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dimanche 13 octobre 2024

The Last Breath

 
Titre : The Last Breath
Réalisateur : Joachim Hedén
Acteurs : Jack Parr, Julian Sands, Alexander Arnold
Date de sortie en France : 15 septembre 2024 (Paris Shark Week)
Genre : shark movie
 
Synopsis : 
 Un groupe d'anciens amis d'université se réunissent lors d'un voyage de plongée sous-marine dans les Caraïbes pour explorer l'épave d'un cuirassé de la Seconde Guerre mondiale et se retrouvent piégés dans le sous-marin rouillé, entourés de requins ..
 
Avis : 
Un groupe de plongeurs, une épave inexplorée, des requins... Le point de départ de "The Last breath" ressemble beaucoup à celui de son cousin égyptien, "Mako". Il faut bien avouer que la rencontre entre deux univers anxiogènes par nature (les requins d'un côté, une épave abandonnée de l'autre) est alléchante, d'autant que le réalisateur, Joachim Hedén, est un spécialiste des films en milieu aquatique (Breaking surface, The Dive). 
 

 Dans l'univers du shark movie, la proposition de Joachim Hedén n'est pas banale. Le genre est en effet surtout représenté ces dernières années par des nanars plus ou moins volontaires, ou des navets, et les rares tentatives de faire une œuvre sérieuse prennent généralement la forme de films de survie ("The Reef", "47 meters down"). Le thriller aquatique semble même plutôt réservé aux crocodiles, comme dans le "Crawl" d'Alexandre Aja.
 
Dans cette optique sérieuse, Hedén nous présente un groupe de personnages plus (Sam, Noah ou Levi, interprété par le regretté Julian Sands dont il s'agit du dernier rôle) ou moins attachants (on adorera détester Brett). Sans rien révolutionner dans les archétypes classiques du groupe de victimes désignées (on devinera d'ailleurs assez rapidement qui seront les survivants potentiels, voire même l'ordre des attaques), le réalisateur parvient à créer une bande assez cohérente et crédible, et la première partie, dédiée à la présentation des personnages et des enjeux, est plutôt réussie, assez en tout cas pour identifier facilement chacun d'entre eux lorsqu'ils seront en combinaisons de plongée avec masques lors de l'exploration de l'épave.  
 
 
Là encore, le premier contact est réussi. Entre les couloirs étroits et les nombreux niveaux, on devine un bâtiment immense où il ne peut être que facile de se perdre. Hélas, cette sensation va rapidement disparaître, à peu près au moment où les requins font leur apparition. On a soudainement le sentiment que l'épave se limite à un couloir et à 2 ou 3 pièces, que l'on parcourt dans un sens puis dans l'autre entre deux attaques. Le décor est si mal exploité qu'il en devient anecdotique, ce qui se ressent cruellement au niveau du suspense.  

On ne se perd plus, on n'a pas vraiment d'inquiétude pour les personnages pour lesquels l'air vient à manquer, puisqu'on a le sentiment qu'il suffit d'une dizaine de secondes pour traverser le navire et remonter à la surface. De même, la tension baisse au fil des minutes, à mesure que le film bascule vers le spectaculaire un peu nanardesque, provoquant même parfois le rire. 

The Last Breath demeure néanmoins dans le haut du panier des productions "sérieuses" du genre de ces dernières années, bien au-dessus du similaire "Mako". Malheureusement, il... s'essouffle en cours de route, jusqu'à une dernière partie reléguant aux oubliettes toutes les qualités présentes jusque-là. Joachim Hedén prouve néanmoins qu'il est toujours possible faire un film de requins sérieux et de qualité, et on aimerait le revoir se frotter au genre à l'avenir pour transformer l'essai.
 
 

vendredi 23 août 2024

Trap

 

Titre : Trap
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Acteurs : Josh Hartnett, Ariel Donoghue, Saleka Shyamalan
Date de sortie en France : 7 août 2024
Genre : thriller

Synopsis : 
30 000 spectateurs. 300 policiers. Un tueur. 
Cooper, père de famille et tueur en série, se retrouve pris au piège par la police en plein cœur d’un concert. 
S’échappera-t-il ?
 
Avis : 
Spectateurs, il est temps de laisser votre sens de la logique et du crédible aux vestiaires : avec Trap, M. Night Shyamalan nous propose un thriller dont les péripéties ne seront dictées que par la chance, des coïncidences, de l'incompétence et une bonne dose d'interventions du scénariste aux moments les plus opportuns. Oubliez la virtuosité de Snake eyes, que vous aurez peut-être envie de revoir à la fin du film, et prenez plutôt vos manettes pour jouer aux derniers Hitman en mode facile. 
 
 
Car Trap, c'est le genre de film où personne ne voit jamais rien, et surtout pas ce qui se déroule sous son nez. C'est ce genre de film où, à deux secondes près, le protagoniste se fait remarquer ou attraper, à plusieurs reprises. C'est ce genre de film où le héros ne progresse à aucun moment grâce à ses talents, mais parce que la statistique de Chance de son arbre de compétence est réglée au maximum. Cela donne des séquences hallucinantes, où tout le monde révèle à Josh Hartnett ce qu'il sait, où tout le monde lui fait immédiatement confiance au détriment de toute logique. 
 
Et finalement, on s'amuse beaucoup de cette accumulation d'incohérences, qui évoque les films d'action les plus nanardesques avec leurs héros invulnérables. Et on devine que Josh Hartnett s'y amuse également beaucoup, lui qui n'aura à dégainer que deux visages différents pour survoler le film, entre le sourire forcé inspirant la confiance ou la mâchoire serrée et le regard noir pour rappeler que, quand même, c'est un méchant tueur en série. Deux expressions qui lui suffiront pour apporter bien plus de nuances que tous ses camarades de jeu, Saleka Shyamalan (la fille de) en tête. 
 
 
On regrettera presque que l'action ne se cantonne pas à la salle de concert, tant la seconde partie du film perd cet aspect ludique pour n'aboutir que trop lentement vers un dénouement convenu. Les rebondissements improbables ralentissent, laissant trop souvent la place à des tunnels de dialogues imbuvables et teintés de psychologie de comptoir. Tous les petits défauts qui m'avaient amusé dans la première partie sont peu à peu devenus pénibles, comme si Shyamalan avait du mal à abandonner son jouet et à conclure son histoire. Comme souvent...

Trap, c'est un peu le téléfilm du dimanche après-midi, avec ses péripéties incroyables et assez puériles, mais que l'on peut suivre avec un certain plaisir au second degré. Un plaisir qui manquait aux précédentes réalisation de Shyamalan (Old et Knock at the cabin), que le film a d'ailleurs rapidement dépassé en nombre de spectateurs en France.
 

