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dimanche 5 novembre 2023

Sharksploitation

Titre : Sharksploitation
Réalisateur : 
Acteurs : 
Date de sortie en France : 
Genre : documentaire
 
Synopsis : 
Depuis quelques années, le genre du shark movie est particulièrement prolifique : entre les innombrables films à petit budget, les séries B efficaces, les pastiches et même les blockbusters, les requins sont partout sur nos écrans... Mais d'où vient le succès de ce genre si spécifique ? C'est la question à laquelle tente de répondre Sharksploitation
 
Avis : 
Le documentaire de Stephen Scarlata va ainsi remonter aux premières apparitions des requins au cinéma : ainsi, bien avant Les Dents de la mer, les requins apparaissent dans de nombreux films d'aventures, dès le début du vingtième siècle, où ils ne sont pas forcément perçus comme une menace mais parfois comme des entités divines et protectrices. Ce n'est qu'avec quelques faits divers que l'animal commence à être perçu comme un danger, et apparaît peu à peu comme antagoniste, notamment dans des films tels que Caine (qui sera renommé Shark ! après le décès d'un cascadeur pendant le film suite à un accident avec un requin) ou encore le James Bond Opération tonnerre
 
 
Par la suite, c'est évidemment le film culte de Spielberg qui fera du requin un monstre du cinéma, avec ses suites et ses plagiats, mais c'est surtout l'exploitation en vidéo (Nu Images puis The Asylum) et les chaînes télévisées (SyFy) qui va populariser le genre... et l'emmener vers des concepts toujours plus fous. Requins fantômes, hybrides, volants, se déplaçant sous terre, plus rien ne semble pouvoir arrêter le genre, quitte à se perdre dans une surenchère permanente. 

 Le documentaire nous décrit donc toute cette histoire, avec de nombreux extraits, de formidables anecdotes (la fameuse réplique de Shark Attack 3 Megalodon), en invitant quelques intervenants plus ou mois prestigieux : Roger Corman (She Gods of shark reef, Sharktopus), Joe Dante (Piranha), Joe Alves (Les Dents de la mer 3), Mark Polonia (Sharkula, Jurassic Shark 3 Seavenge, Sharkenstein), Chris Kentis (Open Water - en eaux profondes), Johannes Roberts (47 meters down), Anthony C. Ferrante (Sharknado), Andrew Traucki (The Reef), Mario Van Peebles (USS Indianapolis : men of courage), Misty Talley (Zombie shark, Summer shark attack) et bien d'autres viennent ainsi évoquer leurs oeuvres et leur rapport aux requins. 

Car le film se conclut en rappelant que tout ceci n'est que du cinéma, et que les requins, loin d'être les machines à dévorer de l'humain que l'on croise sur les écrans, sont en danger d'extinction. Un excellent documentaire donc, superbement documenté, qui plaira autant aux connaisseurs, qui en profiteront pour repérer les œuvres qu'ils auront ratées, qu'aux novices qui s'amuseront énormément de l'imagination des producteurs. 


++ : le documentaire a remporté les prix du Jury et du Public au Paris Shark Week 2023.

jeudi 31 mars 2016

Jodorowsky's Dune


Titre : Jodorowsky's Dune
Réalisateur : Frank Pavich
Acteurs : Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger
Date de sortie en France : 16 mars 2016
Genre : documentaire

Synopsis : 
En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de "Dune" au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes "El Topo" et "La Montagne sacrée", accepte.

Avis : 
C'est l'histoire du plus grand film‭ ‬jamais réalisé.‭ ‬D'une œuvre devenue culte alors que personne n'a jamais pu la voir.‭ ‬L'adaptation du roman de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky (La Montagne sacrée, La Danza de la realidad) dans les années‭ ‬70‭ ‬est de celles qui ont révolutionné le cinéma de science-fiction...‭ ‬alors que le film n'a jamais pu être réalisé.‭ ‬Une œuvre folle qui méritait bien un documentaire afin de mieux cerner le monstre qu'aurait pu devenir ce film et l'influence qu'il a eue sur le cinéma.‭


