshima et Nagasaki (la simple image d'un compteur Geiger analysant un vélo d'enfant suffit à faire le parallèle), évacuant de façon uchronique l'occupation américaine ("trop occupée avec les soviétiques") et imaginant le peuple japonais contraint de s'organiser sans cadre institutionnel défini. Un film incroyablement spectaculaire, avec quelques unes des scènes de destruction les plus réussies depuis 70 ans, pour un anniversaire presque parfait, si l'on fait abstraction des 3 dernières minutes... et de la fête franchement gâchée en France.

On ne pourra ainsi que regretter la distribution famélique du film en France, avec deux uniques dates dans quelques cinémas Pathé, au tarif prohibitif de la 4DX, et quelques diffusions événementielles comme au PIFFF (à 0h20 en semaine...) ou au Festival du cinéma japonais contemporain. Un crève-coeur pour un film qui ne se savourera pleinement qu'avec un écran et une installation sonore de qualité, ne serait-ce que pour profiter du rugissement du monstre ou de la superbe musique du film. 



mardi 21 février 2023

Shin Ultraman

 
Titre : Shin Ultraman
Réalisateur : Shinji Higuchi 
Acteurs : Takumi Saitoh, Masami Nagasawa, Hidetoshi Nishijima
Date de sortie en France : -
Genre : super sentai, science-fiction
 
Synopsis : 
Des kaiju toujours plus motivés attaquent le Japon, mais heureusement, la vigie Ultraman veille au grain. 
 
Avis : 
Découvrir Ultraman en 2022 avec Shin Ultraman, c'est le sentiment assez vertigineux de se trouver au pied d'un monument de la culture pop japonaise, un mastodonte né dans les années 60 et composé d'une multitude de séries et de films, dont l'immense majorité n'a jamais vraiment franchi nos frontières. En France, ce genre bien particulier est surtout connu par la série Bioman ou par la série... américaine Power Rangers, et est, à l'instar du kaiju eiga, souvent cibles de quolibets de la part d'un public préférant souvent le confort bien connu et reposant d'un énième slasher sans intérêt ou d'un film de zombie éclaté au sol, comme disent les jeunes. 
 
 
Je dois bien avouer que, moi-même, pourtant fan de Godzilla et compagnie, j'étais assez frileux à l'idée de découvrir le genre, ne sachant d'ailleurs pas par quel bout commencer, ayant tenté de visionner d'anciens épisodes de Kamen Raider ou de Ultra Q. C'est finalement grâce au PIFFF que j'ai pu découvrir enfin Ultraman, d'autant plus alléché par la promesse d'une relecture moderne du mythe, à l'image de ce que Shinji Higuchi et Hideaki Anno avaient proposé avec Shin Godzilla. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je suis ressorti assez circonspect de la séance, sans doute pas préparé à digérer un spectacle aussi généreux qu'hermétique. 
 
Car ce que l'on sent dès les premières minutes, c'est la volonté de Higuchi et Anno de se faire plaisir, mais aussi de faire plaisir au spectateur. Des scènes de destruction, des affrontements titanesques, des poses improbables, et un respect que l'on sent total envers l'univers d'Ultraman : j'ai clairement eu des étoiles plein les yeux pendant la première demi-heure. Le film va ensuite rapidement se calmer, et développer ses thématiques de façon un peu pachydermique. 
 
Ce n'était déjà pas l'aspect le plus original de Shin Godzilla, mais ce dernier fait office de modèle par rapport à Shin Ultraman sur la critique des institutions japonaises et de leur incapacité à affronter une crise imprévue. La lenteur des prises de décisions, les dirigeants noyés au milieu d'un nombre impressionnants de conseillers inutiles, les accords grotesques passés dans l'urgence, la volonté d'agir plutôt que de réfléchir : si le sentiment de lourdeur administrative imprègne parfaitement le film, c'est surtout le sentiment de déjà-vu qui prédomine. 
 
On ne se réveille finalement que grâce aux petites touches d'humour, très efficace, ou grâce (ou plutôt "à cause de") à la réalisation très particulière de Higuchi. Ce dernier opte en effet pour un découpage extrême de toutes les séquences de dialogues, adoptant des points de vue totalement fous. Le résultat, s'il dénote une véritable virtuosité technique, s'avère vraiment déroutant, sans doute en écho à la manière dont le public peut consommer l'information de nos jours. J'avoue avoir été totalement pris au dépourvu par ces séquences... et pourtant continue à y penser régulièrement ! 
 
Si Shin Godzilla constituait sans doute une porte d'entrée efficace pour découvrir le kaiju eiga, je ne suis pas certain que Shin Ultraman donne vraiment envie au profane de s'intéresser davantage au genre. Malgré une première partie formidable, le film de Shinji Higuchi se contente trop souvent de reprendre les thématiques de son aîné, tout en se montrant à mes yeux trop léger pour convaincre. Mais la curiosité l'emportera sans doute : je le reverrai certainement en essayant d'être mieux préparé !



jeudi 26 mai 2022

Dark Water


Titre : Dark Water (Honogurai mizu no soko kara)
Réalisateur : Hideo Nakata
Acteurs : Hitomi Kuroki, Rio Kanno, Mirei Oguchi
Date de sortie en France : 26 février 2003
Genre : épouvante, drame 
 
Synopsis : 
En instance de divorce, Yoshimi et sa fille de six ans Ikuko emménagent dans un immeuble vétuste de la banlieue de Tokyo. Alors qu’elles tentent de s’acclimater à leur nouvelle vie des phénomènes mystérieux se produisent. Qui est cette fillette en ciré jaune qui se promène dans les couloirs ? Pourquoi un petit sac pour enfant rouge ne cesse d’apparaître entre les mains d’Ikuko ? Quelle est l’origine de ces ruissellements qui s’étendent sur les murs et le plafond de leur appartement ? Une menace venue de l’au-delà va tenter de séparer la mère de sa fille. 
 