 

mardi 1 novembre 2022

Mako

 
Titre : Mako
Réalisateur : Mohamed Hesham El-Rashidy
Acteurs : Nicolas Mouawad, Murat Yildirim, Basma
Date de sortie en France : 
Genre : horreur

Synopsis :  
Une équipe de journalistes part explorer l'épave d'un bateau ayant coulé quelques années plus tôt afin de préparer un documentaire.
 
Avis : 
Le 3 février 2006, le ferry Al-Salam Boccaccio 98 a coulé au large du port égyptien de Safaga, suite à un incendie, entraînant la disparition de plus de 1000 passagers. Pour le premier shark movie égyptien, le réalisateur s’inspire de cette catastrophe, en nous emmenant visiter l’épave du bateau, au fond de la mer Rouge. Une mer réputée pour ses incidents réguliers entre plongeurs et requins. 
 

Il faut bien avouer qu’entre le relatif exotisme du film et le décor prometteur d’une immense épave, Mako intrigue. Cette impression sera confirmée par le début du film, qui prend le temps de présenter ses personnages, avec leurs personnalités, leurs blessures, leurs conflits. On se demandera juste qui sont ces pêcheurs que l’on voit régulièrement, et qui semblent passer 4 jours pour attraper un requin. Le film n’apportera aucune réponse à cette question. Ce sera d’ailleurs son principal défaut : Mako multiplie les intrigues, lance de nombreuses pistes... mais en laisse beaucoup en suspens. 

On s’interrogera ainsi sur les séquences du bateau resté en surface pendant que l’équipe de journalistes est sous l’eau, et sur le final incroyablement abrupt. On a en fait le sentiment qu’il manque des morceaux de film, que certains éléments ont été coupés, mais sans vérifier la cohérence avec le reste du film. Cela donne un film parfois frustrant, d’autant que l’on ne pourra pas vraiment se consoler sur le reste du film. A partir du moment où l’équipe plonge vers l’épave, le film plonge également vers l’ennui. 

Malgré quelques séquences très réussies, le film devient soudain bavard, avare en attaques, avec de gros soucis de cohérence, un décor finalement très peu exploité – moins que dans Les Dents de la mer 4, par exemple - et tout le travail effectué lors des premières vingt minutes sur les personnages est mis en charpie pour revenir à des réactions souvent très connes de personnages de série B. Et c’est bien dommage, car le film avait une vraie carte à jouer en lorgnant vers l’horreur psychologique, par le biais du passé trouble de l’un des personnages... mais là encore, c’est sous-exploité. 

En bref, ce « premier shark movie » venu des pays des pharaons est une vraie déception, souvent ennuyeuse et, surtout, terriblement frustrant. J'aurais vraiment aimé voir le film s'attarder davantage sur les problèmes d'égalité hommes / femmes, ou voir le bon gros méchant tout moche avoir une vraie importance. J'aurais adoré voir les requins mako mis en valeur. Ou tout simplement un vrai final...

samedi 3 septembre 2022

Esther 2 : les origines


 Titre : Esther 2 : les origines (Orphan: first kill)
Réalisateur : William Brent Bell
Acteurs : Isabelle Fuhrman, Julia Stiles, Rossif Sutherland
Date de sortie en France : 17 août 2022
Genre : épouvante, horreur, thriller

Synopsis : 
Esther revient ! La saga terrifiante se poursuit dans cette préquelle palpitante. Après avoir orchestré une brillante évasion d'un établissement psychiatrique, Esther se rend en Amérique en se faisant passer pour la fille disparue d'une famille aisée. Mais, face à une mère prête à tout pour protéger sa famille, son plan va prendre une tournure inattendue. Il vous reste beaucoup de choses à découvrir sur Esther… 
 
Avis : 
Il faut bien avouer qu'on ne l'attendait pas : une préquelle, 13 ans plus tard, avec la même actrice dans le rôle titre, d'un film mettant en scène une gamine tueuse ? Et pourtant, magie du cinéma, le très sympathique Esther voit donc débarquer en 2022 un second volet censé raconter "les origines" du personnage, avec une actrice qui a désormais 25 ans dans le rôle de la (fausse) gamine psychopathe. 
 
 
Evidemment, cet étrange choix sera le principal défaut du film. Le problème, quand on tente de grimer une actrice de 25 ans en gamine de 9 ans... c'est que ça la vieillit, et donne l'impression qu'Isabelle Fuhrman a 40 ans. Pire encore, ça donne surtout l'impression d'un cosplay raté, où d'une personne âgée en pleine régression mentale. C'est simple, à aucun moment on n'a l'impression d'avoir une gamine à l'écran, ni d'être devant une histoire se déroulant avant les événements du premier Esther. On finit même par plutôt y voir une suite, se déroulant des années plus tard avec une adolescente psychopathe. 

Et c'est bien dommage, car cet élément parasite tout le film, alors que celui-ci n'est pas la catastrophe à laquelle tous ces choix étranges semblaient le destiner. Au contraire même, si l'on pense d'abord être devant être un copié-collé du premier volet, le scénario a l'excellente idée de bifurquer à mi-chemin pour offrir quelque chose. On regrettera simplement qu'il ne sache pas vraiment quoi faire de cette idée, notamment par rapport au personnage du père ou par rapport à la véritable Esther, dont la psychopathe prend la place. 

Bref, pas une catastrophe, mais loin d'être aussi réussi ou étonnant que son aîné, Esther 2 arrive sans doute bien trop tard et aligne maladresse sur maladresse. Apparemment, en cas de succès, un troisième volet pourrait voir le jour : espérons qu'il s'agisse cette fois d'une suite, et qu'on ne fasse pas du personnage un énième slasher sans intérêt...





vendredi 19 août 2022

L'Année du requin

 

Titre : L'Année du requin
Réalisateurs : Ludovic Boukherma, Joran Boukherma
Acteurs : Marina Foïs, Kad Merad, Jean-Pascal Zadi
Date de sortie en France : 3 août 2022
Genre : thriller

Synopsis : 
Maja, gendarme maritime dans les landes, voit se réaliser son pire cauchemar : prendre sa retraite anticipée ! Thierry, son mari, a déjà prévu la place de camping et le mobil home. Mais la disparition d’un vacancier met toute la côte en alerte : un requin rôde dans la baie ! Aidée de ses jeunes collègues Eugénie et Blaise, elle saute sur l’occasion pour s’offrir une dernière mission… 
 
Avis : 
Le premier film de requins français est une comédie. C'est écrit partout, les bandes-annonces mettent l'accent dessus, et il y a même des acteurs que l'on connaît surtout pour des comédies, comme Kad Mérad ou JP Zadi. Pourtant, le discours des réalisateurs, Ludovic et Joran Boukherma, semble plus modéré : ils définissent L'Année du requin comme un film de monstre ("On aimait l’idée du monstre, de la menace, de cette plage mais on n’avait pas du tout envie de traiter ça comme une blague") destiné à faire peur ("Si on réalise un film de requin, il faut se confronter aux scènes d’affrontements, aux cadavres, à la peur. Il y a tout ça dans le film"). Le problème, c'est que le nouveau film des réalisateurs de Teddy ne fait ni peur, ni sourire. 
 