Le film de Frank Pavich s'articule autour des interviews de l'inimitable Alejandro Jodorowsky lui-même,‭ ‬qui évoque la conception de son film avec un enthousiasme communicateur,‭ ‬mais aussi avec le recul des‭ ‬40‭ ‬ans écoulés depuis cet échec.‭ ‬Plus qu'une simple œuvre cinématographique,‭ ‬son Dune est pensé comme une œuvre d'art,‭ ‬qui doit dépasser les limites du grand écran,‭ ‬jusqu'à devenir un objet sacré.‭ ‬Pour cela,‭ ‬il va s'entourer d'une équipe de "guerriers",‭ ‬débusquant des talents alors méconnus,‭ ‬utilisant parfois les moyens les plus fous pour recruter les artistes les plus aptes à interpréter sa vision.

Moebius‭ ‬/‭ ‬Jean Giraud,‭ ‬repéré pour son Blueberry et qui continuera à travailler avec Jodorowsky sur la BD L'Incal ‭; ‬H.R.‭ ‬Giger ‭; ‬Chris Foss,‭ ‬illustrateur ayant entre autres travaillé sur de nombreuses couvertures de roman de SF ‭; ‬Dan O'Bannon,‭ ‬recruté grâce à son travail sur le Dark Star de Carpenter ‭; ‬Pink Floyd et Magma à la musique ‭; ‬Salvador Dali,‭ ‬payé‭ ‬100‭ ‬000‭ ‬euros la minute utile‭ (‬ ‭!)‬ ‭; ‬Orson Welles,‭ ‬à qui le réalisateur promet de recruter pour le tournage le cuisinier de son restaurant favori ‭; ‬David Carradine,‭ ‬Udo Kier,‭ ‬Amanda Lear...‭ ‬Une liste de noms si monstrueux qu'on peine à imaginer ce qu'aurait pu donner le film,‭ ‬malgré les interviews de plusieurs d'entre eux et les dessins réalisés par les artistes pour le film.‭ ‬On remarquera d'ailleurs que plusieurs d'entre eux ont se sont retrouvés sur le tournage d'Alien,‭ ‬le huitième passager,‭ ‬quelques années plus tard.


Le documentaire retranscrit à merveille la passion un peu folle de Jodorowsky pour son œuvre.‭ ‬Le réalisateur lui-même s'amuse un peu de la démesure de son projet,‭ ‬notamment quand il évoque la durée phénoménale de‭ ‬14‭ ‬heures qu'il lui aurait fallu pour mettre en images son script,‭ ‬et évoque sa déception lorsque le film n'a pas pu se faire,‭ ‬ou quand David Lynch a été chargé de l'adaptation de Dune‭ – ‬déception passagère,‭ ‬Jodorowsky avouant presque honteusement avoir été soulagé devant le fiasco du réalisateur d'Eraserhead.

On sort de ce documentaire avec le sentiment un peu particulier d'avoir passé un excellent moment, d'avoir appris beaucoup de choses... mais aussi le terrible regret de ne pouvoir découvrir cette oeuvre hors du commun qu'aurait pu nous offrir Alejandro Jodorowsky. Si l'on peut retrouver l'influence de ce film dans une quantité considérable de films, de Star Wars à Prometheus, on aimerait également pouvoir mettre la main sur le magnifique storyboard dont il n'existe plus que quelques exemplaires, ou voir un réalisateur relever le défi lancer par le réalisateur chilien : réaliser enfin ce Dune, en film d'animation par exemple. En tout cas, ce documentaire est une oeuvre à voir pour tout fan de film de science-fiction.

Note : 9/10



samedi 30 janvier 2016

Salafistes


Titre : Salafistes
Réalisateurs : Lemine Ould M. Salem, François Margolin
Acteurs : -
Date de sortie en France : 27 janvier 2016
Genre : documentaire

Synopsis : 
Un documentaire qui nous plonge au coeur du djihadisme au Mali...

Avis : 
Au milieu des procès d'intention, des polémiques parfois douteuses, Salafistes est donc finalement sorti en salles le 27 janvier 2016. Enfin, dans un très petit nombre de salles, et accompagné d'une interdiction aux moins de 18 ans, une solution parfaite pour prétendre donner une chance au documentaire tout en le sabordant de manière aussi certaine que si on l'avait interdit.