Avis : 
Après le succès de Ring, Hideo Nakata s'est rapidement retrouvé, un peu malgré lui, catalogué comme maître de l'épouvante. Pourtant, lui-même confesse volontiers n'avoir que peu d'intérêt pour le cinéma d'horreur, lui préférant plutôt le drame. Un goût que l'on retrouvait largement dans Ring et Ring 2, Sadako étant principalement décrite comme une victime, et qui va largement imprégner son chef d'oeuvre : le superbe Dark Water
 
 
Car avant d'être un redoutable film d'épouvante, Dark Water est avant tout un drame : celui d'une mère qui tente d'élever seule sa fille suite à son divorce. Yoshimi doit retrouver un logement convenable, chercher un travail, et rendre compte régulièrement de sa capacité à s'occuper correctement de sa fille. En somme, une situation particulièrement stressante pour une mère, que l'on renvoie sans cesse à son statut de faible femme : on n'hésite pas à lui cacher les vices de son nouvel appartement, à l'ignorer ostensiblement lorsqu'elle signale un problème, à lui mettre une formidable pression au moindre aléa. La réalisation de Nakata renforce d'ailleurs superbement ce sentiment d'infériorité imposé à Yoshimi en mettant systématiquement en avant les figures masculines qui sont en contact avec elle. 

L'épouvante va ainsi venir épouser les contours d'une peur bien plus terre à terre : celle de perdre la garde de son enfant, d'être totalement dépassée dans un environnement inconnu et hostile. Si l'eau est évidemment l'élément catalyseur des apparitions du spectre auquel est confronté la mère divorcée, elle vient en premier lieu renforcer le sentiment de solitude et d'égarement du personnage : son nouvel immeuble semble constamment arrosé par une pluie intense, et son propre appartement est envahi par un élément étranger, l'eau s'infiltrant du logement du dessus. 
 
 
C'est sans doute pour cela que Dark Water, s'il n'use pourtant pas de grands artifices pour effrayer le spectateur, est aussi efficace. Il part d'éléments tangibles, que chacun redoute, pour faire naître le fantastique, faisant également naître le doute sur l'état mental de Yoshimi : finalement, l'appartement inondé du dessus, qu'elle visite le temps d'une séquence impressionnante, n'est pas aussi dégradé lorsqu'elle y revient... avec des hommes. Et ce cartable rouge, qui la met dans tous ses états lorsqu'elle le voit, ce n'est qu'un banal cartable de jeune écolière, non ?

A l'image de l'eau qui s'infiltre, d'abord lentement, puis de plus en plus intensément, dans l'appartement de Yoshiki, l'angoisse progresse peu à peu chez le spectateur, à mesure que l'on découvre la nature de la menace... et du drame qui s'est joué dans cet immeuble. Et, si comme je le disais quelques lignes plus haut, Nakata n'use pas d'artifices démesurés, il nous offre quelques séquences mémorables et tétanisantes, comme ces passages dans l'ascenseur ou les visites à l'étage supérieur ou sur le toit. Et si le film fait peur, il va également réussir à nous tirer quelques larmes en fin de film. 

Ring était un classique immédiat. Dark Water est tout simplement le chef d'oeuvre de son réalisateur. Un drame horrifique prenant, intelligent, terrifiant et émouvant. Tout ce que ne sera pas son triste remake, à peine trois ans plus tard, réalisé par Walter Salles et avec Jennifer Connelly. 



 

mardi 3 mai 2022

Ring

 
Titre : Ring (Ringu)
Réalisateur : Hideo Nakata
Acteurs : Nanako Matsushima, Miki Nakatani, Hiroyuki Sanada
Date de sortie en France : 11 avril 2001
Genre : épouvante
 
Synopsis : 
Tokyo, fin des années 2000, une ru­meur se répand parmi les adoles­cents : visionner une mystérieuse cassette vidéo provoquerait une mort cer­taine au bout d’une semaine. Après le dé­cès inexplicable de sa nièce, la journaliste Reiko Asakawa décide de mener l’enquête mais se retrouve elle-même sous le coup de la malédiction. Pendant les sept jours qui lui restent à vivre, elle devra remonter à l’origine de la vidéo fatale et affronter le spectre qui hante les télévisions : Sadako. 
 
Avis : 
Japon, 1998 : une date pour le cinéma d'épouvante mondial. En adaptant le roman Ring de Koji Suzuki, Hideo Nakata a créé, il y a presque 25 ans, une des figures les plus mythiques du cinéma nippon, et entraîné un élan d'intérêt pour le cinéma d'épouvante asiatique, et plus particulièrement la "J-Horror". Dark Water, du même Hideo Nakata, Kaïro, de Kiyoshi Kurosawa, La Mort en ligne de Takashi Miike, la saga Ju-On de Takashi Shimizu, mais aussi les thaïlandais The Eye des frères Pang ou Shutter de Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom, jusqu'à la vague de remakes américains par Gore Verbinski (Le Cercle - The Ring), Walter Salles (Dark Water) ou Shimizu lui-même (The Grudge) : tous sont les enfants de Ring
 
 
On retrouve ainsi dans le film de Nakata l'ensemble des ingrédients qui définiront le genre. Si le spectre d'une jeune femme aux cheveux longs était relativement inconnu en Occident, il constitue une figure assez classique du folklore japonais : on pense ainsi fortement à Oiwa, l'esprit vengeur au visage difforme, que Ring semble directement évoquer, ou Kuchisake-onna, la femme à la bouche fendue, directement citée au début du film. Des esprits vengeurs donc, pour une malédiction qui restera souvent attachée à un objet : la cassette vidéo ici, la maison de Ju-On, le téléphone de La Mort en ligne... Une malédiction qui donnera au spectre un aspect dramatique, l'esprit revenant se venger d'une mort souvent brutale. L'épouvante et le drame sont ainsi intimement liés dans ces oeuvres, donnant à ces fantômes une aura toute particulière. 

Cette spécificité explique sans doute le rythme si particulier du film : principalement dédié à l'enquête, il distille ses frissons à petites doses, préférant installer après la diffusion de la vidéo maudite une ambiance qui devient peu à peu pesante. On est loin de la foire aux jump-scares que l'on retrouve dans le cinéma épouvante actuel, ce qui pourra sans doute faire fuir les spectateurs confondant "sursauter" et "avoir peur". En revanche, le procédé est redoutablement efficace pour ceux qui aiment sentir s'installer une tension sournoise, pour n'en être libéré qu'avec la célèbre scène où Sadako apparaît enfin pour exercer sa vengeance.  
 