 
On a en fait l'impression d'un film qui ne sait pas quelle direction prendre, et finit par se perdre en chemin. Si l'ossature est clairement celle d'un thriller estival avec un animal dangereux, on y retrouve des éléments de comédie bien franchouillarde (avec ces flics bien demeurés, ces commerçants bien bornés, ces blagues zizi-pouet), du drame social (le personnage de Marina Foïs, totalement perdu lorsqu'on évoque sa retraite), quelques séquences gentiment horrifiques (l'introduction), le tout saupoudré d'un peu de critique des réseaux sociaux (notamment un parallèle bien bourrin avec la pandémie de Covid-19), d'un fumet d'écologie (vite évacué, cependant) et d'une grosse pincée de Jaws. Aucun de ces points n'est vraiment développé, donnant un film bancal échouant partout, parfois en même temps. On pense ainsi à une séquence assez marquante de violence... avec des personnages avec un nez énorme (ils sont rigolo parce qu'ils ont un gros nez), ou à la mort d'un des personnages principaux, qui ne sera totalement indifférente. 

Il m'aura fallu quelques secondes avant d'émerger du film au moment du générique, tellement j'ai trouvé ce film navrant. Ni comédie, ni film d'horreur, ni drame, ni thriller, à peine le petit téléfilm rappelant l'époque de ces feuilletons sans vie que l'on voyait parfois défiler en allant chez ses grands-parents le dimanche, jusque dans des effets spéciaux dégueulasses et une voix off insupportable...





dimanche 17 juillet 2022

Mr. Klein

 
Titre : Mr. Klein
Réalisateur : Joseph Losey
Acteurs : Alain Delon, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale
Date de sortie en France : 27 octobre 1976
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Pendant l'occupation allemande à Paris, Robert Klein, un Alsacien qui rachète des oeuvres d'art à bas prix, reçoit, réexpédié, à son nom, le journal Les Informations juives qui n'est délivré que sur abonnement. Il découvre bientôt qu'un homonyme juif utilise son nom, et décide alors de remonter la piste qui le mènera à cet inconnu. 
 
Avis : 
Paris, Seconde Guerre Mondiale. Pendant que les Juifs sont persécutés (voir cette terrible scène d'introduction), certains tirent le meilleur parti de la situation, comme Robert Klein, qui en profite pour racheter, à bas prix et avec beaucoup de cynisme, des oeuvres d'art à des Juifs ayant un besoin vital d'argent pour fuir la capitale. Une attitude qui va sans doute précipiter sa chute, son nom circulant désormais largement dans les cercles juifs. 
 
 
A la recherche de son double, Robert Klein va rapidement être confronté aux autorités, puis au scepticisme de certains de ses proches, et s'enfoncer peu à peu dans une quête sans fin, préférant par orgueil et par curiosité continuer son enquête alors qu'il a, à plusieurs reprises, la possibilité de se tirer d'affaire. On est parfois à la frontière du fantastique avec cette histoire de double, qui ne semble jamais très loin du personnage interprété, avec un talent monstre, par Delon, au point de nous demander si lui-même n'est pas ce fameux double. 
 
On appréciera d'ailleurs la subtilité de la mise en scène, qui n'appuie pas lourdement, comme le feraient beaucoup de films contemporains, sur les reflets ou les différents indices : Mr. Klein nous laisse repérer certains éléments et certains indices, sans les rappeler inutilement lorsqu'ils débouchent sur d'autres éléments. De même, Joseph Losey n'insiste jamais sur son fil rouge, se contentant de faire des futurs événements dramatiques une ombre qui pèse constamment sur l'histoire (et l'Histoire), pour mieux préparer son final inéluctable que l'on attend fébrilement. 

Bref, un petit bijou, et l'un des meilleurs films de Delon, et surtout du cinéma intelligent comme on n'en fait plus ! 





 

lundi 4 juillet 2022

The Requin

Titre : The Requin
Réalisateur : Le-Van Kiet
Acteurs : Alicia Silverstone, James Tupper
Date de sortie en France : 17 mai 2022 (VOD)
Genre : drame, thriller

Synopsis :
Un couple en escapade romantique au Vietnam se retrouve bloqué en mer après qu'une énorme tempête tropicale ait balayé leur villa en bord de mer. Le mari étant mutilé et mourant, la femme doit lutter seule contre les éléments, tandis que de grands requins blancs leur tournent autour... 
 
Avis : 
Mesdames, Messieurs, il est parfois de notre devoir, en tant que chroniqueurs de films de genre, de prendre une balle à votre place. De se mettre sur la trajectoire d'un impitoyable navet que vous, aussi perversement friands de films de requins que certains de notre équipe le sommes, risqueriez de regarder par curiosité. Et si je sais bien, pour avoir moi-même expérimenté la situation, qu'un avis lapidaire est parfois ce qui vous donne le plus envie de jeter quand même un oeil, j'aurai au moins fait ma part en vous prévenant : ne regardez pas The Requin, c'est un navet. 
 


C'est l'histoire d'un couple qui prend l'eau (attention, métaphore) : Jaelyn a été terriblement marquée par sa fausse couche, et ne semble guère épaulée par son endive de mari, Kyle. Pour se ressourcer, le couple décide d'aller au Vietnam mais, ne roulant pas sur l'or, s'y rend à la période de la mousson. L'avantage, c'est qu'ils sont les seuls touristes sur place. L'inconvénient, c'est qu'ils sont les seuls touristes du coin, et que personne n'a songé à leur dire que louer une maison sur pilotis en cette saison n'est pas la meilleure idée du monde. Mais bon, ce sont des cons de touristes américains, j'imagine, et le personnel vietnamien est un ramassis d'incompétents et d'irresponsables, j'imagine. Résultat, malgré l'échange lunaire avec un employé mollasson ("vous ne voulez pas être relogé pour la nuit ?", demande-t-il au couple se reposant paisiblement à 10 cm de la mer démontée par la tempête ; "non" lui répond le mari ; "ok"), le couple choisit de rester bien au chaud dans sa bicoque branlante. 