Le documentaire de Lemine Ould M. Salem et François Margolin nous propose donc d'écouter des leaders salafistes, sur divers sujets comme la justice, la place de la femme, les autres religions, l'Etat Islamique, les attentats du 11 septembre 2001 puis du 13 janvier 2015... Le tout entrecoupés d'extraits de vidéo de propagande de Daesh. Des témoignages très intéressants, dans lesquels apparaissent rapidement des inexactitudes, des contradictions, des arguments étranges qui tranchent radicalement avec la prétendue logique et réflexion qu'invoquent ces intervenants. Si le sujet n'était pas aussi grave, et les conséquences de certaines idioties aussi terribles, on en viendrait presque à sourire.

Certains ont reproché au film l'absence de commentaire, de mise en perspective. Bref, on reproche à Salafistes le pari apparemment insensé de faire réfléchir un peu le spectateur. Pas besoin de voix off pourtant, pour démonter l'argumentaire très limité de ces djihadistes, d'autant que le documentaire met régulièrement ces affirmations en parallèle avec la violence barbare des vidéo de propagande, voire même avec les réactions d'autres intervenants : tandis qu'un salafiste reniera tout ce qui a trait aux Etats-Unis, un autre nous présentera son blog où il décrit les Nike les plus adaptées pour aller faire la guerre.

Je rejoins ainsi totalement l'opinion des réalisateurs : Salafistes est un documentaire nécessaire. On s'étonnera d'ailleurs de tout ce tollé, de ces journalistes qui se scandalisent qu'on demande au spectateur un minimum de réflexion (pas beaucoup, en plus, tant le message est limpide), ou qui s'étonnent de la diffusion d'images violentes et / ou de propagande... alors qu'ils nous en font manger tous les jours sur tous les supports... Une telle hypocrisie ne peut encourager qu'encore plus à regarder le film des deux journalistes.

Note : /


vendredi 22 janvier 2016

Red army


Titre : Red Army
Réalisateur : Gabe Polsky
Acteurs : Scotty Bowman, Slavia Fetisov, Viacheslav "Slava" Fetisov
Date de sortie en France : 25 février 2015
Genre : documentaire

Synopsis : 
RED ARMY retrace le destin croisé de l’Union Soviétique et de l’équipe de hockey sur glace surnommée « l’Armée Rouge » : une dynastie unique dans l’histoire du sport. L’ancien capitaine de l’équipe Slava Fetisov revient sur son parcours hors du commun : d’abord adulé en héros national, il sera bientôt condamné comme ennemi politique. La « Red Army » est au coeur de l’histoire sociale, culturelle et politique de son pays : comme l’URSS, elle connaît la grandeur puis la décadence, avant d’être secouée par les bouleversements de la Russie contemporaine. Red Army raconte l’histoire extraordinaire de la Guerre Froide menée sur la glace, et la vie d’un homme qui a tenu tête au système soviétique.

Avis : 
Red Army est un documentaire retraçant l'histoire de l'équipe soviétique de hockey sur glace à l'époque de la Guerre Froide. Entre discipline de fer et instrument de propagande, l'équipe emmenée par Viacheslav "Slava" Fetisov va devenir un symbole du modèle de vie en URSS face aux équipes nord-américaines.


D'un côté, la Red Army, entièrement tournée vers le collectif, avec une préparation froide, méthodique, au détriment de la vie familiale, avec pour but unique de promouvoir l'URSS... et de l'enrichir. De l'autre, l'équipe Américaine et la NHL, le professionnalisme, le star-system où le physique prime sur la technique : chaque match entre les deux équipes devient un affrontement entre deux mondes, notamment lorsque l'outsider américain renverse l'ogre soviétique, meilleure équipe du monde, lors du tournoi final des Jeux Olympiques d'hiver de 1980.

Entre images d'archives et interviews avec les membres de l'équipe de l'époque (par ailleurs par toujours commodes), nous découvrons également le personnage de "Slava" Fetisov, qui sera le premier à remettre en question le système entourant l'équipe, de l'entraîneur à la solde du pouvoir Viktor Tikhonov à l'impossibilité de rejoindre la ligue nord-américaine. Et quand enfin l'autorisation leur sera donnée, ils devront reverser une énorme partie de leur salaire à l'Union, et seront confrontés au racisme... avant de triompher avec les Red Wings de Détroit.

