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dimanche 10 décembre 2023

Godzilla Minus One

 
 
Titre : Godzilla Minus One
Réalisateur : Takashi Yamazaki
Acteurs : Ryūnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yuki Yamada, Munetaka Aoki, Hidetaka Yoshioka, Sakura Andō, Kuranosuke Sasaki
Date de sortie en France : 7 décembre 2023
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Le Japon se remet à grand peine de la Seconde Guerre mondiale qu’un péril gigantesque émerge au large de Tokyo. Koichi, un kamikaze déserteur traumatisé par sa première confrontation avec Godzilla, voit là l’occasion de racheter sa conduite pendant la guerre. 
 
Avis : 
1954 - 2024. Pour fêter ses 70 ans, Godzilla revient enfin au bercail, 7 ans après le formidable Shin Godzilla. Entre temps, le Roi des Monstres a été à l'affiche d'une soporifique trilogie (Godzilla : La Planète des monstres, Godzilla : la Ville à l'aube du combat et Godzilla : le dévoreur de planètes),  et d'une série animée diffusées sur Netflix (Godzilla : l'origine de l'invasion), et surtout d'un massacre en règle dans le triste MonsterVerse avec les tristes suites du Godzilla de Gareth Edwards : Godzilla II : Roi des Monstres et Godzilla vs Kong. Hasard (ou non) du calendrier, la "sortie" au cinéma de Godzilla Minus One en France coïncide avec l'arrivée de la bande-annonce du futur Godzilla X Kong : le Nouvel Empire qui n'annonce rien de bon. 
 
 
Bref, il était temps que le véritable Godzilla revienne mettre les pendules à l'heure et l'église au centre du village. Pour cet anniversaire, la Toho choisit une nouvelle fois de confier son bébé à un réalisateur confirmé, à la vision singulière. Après Ryuhei Kitamura et son complètement fou Godzilla : Final Wars, après Hideaki Anno et Shinji Higuchi pour l'exceptionnel Shin Godzilla, c'est Takashi Yamazaki qui se retrouve aux manettes, un réalisateur reconnu comme expert en effets spéciaux numériques, mais qui s'est aussi parfois retrouvé au coeur de polémiques en raison des sous-textes ambigus de certains de ses films, dont Kamikaze, le dernier assaut
 
Il sera justement question d'un kamikaze dans ce Godzilla Minus One, qui se déroule au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans un Japon portant encore les stigmates, tant matérielles que psychologiques, de la défaite et des bombardements atomiques. Si le pays pensait avoir atteint le fond, l'attaque de Godzilla va encore empirer la situation, et l'amener plus bas que terre. Au niveau -1, d'où le titre du film. Et si cette attaque permettait aux japonais de tourner la page pour faire front face à cette nouvelle catastrophe ?
 

Shin Godzilla nous perdait dans les méandres et la froideur d'une administration incapable d'agir ou de réagir face à la menace du monstre. Minus One en prend le parfait opposé en nous faisant suivre un héros clairement identifié, et sa quête de rédemption. Yamazaki va ainsi prendre le temps de développer ses personnages, de les rendre crédibles et attachants, et décupler par la même occasion l'impact des attaques de Godzilla. 
 
Car le monstre nous offre quelques séquences incroyables, s'inspirant de pas mal de ses aînés (une séquence signature de Godzilla par-ci, une origine calquée sur celle de Godzilla vs King Ghidorah par-là) et d'autres classiques du cinéma (Les Dents de la mer, pour le plus évident). La première attaque offre quelques images assez inédites dans la saga, et la séquence de destruction de Ginza m'a scotché sur mon siège tant elle était impressionnante... voire même terrifiante. Une terreur que l'on retrouve dans Godzilla lui-même, le monstre se révélant particulièrement menaçant et colérique,  bénéficiant de plus d'une capacité de régénération donnant quelques images cauchemardesques rappelant parfois le GMK de Kaneko. Que dire enfin de son souffle atomique, qui retrouve un impact destructeur total ? On saluera d'ailleurs la qualité des effets spéciaux, souvent impressionnants, pour un film dont le budget n'avoisine pourtant "que" les 15 millions de dollars. 