Et ce qui devait arriver arrive : suite à la tempête (métaphore), la maison est emportée par les flots et se retrouve à la dérive (métaphore !). Et comme si ça ne suffisait pas, Kyle s'est blessé à la jambe (et ne peut donc plus prendre son pied... euh... métaphore ?), et le couple va enchaîner les décisions débiles, jusqu'à mettre le feu à la maison à la dérive. Oui, leur dernier abri part en fumée (vous savez déjà ce que je vais dire). Jaelyn et Kyle se retrouvent donc sur une planche au beau milieu de l'eau (ah, si seulement Leonardo Di Caprio était tombé sous le charme de Alicia Silverstone plutôt que sous celui de Kate Winslet...). C'est évidemment le moment que choisit le fameux "the requin" pour s'inviter à la fête, histoire de permettre à Jaelyn de surmonter enfin métaphoriquement ses démons, un peu comme Blake Lively devait le faire (en mangeant un crabe pour digérer le cancer de sa mère, hum) dans Instinct de survie. Il lui aura fallu environ une heure pour se montrer. 
 

 
Jusque-là, on est donc en mode Open Water sous Prozac. Jaelyn gueule, Jaelyn râle, Jaelyn culpabilise, Kyle encaisse mollement en se vidant de son sang. Jaelyn entend les sons extradiégétiques, et s'inquiète donc quand la musique du film se fait menaçante. Jaelyn confond requins et dauphins (mais ils trichent un peu, ces dauphins, avec leurs faux ailerons). Et Jaelyn va finir par se mettre à dos un requin blanc, qui va la poursuivre parce-que-métaphore (ou parce qu'il ne veut plus l'entendre gueuler), entraînant enfin le film dans le nanar qui tâche dans ses ultimes minutes, à grands renforts d'effets numériques grotesques, d'idées idiotes, de jeu outrancier et de stock-shots mal intégrés. En quelques minutes, on se croirait revenus à la grande époque des productions Nu Image (la trilogie Shark Attack, Shark Zone...). Un peu tard pour sauver le film de l'ennui mortel, mais on aura au moins ri franchement sur une séquence. 
 
Comment, enfin, ne pas vous parler de cette petite piscine où le film semble avoir été tourné. Une petite piscine avec des petites vaguelettes, visiblement entourée d'un écran vert cache-misère et d'une petite brume pour dissimuler l'effet. Le procédé est d'autant plus grotesque que le réalisateur ne fait aucun effort pour l'incorporer au reste : des plans où la mer est démontée, le ciel gris, succèdent à ce petit bassin tout calme, donnant un film visuellement affreux. Et ce ne sont pas ces ralentis grotesques qui vont sauver les apparences. Il faut le voir pour le croire... mais je vais vous demander une nouvelle fois de me faire confiance : il ne faut pas voir ce film. 
 
  
The Requin est donc un soporifique navet, d'une abyssale connerie, enchaînant les idées débiles avec l'enthousiasme d'un fonctionnaire un vendredi après-midi, avec des personnages terriblement irritants, le tout enrobé d'un symbolisme de pacotille. C'est lent, c'est con, c'est moche et, pire que tout, ce n'est drôle que quelques secondes, qu'il est tout à fait possible de rater si on s'est endormi avant. Fuyez, pauvres fous ! 







mercredi 30 mars 2022

Evil dead trap 2

 
 
Titre : Evil Dead Trap (Shiryo no wana 2 : Hideki)
Réalisateur : Izo Hashimoto
Acteurs : Shoko Nakajima, Rie Kondoh, Shino Ikenami
Date de sortie en France : 15 février 2022 (Blu-ray)
Genre : thriller, horreur
 
Synopsis : 
Aki Otani, projectionniste, femme en surpoids et solitaire, se voit hantée par les apparitions d'un garçonnet. Victime d’un traumatisme, elle éventre des femmes auxquelles elle retire l’utérus. Son amie, Emi, journaliste TV, suit les méfaits du tueur des rues. Elle lui présente Kurahashi, son amant. Une relation étrange s'établit entre eux trois...
 
Avis : 
Evil dead trap 2 n’a rien à voir avec Evil dead, mais on s’en doutait déjà après avoir vu le premier film. Plus étonnant, il n’a pas grand-chose de commun avec Evil dead trap. Changement de  réalisateur, changement de décor, changement d’ambiance pour cette suite qui n’en est pas une, et qui nous propose de suivre Aki, projectionniste obèse et timide. Et accessoirement psychopathe. 


Evil dead trap mêlait giallo, slasher, fantastique et thriller, dans le décor froid d’un bâtiment désaffecté. Evil dead trap 2 nous plonge dans les entrailles d’une mégalopole dans un drame qui va virer à l’horreur absolue. Des rues glauques, sordides, où l’on pourrait presque croiser Joe Spinell, et qui sont le théâtre de crimes particulièrement violents (cette fois, c’est Jack l’éventreur qui ne semble pas bien loin)… et mis en scène de très belle façon par Izo Hashimoto, notamment sur certains magnifiques plans larges.

L’ensemble culmine dans une dernière partie complètement folle, qui tranche radicalement avec un rythme qui était, jusque là, assez lent. On en sort un peu groggy, un peu étourdis par tout ce qui saute au visage, tant au niveau symbolique que visuel (la séquence de la baignoire), et le sentiment d’avoir sans doute raté quelques pièces pour rassembler tout le puzzle. Cela nous fera un bon prétexte pour replonger dans ce Evil dead trap 2 qui, s’il n’a rien à voir avec le premier, a quand même ce point commun : c’est une œuvre étonnante et très réussie, que l’on aura clairement envie de revoir !

 


samedi 11 décembre 2021

Last night in Soho

 
 
Titre : Last night in Soho
Réalisateur : Edgar Wright
Acteurs : Anya Taylor-Joy, Thomasin McKenzie, Matt Smith
Date de sortie en France : 27 octobre 2021
Genre : thriller, épouvante

Synopsis : 
Passionnée de mode, Eloise n'hésite pas un instant quand elle doit elle aussi quitter la campagne anglaise pour rejoindre la capitale, là où sa propre mère mit fin à ses jours des années plus tôt. Sur place, la jeune femme est victime d'un phénomène inexplicable, et elle se retrouve soudainement propulsée dans le Londres des années 60. Prise entre rêve et réalité, elle s'adapte vite à ce cadre si glamour et agréable. Sa rencontre avec une étoile montante de la chanson va transformer ses espoirs et cette illusion en véritable cauchemar. Elle se retrouve désormais en face de tous les fantômes de ce passé qui l'a toujours hantée... 
 