Passionnant, ce parallèle entre le hockey sur glace et la géopolitique soviétique en pleine guerre froide nous montre à quel point le sport peut devenir un instrument de propagande, et comment les plus doués peuvent devenir, bien malgré eux, des symboles. Avec enfin ce sous-entendu à peine voilé : avec la présence d'hommes aux plus hautes fonctions d'hommes ayant été façonnés par cette époque (dont Fetisov), on est très loin d'en avoir fini avec ces instrumentalisations.

Note : 8.5/10


vendredi 15 janvier 2016

Le Sel de la Terre


Titre : Le Sel de la terre (The Salt of the Earth)
Réalisateur : Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado
Acteurs : Sebastiao Salgado, Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado
Date de sortie en France : 15 octobre 2014
Genre : documentaire, biopic

Synopsis :
Depuis quarante ans, le photographe Sebastião Salgado parcourt les continents sur les traces d’une humanité en pleine mutation. Alors qu’il a témoigné des événements majeurs qui ont marqué notre histoire récente : conflits internationaux, famine, exode… Il se lance à présent à la découverte de territoires vierges aux paysages grandioses, à la rencontre d’une faune et d’une flore sauvages dans un gigantesque projet photographique, hommage à la beauté de la planète.
Sa vie et son travail nous sont révélés par les regards croisés de son fils, Juliano, qui l’a accompagné dans ses derniers périples et de Wim Wenders, lui-même photographe.

Avis :
César du meilleur film documentaire 2015, Le Sel de la Terre se penche sur l'oeuvre du photographe Sebastiao Salgado. On y découvrira certains éléments de sa vie, mais aussi des témoignages sur ses grands travaux, la façon dont les grands drames qu'il a capturé sur image l'ont marqué et influencé.


Le film alterne ainsi entre photographies de l'artistes, scènes d'illustration et témoignages. On replonge ainsi dans des contrées oubliées, on (re)découvre certaines photographies particulièrement marquantes prises en Amérique du Sud (La mine d'or de Serra Pelada) ou en Afrique lors du génocide Rwandais. Le pouvoir de l'image fonctionne à merveille, et la succession de photographies suffit à provoquer chez le spectateur curiosité, fascination, effroi ou révolte.

C'est aussi là que se situe la limite du film : même si le cadre géopolitique de ces photos est évoqué par les commentaires, Le Sel de la Terre n'est bien souvent qu'une succession de photographies, par définition figées. On peut ainsi s'interroger sur la pertinence cinématographique d'une telle œuvre, même si voir ces images sur grand écran leur donne un jour nouveau. On perd notamment l'intérêt d'un recueil, dans lequel on peut voyager, revenir en arrière, remettre en perspective, alors que cette suite à sens unique perd tout aspect narratif, d'autant qu'elle se complaît dans la mise en valeur, parfois excessive, de l'artiste.

La vie et l'oeuvre de Sebastiao Salgado sont donc illustrées par de nombreuses photos, superbes et tragiques. Mais si l'aspect visuel est, forcément, à couper le souffle, l'intérêt de la démonstration reste discutable : on préférera finalement se plonger dans les recueils photographiques de l'artiste, finalement bien plus profonds que Le Sel de la Terre.


Note : 7/10


samedi 30 mai 2015

Taxi Teheran


Titre : Taxi Teheran (Taxi)
Réalisateur : Jafar Panahi
Acteurs : Jafar Panahi
Date de sortie en France : 15 avril 2015
Genre : documentaire

Synopsis : 
Installé au volant de son taxi, Jafar Panahi sillonne les rues animées de Téhéran. Au gré des passagers qui se succèdent et se confient à lui, le réalisateur dresse le portrait de la société iranienne entre rires et émotion...

Avis : 
Avec Taxi Teheran, le spectateur est confronté à une situation assez particulière : en effet, le film doit surtout se regarder à la lumière de ses conditions de réalisation, des nombreuses restrictions dont est victime le réalisateur, Jafar Panahi. "Coupable" depuis le début de sa carrière d'aborder des thèmes sensibles en Iran (la condition des femmes dans Le Cercle et Hors jeu par exemple), le metteur en scène a vu ses films constamment interdit par le gouvernement... jusqu'à être interdit de réaliser des films en 2010.