Bref, ce Godzilla Minus One est l'un des tous meilleurs films de l'année, et l'un des tous meilleurs films de la saga. Un film profondément humaniste, qui exploite à merveille le cadre du Japon d'après-guerre, évoquant sans jamais les nommer directement les traumatismes d'Hiroshima et Nagasaki (la simple image d'un compteur Geiger analysant un vélo d'enfant suffit à faire le parallèle), évacuant de façon uchronique l'occupation américaine ("trop occupée avec les soviétiques") et imaginant le peuple japonais contraint de s'organiser sans cadre institutionnel défini. Un film incroyablement spectaculaire, avec quelques unes des scènes de destruction les plus réussies depuis 70 ans, pour un anniversaire presque parfait, si l'on fait abstraction des 3 dernières minutes... et de la fête franchement gâchée en France.

On ne pourra ainsi que regretter la distribution famélique du film en France, avec deux uniques dates dans quelques cinémas Pathé, au tarif prohibitif de la 4DX, et quelques diffusions événementielles comme au PIFFF (à 0h20 en semaine...) ou au Festival du cinéma japonais contemporain. Un crève-coeur pour un film qui ne se savourera pleinement qu'avec un écran et une installation sonore de qualité, ne serait-ce que pour profiter du rugissement du monstre ou de la superbe musique du film. 



vendredi 10 février 2023

Space monster Wangmagwi

 
Titre : Space Monster Wangmagwi (Ujugoe-in Wangmagwi)
Réalisateur : Hyeok-jinn Gwon
Acteurs : Won Namkung, Seon-kyeong Kim, Eun-jin Han
Date de sortie en France : -
Genre : kaiju eiga
 
Synopsis :  
Des extraterrestres cherchent à envahir notre planète, et nous envoient un monstre géant, Wangmagwi, qui détruit tout sur son passage. Menée par Oh Jeong-hwan, l'aviation coréenne tente d'arrêter la créature, mais celle-ci enlève bientôt la fiancée de Oh Jeong-hwan.

Avis : 
Dans le monde merveilleux du kaiju eiga, il existe quelques trésors perdus, notamment lorsque l'on s'aventure en dehors des terrains balisés par les grands studios japonais. C'est le cas par exemple du légendaire Bulgasari, réalisé par Kim Myeong-je en 1962, introuvable depuis sa sortie, sans doute en raison d'un accueil critique assez catastrophique. C'était également le cas de Ujugoe-in wangmagwi, de 1967 : le film n'était diffusé que par les Archives du film coréen, ou visible dans la bibliothèque de l'institution. Finalement, 55 ans plus tard, le film a enfin droit à une sortie en Occident, édité en Blu-Ray par les américains de SRS Cinéma. Pour le plus grand plaisir des fans du genre, qui ne s'attendaient certainement plus à voir enfin l'un des plus anciens films de monstres coréens. 
 
 
Autant vous le dire tout de suite : comme souvent avec le kaiju eiga, Space monster Wangmagwi est réservé aux amateurs hardcores du genre, ceux qui prennent leur pied devant un acteur en costume piétinant des maquettes et des miniatures. Et il faut bien avouer que, dès les premières minutes, avec cette navette dérivant paresseusement devant un espace que n'aurait sans doute pas renié Ed Wood, ou avec ces extraterrestres en costume argenté évoluant dans un vaisseau bien vide, on en a pour notre argent. Le temps de nous expliquer rapidement leur plan (qui consiste, comme souvent, à nous balancer un monstre géant pour nous détruire et voler notre planète), on retourne sur Terre faire connaissance avec les principaux personnages. 

