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mardi 17 octobre 2017

Le Secret de la chambre noire


Titre : Le Secret de la chambre noire
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Acteurs : Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet
Date de sortie en France : 8 mars 2017
Genre : fantastique

Synopsis : 

Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.
Avis : 
 Pour son premier film en dehors de son pays d'origine, Kiyoshi Kurosawa va, tout comme Asghar Farhadi pour Le Passé, choisir la France et Tahar Rahim. Avec Le Secret de la chambre noire, il reste sur son genre de prédilection, le film fantastique mélancolique, en installant l'étrangeté dans un cadre qui n'y semblait pourtant pas propice.


 On retrouve ainsi le rythme si particulier du réalisateur, qui prend comme souvent son temps pour créer une atmosphère étrange, oscillant constamment entre rêve et réalité, à l'image des fameux daguerréotypes qui sont au centre du film, qui rappelle régulièrement l'une des perles du cinéma fantastique, et une oeuvre parfois citée par Kiyoshi Kurosawa comme un des sommets de la terreur : Les Innocents, de Jack Clayton. Une porte qui bouge légèrement, des rideaux qui flottent, on a constamment l'impression, subtile, d'une présence invisible derrière les personnages.

 Et si on devine assez rapidement comment le film va se terminer, l'évolution de l'histoire reste passionnante, grâce aussi à l'interprétation de Olivier Gourmet (L'Affaire SK1, Chocolat) et de Constance Rousseau, impeccables dans leurs rôles. On aura en revanche plus de réserves sur Tahar Rahim, qui semble un peu paumé dans un rôle un peu stéréotypé, amoindrissant nettement l'impact dramatique de certaines séquences.

Mélancolique et fantastique, Le Secret de la chambre noire est une nouvelle réussite pour Kiyoshi Kurosawa, qui développe ses thèmes de prédilection dans un cadre nouveau pour lui. Un drame élégant dans lequel seul Tahar Rahim semble, un nouvelle fois, un peu perdu, dans un rôle sans doute trop lisse...

Note : 8.5/10


lundi 31 mars 2014

Real


Titre : Real (Riaru : Kanzen naru kubinagaryû no hi)
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Acteurs : Takeru Sato, Haruka Ayase, Jô Odagiri
Date de sortie en France : 26 mars 2014
Genre : fantastique, drame

Synopsis : 
Atsumi, talentueuse dessinatrice de mangas, se retrouve plongée dans le coma après avoir tenté de mettre fin à ses jours. Son petit-ami Koichi ne comprend pas cet acte insensé, d'autant qu'ils s'aimaient passionnément. Afin de la ramener dans le réel, il rejoint un programme novateur permettant de pénétrer dans l'inconscient de sa compagne. Mais le système l'envoie-t-il vraiment là où il croit ?

Avis : 
Adapté du roman A Perfect Day for Plesiosaur de Rokurô Inui, Real raconte l'histoire d'un homme confronté au coma de son épouse. Par un procédé rappelant un peu Inception ou Paprika, il a l'opportunité de pénétrer son esprit, afin d'essayer de la guérir. Mais très vite, il va remarquer que ces incursions ne sont pas sans conséquences pour lui-même...


Pendant une première heure très intéressante, Kurosawa tire parfaitement parti de son sujet, nous intrigue et parvient même à nous inquiéter lorsqu'il nous fait pénétrer dans l'appartement de Atsumi, théâtre d'événements étranges, la jeune femme pouvant donner vie à ses dessins. L'occasion de glisser par moments dans l'horreur et l'épouvante, entre une pièce inondée rappelant Dark water ou des personnages désincarnés directement issus de Kaïro...

C'est avec un premier retournement de situation que le film va peu à peu perdre son intérêt. Si le thriller et l'enquête restent assez prenants, encore qu'assez prévisibles, Real s'enfonce dans le film romantique niais, enchaîne les rebondissements sans saveur avant de se vautrer dans un final grotesque, à peine digne d'une série B fantastique et pendant lequel on se demande ce qui a bien pu passer par la tête de Kurosawa. D'autant que l'on retrouve l'un des défauts récurrents du réalisateur, avec un acteur principal qui ne dégage pas grand chose et qui semble horriblement mal dirigé. 

Après les excellents Tokyo sonata et Shokuzai, difficile de ne pas être déçu devant ce nouveau film de Kiyoshi Kurosawa, très inégal, qui gâche une idée de base et une première partie prometteuse en tombant dans le romantisme niais et le fantastique d'opérette, tout en nous servant les thématiques classiques du cinéma japonais, de l'attachement aux racines et au passé à la question écologique...

Note : 5/10

 

jeudi 8 août 2013

Kaïro


Titre : Kaïro
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Acteurs : Haruhiko Kato, Kumiko Aso, Koyuki
Date de sortie en France : 23 mai 2001
Genre : épouvante, horreur, thriller

Synopsis : 
Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l'inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient.  

Avis : 
La Mort est une solitude éternelle. Avec Kaïro, Kiyoshi Kurosawa va réaliser en 2000 l'un des meilleurs films de spectres de l'histoire du cinéma, et l'un des films les plus effrayants que j'ai pu voir. A l'image du Dark water d'Hideo Nakata, il va mêler épouvante et thriller dramatique, offrant un diagnostic particulièrement pessimiste de son pays.