Taxi Teheran est le troisième film qu'il réalise depuis cette interdiction. Remarquant que ce moyen de locomotion est un lieu où les dialogues s'engagent facilement, il choisit de jouer le rôle d'un conducteur et de filmer sur le vif des passagers anonymes en dissimulant des caméras dans le véhicule. Mais face au risque d'exposer des anonymes aux éventuelles représailles du régime, il engage des acteurs méconnus pour un vrai-faux documentaire.

Si l'on regrettera ce choix forcé, qui court-circuite un peu la spontanéité des échanges, le film de Panahi reste intéressant : sur le plan technique d'abord, le réalisateur parvenant à jouer sur les angles de vues, tirant le meilleur parti possible de son décor unique et exigu ; sur le plan narratif ensuite, chaque rencontre permettant d'aborder des thèmes forts (religion, place de la femme, censure...) tout en rappelant régulièrement la condition du réalisateur dans un pays qu'il n'a pas le droit de quitter et où il ne peut plus travailler.

Bref, Taxi Teheran est un film à voir au cinéma, ne serait-ce que parce qu'on a la chance, contrairemet aux iraniens, de pouvoir le découvrir salles. Véritable oeuvre de résistance, il brille plus par son caractère d'objet clandestin que pour ses qualités cinématographiques, même si l'on s'amuse, s'émeut et prend régulièrement position avec les passagers du taxi de Jafar Panahi.

Note : 6/10

mercredi 26 juin 2013

Room 237


Titre : Room 237
Réalisateur : Rodney Ascher
Acteurs : Jay Weidner, Buffy Visick, Scatman Crothers
Date de sortie en France : 19 juin 2013
Genre : documentaire

Synopsis : 
En 1980, Stanley Kubrick signe Shining, qui deviendra un classique du cinéma d'horreur. A la fois admiré et vilipendé, le film est considéré comme une oeuvre marquante du genre par de nombreux experts, tandis que d'autres estiment qu'il est le résultat du travail bâclé d'un cinéaste de légende se fourvoyant totalement. Entre ces deux extrêmes, on trouve cependant les théories du complot de fans acharnés du film, convaincus d'avoir décrypté les messages secrets de Shining.
ROOM 237 mêle les faits et la fiction à travers les interviews des fans et des experts qui adhèrent à ce type de théories, et propose sa relecture du film grâce à un montage très personnel. ROOM 237 ne parle pas seulement de fans d'un film mythique – il évoque les intentions de départ du réalisateur, l'analyse et la critique du film.  


Avis : 
Les films de Stanley Kubrick ont toujours été l'occasion de débats passionnés entre les fans, ses films offrant d'innombrables mystères laissant la porte ouverte à autant d'interprétations qu'il y a de spectateurs. Aussi, s'il semble bien plus abordable que 2001, l'odyssée de l'espace, Shining continue d'alimenter l'imagination des passionnés les plus extrêmes, scrutant le moindre plan, le moindre élément du décor, s'amusant à interpréter chaque photo accrochée au mur, chaque tenue, jusqu'à parfois nous offrir quelques théories particulièrement farfelues.


C'est sur ce fanatisme que s'attarde ce Room 237. En effet, il ne s'agit pas d'un documentaire sur Kubrick ou sur la fabrication de son Shining : nous n'apprendrons ainsi quasiment rien sur la forme du film, ni sur l'équipe, et nous ne verrons le réalisateur au travail que quelques secondes. Non, Room 237 s'intéresse au fond, à cette façon qu'a l'amateur de transposer sa propre sensibilité sur le film, de se l'approprier et ainsi de lui accoler sa propre vision des choses, faisant ainsi sien le moindre élément pour le raccrocher, parfois au mépris de tout recul, à son interprétation. 