 
Si Ring fait peur, c'est aussi parce que son histoire est passionnante. Loin d'être un simple prétexte, l'enquête menée par Reiko et Ryuji (interprété par Hiroyuki Sanada, que l'on connaît surtout en France pour San Ku Kai, et qui est depuis devenu un visage récurrent à Hollywood, apparaissant dans des films tels que Sunshine, Army of the dead, Avengers : endgame ou encore Mortal Kombat (2021)) nous plonge dans les superstitions et légendes des îles japonaises. On embarque ainsi vers Izu Ô-shima, dont le volcan accueillerait selon les mythes les suicides des amoureux déçus. Dialecte local, coutumes, importance de la mer, fréquence des typhons : c'est dans ce décor particulier qu'ils découvrent l'histoire de la médium Shizuko Yamamura et de sa fille Sadako. Par le biais de flashbacks, on comprend comment le destin de la mère et de sa fille ont basculé, et comment la malédiction va naître. 

Avec cette légende urbaine qui prend vie devant nos yeux, Hideo Nakata met donc les nerfs du spectateur à rude épreuve, et fait naître un pan tout entier du cinéma d'épouvante. On n'oubliera pas de sitôt l'apparition de Sadako, ni la terrible scène du puits ou même la vidéo maudite, des séquences fortes ponctuant un film à l'ambiance pesante. Un must, qui sera suivi d'une suite (Ring 2), d'une préquelle (Ring 0), d'un remake américain (le pas mauvais du tout Le Cercle) et de ses suites et reboots (Le Cercle 2, Le Cercle : Rings), puis de nouveaux épisodes au Japon (Sadako 3D et sa suite), d'un cross-over avec Ju-On (Sadako vs Kayako) avant un ultime (pour le moment ?) volet conçu comme une suite directe à Ring 2, sobrement intitulé Sadako (mais pas 3D, cette fois). Quelque chose me dit que la jeune fille aux longs cheveux noirs n'a pas fini de nous hanter malgré la mort de la VHS... mais qu'elle n'aura plus jamais la puissance de ses débuts.



mercredi 30 mars 2022

Evil dead trap 2

 
 
Titre : Evil Dead Trap (Shiryo no wana 2 : Hideki)
Réalisateur : Izo Hashimoto
Acteurs : Shoko Nakajima, Rie Kondoh, Shino Ikenami
Date de sortie en France : 15 février 2022 (Blu-ray)
Genre : thriller, horreur
 
Synopsis : 
Aki Otani, projectionniste, femme en surpoids et solitaire, se voit hantée par les apparitions d'un garçonnet. Victime d’un traumatisme, elle éventre des femmes auxquelles elle retire l’utérus. Son amie, Emi, journaliste TV, suit les méfaits du tueur des rues. Elle lui présente Kurahashi, son amant. Une relation étrange s'établit entre eux trois...
 
Avis : 
Evil dead trap 2 n’a rien à voir avec Evil dead, mais on s’en doutait déjà après avoir vu le premier film. Plus étonnant, il n’a pas grand-chose de commun avec Evil dead trap. Changement de  réalisateur, changement de décor, changement d’ambiance pour cette suite qui n’en est pas une, et qui nous propose de suivre Aki, projectionniste obèse et timide. Et accessoirement psychopathe. 


Evil dead trap mêlait giallo, slasher, fantastique et thriller, dans le décor froid d’un bâtiment désaffecté. Evil dead trap 2 nous plonge dans les entrailles d’une mégalopole dans un drame qui va virer à l’horreur absolue. Des rues glauques, sordides, où l’on pourrait presque croiser Joe Spinell, et qui sont le théâtre de crimes particulièrement violents (cette fois, c’est Jack l’éventreur qui ne semble pas bien loin)… et mis en scène de très belle façon par Izo Hashimoto, notamment sur certains magnifiques plans larges.

L’ensemble culmine dans une dernière partie complètement folle, qui tranche radicalement avec un rythme qui était, jusque là, assez lent. On en sort un peu groggy, un peu étourdis par tout ce qui saute au visage, tant au niveau symbolique que visuel (la séquence de la baignoire), et le sentiment d’avoir sans doute raté quelques pièces pour rassembler tout le puzzle. Cela nous fera un bon prétexte pour replonger dans ce Evil dead trap 2 qui, s’il n’a rien à voir avec le premier, a quand même ce point commun : c’est une œuvre étonnante et très réussie, que l’on aura clairement envie de revoir !

 


vendredi 25 mars 2022

Love & Peace


Titre : Love & Peace (Rabu & Pîsu)
Réalisteur : Sono Sion
Acteurs : Hiroki Hasegawa, Kumiko Aso, Toshiyuki Nishida
Date de sortie en France : 20 novembre 2020 (vidéo)
Genre : drame, fantastique, kaiju eiga

Synopsis :  
Chanteur de rock déchu, Ryoichi est devenu un anonyme employé de bureau. Pris d'une folle amitié pour une tortue nommée Pikadon, il doit, sous la pression de ses collègues dont il est le souffre-douleur, l'abandonner. Pikadon trouve refuge dans les égouts, où elle rencontre un vieil homme qui lui donne la faculté de parler.

Avis : 
« Pikadon, jamais je ne t’oublierai ». Une simple phrase, le refrain d’une banale chanson de J-rock qui va faire du héros une célébrité, mais qui va porter en elle le double niveau de lecture du film de Sono Sion. Pikadon, c’est la bombe atomique : pika- désigne le flash lumineux, tandis que -don évoque la déflagration. Pikadon, c’est aussi le nom de la gentille et mignonne tortue du héros. Un nom de kaiju. Un nom qui fait le lien entre les créatures du kaiju eiga, et leur origine atomique. 
 

Avec Love & Peace, Sono Sion « fait son cinéma ». Un cinéma souvent empreint de cynisme, souvent très critique envers son propre pays, et qui profite de l’organisation des futurs (à l’époque) Jeux Olympiques de Tokyo pour égratigner la course au progrès qu’ils entraînent, dans une société où l’égoïsme, le harcèlement et le culte de l’apparence sont devenus les moteurs. Dans cette société, le vieux, l’ancien sont voués à être jetés au profit du neuf, tels ces jouets et ces animaux abandonnés par leurs propriétaires.