Un début de film assez classique donc, qui va rapidement être dynamité par deux éléments : le monstre, tout d'abord ; les personnages, ensuite. Car Wangmagwi n'est pas un kaiju eiga classique : c'est aussi une comédie, qui oscille entre le vaudeville et le pipi-caca entre deux séquences catastrophe. Le monstre géant commence à tout péter dans la ville ? Deux nigauds en profitent pour se lancer des paris grotesques, l'un misant son argent, l'autre mettant en jeu... son épouse. Un militaire est envoyé pour affronter le monstre ? Sa fiancée est uniquement préoccupée par le fait que son mariage en sera retardé. Un vieillard se fait piétiner par Wangmagwi ? Au même moment, un homme est trahi par ses intestins. Et si je pensais avoir tout vu avec cette scène, c'était sans compter sur le personnage du gamin. 
 

Voleur mais courageux, ce dernier n'hésitera pas à aller affronter seul, avec sa b... et son couteau, le monstre géant qui détruit la ville. On atteint ici des sommets, le garçon parvenant presque à lui seul à mettre la créature en déroute, avec un sens du sadisme assez terrifiant... et une redoutable vessie. Pour ceux qui veulent en savoir plus, rendez-vous en fin de chronique pour le résumé d'une séquence qui est, je pense, unique dans le cinéma de genre. 

Bref, des personnages hauts en couleurs, mais qui ne parviennent pas à éclipser un des monstres les plus craignos de l'histoire du kaiju eiga. Avec ses oreilles tombantes, sa langue constamment sortie et ses petits yeux, Wangmagwi inspire plus le sourire que la crainte. En revanche, malgré un costume qui n'a pas dû coûter grand chose (malgré une imposante fermeture éclair, bien visible dans le dos du monstre), il est assez crédible dans les séquences de destruction, grâce à des maquettes plutôt réussies et quelques effets de transparence bien travaillés. En dehors de son apparence, son comportement intrigue : alors qu'il semble capable de tout péter en quelques secondes, il passe de longues, très longues minutes à tourner autour du même bâtiment, et épargnera, apparemment séduit par sa poitrine, la future mariée, la transportant dans sa main pendant tout le film, tel un King Kong enlevant la belle Fay Wray. 
 

Space monster Wangmagwi est dont un film à réserver aux amateurs acharnés de kaiju eiga, qui sauront apprécier le kitsch émanant de l'oeuvre, et lui pardonner son humour parfois douteux. Un film qu'on aura sans doute rangé aux côtés des pires "Godzilla" et "Gamera", s'il n'avait pas été aussi longtemps invisible. 

Enfin, comme promis, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter certains gags du film. Ainsi, comment oublier toute la séquence où le jeune garçon escalade Wangmagwi, avant de s'introduire dans ses oreilles. Le temps de déchirer les tympans du pauvre monstre, d'échapper à une terrible chute en s'accrochant à ses poils de nez, le gamin va finalement... uriner à l'intérieur de la boîte crânienne de l'arme fatale des extraterrestres. Le tout, avant de menacer de crever également les yeux de Wangmagwi, qui ne méritait sans doute pas autant d'acharnement ! 



vendredi 25 mars 2022

Love & Peace


Titre : Love & Peace (Rabu & Pîsu)
Réalisteur : Sono Sion
Acteurs : Hiroki Hasegawa, Kumiko Aso, Toshiyuki Nishida
Date de sortie en France : 20 novembre 2020 (vidéo)
Genre : drame, fantastique, kaiju eiga

Synopsis :  
Chanteur de rock déchu, Ryoichi est devenu un anonyme employé de bureau. Pris d'une folle amitié pour une tortue nommée Pikadon, il doit, sous la pression de ses collègues dont il est le souffre-douleur, l'abandonner. Pikadon trouve refuge dans les égouts, où elle rencontre un vieil homme qui lui donne la faculté de parler.

Avis : 
« Pikadon, jamais je ne t’oublierai ». Une simple phrase, le refrain d’une banale chanson de J-rock qui va faire du héros une célébrité, mais qui va porter en elle le double niveau de lecture du film de Sono Sion. Pikadon, c’est la bombe atomique : pika- désigne le flash lumineux, tandis que -don évoque la déflagration. Pikadon, c’est aussi le nom de la gentille et mignonne tortue du héros. Un nom de kaiju. Un nom qui fait le lien entre les créatures du kaiju eiga, et leur origine atomique. 
 