Rodney Ascher nous fait ainsi écouter plusieurs intervenants, qui décortiquent quelques scènes connues (les tours de tricycle de Danny, le labyrinthe) et quelques éléments moins spectaculaires (la première visite de l'Overlook), pointant du doigt le sens du détail de Kubrick, décryptant les fausses erreurs du réalisateur et extrapolant sur des éléments du décor invisibles à ceux qui ne partagent pas leur interprétation. Seulement, si certaines démonstrations sont passionnantes (le chapitre sur les deux projections en transparence de Shining, l'une à l'endroit et l'autre à l'envers, est étonnant, tout comme les différentes analyses de la géographie de l'hôtel), la plupart semblent tirées par les cheveux, voire ridicules, nous annonçant par exemple que, comme il y a une machine à écrire allemande et le nombre 42, le film évoque l'Holocauste, ou que le fait qu'on puisse faire le mot MOON avec les lettres de ROOM N°237 ou le motif d'une fusée sur un pull prouve le fait que Kubrick ait réalisé le faux film de l'alunissage d'Apollo 11 pour Hollywood !

Dick Hallorann regarde tranquillement Shining à la télé...

La forme de ce documentaire n'est pas plus convaincante : utilisant en permanence des images de films pour illustrer les propos des intervenants (que nous ne verrons jamais), Room 237 pioche évidemment dans les autres films de Kubrick, mais aussi dans d'autres oeuvres (Faust, une légende allemande, La Liste de Schindler, Fellini Satyricon), quitte à être d'un gout très douteux (passer très régulièrement les mêmes images du naveton italien Démons de Lamberto Bava, on est même au-delà de la faute de gout). 

En fait, le problème principal de ce Room 237, s'il n'est pas sans qualités, est de ne rien proposer de nouveau. A l'heure d'internet, on peut facilement retrouver ces théories, et bien d'autres, également développées par des intervenants sans visage, et il est aussi aisé de vérifier nous même chaque élément évoqué, et d'en plus nous documenter sur le film étudié (ce que ce documentaire ne propose quasiment pas). Bref, s'il intrigue, ce documentaire nous laisse hélas sur le côté, au point de se demander l'intérêt d'une telle oeuvre au cinéma...

Note : 4/10


 

mercredi 27 mars 2013

Des abeilles et des hommes


Titre : Des abeilles et des hommes (More than honey)
Réalisateur : Markus Imhoof
Avec : Charles Berling (narrateur)
Date de sortie en France : 20 février 2013
Genre : documentaire animalier

Synopsis :
Entre 50 et 90% des abeilles ont disparu depuis quinze ans. Cette épidémie, d’une violence et d’une ampleur phénoménale, est en train de se propager de ruche en ruche sur toute la planète. Partout, le même scénario : par milliards, les abeilles quittent leurs ruches pour ne plus y revenir. Aucun cadavre à proximité. Aucun prédateur visible.
Aujourd’hui, nous avons tous de quoi être préoccupés : 80 % des espèces végétales ont besoin des abeilles pour être fécondées. Sans elles, pas de pollinisation, donc pratiquement plus de fruits, ni légumes.
Il y a soixante ans, Einstein avait déjà insisté sur la relation de dépendance qui lie les butineuses à l’homme : « Si l’abeille disparaissait du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre. » 

Avis : 
Curieux documentaire que ce Des abeilles et des hommes : en sortant de la salle, on est assez perplexe quant au message que veut nous faire passer Markus Imhoff. C'est bien simple, son film ne parle pratiquement que d'argent, et même les personnages présentés au premier abord comme passionnés par les insectes n'y voient finalement qu'un produit comme un autre, la destruction d'une ruche n'étant vue que comme une perte de revenus.

Le titre français est ainsi particulièrement bien choisi : on voit pendant tout le film l'intervention constante de l'homme, manipulant les reines, exportant les abeilles, bombardant les plantes de fongicides ou contrôlant en permanence l'espèce. Un business important, aux moyens impressionnants, et présenté comme directement responsable de la disparition d'une énorme partie des abeilles depuis plusieurs années. C'est simple, à quelques exceptions près - tendant néanmoins à s'effacer à leur tour, comme les abeilles africanisées - les abeilles sont aujourd'hui totalement dépendantes de l'homme, unique rempart contre les maladies qu'il a lui-même causées.