Un cinéma également bourré de nostalgie, notamment envers les films à effets spéciaux typiques du Japon : des origines atomiques de Godzilla à l’élevage d’une tortue qui deviendra géante, rappelant forcément Gamera l’héroïque, Sono Sion nous offre un condensé de kaiju eiga, en utilisant des effets spéciaux traditionnels, des plans signatures (la tortue géante traversant Tokyo, ou son transport, attachée sur une remorque), des thématiques classiques du genre : les Jeux Olympiques de 1964 avaient déjà fait prendre une nouvelle direction à la saga Godzilla, le progrès technologique les accompagnant marquant l’apparition d’éléments de SF, et la figure du monstre amical renvoie évidemment aux premiers Gamera et à certains Godzilla. Sono Sion va même, le temps d’une séquence fantasmagorique, sembler s’amuser du manque de moyens des films du genre durant les années 70 en faisant évoluer son monstre au milieu de bâtiments réduits à leur plus simple expression, des bâtiments de jeux de société, tous semblables et sans aucun détail. A moins qu’il ne s’agisse de mettre le doigt sur les dérives d’une société tournée vers l’uniformité ?
 

Cette nostalgie est également palpable dans toutes les séquences mettant en scène jouets et animaux abandonnés, partagés entre le faible espoir peu réaliste de retrouver leurs propriétaires (les chiens espérant par exemple être accueillis à bras ouverts par leurs maîtres les ayant « perdus ») et le cynisme du chat. Cela amène à une conclusion magnifique et particulièrement émouvante.

La rencontre entre Sono Sion et un cinéma familial pouvait laisser perplexe, mais le prolifique réalisateur offre une œuvre bouleversante, et pas beaucoup moins cynique ou critique que le reste de sa filmographie. On appréciera tout particulièrement le mordant relatif à tout ce qui entoure l’organisation des Jeux Olympiques, rendu encore plus efficace par le report de cet événement suite à la pandémie de Covid19. Bref, une réussite totale en ce qui me concerne ! 
 


 

vendredi 18 mars 2022

Baby Cart, volume 1 : Le Sabre de la vengeance

 
 
Titre : Baby Cart, volume 1 : le sabre de la vengeance (Kozure okami : ko wo kashi ude kashi tsukamatsuru)
Réalisateur : Kenji Misumi
Acteurs : Tomisaburo Wakayama, Akihiro Tomikawa, Fumio Watanabe
Date de sortie en France : 
Genre : chanbara
 
Synopsis : 
Au château d'Edo, Itto Igami est le bourreau officiel du shogun. Cette fonction est convoitée par tous les maîtres d'armes de la cour, car elle procure le privilège d'être admis à ses audiences personnelles. Et Retsudo Yagyu, maître d'armes assoiffé de pouvoir, compte bien récupérer à son compte ce poste prestigieux. 
Un jour, Ogami est accusé à tort de comploter contre le shogun. Déchu de ses titres et condamné à se faire hara-kiri, il choisit de fuir avec son fils. Devenu tueur à gages sous le nom du "Loup à l'enfant", l'ancien bourreau n'a plus qu'une raison de vivre : se venger de Retsudo et prouver son innocence. 
 
Avis : 
La saga Baby Cart (The Lone Wolf and Cub) est l'adaptation du manga fleuve (plus de 9000 pages) de Kazuo Koike (à qui l'on doit également Lady Snowblood ou Crying Freeman). Un manga qui ressort actuellement en édition prestige chez Panini, et qui a pour particularité de se présenter sous la forme de chapitres relativement indépendants les uns des autres. Une structure un peu éclatée, que l'on va retrouver dans le premier volet des adaptations : Le Sabre de la vengeance
 
 
Le film est réalisé par Kenji Misumi : après la faillite de la Daiei, où il avait fait toute sa carrière, réalisant notamment plusieurs volets de la saga Zatoichi. C'est d'ailleurs l'interprète du célèbre masseur aveugle, Shintaro Katsu, qui va produire les Baby Cart et lui confier la réalisation. La mise en scène sera d'ailleurs l'un des éléments marquants de la série, mêlant le rythme feutré que l'on associe souvent au cinéma classique japonais et violence décomplexée : on y retrouve ainsi les geysers de sang que reprendra par exemple Tarantino dans son Kill Bill, et les passages plus calmes, où Tomisaburo Wakayama jauge ses adversaires du haut de son impressionnant charisme. 

Le film reprend principalement les chapitres A l'oiseau les ailes, à la bêtes les crocs, dans lequel Itto arrive dans une ville thermale contrôlée par un groupe de samouraïs renégats, et Le Chemin blanc entre les fleuves qui décrit le passé de l'ancien bourreau. On y découvre ainsi un personnage aux allures d'ours mal réveillé, mais capable de finesse sabre à la main, inarrêtable, suivant sa propre morale, mais également impitoyable et capable d'utiliser les astuces les plus fourbes. Un tempérament volcanique, à peine attendri par la présence de son fils, assez en retrait sur ce premier volet. 

On navigue ainsi entre séquences très fortes (l'introduction, la prostituée, la rivière...) et des séquences plus posées, destinées à nous présenter le héros de la future saga. L'ensemble donne un excellent film de sabres, et donne surtout immédiatement envie de voir la suite. Et de la lire, aussi : je retourne à mon second tome du manga ! 
 

 

mercredi 16 mars 2022

Evil dead trap

 
 
Titre : Evil dead trap (Shiryo no wana)
Réalisateur : Toshiharu Ikeda
Acteurs : Miyuki Ono, Aya Katsuragi, Hitomi Kobayashi
Date de sortie en France :15 février 2022 (Blu ray)
Genre : horreur

Synopsis : 
Nami Tsuchiya, présentatrice d'une émission TV de nuit, reçoit un jour la cassette vidéo d'un snuff movie tourné dans une base militaire désaffectée. Avec son équipe, elle se rend sur les lieux où un tueur entreprend de les décimer les uns après les autres...

Avis : 
Si les mots « culte » et « ovni cinématographique » sont souvent galvaudés, ils sont particulièrement adaptés à Shiryo no wana, ce film d’horreur absolument unique venu du Japon et mieux connu dans nos contrées sous le titre de Evil dead trap. Longtemps invisible chez nous, le titre s’est dévoilé petit à petit, évoqué par des fanzines spécialisés, raconté par des téméraires ayant pu en voir une version sans sous-titres. Et si on peut depuis quelques années le voir relativement facilement, le Chat qui fume permet enfin de (re)découvrir ce film dans des conditions royales. 
 