Avis : 
 Les Beatles, les Who, les Rolling Stones, Pink Floyd... Mary Quant et la minijupe... les mannequins Twiggy et Jean Shrimpton... Les Swinging Sixties britanniques représentent une décennie de révolution culturelle, d’explosion artistique, une période de liberté et d’insouciance. Une décennie qu’admire Eloise, jeune étudiante en mode qui débarque à Londres avec ses musiques des années 60 dans la valise. Une décennie qu’elle rejoindra rapidement dans ses rêves, comme pour s’évader d’un monde contemporain où elle ne se reconnaît pas. Pour finalement s’apercevoir que, de l’autre côté du miroir, cette période fantasmée connaît également sa part d’ombre. 
 
 
Après un "Baby Driver" que j’avais trouvé anecdotique, Edgar Wright se frotte cette fois à l’horreur et à l’épouvante psychologique avec cette héroïne fragile, plongée dans un univers inconnu et hostile. Le thème n’est certes pas nouveau, et le personnage interprété par Thomasin McKenzie ("Old") est une petite boule de clichés sur pattes : la fille réservée, mais douée, psychologiquement fragile, qui a perdu sa mère plus jeune, qui débarque de sa campagne avec toute l’innocence que ça implique, qui va être confrontée à la grande ville, à ses excès et à des camarades insupportables. Pourtant, le personnage est attachant, et va nous entraîner sans problème dans son sillage, à la rencontre de Sandie. 
 
Sandie a du culot, Sandie est belle, Sandie a du talent. Et surtout, Sandie a vécu pendant les Swinging Sixties, et rêvait d’être la nouvelle vedette du Café de Paris. Difficile de ne pas tomber instantanément amoureux du personnage interprété par Anya "The Witch" Taylor-Joy (décidément faite pour ce type de rôle), et Eloise va rapidement vouloir la rejoindre tous les soirs... dans ses rêves. Eloise s’inspire de Sandie, se coiffe comme elle, s’habille comme elle, reproduit sa tenue dans son cours dans son cours de mode.Peu à peu, les frontières entre rêve et réalité s’estompent, notamment grâce au jeu permanent d’Edgar Wright sur les lumières et les reflets. 
 
 
Les éléments des rêves surgissent peu à peu dans la réalité, menaçant la santé mentale d’Eloise. Wright prend son temps pour faire basculer son film. Pendant une longue première partie, il nous vend du rêve et de l’espoir, reproduit l’ambiance des 60s avec brio, nous épuisant presque dans l'euphorie d'une danse et d'un rythme intense, n’y intégrant quelques bizarreries qu’avec parcimonie et avec le sens de la référence que le caractérise. Difficile de ne pas penser à Mario Bava ou à Dario Argento sur certains jeux de lumière, ou lorsque Eloise prend le taxi en direction de son école d’arts. Et quand le film embrasse enfin pleinement son côté obscur, c’est après une incroyable reprise de "Downtown" par Anya Taylor-Joy, qui efface définitivement la frontière entre réalité, rêve... et cauchemar. 
 
On ne s’y attend ainsi presque plus lorsque Last night in Soho plonge dans l’épouvante. Pourtant, plus que de la véritable peur, c’est du malaise qu’il fait naître chez le spectateur. Là encore, le thème de la starlette trompée n’est pas neuf, mais la descente aux enfers est terrible, et le faciès si particulier de Matt Smith ("Lost River", le onzième "Doctor Who") renforce encore ce malaise, tout comme ces spectres aux visages flous qui assaillent de plus en plus Eloise. Si la première partie nous étouffait presque par ses lumières, la seconde lui répond parfaitement en nous maintenant en permanence sous pression. Seul petit regret : un final qui s'étire un peu en longueurs, notamment à cause de ficelles scénaristiques trop grosses et d'une tendance à trop expliquer ce que le spectateur avait déjà compris. 

Le dernier Edgar Wright ne ressemble finalement pas vraiment à ses précédentes oeuvres, exception faite de l'importance de la musique dans le film et pour le personnage principal, et de son goût pour les classiques. Le réalisateur britannique signe ici l'un des meilleurs films de l'année, aussi envoutant qu'inquiétant, et peut-être son film le plus abouti. Et n'oubliez pas : Things will be great when you're Downtown, No finer place for sure Downtown... everything's waiting for you... 
 
 

vendredi 30 juillet 2021

Old

Titre : Old
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Acteurs : Gael Garcia Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell
Date de sortie en France :21 juillet 2021
Genre : thriller, suspense
 
Synopsis : 
En vacances dans les tropiques, une famille s’arrête pour quelques heures sur un atoll isolé où ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée. 
 
Avis : 
Adaptation de Château de Sable de Pierre Oscar Levy et Frederik Peeters, Old est le nouveau film de M. Night Shyamalan, l'homme qui aime les idées mystérieuses, mais ne sait pas toujours ce qu'il doit en faire. 

Et il faut bien avouer que cette idée de plage où les personnages vieillissent beaucoup plus vite qu'en temps normal avait tout pour intriguer, notamment grâce à une bande-annonce efficace. Hélas, le film ne sera en fait qu'une version longue de cette bande-annonce, cette dernière révélant les principales péripéties. Un peu comme si le film de presque deux heures était lui aussi venu sur cette plage pour être accéléré.
 
 
Une nouvelle fois, Shyamalan ne sait donc pas quoi faire de son mystère. Alors il tergiverse, il tourne en rond, il tente de garder le secret sur un mystère que le spectateur connaît dès la lecture du synopsis, et finit par se caricaturer en multipliant les effets de caméra juste pour le plaisir de multiplier les effets de caméra. 

On ne pourra pas non plus s'intéresser aux personnages, ceux-ci n'étant que des archétypes sans grand intérêt (le couple en cours de séparation, le riche médecin et sa pouffe, le rappeur noir...) dont le destin ne réserve aucune réelle surprise, et dont les interprètes offrent le strict minimum. Résultat de tous ces défauts : la tension manque cruellement, et tout ce qui nous fait tenir, c'est l'espoir d'une explication sur cette plage. On ne sera pas déçus.

