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lundi 14 décembre 2015

La Danza de la realidad


Titre : La Danza de la realidad
Réalisateur : Alejandro Jodorowsky
Avec : Brontis Jodorowsky, Pamela Flores, Jeremias Herskovits
Date de sortie en France : 4 septembre 2013
Genre : drame, biopic

Synopsis : 
Né au Chili en 1929, dans la petite ville de Tocopilla, où le film a été tourné, Alejandro Jodorowsky fut confronté à une éducation très dure et violente, au sein d’une famille déracinée. Bien que les faits et les personnages soient réels, la fiction dépasse la réalité dans un univers poétique où le réalisateur réinvente sa famille et notamment le parcours de son père jusqu’à la rédemption, réconciliation d’un homme et de son enfance.

Avis : 
A 84 ans, et plus de vingt ans après son dernier film, Alejandro Jodorowsky est revenu en 2013 avec La Danza de la realidad, pour une oeuvre autobiographique sans pareille. Entre réel et fantasme, le réalisateur chilien retrace une partie de sa vie, de celle de ses parents, mais aussi de son pays à l'époque de la première présidence de Carlos Ibañez del Campo.


Comme d'habitude, le film de Jodorowsky ne ressemble à aucun autre, et brasse des thèmes aussi divers et riche que l'antisémitisme, le communisme, le nazisme, avec d'innombrables personnages hauts en couleurs, comme ces mineurs handicapés, ces clowns, ce président amoureux de son cheval ou, évidemment, les parents de Jodorowsky : le père, bien décidé à faire oublier, par courage, ses origines juive et ukrainienne, et qui élèvera le petit Alejandro de façon très autoritaire ; et la mère, ne s'exprimant qu'en chantant.

Le tragique et le comique se mêlent sans cesse, avec quelques séquences d'une sublime poésie (le chant des estropiés) et d'autres incroyablement violentes (les tortures infligées à Jaime). Mais surtout, Jodorowsky ne s'impose aucune limite, et nous offre une oeuvre d'une richesse visuelle et sonore infinie, qui s'essouffle à peine dans sa seconde partie plus centrée sur la déchéance du père d'Alejandro, ou lors de monologues moins frappants que les images.

Il n'y a que Jodorowsky qui pouvait nous offrir un film aussi fou, aussi libre. S'il n'atteint pas les sommets de El Topo ou Santa Sangre, La Danza de la realidad reste une oeuvre à part, baroque et débridée, et on en viendrait presque à croire que le petit Alejandro a bien vécu toutes ces péripéties !

Note : 8.5/10




vendredi 23 août 2013


Titre : No
Réalisateur : Pablo Larraín
Acteurs : Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro
Date de sortie en France : 6 mars 2013
Genre : drame, historique


Synopsis : 
Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet. 

Avis : 
 En 1988, Augusto Pinochet organise donc un référendum pour assurer son maintien au pouvoir tout en lui donnant une assise démocratique apparente. Avant la campagne, le résultat ne semble en effet faire aucun doute : les soutiens au dictateur sont nombreux, et les opposants sont souvent réduits au silence par peur de représailles ou par la certitude que rien ne changera vraiment. La campagne référendaire passe pour la première fois par la télévision, chaque camp disposant de 15 minutes quotidiennes pour diffuser ses messages.


No va ainsi suivre la campagne du "non" à travers le personnage de René Saavedra, jeune publicitaire, qui va appréhender la question de la démocratie non comme un idéal, mais comme un produit qu'il faut vendre au public. C'est là l'une des grandes forces du film : au-delà de son aspect politique, qui ne sert finalement que de toile de fond, il va étudier cet affrontement de propagandes. Face aux images du camp du "pour", qui entend rappeler aux chiliens les progrès opérés depuis la prise de pouvoir de Pinochet, Saavedra va opter pour une approche originale : celle de se concentrer sur le bonheur, la joie.