Evil dead trap (le film n’a rien à voir avec celui de Sam Raimi, et n’est là que pour faciliter son exploitation internationale) ne ressemble à aucun autre film. Mélange de thriller, de slasher, de giallo, il enchaîne les séquences folles à un rythme soutenu : de l’introduction à la Guinea Pig aux célèbres mises à mort de ses personnages (l’empalement, la scène de l’arbalète), le film de Toshiharu Ikeda prend un malin plaisir à nous surprendre et à nous terrifier, grâce à une ambiance très travaillée (ce bâtiment désaffecté, aussi froid que poisseux), une réalisation très solide et une superbe partition musicale (qui rappelle étrangement celles des Goblin).

Finalement, seul le final, bien qu’entraînant le film vers de nouveaux sommets de bizarreries, me laisse un peu sur ma faim. Cela n’empêche pas d’avoir envie de revoir régulièrement ce Evil dead trap qui, quelque part entre Cronenberg, Argento, Bava, se fait une place de choix… et est régulièrement, à son tour, cité par des réalisateurs contemporains tels que James Wan (Saw en reprend par exemple l’idée de l’appareil photo et des pièges, et Malignant pour un hommage encore plus appuyé). Une petite perle made in Japan !



lundi 5 avril 2021

Mothra contre Godzilla


Titre : Mothra contre Godzilla (Mosura tai gojira)
Réalisateur : Ishirô Honda
Acteurs : Akira Takarada, Yuriko Hoshi, Hiroshi Koizumi
Date de sortie en France : 
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Alors qu'un ouragan vient de dévaster Tokyo, deux reporters sont envoyés sur les restes d'un site industriel. Là, ils découvrent une étrange substance. Au même moment, des pêcheurs attrapent un immense oeuf dont les scientifiques n'arrivent pas à percer le secret. Toharata, un puissant homme d'affiares, l'achète et en fait une attraction particulièrement lucrative. La fameuse créature Godzilla sort de l'ombre et attaque une nouvelle fois le Japon. La seule issue pour les humains sera de demander de l'aide à une autre bête géante, Mothra, à qui appartient l'oeuf...
 
Avis : 
En 1964, Godzilla affronte pour la première fois l'une des créatures les plus emblématiques du kaiju eiga : Mothra. Apparue en 1961 dans le film éponyme, la mite géante est un monstre bienfaiteur, protecteur de la planète, apportant ainsi une dimension écologique et un peu de nuance là où les adversaires de Godzilla ne sont souvent que d'autres géants destructeurs. 



Mothra apporte également une certaine touche de poésie, et une dimension particulièrement tragique à la saga, l'insecte géant étant une créature martyre, obligée d'évoluer pour affronter son adversaire, largement plus puissant qu'elle. Et grâce à des effets spéciaux de qualité, une réalisation soulignant parfaitement les moments forts et l'émotion en émanant, l'affrontement entre Mothra et Godzilla est l'un des meilleurs combats de l'ère Showa, ce qui était loin d'être gagné lorsqu'on imaginait une mite géante se confronter à un reptile géant au souffle atomique. 

A côté des scènes de combat et de destruction (assez peu nombreux, d'ailleurs, l'essentiel du film se déroulant dans des paysages déserts), le scénario est malheureusement plus classique, dénonçant la soif de profit de l'Homme au détriment de la nature, opposant un homme d'affaires bien stéréotypé à un scientifique. Ces séquences entraînent une relative baisse de rythme, heureusement compensée par la qualité des combats? 

Mothra contre Godzilla peut donc se voir comme une véritable fable, un hymne en faveur de la nature. La sagesse et la poésie liées à l'insecte géant tranchent radicalement avec le côté violent de Godzilla - pour la dernière fois de l'ère Showa. La mite géante est d'ailleurs très vite devenue une véritable icône, et l'une des créatures préférées et les plus connues au sein du bestiaire du kaiju eiga, présente dans de nombreux films de la saga Godzilla. Une célébrité telle qu'elle apparaîtra même dans le MonsterVerse américain, dans le très moyen Godzilla II : Roi des monstres.


 
 

mardi 16 juillet 2019

King Kong contre Godzilla


Titre : King Kong contre Godzilla (Kingu kongu tai gojira)
Réalisateur : Ishirô Honda
Acteurs : Tadao Takashima, Kenji Sahara, Yu Fujiki
Date de sortie en France : 7 juillet 1976
Genre : kaiju eiga

Synopsis :
Capturé et ramené au Japon, King Kong affronte Godzilla, récemment échappé du lieu où il était retenu prisonnier.


Avis : 
Pour son troisième film, Godzilla affronte son père spirituel (la sortie de King Kong au Japon ayant, selon la légende, inspiré Honda pour la réalisation de son film). Racheté par la RKO, bénéficiant d'une taille cinq fois plus grande qu'avant, rendu puissant par l'électricité, Kong va donc goûter aux joies du suit-motion pour un film qui semble souvent hésiter entre sérieux ou amusement.


Sérieux, entre hommage au film de 1933 (les indigènes de l'île, Kong au sommet d'un immeuble, l'enlèvement d'une jeune femme...) et séquences remarquables (l'attaque du poulpe géant) ; amusement pour certaines idées loufoques (le transport de Kong grâce à des ballons gonflés à l'hélium !) et pour l'attitude générale du singe, dont les mimiques et réactions, couplées à un costume miteux et laissant peu de place à la mobilité, prête clairement à sourire.

Les combats sont du même acabit, le sérieux de la situation laissant rapidement la place à des combats décomplexés, les deux adversaires luttant comme des stars du catch sur les pentes du Mont Fuji, dans un film dont les effets spéciaux sont mois convaincants que dans Le Retour de Godzilla : si le monstre atomique jouit d'une gueule et d'un costume de plus en plus crédible, il est loin d'en être de même pour son adversaire simiesque. Sans aucune mesure avec son alter-ego de 1933, Kong a ici un visage particulièrement moche et ridicule, d'autant qu'il ne dispose que d'une expression faciale. Toujours niveau effets spéciaux, on aura cette fois moins le loisir d'assister à des destructions de villes. En effet, l'action se déroule essentiellement en pleine campagne, pour se finir sur le mont Fuji. Peu de maquettes donc, contrairement aux deux films précédents.

King Kong vs Godzilla est donc le premier film de la série à oublier un peu le côté sombre et à insérer des éléments plus légers, ce qui est également renforcé par le fait d'avoir été tourné en couleurs, contrairement aux deux premiers de la série. Toutefois, Ishirô Honda n'oublie pas dans certaines scènes son talent pour la réalisation, et le film qui en résulte est donc assez particulier, entre scènes fort réussies et scènes plus risibles.