Avec Love & Peace, Sono Sion « fait son cinéma ». Un cinéma souvent empreint de cynisme, souvent très critique envers son propre pays, et qui profite de l’organisation des futurs (à l’époque) Jeux Olympiques de Tokyo pour égratigner la course au progrès qu’ils entraînent, dans une société où l’égoïsme, le harcèlement et le culte de l’apparence sont devenus les moteurs. Dans cette société, le vieux, l’ancien sont voués à être jetés au profit du neuf, tels ces jouets et ces animaux abandonnés par leurs propriétaires.

Un cinéma également bourré de nostalgie, notamment envers les films à effets spéciaux typiques du Japon : des origines atomiques de Godzilla à l’élevage d’une tortue qui deviendra géante, rappelant forcément Gamera l’héroïque, Sono Sion nous offre un condensé de kaiju eiga, en utilisant des effets spéciaux traditionnels, des plans signatures (la tortue géante traversant Tokyo, ou son transport, attachée sur une remorque), des thématiques classiques du genre : les Jeux Olympiques de 1964 avaient déjà fait prendre une nouvelle direction à la saga Godzilla, le progrès technologique les accompagnant marquant l’apparition d’éléments de SF, et la figure du monstre amical renvoie évidemment aux premiers Gamera et à certains Godzilla. Sono Sion va même, le temps d’une séquence fantasmagorique, sembler s’amuser du manque de moyens des films du genre durant les années 70 en faisant évoluer son monstre au milieu de bâtiments réduits à leur plus simple expression, des bâtiments de jeux de société, tous semblables et sans aucun détail. A moins qu’il ne s’agisse de mettre le doigt sur les dérives d’une société tournée vers l’uniformité ?
 

Cette nostalgie est également palpable dans toutes les séquences mettant en scène jouets et animaux abandonnés, partagés entre le faible espoir peu réaliste de retrouver leurs propriétaires (les chiens espérant par exemple être accueillis à bras ouverts par leurs maîtres les ayant « perdus ») et le cynisme du chat. Cela amène à une conclusion magnifique et particulièrement émouvante.

La rencontre entre Sono Sion et un cinéma familial pouvait laisser perplexe, mais le prolifique réalisateur offre une œuvre bouleversante, et pas beaucoup moins cynique ou critique que le reste de sa filmographie. On appréciera tout particulièrement le mordant relatif à tout ce qui entoure l’organisation des Jeux Olympiques, rendu encore plus efficace par le report de cet événement suite à la pandémie de Covid19. Bref, une réussite totale en ce qui me concerne ! 
 


 

samedi 17 avril 2021

Gorgo

 


Titre : Gorgo
Réalisateur : Eugène Lourié
Avec : Bill Travers, William Sylvester, Vincent Winter
Date de sortie en France : 30 août 1961
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Des chercheurs de trésors tombent nez à nez lors d'une expédition au fond des eaux écossaisses avec un monstre préhistorique, apparu après l'éruption d'un volcan. La population s'inquiète de voir disparaître des pécheurs. Deux hommes, Joe et Sam, vont décider de capturer le dinosaure, malgré les avertissements d'un jeune garçon, John. Après une prise de risque importante, le dinosaure est capturé et vendu à un directeur de cirque qui le fait amener à Londres pour l'exhiber. Mais malheureusement, ce dinosaure n'est en fait qu'un jeune enfant et sa mère, mesurant plus de soixante mètres de haut, entend bien venir le récupérer...

Avis : 
C'est un juste retour des choses : en 1954, Godzilla créait une icône du cinéma fantastique, et un genre à part entière avec le kaiju eiga. A l'époque, le scénario du film de Ishiro Honda avait été largement inspiré par un film d'Eugène Lourié : Le Monstre des temps perdus, et son dinosaure réveillé par des explosions atomiques. En 1961, le réalisateur, à qui l'on doit également Behemoth the sea monster et Le Colosse de New York, signe son propre kaiju eiga : Gorgo, dans lequel un monstre géant s'attaque à la capitale anglaise. 