Saavedra semble ainsi un peu décalé au milieu de son groupe : il n'est jamais vraiment militant, et est plus intéressé par les aspects techniques, par le rythme de ses clips que par le rappel des heures sombres du pays. On le verra ainsi, à l'annonce de la victoire du "non", un peu perdu, détaché, avant d'aller reprendre son travail de publicitaire chez son patron partisan du "oui" comme si rien n'avait changé. Il ne sera vraiment concerné que lorsque ses actions attireront l'attention du camp opposé, et que sa famille sera surveillée et même menacée.

Reprenant des images d'archives, et optant pour un format en 4/3 et un grain destiné à vieillir l'image et la rapprocher d'un documentaire d'époque, No est un excellent film, aussi amusant et grinçant qu'inquiétant et intelligent, dépassant le simple film historique et politique pour entraîner une réflexion sur le pouvoir des médias sur le spectateur, un thème forcément d'actualité...

Note : 8,5/10


mercredi 1 mai 2013

4h44 Dernier jour sur Terre


Titre : 4h44 Dernier jour sur Terre (4:44 - Last day on Earth)
Réalisateur : Abel Ferrara
Acteurs : Willem Dafoe, Shanyn Leigh, Natasha Lyonne
Date de sortie en France : 19 décembre 2012
Genre : drame, science-fiction

Synopsis : 
New York. Cisco et Skye s'apprêtent à passer leur dernier après-midi ensemble. C'est l'heure des adieux, l'occasion d'une ultime étreinte. Comme la majorité des hommes et des femmes, ils ont accepté leur destin. Demain, à 4h44, le monde disparaîtra.

Note : 
Que feriez-vous si le Monde devait disparaître dans quelques heures ? Abel Ferrara (L'Ange de la vengeance, Go go tales) nous donne la réponse : vous vous emmerderiez sans doute profondément, errant sans véritable but, blasés et résignés, ne sachant pas comment combler ces derniers moments de votre existence. Ou alors, vous travailleriez jusqu'à la fin, ou diriez une dernière fois à vos proches que vous les aimez. En gros, vous n'en auriez pas grand chose à faire.


Difficile de dire si cette vision des choses d'un Abel Ferrara très sage est très optimiste ou particulièrement pessimiste. Il centre son film autour d'un couple, Cisco et Skye, qui entre deux étreintes vont combler ces quelques heures comme si elles n'étaient pas importantes. Elle continue à peindre, il regarde la télé, et seules quelques discussions avec des proches rappellent l'apocalypse imminente. Si la volonté d'aborder la fin du monde de façon plus intimiste, très loin de ce que peuvent nous offrir des blockbusters comme 2012, est une idée intéressante (que l'on retrouve déjà un peu dans Melancholia ou Perfect Sense), elle se traduit à l'écran par un immobilisme assez ennuyeux.

Mais surtout, on n'a finalement à aucun moment l'impression que la Fin est proche : personne ne semble véritablement concerné par la fin du monde, se contentant généralement de boire un verre avec des potes ou en famille. Résultat : la fin du monde semble surtout horrible parce qu'on s'y ennuie terriblement. Et malgré l'aspect alarmiste du film, qui insiste parfois lourdement sur la responsabilité de l'Homme dans le désastre, on peine à s'intéresser à ce qui se passe à l'écran, d'autant que l'errance des personnages est d'un intérêt limité, quand leurs réactions ne sont pas irritantes.

4h44 Dernier jour sur Terre ne parvient ainsi jamais à aller plus loin que son idée de base pourtant alléchante. Abel Ferrara nous livre même en fait - peut-être volontairement - l'une des apocalypses les plus chiantes de tous les temps, où même les personnages semblent ignorer totalement leur sort et continuent à vivre comme si rien n'allait bouleverser leur quotidien. Un exercice de style qui finit par lasser, même s'il n'est pas totalement dénué d'intérêt...

Note : 4/10