Note : 5/10



lundi 15 janvier 2018

Le Retour de Godzilla (1955)


Titre : Le Retour de Godzilla (Gojira no gyakushu)
Réalisateur : Motoyoshi Oda
Acteurs : Haruo Nakajima, Katsumi Tezuka, Hiroshi Koizumi
Date de sortie en France : 
Genre : kaiju eiga


Synopsis : 
Alors qu'ils survolent les mers pour repérer des bans de poissons, les jeunes pilotes Tsukioka et Kobayashi rencontrent Godzilla et un autre monstre en train de se livrer une bataille féroce. Les deux créatures disparaissent dans l'océan, mais refont bientôt surface près d'Osaka, qui sera dès lors le cadre d'un combat à mort entre les deux monstres et les hommes.

Avis : 
A peine un an après Godzilla, la première suite d'une longue série voyait déjà le jour. S'il reprend un schéma assez proche de celui du film de Honda, Le Retour de Godzilla va néanmoins introduire une variante importante, que l'on retrouvera dans quasiment tous les autres films de la saga : Godzilla va en effet être confronté à une autre créature, également réveillée par des essais nucléaires. Cette créature, ce sera Anguirus, monstre à l'apparence de dinosaure mutant.



Après sa mort à la fin du film précédent, Godzilla est légèrement retravaillé, avec un physique moins pataud et un visage plus agressif, afin d'affronter son adversaire dans des combats très rythmés. Trop rythmés, même. Les destructions se succèdent à un rythme effréné, et la lutte entre les deux monstres est chorégraphiée et filmée de façon très rapide : si cela insuffle de l'énergie à ces séquences, cela donne également un sentiment de vivacité qui sied mal à deux monstres gigantesques. Résultat : les combats sont parfois compliqués à suivre... et un peu grotesques, même s'ils restent souvent spectaculaire, notamment avec la destruction du Château de Osaka.


Si les monstres sont évidemment au coeur du film, celui-ci les délaisse régulièrement pour suivre les héros. Nous aurons ainsi droit à un début d'histoire d'amour, et surtout à l'évasion de prisonniers lors de leur transfert, dans des scènes assez cocasses et assez envahissantes, servant principalement de transition pour l'affrontement final entre l'armée et le monstre sorti vainqueur du duel. Cette dernière partie sera assez pénible à suivre, la faute à des effets spéciaux bien moins réussis (les avions et leurs missiles...) et des séquences très répétitives.

Cette première suite de Godzilla reprend donc la plupart des éléments inaugurés par son modèle, et en crée un nouveau en instaurant le versus entre deux monstres. Toutefois, le film délaisse un peu trop ses créatures au profit de sous intrigues humaines, et pêche dans sa réalisation par un montage trop rapide et trop répétitif.

Note : 4.5/10

mardi 17 octobre 2017

Le Secret de la chambre noire


Titre : Le Secret de la chambre noire
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Acteurs : Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet
Date de sortie en France : 8 mars 2017
Genre : fantastique

Synopsis : 

Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.
Avis : 
 Pour son premier film en dehors de son pays d'origine, Kiyoshi Kurosawa va, tout comme Asghar Farhadi pour Le Passé, choisir la France et Tahar Rahim. Avec Le Secret de la chambre noire, il reste sur son genre de prédilection, le film fantastique mélancolique, en installant l'étrangeté dans un cadre qui n'y semblait pourtant pas propice.


 On retrouve ainsi le rythme si particulier du réalisateur, qui prend comme souvent son temps pour créer une atmosphère étrange, oscillant constamment entre rêve et réalité, à l'image des fameux daguerréotypes qui sont au centre du film, qui rappelle régulièrement l'une des perles du cinéma fantastique, et une oeuvre parfois citée par Kiyoshi Kurosawa comme un des sommets de la terreur : Les Innocents, de Jack Clayton. Une porte qui bouge légèrement, des rideaux qui flottent, on a constamment l'impression, subtile, d'une présence invisible derrière les personnages.

 Et si on devine assez rapidement comment le film va se terminer, l'évolution de l'histoire reste passionnante, grâce aussi à l'interprétation de Olivier Gourmet (L'Affaire SK1, Chocolat) et de Constance Rousseau, impeccables dans leurs rôles. On aura en revanche plus de réserves sur Tahar Rahim, qui semble un peu paumé dans un rôle un peu stéréotypé, amoindrissant nettement l'impact dramatique de certaines séquences.

Mélancolique et fantastique, Le Secret de la chambre noire est une nouvelle réussite pour Kiyoshi Kurosawa, qui développe ses thèmes de prédilection dans un cadre nouveau pour lui. Un drame élégant dans lequel seul Tahar Rahim semble, un nouvelle fois, un peu perdu, dans un rôle sans doute trop lisse...

Note : 8.5/10


jeudi 28 janvier 2016

Souvenirs de Marnie


Titre : Souvenirs de Marnie (Omoide no Marnie)
Réalisateur : Hiromasa Yonebayashi
Acteurs : Kasumi Arimura, Sara Takatsuki, Nanako Matsushima
Date de sortie en France : 14 janvier 2015
Genre : animation, drame

Synopsis : 
Anna, jeune fille solitaire, vit en ville avec ses parents adoptifs. Un été, elle est envoyée dans un petit village au nord d’Hokkaïdo. Dans une vieille demeure inhabitée, au coeur des marais, elle va se lier d’amitié avec l’étrange Marnie…

Avis : 
Dernier film en date du studio Ghibli (avant une pause ?), Souvenirs de Marnie renoue avec des thèmes chers au studio : une adolescente orpheline et marginale, l'opposition entre la ville et la campagne, l'importance de la famille et des proches.


Envoyée à la campagne pour soigner ses problèmes de santé grâce à un rythme plus calme, une meilleure hygiène de vie et un entourage plus sain, la jeune Anna va rapidement découvrir un secret autour d'un mystérieux manoir. Si, clairement, le mystère autour de Marnie n'en est pas vraiment un (même si son identité réelle fera l'objet d'une très belle révélation), Souvenirs de Marnie partage avec les meilleurs Ghibli une jolie simplicité qui fait mouche, grâce à la relation entre les deux héroïnes.