Néanmoins, l'inspiration principale semble venir, pour la première partie, d'une autre créature mythique. En effet, la volonté de capturer la créature pour ensuite l'exhiber en tant que "Huitième merveille du monde" rappelle fortement King Kong. C'est en fin de film, lorsque la mère de Gorgo vient récupérer son enfant, que le kaiju eiga reprend ses droits : suitmation, destructions de maquette (le paysage de Londres se prête superbement au chaos, notamment lorsque le monstre détruit le Tower Bridge, Big Ben ou se dirige vers Picadilly Circus). Bien sûr, certains avis prêtent maintenant à sourire, notamment la démarche gauche de Maman-Gorgo, mais son visage est impressionnant, parfois effrayant, et les séquences de destruction sont particulièrement réussies, notamment grâce à des mouvement de foule en panique très spectaculaires et crédibles. 

Gorgo reste très classique, mais le fan de monstres géants ne pourra s'empêcher d'y voir la source de nombreuses inspirations. L'apparition de la mère (ou des parents !) d'un monstre capturé ou tué par les humains sera un motif récurrent du cinéma fantastique (de Gappa, le descendant de Godzilla aux Dents de la mer 3... même Godzilla aura un fils !), certaines images seront reprises bien plus tard (Gamera l'héroïque copiera par exemple le plan de Gorgo attaché à l'arrière d'un camion, et Godzilla : final wars reprendra le plan final). 

Avec son kaiju eiga britannique, Eugène Lourié reprend donc les grandes recettes du film de monstre pour nous livrer un film très sympathique, bien meilleur que beaucoup de ses lointains cousins asiatiques, avec quelques sublimes séquences lors de la découverte du monstre ou de la destruction de Londres. Le film réussit même à nous toucher grâce à sa naïveté, dans un final positif que l'on voit rarement dans le genre. 



lundi 5 avril 2021

Mothra contre Godzilla


Titre : Mothra contre Godzilla (Mosura tai gojira)
Réalisateur : Ishirô Honda
Acteurs : Akira Takarada, Yuriko Hoshi, Hiroshi Koizumi
Date de sortie en France : 
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Alors qu'un ouragan vient de dévaster Tokyo, deux reporters sont envoyés sur les restes d'un site industriel. Là, ils découvrent une étrange substance. Au même moment, des pêcheurs attrapent un immense oeuf dont les scientifiques n'arrivent pas à percer le secret. Toharata, un puissant homme d'affiares, l'achète et en fait une attraction particulièrement lucrative. La fameuse créature Godzilla sort de l'ombre et attaque une nouvelle fois le Japon. La seule issue pour les humains sera de demander de l'aide à une autre bête géante, Mothra, à qui appartient l'oeuf...
 
Avis : 
En 1964, Godzilla affronte pour la première fois l'une des créatures les plus emblématiques du kaiju eiga : Mothra. Apparue en 1961 dans le film éponyme, la mite géante est un monstre bienfaiteur, protecteur de la planète, apportant ainsi une dimension écologique et un peu de nuance là où les adversaires de Godzilla ne sont souvent que d'autres géants destructeurs. 



Mothra apporte également une certaine touche de poésie, et une dimension particulièrement tragique à la saga, l'insecte géant étant une créature martyre, obligée d'évoluer pour affronter son adversaire, largement plus puissant qu'elle. Et grâce à des effets spéciaux de qualité, une réalisation soulignant parfaitement les moments forts et l'émotion en émanant, l'affrontement entre Mothra et Godzilla est l'un des meilleurs combats de l'ère Showa, ce qui était loin d'être gagné lorsqu'on imaginait une mite géante se confronter à un reptile géant au souffle atomique. 

A côté des scènes de combat et de destruction (assez peu nombreux, d'ailleurs, l'essentiel du film se déroulant dans des paysages déserts), le scénario est malheureusement plus classique, dénonçant la soif de profit de l'Homme au détriment de la nature, opposant un homme d'affaires bien stéréotypé à un scientifique. Ces séquences entraînent une relative baisse de rythme, heureusement compensée par la qualité des combats? 