Car Shyamalan ne savait apparemment pas comment terminer son film, et nous offre donc deux fins consécutives, bien différentes l'une de l'autre. Une forme d'aveu d'impuissance, qui vient conclure paresseusement un film qui n'aura de toute façon jamais décollé...
 

 

mardi 30 mars 2021

Les Révoltés de l'An 2000

 


Titre : Les Révoltés de l'an 2000 (Quién puede matar a un niño ?)
Réalisateur : Narciso Ibañez Serrador
Acteurs : Lewis Fiander, Prunella Ransome, Luis Ciges
Date de sortie en France : 2 février 1977
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Un couple d’Anglais, Tom et Evelyn, débarque dans la station balnéaire de Benavis pendant les festivités d’été. Préférant fuir la foule, ils prévoient de partir le lendemain pour la petite île d’Almanzora. Dans ce lieu ignoré des touristes, les Anglais auront tout à loisir de se reposer pendant leurs deux semaines de vacances, en particulier Evelyn qui est enceinte. Mais à leur arrivée, ils découvrent un village totalement abandonné de ses habitants. Bientôt, des enfants au comportement étrange font leur apparition. Et s’ils avaient quelque chose à voir avec la disparition de la population adulte ?

Avis : 
Qui voudrait tuer un enfant ? Telle est la question posée par Narciso Ibañez Serrador dans ce classique, inspiré du roman El juego de los niños (« le jeu des enfants ») de Juan José Plans. Une question récurrente dans le cinéma de genre, de La Nuit des morts-vivants à The Children : malgré toutes les horreurs dont ils sont capables, quel adulte serait capable de tuer un enfant, parfois même un des siens, pour se protéger lui-même ?



Les Révoltés de l’An 2000 (curieux titre français) développe ainsi un thème particulièrement sombre (les premières minutes, à base d’images documentaires montrant les enfants victimes des guerres, mettent directement dans l’ambiance)... dans un environnement éclatant de luminosité. C’est l’été, il fait beau, il fait chaud. On est loin de l’ambiance feutrée de certains châteaux de films gothiques et des soirées étudiantes de beaucoup de slashers. On entend même des enfants rire et jouer...

Car le réalisateur de La Résidence joue constamment sur ce décalage entre innocence et horreur. La violence surgit souvent sans prévenir, la menace prend la forme d’un sourire, de larmes ou de chants, les jeux les plus enfantins sont détournés de façon atroce. Même ce qui devrait être le plus grand bonheur d’une femme est perverti, détruisant définitivement le peu d’espoir que l’on pouvait avoir pour le couple. Le spectateur est ainsi constamment sorti de sa zone de confort, et constamment confronté au dilemme moral qui est au centre du film, jusqu’à un final particulièrement ironique.

N’ayons pas peur des mots : Quién puede matar a un niño est un véritable bijou, aussi noir que solaire, aussi intelligent que glaçant. Une perle indispensable.



samedi 20 mars 2021

Magic

 


Titre : Magic
Réalisateur : Richard Attenborough
Acteurs : Anthony Hopkins, Ann-Margret, Burgess Meredith
Année de sortie : 1978
Genre : thriller, fantastique, drame

Synopsis : 
Marionnettiste de talent, Corky Withers est une grande vedette qui partage l'affiche avec Fats, sa marionnette partenaire. Ensemble, ils échangent des plaisanteries et font rire le public. Mais un jour, Corky refuse un gros contrat et s'enfuit dans sa ville natale sans donner d'explications à son impresario. Et pour cause : comment expliquer sans paraître fou que Fats la marionnette semble exercer une influence meurtrière sur celui qui la manipule ?

Avis :  

Lorsqu'on lit le synopsis de Magic, on pense être en terrain connu : celui du faux ventriloque accompagné de sa poupée qui est en fait humaine. Le jouet maléfique est un classique de l'épouvante, de la saga Chucky aux innombrables Puppet masters en passant par Dolls ou Dead silence, et on pense clairement, en tant que spectateur expérimenté et parfois un peu blasé, que l'on ne nous apprendra pas à faire la grimace. Heureusement, le film de Richard Attenborough (réalisateur oscarisé de Gandhi, que le grand public connaît sans doute davantage pour ses apparitions dans La Grande évasion ou Jurassic Park) va se montrer beaucoup plus malin. 


Magic joue ainsi la carte de la maladie mentale plutôt que de l'explication surnaturelle, et l'excellent Anthony Hopkins incarne à merveille ce personnage maladivement timide et préférant se cacher derrière son pantin pour s'exprimer. Une posture qui lui permet d'obtenir davantage de succès auprès du public, de séduire enfin son amour d'enfance... mais qui ravage petit à petit l'esprit du magicien, qui délègue de plus en plus ses responsabilités à l'objet qu'il imagine vivant. La performance de l'acteur est d'ailleurs troublante, laissant toujours un doute sur cette marionnette par ailleurs astucieusement filmée : oui, Corky est malade... mais n'a-t-on pas souvent l'impression que le regard ou le rictus de Fats est légèrement différent selon les plans ?

C'est sans doute ce qui m'a le plus impressionné dans ce film : sans jamais sembler donner de poids à la thèse de l'irréel, insistant même sur la progression de la folie de Corky, il laisse juste la porte entrouverte, juste assez pour titiller l'esprit du spectateur, et on pourra sans doute le revoir sous cet angle différent, en imaginant que Fats, cette poupée à l'apparence si remarquable, est bien doté d'une pensée propre. Simplement brillant. 




mercredi 13 novembre 2019

Vigilante


Titre : Vigilante
Réalisateur : William Lustig
Acteurs : Robert Forster, Fred Williamson, Richard Bright
Date de sortie en France : 12 janvier 1983
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Apres le meurtre de son fils et les violences faites a sa femme, un modeste electricien rejoint la milice de son quartier a laquelle il avait toujours refuse sa participation.

Avis :  
Jusqu’à il y a encore quelques jours, pour moi, William Lustig, c’était Maniac et Maniac cop. Pourtant, si la filmographie du réalisateur New Yorkais n’est pas très longue, elle comporte au moins une autre perle : Vigilante. Dans la lignée des vigilante movies tels que Un justicier dans la nuit, qui nous décrivent des individus sans histoire entraînés dans la spirale de la violence après avoir voulu venger un proche, Vigilante nous fait donc suivre le parcours de Eddie. 


Avec un point de départ terriblement efficace, bien qu’un peu difficile à avaler, le film de Lustig nous fait donc suivre la descente aux enfers de son personnage, et des conséquences de ses actes : tuer le chef d’un gang n’est pas anodin, et selon l’adage, « la violence engendre la violence ». D’autant que le meurtre de sang froid n’est pas non plus sans conséquence sur la psychologie d’un être humain normal.

