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vendredi 25 mars 2022

Love & Peace


Titre : Love & Peace (Rabu & Pîsu)
Réalisteur : Sono Sion
Acteurs : Hiroki Hasegawa, Kumiko Aso, Toshiyuki Nishida
Date de sortie en France : 20 novembre 2020 (vidéo)
Genre : drame, fantastique, kaiju eiga

Synopsis :  
Chanteur de rock déchu, Ryoichi est devenu un anonyme employé de bureau. Pris d'une folle amitié pour une tortue nommée Pikadon, il doit, sous la pression de ses collègues dont il est le souffre-douleur, l'abandonner. Pikadon trouve refuge dans les égouts, où elle rencontre un vieil homme qui lui donne la faculté de parler.

Avis : 
« Pikadon, jamais je ne t’oublierai ». Une simple phrase, le refrain d’une banale chanson de J-rock qui va faire du héros une célébrité, mais qui va porter en elle le double niveau de lecture du film de Sono Sion. Pikadon, c’est la bombe atomique : pika- désigne le flash lumineux, tandis que -don évoque la déflagration. Pikadon, c’est aussi le nom de la gentille et mignonne tortue du héros. Un nom de kaiju. Un nom qui fait le lien entre les créatures du kaiju eiga, et leur origine atomique. 
 

Avec Love & Peace, Sono Sion « fait son cinéma ». Un cinéma souvent empreint de cynisme, souvent très critique envers son propre pays, et qui profite de l’organisation des futurs (à l’époque) Jeux Olympiques de Tokyo pour égratigner la course au progrès qu’ils entraînent, dans une société où l’égoïsme, le harcèlement et le culte de l’apparence sont devenus les moteurs. Dans cette société, le vieux, l’ancien sont voués à être jetés au profit du neuf, tels ces jouets et ces animaux abandonnés par leurs propriétaires.

Un cinéma également bourré de nostalgie, notamment envers les films à effets spéciaux typiques du Japon : des origines atomiques de Godzilla à l’élevage d’une tortue qui deviendra géante, rappelant forcément Gamera l’héroïque, Sono Sion nous offre un condensé de kaiju eiga, en utilisant des effets spéciaux traditionnels, des plans signatures (la tortue géante traversant Tokyo, ou son transport, attachée sur une remorque), des thématiques classiques du genre : les Jeux Olympiques de 1964 avaient déjà fait prendre une nouvelle direction à la saga Godzilla, le progrès technologique les accompagnant marquant l’apparition d’éléments de SF, et la figure du monstre amical renvoie évidemment aux premiers Gamera et à certains Godzilla. Sono Sion va même, le temps d’une séquence fantasmagorique, sembler s’amuser du manque de moyens des films du genre durant les années 70 en faisant évoluer son monstre au milieu de bâtiments réduits à leur plus simple expression, des bâtiments de jeux de société, tous semblables et sans aucun détail. A moins qu’il ne s’agisse de mettre le doigt sur les dérives d’une société tournée vers l’uniformité ?
 

Cette nostalgie est également palpable dans toutes les séquences mettant en scène jouets et animaux abandonnés, partagés entre le faible espoir peu réaliste de retrouver leurs propriétaires (les chiens espérant par exemple être accueillis à bras ouverts par leurs maîtres les ayant « perdus ») et le cynisme du chat. Cela amène à une conclusion magnifique et particulièrement émouvante.

La rencontre entre Sono Sion et un cinéma familial pouvait laisser perplexe, mais le prolifique réalisateur offre une œuvre bouleversante, et pas beaucoup moins cynique ou critique que le reste de sa filmographie. On appréciera tout particulièrement le mordant relatif à tout ce qui entoure l’organisation des Jeux Olympiques, rendu encore plus efficace par le report de cet événement suite à la pandémie de Covid19. Bref, une réussite totale en ce qui me concerne ! 
 


 

samedi 1 juin 2013

Cold fish


Titre : Cold fish (Tsumetai nettaigyo)
Réalisateur : Sono Sion
Acteurs : Mitsuru Fukikoshi, Denden, Asuka Kurosawa
Date de sortie : 2010
Genre : thriller, drame

Synopsis : 
Shamoto tient une boutique de poissons tropicaux. Sa deuxième femme ne s’entend guère avec sa fille, Mitsuko, et cela lui fait peur. Un jour, prise en flagrant délit de vol dans un supermarché, Mitsuko va trouver en la personne de Mr Murata, non seulement un sauveur, mais aussi un homme exerçant le même métier que son père mais à grande échelle. Il poussera même la bonté jusqu’à lui offrir un travail dans son magasin. Mais Mr Murata s’intéresse d’un peu trop près à cette famille qu’il embarquera pour un voyage au bout de l’horreur… 

Avis : 
 S'inspirant d'une histoire vraie (même si personne ne semble vraiment savoir laquelle), Sono Sion (Love Exposure, The Land of hope) s'intéresse pour ce Cold fish à une famille que l’on sent au bord de l’explosion : le «héros» est un homme totalement effacé, remarié à une femme qui s’est rapidement lassée de lui et père d’une jeune en pleine crise d'adolescence. Quand cette dernière est surprise à voler dans un supermarché, la famille ne doit son salut qu’à l’intervention de Murata, qui se lie immédiatement d’amitié avec la famille, exerçant le même métier que le père, exhibant une richesse ne laissant pas indifférente la mère et offrant son premier métier et une certaine indépendance à la jeune fille. Mais tout ceci a un prix, comme l’apprendra rapidement Shamoto, entraîné dans une spirale de violence qui l’obligera à, enfin, se rebeller. 