Le film de Hiromasa Yonebayashi (Arrietty, le petit monde des chapardeurs) est rempli de bons sentiments, et s'il manque de passages spectaculaires, on est souvent happés par l'émotion. De même, si l'animation ne vaut pas un Miyazaki ou un Takahata, certaines images sont à couper le souffle, comme ce manoir délabré ou la visite dans un moulin particulièrement inquiétant.

Souvenirs de Marnie est donc un très joli film, même s'il ne fait finalement que reprendre les thèmes classiques de chez Ghibli, sans les magnifier. On n'atteint pas les sommets du studio, ni de certains films d'animation japonais de ces dernières années, mais ce dernier (?) Ghibli reste une oeuvre touchante et intelligente, et un film à voir.

Note : 7/10




lundi 18 janvier 2016

Le Garçon et la Bête


Titre : Le Garçon et la Bête (Bakemono no ko)
Réalisateur : Mamoru Hosoda
Acteurs : Koji Yakushon Aoi Miyazakin Shota Sometani
Date de sortie en France : 13 janvier 2016
Genre : animation, aventures

Synopsis :
Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes... C'est l'histoire d'un garçon solitaire et d'une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d'une aventure qui dépasse l'imaginaire...

Avis :
Après les excellents Summer Wars, La Traversée du temps et Les Enfants loups, Mamoru Hosoda s'est imposé comme l'un des principaux visages de l'animation japonaise, à l'heure où Hayao Miyazaki semble cette fois avoir définitivement tiré sa révérence, et où le studio Ghibli a annoncé faire une pause. Avec Le Garçon et la bête, Hosoda reprend des thèmes classiques du shônen, avec ce garçon orphelin et sa relation avec un maître tout aussi solitaire.


 Les relations entre le maître et l'élève seront ainsi d'abord marquées par de nombreux différends, de nombreuses disputes, le premier en attendant toujours plus de son disciple qui lui reproche son manque de patience et de démagogie. Pourtant, peu à peu, l'alchimie va s'opérer, chacun apprenant de l'autre jusqu'à développer une relation proche de celle d'un père et de son fils...  mais ce ne sera pas aussi simple. Car Kumatetsu et Ren/Kyuta ont tous les deux leurs problèmes dans leurs mondes respectifs, les obligeant parfois à abandonner leur binôme et à de nouveau s'affronter.

La volonté de Hosoda d'éviter les facilités dans l'évolution des rapports entre le garçon et la bête apporte à ses personnages une vraie richesse, et les rend crédibles et attachants : si l'humour est au centre de nombreux passages, notamment dans la première partie du film, l'émotion naît rapidement et facilement – peut-être moins dans le dernier chapitre, qui semble un peu tomber du ciel. On reprochera également au film une animation parfois inégale.

Cela n'empêche pas Le Garçon et la Bête d'être une nouvelle réussite pour Mamoru Hosoda, grâce notamment à deux personnages centraux très convaincants et attachants, et une histoire extrêmement prenante. De quoi renforcer l'idée que le réalisateur est le nouveau roi du cinéma d'animation nippon.


Note : 8,5/10


jeudi 19 novembre 2015

Notre petite soeur


Titre : Notre petite soeur (Umimachi diary)
Réalisateur : Hirokazu Kore-eda
Acteurs : Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho
Date de sortie en France : 28 octobre 2015
Genre : comédie dramatique

Synopsis : 
Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika, vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent à l’enterrement de leur père, qui les avait abandonnées une quinzaine d’années auparavant. Elles font alors la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de 14 ans. D’un commun accord, les jeunes femmes décident d’accueillir l’orpheline dans la grande maison familiale…

Avis : 
Après les formidables I wish et Tel père, tel fils, Hirokazu Kore-eda revient avec cette adaptation du manga Kamakura diary. L'histoire est assez simple, et nous fait suivre l'arrivée de la jeune Suzu dans la maison de ses trois soeurs, qu'elle ne connaît absolument pas et qui sont bien plus âgées qu'elle.


Le choc entre générations n'aura cependant pas lieu : chacune des soeurs va vivre sa vie, de façon presque indépendante des autres, tant dans sa vie professionnelle qu'amoureuse. Les rares échanges se limitent en fait à quelques gentilles querelles vite résolues, à quelques discussions sans grand intérêt entre Suzu et ses aînées. Seule la rancune de Sachi envers sa mère sera un peu travaillée, mais sera également rapidement conclue selon le consensus général du film : tout ne peut qu'aller bien, et quand ça va un peu mal, ça se règle très vite.

C'est ainsi très "gentil", mais ça fonctionne pourtant parfaitement. On s'attache à la jeune Suzu et à la découverte, forcément toujours positive (la nouvelle est accueillie par tous ses nouveaux camarades à l'école, devient la star de son équipe de football, et évolue parmi ses soeurs comme si elle avait toujours vécu avec eux), de son nouvel environnement. Le film brille par son absence de cynisme et de défaitisme, même avec la maladie puis le décès d'un personnage secondaire.

Notre petite soeur est ainsi une bouffée d'air frais, un film entièrement positif et refusant tout aspect négatif. On regrettera peut-être ce parti-pris, tout comme cette absence de progression scénaristique, les personnages n'évoluant presque pas pendant les deux heures du film.

Note : 8/10


jeudi 17 septembre 2015

Miss Hokusai


Titre : Miss Hokusai (Sarusuberi : miss Hokusai)
Réalisateur : Keiichi Hara
Acteurs : Yutaka Matsushige, Anne Watanabe, Kumiko Aso
Date de sortie en France : 2 septembre 2015
Genre : animation, biopic

Synopsis :
En 1814, Hokusai est un peintre reconnu de tout le Japon. Il réside avec sa fille O-Ei dans la ville d’Edo, enfermés la plupart du temps dans leur étrange atelier aux allures de taudis. Le "fou du dessin", comme il se plaisait lui-même à se nommer et sa fille réalisent à quatre mains des œuvres aujourd’hui célèbres dans le monde entier. O-Ei, jeune femme indépendante et éprise de liberté, contribue dans l’ombre de son père à cette incroyable saga artistique.

Avis :
Miss Hokusai nous propose de redécouvrir la vie du célèbre maître Hokusai (à qui l'on doit notamment Les Trente-six vues du Mont Fuji et La Grande vague de Kanagawa) à travers les yeux de sa fille, O-Ei, qui aurait participé à la création de plusieurs des œuvres de son père. 