En dehors de quelques séquences de remplissage, dans lesquelles il semble légitimer le recours à la justice civile, Vigilante réussit à nous faire poser pas mal de questions sur les actions de Eddie : d’un côté, on les comprend, et on peut comprendre qu’il ne croie plus en la justice. Mais à quel moment une telle vendetta doit-elle prendre fin ? A quel moment le châtiment est-il proportionnel au crime ? La dernière image du film résume à elle seule l’ambiguïté de la question, dans l’aspect dramatique est parfaitement retranscrit par l’interprétation de Robert Forster.

Avec une thématique n’a pris aucune ride (il suffit de regarder les réactions lorsqu’un meurtrier ou pédophile est arrêté – ou lorsqu’il demande une remise en liberté anticipée), Vigilante est un film terriblement efficace (l’attaque du gang dans la maison d’Eddie est glaçante) et qui nous amène à contempler la face sombre de notre propre personnalité en nous interrogeant : imiterions-nous Eddie dans sa quête de vengeance, accompagnerions-nous Nick et son groupe dans sa chasse aux criminels impunis ? Ou continuerions-nous de faire confiance à la police et à la justice ?

Note : 7,5/10

vendredi 4 octobre 2019

Halloween 3 : le sang du sorcier


Titre : Halloween 3 : le sang du sorcier (Halloween III : season of the witch)
Réalisateur : Tommy Lee Wallace
Acteurs : Stacy Nelkin, Ralph Strait, Tom Atkins
Date de sortie en France : 
Genre : épouvante, horreur, thriller

Synopsis : 
Un fabricant de masques d'Halloween met au point un plan démoniaque pour tuer des millions d'enfants avec ses masques... 
Avis : 
Après les succès de Halloween, la nuit des masques et Halloween 2, le projet initial était de dire adieu à Michael Myers et de faire de la saga une anthologie d’histoires liées à la fête. Hélas, le faible succès commercial et critique de cet Halloween 3 va entraîner le retour de Michael Myers pour une série de suites plus mauvaises les unes que les autres. Dommage. 


Car s’il a été mal reçu à l’époque, et est toujours renié par les fans de Michael Myers qui n’ont pas compris que cet épisode est bien plus lié à la série que les nanars qui ont suivi, Halloween 3 est depuis devenu un petit classique, dont on apprécie le scénario, simple mais efficace, et l’ambiance, qui est typiquement celle d’un film que l’on pourrait regarder le 31 octobre.

Sur fond de sorcellerie et de science-fiction, le film nous propose une enquête sur une terrible machination destinée à massacrer des centaines d’enfants. Si ladite enquête est d’une étonnante simplicité (les méchants font leurs trucs de méchants au nez des gentils, qui ont la chance de toujours se trouver au bon endroit), elle se laisse suivre avec plaisir, grâce à des ennemis effrayants (ils ressemblent à certains de mes collègues des finances publiques, horrible!) et quelques mises à mort assez violentes. Le final est également très réussi, avec une fin ouverte qui laisse envisager le pire.

Avec en prime une (gentille) critique de la société de consommation, de la place de la télé dans la famille et de la commercialisation à outrance de la fameuse fête, cet Halloween 3 vaut bien mieux que la grande majorité de la saga. J’aurais vraiment aimé voir cette fameuse anthologie, surtout si chaque volet avait été au niveau de ce « Sang du sorcier » !
 
 Note : 6,5/10


samedi 31 août 2019

Memories of murder


Titre : Memories of murder (Salinui chueok)
Réalisateur : Bong Joon-ho
Acteurs : Song Kang-Oh, Kim Sang-kyung, Hie bong Hyeon
Date de sortie en France : 23 juin 2004
Genre : policier, thriller

Synopsis : 
En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...
Avis : 
Deuxième film de Bong Joon-ho, Memories of murder fait partie de ces classiques qui ont permis de mettre le cinéma sud-coréen en avant dans les années 200, aux côtés des Na Hong-jin (The Chaser, The Strangers) et Park Chan-wook. Précédé de l'horripilante mention "inspiré d'une histoire vraie", le film va nous entraîner à la poursuite d'un tueur en série insaisissable, au beau milieu de la campagne Coréenne que rien ne pouvait préparer à ça.


Le film commence presque comme une parodie, en nous montrant les difficultés que rencontrent les policiers, face à des crimes qui les dépassent, face à des procédés qu'ils n'ont pas l'habitude d'utiliser, face à une population tantôt insouciante, tantôt hostile. On s'amuse presque de voir les enquêteurs incapables de relever ou d'exploiter le moindre indice... jusqu'à ce que cette incompétence prenne à son tour le caractère d'une parodie, de justice cette fois : falsification de preuves, intimidations de suspects, aveux arrachés par la force, tout est bon pour dénicher un coupable pour donner une impression d'efficacité. Jusqu'à finalement se mettre la population à dos et négliger des éléments importants.

Et si l'on pense que l'arrivée d'un détective de la capitale va permettre de faire avancer les choses, on en sera pour nos frais. S'il remet un peu d'ordre et de méthode dans l'enquête, quitte à entrer en conflit avec les policiers locaux, il va peu à peu être à son tour dépassé par les événements et sombrer dans les travers de ses collègues. Bref, malgré des rebondissements et des découvertes régulières, on aura surtout l'impression que les recherches tournent en rond, et les déductions ne mènent finalement pas à grand chose.

Memories of murder est ainsi de plus en plus sombre, et réussit même à nous placer aux côtés du duo de policier (dont le formidable Song Kang-Oh), et questionne en fin de métrage notre rapport à l'éthique, notre perception du bien et du mal. Un véritable tour de force, magnifié par quelques séquences formidables, teintées d'humour noir. Un incontournable du genre.

Note : 9/10


 

jeudi 11 juillet 2019

Golden glove


Titre : Golden glove (Der Goldene Handschuh)
Réalisateur : Fatih Akin
Acteurs : Jonas Dassler, Margarete Tiesel, Hark Bohm 
Date de sortie en France : 26 juin 2019
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Hambourg, années 70. Au premier abord, Fritz Honka, n’est qu’un pitoyable loser. Cet homme à la gueule cassée traîne la nuit dans un bar miteux de son quartier, le « Gant d’or » (« GoldenGlove »), à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre.