Le Japon va mal, très mal. Suicides, disparitions, individualisme, autisme virtuel...Les relations entre les personnes n'existent plus, et quand elles existent, elles ne sont que superficielles, un peu à la façon dont on connaît ses interlocuteurs sur le web. On leur parle, mais on ne connaît rien d'eux, on ne s'intéresse pas vraiment à leurs problèmes, on ne s'inquiète pas véritablement de leur absence. Dans une telle situation d'isolement, le suicide semble y être une solution ("après la mort, je ne serai plus seule"), même si l'on s'aperçoit plus tard qu'il n'y a aucune solution à ces fléaux qui gangrènent le pays, et risquent de le mener vers son apocalypse. 

Pour illustrer cette déviance (parmi d'autres), Kurosawa la personnifie en une figure fantomatique, une ombre dont le symbole semble évident, entre dépersonnification et oubli progressif. Il va s'en servir pour offrir un vrai film d'ambiance, de ceux que l'on ne voit pas assez. De ceux qui ne font pas exploser le son pour donner l'impression de faire peur. Au contraire, le son sera ici un personnage à part entière, jamais agressif, mais omniprésent et angoissant. Il s'allie pour l'occasion avec le sens de l'image du réalisateur japonais : les plans, les perspectives, et les jeux sur les ombres sont d'une beauté remarquables, et participent au climat d'angoisse. Cela donne quelques scènes vraiment terrifiantes, comme ce fantôme s'approchant lentement d'un personnage, ou ce passage tétanisant dans la chambre d'Harue. 

Kaïro reste ainsi, à mes yeux, le meilleur représentant de la vague de films de fantômes asiatiques du début des années 2000, loin devant les Ring, Dark water, Ju-On / Ju-On : the grudge ou encore Shutter. Très effrayant et très intelligent, il ne s'essouffle finalement que lors de son final, un peu long et superflu. Reste une oeuvre formidable, et l'un des très rares films à m'avoir vraiment fait peur, même après l'avoir vu plusieurs fois.

Note : 9/10

 

vendredi 12 juillet 2013

Shokuzai


Titre : Shokuzai, celles qui voulaient se souvenir / Shokuzai, celles qui voulaient oublier (Shokuzai)
Réalisateur : Kiyoshi Kurosawa
Acteurs : Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi, Sakura Ando, Chizuru Ikewaki
Date de sortie en France : 29 mai 2013 / 5 juin 2013
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Dans la cour d’école d’un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d’Emili, leur camarade de classe. Sous le choc, aucune n’est capable de se souvenir de l’assassin. Asako, la mère d’Emili, désespérée de savoir le coupable en liberté, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie. Quinze ans après, que sont-elles devenues ? Sae et Maki veulent se souvenir. Akiko et Yuka veulent oublier. Et la mère d’Emili, que cherche-t-elle encore après tout ce temps ? 

Avis : 
Shokuzai est à l'origine une série japonaise de 5 épisodes, réalisés par Kiyoshi Kurosawa (Kaïro, Charisma), d'après un roman de Kanae Minato. 270 minutes montées en deux films pour le cinéma, aux sous-titres pas nécessairement judicieux de Celles qui voulaient se souvenir et Celles qui voulaient oublier.


Kurosawa nous livre ici le portrait de cinq femmes, unies par un drame et un pacte fondateurs, ancrés profondément dans la psyché de celles qui, 15 ans plus tard, ont développé des caractères bien différents : de cette femme restée dans un corps d'enfant, incapable de procréer à celle qui utilise au contraire sa sexualité pour parvenir à ses fins, elles oscillent entre soumission, manipulation, repli sur soi et violence, hantée par le spectre d'une promesse impossible à tenir et matérialisée par la silhouette presque fantômatique d'Asako, la mère de leur camarade, elle-même enfermée dans son désir de vengeance et qui sera confrontée aux secrets de son passé.

Reliés par cette même idée de rédemption, de pénitence ("shokuzai", en japonais), les différents chapitres sont aussi indépendants des autres (aucune de ces fillettes devenues adultes ne se croise) que profondément imbriqués les uns aux autres. Kurosawa magnifie ainsi la structure en chapitres, ne cédant finalement aux exigences de la construction télévisuelles de son oeuvre que pour son dernier chapitre, les révélations se succédant parfois maladroitement comme pour l'épisode final d'une saison de série. Ce sera bien l'unique moment où l'on aura l'impression de ne pas être devant un film de cinéma, la réalisation maîtrisée du réalisateur japonais, entre élégance et discrétion, justifiant entièrement l'exploitation de Shikuzai sur grand écran. 

Porté par un casting merveilleux (déjà vue dans le film précédent de Kurosawa, Tokyo Sonata), Kyôko Koizumi est aussi belle que troublante dans le rôle de la mère), Shokuzai est donc une oeuvre formidable, transcendant son sujet de base pour offrir cinq magnifiques portraits de femmes, mais aussi cinq chroniques d'un Japon dans ce qu'il a de plus pervers, entre domination masculine et violence psychologique permanente. Avec pour seul petit bémol un final un peu trop explicatif, le film de Kurosawa est clairement l'un des plus belles réussites de l'année. Espérons que cela relance le réalisateur dans son pays, boudé malgré la qualité et l'accueil critique de ses films en occident, et contraint d'attendre de longues années avant de retrouver la caméra après Tokyo Sonata...

Note : 9/10