Hésitant entre le thriller glauque et la farce macabre, Cold Fish multiplie les passages gores et érotiques, versant tantôt dans une certaine folie, tantôt dans un humour noir dévastateur, notamment lorsque Murata tente d’apprendre à Shamoto l’art de se débarrasser d’un corps. Le film donne surtout, à l’image des récents The Chaser ou J’ai rencontré le Diable l’impression d’une progression implacable des événements, de l’absence totale de possibilité de fin heureuse. Le formidable Mitsuru Fukikoshi incarne à merveille l’évolution du personnage, d’abord totalement effacé et dépassé par les événements avant d’exploser dans un terrible final.

Tout n’est cependant pas parfait : Cold Fish dépasse largement les 2 heures, et réussit par moments à nous ennuyer, sans doute parce que l’histoire est relativement prévisible. De même, l’analyse sociale n’est pas toujours d’une immense finesse, et Sion finit régulièrement par se contenter de suivre le cahier des charges du studio Sushi Typhoon : beaucoup de sang et de fesses, de façon souvent assez gratuite. Enfin, si les acteurs principaux sont remarquables (Denden jouant à merveille ce vieillard à l’air innocent capable de devenir menaçant d’une seconde à l’autre), on ne peut guère en dire autant des acteurs secondaires ou des actrices, clairement en dessous...

S’il ne s’agit pas, loin s’en faut, du meilleur film de son réalisateur, ce second volet de sa «trilogie de la haine» entre Love Exposure et Guilty of romance, montre une nouvelle fois que Sono Sion est un cinéaste à suivre. Bien qu’un peu trop long, Cold Fish reste une oeuvre forte, mêlant humour noir et passages plus sombres, jusqu’à parfois se perdre dans une accumulation un peu racoleuse de violence et de sexe. 

Note : 7,5/10


  

vendredi 31 mai 2013

The Land of hope - terre d'espoir


Titre : The Land of hope - terre d'espoir (Kibo no kuni)
Réalisateur : Sono Sion
Acteurs : Isao Natsuyagi, Jun Murakami, Megumi Kagurazaka
Date de sortie en France : 24 avril 2013
Genre : drame, catastrophe

Synopsis : 
Un tremblement de terre frappe le Japon, entraînant l'explosion d'une centrale nucléaire.
Dans un village proche de la catastrophe, les autorités tracent un périmètre de sécurité avec une bande jaune qui coupe en deux la localité. Une sorte de ligne de démarcation absurde, entre danger bien réel et sécurité toute théorique. Au sein de la famille Ono, les parents, âgés, choisissent de rester. Leur fils et son épouse acceptent d'être évacués pour fuir la radioactivité…  


Avis : 
 N'allez surtout pas croire que Sono Sion, réalisateur des formidables et déjantés Love Exposure ou Guilty of romance, se soit assagi juste parce qu'avec The Land of hope, il réalise cette fois un drame très classique sur sa forme. Il s'attaque en effet à un thème toujours tabou au Japon, celui du nucléaire, dans une espèce de Fukushima-bis : après un séisme, puis un tsunami, un incident nucléaire contamine toute une région. Une centrale située dans une ville au doux nom de Nagashima, contraction évidente entre Nagasaki, Hiroshima et Fukushima. 


De la catastrophe, nous ne verrons presque rien : le séisme ne durera que quelques secondes, le tsunami ne sera présent qu'à travers ses conséquences, et l'explosion de la centrale sera montrée à la télé, de façon presque anecdotique. Ce qui intéresse Sono Sion ici, ce sont les conséquences immédiates de ce drame dans l'esprit des individus, là où Michale Boganim les étudiait des années après l'incident de Tchernobyl dans La Terre outragée. Nous allons ainsi suivre trois couples, très proches avant les événements (famille et voisins), dont les destins et réactions seront bien différentes.

 D'abord, le vieux Yasushiko et son épouse Chieko, atteinte de la maladie d'Alzheimer, qui décident de rester au bord de la zone interdite, la ligne jaune de démarcation traversant leur jardin. Ensuite, leur fils Yoichi et sa femme Izumi, qui choisissent de quitter l'endroit et tomberont peu à peu dans la phobie des radiations, avec cette menace invisible et une paranoïa rappelant par moments le Bug de William Friedkin. Enfin, leurs voisins Yoko et Mitsuzu, évacués par l'armée mais souhaitant revenir chez eux. Si ce dernier duo est sans grand intérêt, et d'ailleurs très souvent délaissé par Sion, les deux premiers couples seront largement développés, permettant au réalisateur d'osciller entre le drame intimiste et une approche plus psychologique, Izumi perdant peu à peu pied en souhaitant protéger l'enfant dont elle est enceinte des radiations.

Hélas, s'il ressort de tout cela une véritable mélancolie et une certaine poésie, Sono Sion peine à nous faire ressentir une véritable émotion, même lorsque l'on est en présence des deux aînés, pourtant très attachants. Il finit même, en étirant au maximum son film, par nous ennuyer, la seconde moitié du film devenant même par moments insupportable de longueur. Même la charge contre le nucléaire et la gestion par les autorités de la catastrophe de Fukushima finit par lasser, trop évidente pour ne pas retomber comme un soufflé. 

Sono Sion nous livre donc avec The Land of hope un film à l'apparence plus calme, avec une mise en scène très classique, sans ses débordements caractéristiques, mais aussi plus engagé, quitte à en devenir maladroit. Cela nous donne un très beau film, mais qui aurait sans doute gagné à être plus court, nous évitant ainsi une certaine indigestion dans la dernière heure... 

Note : 7/10