Avis : 
Inspiré de l'histoire vraie de Fritz Honka, Golden glove nous plonge dans le quotidien étouffant d'une certaine classe moyenne de l'Allemagne des années 70, mélange de précarité, d'alcoolisme au dernier degré, de réminiscence de la Seconde Guerre mondiale, de prostitution. Au milieu de l'improbable bande de piliers de bar du Goldene Handschuh, la tronche improbable de Fritz Honka, au strabisme monstrueux dissimulé derrière d'épaisses lunettes, au nez difforme, à la dentition cauchemardesque.


Cette ambiance poisseuse, on ne la quittera jamais : si le bar est glauque, l'appartement de Honka l'est encore plus. Exigu, sale, difficile d'accès, décoré avec le plus mauvais goût possible, on a presque l'impression de sentir les effluves nauséabondes de l'endroit, d'autant que celui-ci cache dans ses murs d'immondes secrets. Et si tout cela ne suffisait pas, l'endroit héberge un monstre, aussi effrayant que pitoyable, qu'on hésite presque à plaindre, parfois.

On ne respire donc jamais, passant du bar miteux à l'appartement dégueulasse au bar miteux, du quotidien déprimant de la bande de poivrots aux explosions de violence de Honka. Les rares moments de calmes, les rares éclairs de beauté sont voués à disparaître très rapidement ou à être souillés par l'esprit pervers de l'horrible tueur.

Il faut donc être prêt à souffrir pour supporter cette plongée de presque de deux heures dans cet enfer du quotidien doublé de l'enfer d'un tueur monstrueux. Porté par un Jonas Dassler impressionnant, Golden glove est un film dont on ne ressort pas indemne, et qui ne laissera personne indifférent.

Note : 8/10


lundi 20 mai 2019

Us


Titre : Us
Réalisateur : Jordan Peele
Acteurs : Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss
Date de sortie en France : 20 mars 2019
Genre : horreur, thriller

Synopsis : 
De retour dans sa maison d’enfance, à Santa Cruz sur la côte Californienne, Adelaïde Wilson a décidé de passer des vacances de rêves avec son mari Gabe et leurs deux enfants : Zora et Jason. Un traumatisme aussi mystérieux qu’irrésolu refait surface suite à une série d’étranges coïncidences qui déclenchent la paranoïa de cette mère de famille de plus en plus persuadée qu’un terrible malheur va s’abattre sur ceux qu’elle aime. Après une journée tendue à la plage avec leurs amis les Tyler, les Wilson rentrent enfin à la maison où ils découvrent quatre personnes se tenant la main dans leur allée. Ils vont alors affronter le plus terrifiant et inattendu des adversaires. 
 
Avis : 
Après le sympathique mais inabouti Get out, Jordan Peele était attendu au tournant : allait-il, comme beaucoup, n'être l'homme que d'un seul film, ou allait-il s'inviter plus franchement à la table des rares réalisateurs contemporains dont on attendra impatiemment les nouvelles oeuvres ? Avec Us, ce sera clairement la seconde option, le film se hissant sans mal parmi les meilleurs films de genre de ces dernières années, malgré quelques défauts évidents. 
 
 
On l'avait déjà vu dans Get out : Jordan Peele sait installer une ambiance, de façon insidieuse, en glissant une étrangeté par-ci, une bizarrerie par-là, un détail que l'on n'aperçoit que du coin de l'oeil... Si l'introduction du film est formidable, toute la séquence home invasion va constituer le coeur du film, souvent terrifiante, grâce notamment aux interprétations de Lupita Nyong'o et de la jeune Shahadi Wright Joseph. 
 
Bref, un thriller horrifique intense... mais qui perd toute sa force lorsque Peele tente d'expliquer le phénomène. Handicapé par un sous-texte social et politique aussi balourd qu'évident, le film se perd en échanges laborieux, là où le mystère aurait, a mon sens, vraiment été préférable. Pire encore, avec un twist final totalement inutile, le réalisateur semble soudain prendre le spectateur pour un con, comme s'il n'avait pas été foutu de comprendre les différents indices glissés sans subtilité tout au long du film. 
 
Un peu comme Get out, Us laisse donc un peu sur sa faim, la faute à une seconde partie qui souffle le froid après un premier acte formidable. Resteront des séquences formidables, quelques passages terrifiants, et l'extraordinaire prestation de Lupita Nyong'o. Il ne reste plus qu'à savoir faire une seconde partie aussi réussie que la première, voire plus, et Jordan Peele sera vraiment incontournable ! 
 
Note : 7/10
 
 

dimanche 25 novembre 2018

Climax


 Titre : Climax
Réalisateur : Gaspar Noé
Acteurs : Sofia Boutella, Romain Guillermic, Souheila Yacoub
Date de sortie en France : 19 septembre 2018
Genre : thriller

Synopsis : 
 Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif.

Avis :
S'il y a bien une chose que l'on peut reconnaître à Gaspar Noé, c'est de laisser rarement indifférent. Provocateur puéril pour certains, génie subversif pour d'autres, il continue à développer ses thèmes de prédilection avec Climax, comme toujours précédé d'une réputation double, entre rejet et fascination, parfois chez le même spectateur.


Avec Climax, le réalisateur nous offre un pot pourri, un oeuvre somme des expérimentations que l'on avait pu découvrir dans ses films précédents. Et s'il convoque toujours des réalisateurs tels que Argento, Buñuel, Pasolini (cités directement dans le film), c'est cette fois à sa propre filmographique que l'on pense : de Seul contre tous à Love, en passant par Irréversible et Enter the void, on retrouve tous ses éléments de langage cinématographique, avec ces longs plans séquences qui volent d'un personnage à un autre, avec cette caméra qui tournoie parfois plus que de raison, avec ce jeu constant sur les angles et les couleurs, avec enfin ce sentiment de malaise physique qui finit par nous atteindre.

Noé nous plonge ainsi au plus près de ses personnages, de l'euphorie essoufflante d'une exceptionnel scène de danse à l'impression que nous avons nous-même ingéré la drogue qui va faire de cette simple fête un cauchemar. Et tant pis si la démonstration est parfois un peu forcée, si certains acteurs sont très moyens, ou même si l'on ne distingue presque rien dans une dernière partie complètement folle : Climax nous a emmenés très loin dans son bad trip, et nous propose une expérience presque sensorielle.

En ce qui me concerne, malgré ses défauts, Climax est donc une nouvelle réussite pour Noé. Le plan séquence de la chorégraphie est la scène la plus folle que j'ai vue depuis longtemps au cinéma, et j'ai adoré la façon dont le film me donnait l'impression d'être moi-même complètement déchiré. Pas certain que je le revoie un jour, l'expérience étant très particulière...

Note : 7.5/10