Mothra contre Godzilla peut donc se voir comme une véritable fable, un hymne en faveur de la nature. La sagesse et la poésie liées à l'insecte géant tranchent radicalement avec le côté violent de Godzilla - pour la dernière fois de l'ère Showa. La mite géante est d'ailleurs très vite devenue une véritable icône, et l'une des créatures préférées et les plus connues au sein du bestiaire du kaiju eiga, présente dans de nombreux films de la saga Godzilla. Une célébrité telle qu'elle apparaîtra même dans le MonsterVerse américain, dans le très moyen Godzilla II : Roi des monstres.


 
 

mardi 16 juillet 2019

King Kong contre Godzilla


Titre : King Kong contre Godzilla (Kingu kongu tai gojira)
Réalisateur : Ishirô Honda
Acteurs : Tadao Takashima, Kenji Sahara, Yu Fujiki
Date de sortie en France : 7 juillet 1976
Genre : kaiju eiga

Synopsis :
Capturé et ramené au Japon, King Kong affronte Godzilla, récemment échappé du lieu où il était retenu prisonnier.


Avis : 
Pour son troisième film, Godzilla affronte son père spirituel (la sortie de King Kong au Japon ayant, selon la légende, inspiré Honda pour la réalisation de son film). Racheté par la RKO, bénéficiant d'une taille cinq fois plus grande qu'avant, rendu puissant par l'électricité, Kong va donc goûter aux joies du suit-motion pour un film qui semble souvent hésiter entre sérieux ou amusement.


Sérieux, entre hommage au film de 1933 (les indigènes de l'île, Kong au sommet d'un immeuble, l'enlèvement d'une jeune femme...) et séquences remarquables (l'attaque du poulpe géant) ; amusement pour certaines idées loufoques (le transport de Kong grâce à des ballons gonflés à l'hélium !) et pour l'attitude générale du singe, dont les mimiques et réactions, couplées à un costume miteux et laissant peu de place à la mobilité, prête clairement à sourire.

Les combats sont du même acabit, le sérieux de la situation laissant rapidement la place à des combats décomplexés, les deux adversaires luttant comme des stars du catch sur les pentes du Mont Fuji, dans un film dont les effets spéciaux sont mois convaincants que dans Le Retour de Godzilla : si le monstre atomique jouit d'une gueule et d'un costume de plus en plus crédible, il est loin d'en être de même pour son adversaire simiesque. Sans aucune mesure avec son alter-ego de 1933, Kong a ici un visage particulièrement moche et ridicule, d'autant qu'il ne dispose que d'une expression faciale. Toujours niveau effets spéciaux, on aura cette fois moins le loisir d'assister à des destructions de villes. En effet, l'action se déroule essentiellement en pleine campagne, pour se finir sur le mont Fuji. Peu de maquettes donc, contrairement aux deux films précédents.

King Kong vs Godzilla est donc le premier film de la série à oublier un peu le côté sombre et à insérer des éléments plus légers, ce qui est également renforcé par le fait d'avoir été tourné en couleurs, contrairement aux deux premiers de la série. Toutefois, Ishirô Honda n'oublie pas dans certaines scènes son talent pour la réalisation, et le film qui en résulte est donc assez particulier, entre scènes fort réussies et scènes plus risibles.

Note : 5/10



jeudi 30 mai 2019

Godzilla II - Roi des monstres


 Titre : Godzilla II - Roi des monstres (Godzilla: King of monsters)
Réalisateur : Michael Dougherty
Acteurs : Kyle Chandler, Vera Farmiga, Millie Bobby Brown
Date de sortie en France : 29 mai 2019
Genre : action, catastrophe

Synopsis : 
L'agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d'éclater. Alors qu'elles cherchent toutes à dominer la planète, l'avenir même de l'humanité est en jeu…  

