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mardi 10 novembre 2015

Le Fils de Saul


Titre : Le Fils de Saul (Saul Fia)
Réalisateur : Laszlo Nemes
Acteurs : Géza Röhring, Levente Molnar, Urs Rechn
Date de sortie en France : 4 novembre 2015
Genre : drame

Synopsis : 
Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

Avis : 
Grand Prix au Festival de Cannes, Le Fils de Saul réussit le difficile pari de nous plonger dans l'univers des camps de la mort nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Laszlo Nemes nous fait suivre Saul, Sonderkommando juif contraint de travailler dans les crématoriums ou des centaines d'innocents sont exécutés chaque jour. Un quotidien passé à tutoyer la mort, jusqu'à ne plus voir les victimes menées à l'abattoir que comme des silhouettes floues, sans visage, sans identité.


Pourtant, au milieu de ces montagnes de cadavres, il y aura donc celui de ce jeune garçon, qui va devenir une obsession pour Saul. La mort reprend soudain un visage, et avec ce visage vient la volonté de donner une vraie sépulture, comme pour se réapproprier une mort qui a également été volée/violée par les nazis. Saul devra donc récupérer le corps, le cacher, l'enterrer et trouver un rabbin afin d'accompagner la maigre cérémonie.

Nemes choisit d'adopter le point de vue unique de son personnage, le serrant de près pendant de longs plans-séquences, ne nous laissant saisir que les images et conversations qu'il perçoit. Le film joue ainsi sur les sens, et si l'on ne voit que très peu d'horreurs, l'ouïe nous permet d'en saisir beaucoup, notre imagination faisant le reste. La scène d'introduction, où nous ne pourrons qu'entendre les hurlements des juifs enfermés dans les douches, est ainsi l'un des passages les plus glaçants du cinéma. Seul petit bémol, la séquence de l'émeute qui, si elle retranscrit parfaitement le chaos ambiant, est un peu pénible à suivre.

Le Fils de Saul est un film d'une rare puissance, aussi glaçant qu'intelligent. L'un des plus gros chocs de cette année 2015, et l'une des oeuvres cinématographiques les plus marquantes sur la Shoah.

Note : 9.5/10


lundi 22 décembre 2014

White God


Titre : White God (Fehér Isten)
Réalisateur : Kornel Mundruczó
Acteurs : Zsófia Psotta, Sándor Zsótér, Lili Horváth
Date de sortie en France : 3 décembre 2014
Genre : drame

Synopsis : 
Pour favoriser les chiens de race, le gouvernement inflige à la population une lourde taxe sur les bâtards. Leurs propriétaires s’en débarrassent, les refuges sont surpeuplés. Lili, 13 ans, adore son chien Hagen, mais son père l’abandonne dans la rue. Tandis que Lili le cherche dans toute la ville, Hagen, livré à lui-même, découvre la cruauté des hommes.

Avis : 
Récompensé dans la sélection "Un certain regard" au Festival de Cannes 2014, White God est un des films les plus étonnants de cette fin d'année. A partir d'une histoire assez simple, sans doute plus adaptée, en apparence, à un format court, Kornel Mundruczó va magnifier le thème de l'animal dangereux pour nous livrer un film aussi fort et touchant qu'intelligent.


On va donc suivre Lili et son chien Hagen. Un duo qui semble devenu un poids pour les parents divorcés : dès le début, la mère et son nouveau petit ami les refilent à un père clairement incapable de s'occuper d'eux. Son appartement n'est pas adapté pour recevoir une adolescente, et encore moins un chien, d'autant qu'il devra payer une taxe pour conserver le bâtard sous ton toit : il est ainsi contraint d'abandonner l'animal, dans une scène déchirante qui nous rend forcément l'homme antipathique. Mais le film va s'attacher à approfondir le personnage, par petites touches, notamment en le présentant comme une victime de la crise économique n'ayant d'autre alternative.

Hélas, choix ou pas, l'abandon d'Hagen aura des conséquences dramatiques sur le chien. Le réalisateur nous propose ainsi de suivre l'animal comme un véritable personnage, l'innocence de l'animal étant peu à peu détruite (tout comme celle de la jeune fille), poursuivi par la fourrière puis entraîné pour participer à des combats... jusqu'à se révolter. Le chaos qui suivra sera incroyablement réussi, grâce notamment au choix d'utiliser de vrais chiens (environ 250), ce qui donne un impact tout particulier à ces passages.

Révoltant, le film nous met régulièrement mal à l'aise, autant dans les comportements des humains envers les animaux que lors de la vengeance, parfois aveugle, de la meute. White God est ainsi souvent cru et violent, évite au maximum le manichéisme tout en laissant une lueur d'espoir grâce au personnage de Lili, qui tentera de se relever après une lente chute. Une véritable réussite.

Note : 8,5/10