Des abeilles elles-même, nous n'apprendrons ainsi pas grand chose de nouveau : elles récoltent le nectar, produisent du miel, dansent pour indiquer la direction des champs, et ont une reine. En fait, elles ne sont vraiment présentées que comme des biens, sauf quand on essaie de nous tirer une émotion en nous montrant, en gros plan, l'agonie de certaines ouvrières dévorées par un parasite ou aspergées de fongicide. Plus étrange encore, le métrage met tellement l'accent sur les producteurs qu'on finit par se demander si l'on ne doit pas plaindre davantage les hommes que les insectes. Quant aux conséquences possibles de leur éventuelle disparition, elles sont tout simplement survolées.

Imhoof montre ainsi beaucoup de choses, passe régulièrement du coq à l'âne (le fil rouge ne sert finalement à rien) et ne semble finalement rien vouloir démontrer. Cela donne un documentaire aussi agaçant que le comportement des apiculteurs, dont le message manque de clarté. On regrettera aussi les abeilles en numérique, uniquement destinées à illustrer lourdement le propos et à nous procurer quelques scènes d'action en volant aux côtés d'une abeille...

Note : 5/10


jeudi 7 mars 2013

Chimpanzés


Titre : Chimpanzés (Chimpanzee)
Réalisateur : Mark Linfield, Alastair Fothergill
Acteur : Tim Allen (narrateur)
Date de sortie en France : 20 février 2013
Genre : documentaire animalier

Synopsis : 
A travers Oscar, un petit chimpanzé, nous découvrons l’apprentissage de la vie au cœur de la forêt tropicale africaine et suivons avec humour, émotion et angoisse ses premiers pas dans ce monde. Suite à un drame, il va se retrouver séparé de sa mère et laissé seul face à l'hostilité de la jungle. Jusqu'à ce qu'il soit récupéré par un chimpanzé plus âgé, qui va le prendre sous sa protection... 

Avis : 
Il est toujours assez compliqué de dire du mal d'un documentaire animalier, surtout quand celui-ci tend à nous faire (re)découvrir une espèce menacée. Pourtant, avec ce Chimpanzés de Disney Nature, il est clairement compliqué de passer sous silence les nombreux défauts du film.

Premièrement, le film s'adresse principalement, voire même exclusivement, aux enfants. Seulement, chez Disney Nature, on semble associer l'enfance à la niaiserie la plus pure, principalement par le biais d'un narrateur omniprésent aux interventions souvent puériles. Ainsi, à côté de la description minutieuse de chaque image du film (ce qui n'est pas nécessairement un défaut vu le public visé), on se retrouve avec une interprétation très personnelle des pensées du petit Oscar. Le jeune singe s'exclame ainsi "hummmm c'est bon !" en mangeant un fruit, ou "aïe, ça fait mal !!!" en s'écrasant le pouce sous une pierre. Rapidement irritant, cet aspect devient en plus gênant en associant directement les pensées du jeune singe à celles d'un jeune humain.

C'est là le second défaut majeur du film : prétendre que ces singes ont les mêmes préoccupations et réflexes que des humains, à l'image des manchots de La Marche de l'Empereur. Un bien joli mensonge, qui ruine l'aspect documentaire du film, et qui va jusqu'à diviser les deux groupes de singes rivaux en "gentils" : ceux qui s'introduisent sur le territoire des autres pour voler des fruits et défendent leur territoire ; et en "méchants" : ceux qui s'introduisent sur le territoire des autres pour voler des fruits et défendent leur territoire, mais c'est pas pareil parce que ce sont les ennemis, et que les ennemis sont forcément méchants. Un anthropomorphisme à côté de la plaque qui détruit le but premier d'un documentaire : informer.

Ces deux énormes défauts laissent surtout une impression d'immense gâchis, puisque les images sont magnifiques, on sent que l'équipe de tournage a fait d'innombrables efforts pour nous amener au plus près de ces animaux. Même les images inédites et exceptionnelles de l' "adoption" du jeune Oscar par le mâle dominant du groupe perdent tout leur impact à l'écoute des commentaires du narrateur...

Chimpanzés, c'est donc la promesse déçue d'un magnifique documentaire plombé par l'idée que les enfants ont besoin de niaiseries et de mensonges pour apprendre. Mon premier DisneyNature (je ne compte pas le superbe Océans, simplement distribué aux Etats-Unis sous ce label) m'a donc laissé un goût amer, celui d'un travail superbe horriblement défiguré par une narration stupide...

Note : 3/10