Avis : 
Godzilla vs King Ghidorah vs Mothra vs Rodan. On pourrait se croire à l'âge d'or du kaiju eiga, quand le plus célèbre monstre de l'archipel japonais affrontait sans faiblir d'innombrables créatures. Pourtant, nous ne sommes pas ici au Japon, mais bien devant un film américain, avec le troisième volet du MonsterVerse, la saga imaginée par Legendary Pictures autour de Godzilla (rebooté dans le bien nommé Godzilla en 2014) et King Kong (également rebooté avec Kong : Skull Island). Et en attendant le nouvel affrontement entre les deux légendes, déjà prévu pour 2020, Godzilla va se faire la main sur quelques sous-fifres.


Le principal défaut du film de Gareth Edwards était d'être bien trop sage, presque trop respectueux de ses modèles. Skull Island offrait quant à lui le plaisir presque coupable d'un film décomplexé. J'espérais sincèrement que Godzilla II - Roi des monstres (ai-je vraiment besoin de préciser que je trouve ce titre horriblement laid ?) suivrait plutôt la voie emprunté par le singe géant, un affrontement entre monstres titanesques s'accordant mal, à mes yeux, avec un film trop sérieux. Pas de bol, le film de Michael Dougherty (Trick'r treat, Krampus) va vouloir jouer la carte du "dramatique" (oui, avec des guillemets) et du "réaliste" (avec encore plus de guillemets), en nous récitant la gamme du blockbuster américain sans imagination, avec ses personnages creux, son humour de collégien ("Ghidorah, ça ressemble à gonorrhée" LOL) et son scénario brouillon.

On a ainsi la gentille petite famille américaine, déchirée par un drame lors de la dernière apparition de Godzilla : le papa est très colère, a sombré dans l'alcool et souhaite la mort de tous les monstres ; la maman est tristoune, mais a choisi de se tourner vers la recherche pour mieux comprendre les monstres ; la fille ne sait pas trop où se situer, et se contente d'errer avec la même expression pendant deux heures (pour ceux qui se poseraient la question, Millie Bobby Brown n'a pas pris de cours d'interprétation depuis Strangers things). Ajoutez à tout ça un méchant terroriste écologique qui estime que la meilleure façon d'éviter la destruction de la planète, c'est de détruire la planète, et vous êtes en terrain parfaitement connu. Aucune surprise, aucun rebondissement, de la rédemption, du sacrifice, de la bravoure, du sauvetage à l'ultime seconde : on se demande comment fait le film pour passer autant de temps avec des personnages aussi lisses, mais il le fait. Bref, au niveau des personnages, c'est un gros raté qui prend beaucoup trop de place.


Heureusement, il y a les monstres, et le film se montre particulièrement généreux à ce niveau. On retrouve donc les camarades de jeu les plus habituels de Godzilla, à savoir King Ghidorah, Mothra et Rodan. Et quelques rapides apparitions d'autres Titans, qui prouvent s'il le fallait encore que les japonais sont quand-même autrement plus créatifs que les américains quand il s'agit d'imaginer un monstre. On imagine sans peine les millions de dollars ingurgités par la production pour faire vivre ces créatures et, si on peut admirer des effets spéciaux souvent irréprochables, j'avoue rester un peu sur ma faim quant aux apparences des créatures. L'un des paradoxes du kaiju eiga est de faire quelque chose de cohérent sans vraiment chercher le réalisme à tout prix. Ici, on a le paradoxe inverse : à vouloir faire trop crédible, le film perd souvent toute vraisemblance. Alors oui, Rodan qui sort de son volcan, King Ghidorah qui sort de sa prison de glace, cela donne des images superbes... mais on n'y croit pas une seconde.

Sans doute bien conscient de ces limites, le réalisateur choisit généralement de nous placer au plus près de l'action. A côté de ces satanés personnages dont on se contrefout, en fait. Le résultat est double : on assiste ainsi à des combats souvent illisibles, mais dont la proximité renforce l'intensité et le caractère chaotique. Souvent un peu frustrant, le procédé prend enfin toute son ampleur lors du combat final, particulièrement réussi. En fait, l'élément le plus réussi des Titans est la façon avec laquelle ils ont été intégrés aux mythes et croyances classiques.