 Si le film ne nous apprendra finalement pas grand chose sur l'artiste, il va se révéler intéressant dans sa description de l'univers de ces artistes japonais, fortement influencés par les superstitions : ces passages où s'invite le fantastique seront d'ailleurs les plus réussis du film avec leurs dimensions poétique et dantesque.

On sera en revanche moins convaincu par le portrait de la jeune femme, avec plusieurs pistes restant en suspens (sa vie amoureuse, notamment, sa participation à l'oeuvre de son père, son évolution artistique...). La jeune femme est finalement plutôt fade et banale, ne faisant qu'acte de présence tout au long du film où elle se contente d'accompagner les autres personnages. Cette impression est renforcée par le dessin, plutôt inégal : l'ensemble est parfois très moche, surtout au niveau de l'animation de O-Ei, alors que les passages oniriques sont bien plus réussis.

On reste donc un peu sur notre faim avec Miss Hokusai, qui n'explore pas vraiment ses thèmes et n'apprend finalement rien sur Hokusai, ni sur sa fille, ni sur son œuvre. On est très loin des grandes réussites de l'animation japonaise de ces dernières années...

Note : 4,5/10


mardi 16 juin 2015

Battle royale


Titre : Battle royale (Batoru rowaiaru)
Réalisateur : Kinji Fukasaku
Acteurs : Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara, Aki Maeda
Date de sortie en France : 21 novembre 2001
Genre : action, drame

Synopsis : 
Dans un avenir proche, les élèves de la classe B de 3ème du collège Shiroiwa ont été amenés sur une île déserte par une armée mystérieuse. Un adulte surgit tout à coup devant eux : leur ancien professeur Kitano. Il leur annonce qu'ils vont participer à un jeu de massacre dont la règle consiste à s'entretuer. Seul le dernier des survivants pourra regagner son foyer...

Avis : 
L'aura qui entoure certains films est parfois étonnante : prenez Battle royale de Kinji Fukasaku. Elevée au rang de film culte, cette adaptation du roman - déjà pas terrible - de Koshun Takami semble profiter d'une formidable idée de départ pour dissimuler une réalité pourtant bien moins flatteuse : c'est un film très moyen, plombé par de multiples défauts et uniquement sauvé de la nullité totale par certaines idées réjouissantes.


Un peu comme si un enfant avait décidé d'adapter Sa Majesté des mouches en retirant tout élément subversif, Battle royale se contente de quelques pointes de cynisme (la vidéo de présentation du jeu) avant d'étaler toute sa niaiserie, toutes ses limites narratives, allant jusqu'à offrir un happy end grotesque (si seulement le film se terminait quelques minutes plus tôt) à une oeuvre constamment handicapée par l'interprétation de ses jeunes acteurs, apparemment obligés d'en faire des tonnes au moment de mourir, généralement après avoir confessé leur amour.

L'abondance de personnages nuit également au film, la plupart n'étant que des esquisses de caricatures, quand ils ne se limitent pas à une apparition de quelques secondes afin de nous informer de leur décès. Les personnages principaux ne sont guère plus réussis, la médiocrité des acteurs n'étant concurrencée que par la stupidité de leurs réactions : le couple Shuya - Noriko est d'une niaiserie et d'une connerie à toute épreuve, et on aimerait vraiment qu'ils se fassent buter par les concurrents plus crédibles comme Kiriyama ou Kawada.

Exemple type du pétard mouillé, Battle Royale ne développe jamais une idée de départ formidable, multiplie les artifices (la musique classique, qui ne met jamais rien en valeur à l'exception de la mort de Mitsuko Soma) et les fautes de goût (la direction d'acteurs). On se demande d'ailleurs ce que Takeshi Kitano est venu faire dans ce raté presque total, dont la médiocrité n'est concurrencée que par celle du manga du même nom...

Note : 2/10




lundi 29 décembre 2014

Le Conte de la princesse Kaguya


Titre : Le Conte de la princesse Kaguya (Kaguya-hime no monogatari)
Réalisateur : Isao Takahata
Acteurs : Aki Asakura, Kengo Kora, Takeo Chii
Date de sortie en France : 25 juin 2014
Genre : animation, drame

Synopsis : 
Kaguya, "la princesse lumineuse", est découverte dans la tige d'un bambou par des paysans. Elle devient très vite une magnifique jeune femme que les plus grands princes convoitent : ceux-ci vont devoir relever d’impossibles défis dans l’espoir d’obtenir sa main.

Avis : 
Le Conte de la princesse Kaguya marque le retour d'Isao Takahata (Le Tombeau des lucioles) à la réalisation, 14 ans après Mes voisins les Yamada. Il s'inspire pour l'occasion d'un conte traditionnel, le conte du coupeur du bambou, considéré comme le texte narratif japonais le plus ancien. Véritable récit initiatique, il décrit la vie d'une mystérieuse jeune fille, découverte bébé dans la tige d'un bambou, et destinée à devenir une princesse malgré elle.


Nous suivrons donc la jeunesse de Kaguya, heureuse avec ses camarades à la campagne. L'innocence laisse hélas rapidement la place à de nouvelles responsabilités lorsque ses parents adoptifs décident d'en faire une princesse, s'installent dans une luxueuse maison en ville et confient la jeune fille à une femme stricte chargée de son éducation. Et pour ne rien arranger, la beauté de la princesse attire de nombreux prétendants bien décidés à l'épouser.

L'argent et le statut social ne font pas le bonheur : si la principale thématique du film semble aussi naïve qu'enfantine, Isao Takahata parvient à ne pas sombre dans un côté trop fleur-bleue, d'abord grâce à des dessins au style très épuré, ensuite grâce à une profondeur assez étonnante des personnages. La volonté de non-conformité de Kaguya nous semble ainsi plutôt naturelle, et les rebondissements liés aux quêtes qu'elle propose à ses admirateurs ou l'affrontement permanent avec son enseignante permettent de rythmer le récit de façon simple et efficace.

Après Le Vent se lève d'Hayao Miyazaki quelques mois plus tôt, le studio Ghibli nous offre un second bijou avec le dernier film de son second fondateur. Visuellement magnifique, il transcende une histoire plutôt simple et parvient à éviter la niaiserie malgré un sujet très gentil. Juste magnifique, malgré un final un peu moins inspiré concernant les origines de la princesse.

Note : 8,5/10