On s'étonnera aussi de l'étrange maladie des scénaristes, apparemment atteints de ce que je qualifierais d'un "Tourette de référence" : à intervalles réguliers, sans prévenir, sans réelle cohérence, on nous balance un clin d'oeil visuel, une musique, une phrase destinée à faire vibrer le fan de la saga japonaise dans une espèce de gros renvoi incongru. Un peu comme si on venait vous roter à la tronche des pâtes à la crème fraiche et aux lardons en espérant vous faire voyager en Italie. Je ne suis vraiment pas fan du Godzilla de 2014, mais Edwards, en plus de savoir filmer les affrontements entre monstres, parvenait à intégrer subtilement ses coups de coude complices.

Des personnages inintéressants et trop présents, des monstres présents mais qui nous laissent sur notre faim, un scénario sans imagination (l'Orca, quelle idée grotesque...) et une réalisation quelconque : Godzilla II - Roi des monstres est un blockbuster navrant, alors qu'il aurait pu offrir un formidable spectacle. On préférera largement revoir Pacific Rim, supérieur à tous les niveaux, ou bien sûr les meilleurs films japonais du genre.

Note : 3/10


lundi 15 janvier 2018

Le Retour de Godzilla (1955)


Titre : Le Retour de Godzilla (Gojira no gyakushu)
Réalisateur : Motoyoshi Oda
Acteurs : Haruo Nakajima, Katsumi Tezuka, Hiroshi Koizumi
Date de sortie en France : 
Genre : kaiju eiga


Synopsis : 
Alors qu'ils survolent les mers pour repérer des bans de poissons, les jeunes pilotes Tsukioka et Kobayashi rencontrent Godzilla et un autre monstre en train de se livrer une bataille féroce. Les deux créatures disparaissent dans l'océan, mais refont bientôt surface près d'Osaka, qui sera dès lors le cadre d'un combat à mort entre les deux monstres et les hommes.

Avis : 
A peine un an après Godzilla, la première suite d'une longue série voyait déjà le jour. S'il reprend un schéma assez proche de celui du film de Honda, Le Retour de Godzilla va néanmoins introduire une variante importante, que l'on retrouvera dans quasiment tous les autres films de la saga : Godzilla va en effet être confronté à une autre créature, également réveillée par des essais nucléaires. Cette créature, ce sera Anguirus, monstre à l'apparence de dinosaure mutant.



Après sa mort à la fin du film précédent, Godzilla est légèrement retravaillé, avec un physique moins pataud et un visage plus agressif, afin d'affronter son adversaire dans des combats très rythmés. Trop rythmés, même. Les destructions se succèdent à un rythme effréné, et la lutte entre les deux monstres est chorégraphiée et filmée de façon très rapide : si cela insuffle de l'énergie à ces séquences, cela donne également un sentiment de vivacité qui sied mal à deux monstres gigantesques. Résultat : les combats sont parfois compliqués à suivre... et un peu grotesques, même s'ils restent souvent spectaculaire, notamment avec la destruction du Château de Osaka.


Si les monstres sont évidemment au coeur du film, celui-ci les délaisse régulièrement pour suivre les héros. Nous aurons ainsi droit à un début d'histoire d'amour, et surtout à l'évasion de prisonniers lors de leur transfert, dans des scènes assez cocasses et assez envahissantes, servant principalement de transition pour l'affrontement final entre l'armée et le monstre sorti vainqueur du duel. Cette dernière partie sera assez pénible à suivre, la faute à des effets spéciaux bien moins réussis (les avions et leurs missiles...) et des séquences très répétitives.

Cette première suite de Godzilla reprend donc la plupart des éléments inaugurés par son modèle, et en crée un nouveau en instaurant le versus entre deux monstres. Toutefois, le film délaisse un peu trop ses créatures au profit de sous intrigues humaines, et pêche dans sa réalisation par un montage trop rapide et trop répétitif.

Note : 4.5/10