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vendredi 25 mars 2022

Love & Peace


Titre : Love & Peace (Rabu & Pîsu)
Réalisteur : Sono Sion
Acteurs : Hiroki Hasegawa, Kumiko Aso, Toshiyuki Nishida
Date de sortie en France : 20 novembre 2020 (vidéo)
Genre : drame, fantastique, kaiju eiga

Synopsis :  
Chanteur de rock déchu, Ryoichi est devenu un anonyme employé de bureau. Pris d'une folle amitié pour une tortue nommée Pikadon, il doit, sous la pression de ses collègues dont il est le souffre-douleur, l'abandonner. Pikadon trouve refuge dans les égouts, où elle rencontre un vieil homme qui lui donne la faculté de parler.

Avis : 
« Pikadon, jamais je ne t’oublierai ». Une simple phrase, le refrain d’une banale chanson de J-rock qui va faire du héros une célébrité, mais qui va porter en elle le double niveau de lecture du film de Sono Sion. Pikadon, c’est la bombe atomique : pika- désigne le flash lumineux, tandis que -don évoque la déflagration. Pikadon, c’est aussi le nom de la gentille et mignonne tortue du héros. Un nom de kaiju. Un nom qui fait le lien entre les créatures du kaiju eiga, et leur origine atomique. 
 

Avec Love & Peace, Sono Sion « fait son cinéma ». Un cinéma souvent empreint de cynisme, souvent très critique envers son propre pays, et qui profite de l’organisation des futurs (à l’époque) Jeux Olympiques de Tokyo pour égratigner la course au progrès qu’ils entraînent, dans une société où l’égoïsme, le harcèlement et le culte de l’apparence sont devenus les moteurs. Dans cette société, le vieux, l’ancien sont voués à être jetés au profit du neuf, tels ces jouets et ces animaux abandonnés par leurs propriétaires.

Un cinéma également bourré de nostalgie, notamment envers les films à effets spéciaux typiques du Japon : des origines atomiques de Godzilla à l’élevage d’une tortue qui deviendra géante, rappelant forcément Gamera l’héroïque, Sono Sion nous offre un condensé de kaiju eiga, en utilisant des effets spéciaux traditionnels, des plans signatures (la tortue géante traversant Tokyo, ou son transport, attachée sur une remorque), des thématiques classiques du genre : les Jeux Olympiques de 1964 avaient déjà fait prendre une nouvelle direction à la saga Godzilla, le progrès technologique les accompagnant marquant l’apparition d’éléments de SF, et la figure du monstre amical renvoie évidemment aux premiers Gamera et à certains Godzilla. Sono Sion va même, le temps d’une séquence fantasmagorique, sembler s’amuser du manque de moyens des films du genre durant les années 70 en faisant évoluer son monstre au milieu de bâtiments réduits à leur plus simple expression, des bâtiments de jeux de société, tous semblables et sans aucun détail. A moins qu’il ne s’agisse de mettre le doigt sur les dérives d’une société tournée vers l’uniformité ?
 

Cette nostalgie est également palpable dans toutes les séquences mettant en scène jouets et animaux abandonnés, partagés entre le faible espoir peu réaliste de retrouver leurs propriétaires (les chiens espérant par exemple être accueillis à bras ouverts par leurs maîtres les ayant « perdus ») et le cynisme du chat. Cela amène à une conclusion magnifique et particulièrement émouvante.

La rencontre entre Sono Sion et un cinéma familial pouvait laisser perplexe, mais le prolifique réalisateur offre une œuvre bouleversante, et pas beaucoup moins cynique ou critique que le reste de sa filmographie. On appréciera tout particulièrement le mordant relatif à tout ce qui entoure l’organisation des Jeux Olympiques, rendu encore plus efficace par le report de cet événement suite à la pandémie de Covid19. Bref, une réussite totale en ce qui me concerne ! 
 


 

mercredi 24 février 2016

Pan


Titre : Pan
Réalisateur : Joe Wright
Acteurs : Levi Miller, Hugh Jackman, Garrett Hedlund
Date de sortie en France : 21 octobre 2015
Genre : aventures

Synopsis : 
Proposant un nouveau regard sur l'origine des personnages légendaires créés par J.M. Barrie, le film s'attache à l'histoire d'un orphelin enlevé au Pays Imaginaire. Là-bas, il vivra une aventure palpitante et bravera maints dangers, tout en découvrant son destin : devenir le héros connu dans le monde entier sous le nom de Peter Pan.

Avis :
Maléfique, Cendrillon, Blanche-Neige et compagnie ne vous ont pas convaincus ? C'est pas grave, le filon est riche, et Hollywood bien décidé à réadapter tous les classiques de votre enfance. Cette fois, en attendant la suite de l'adaptation d'Alice au pays des merveilles, c'est Peter Pan qui y passe, avec une relecture nous dévoilant les origines du personnage, quand il n'était pas encore le chef des enfants perdus du Pays Imaginaire.


Comme pour les films précédents, la volonté est donc de mêler réel et magie, avec des personnages classiques plongés dans un univers fantastique. Sorti tout droit de chez Dickens, le jeune Peter vit dans un orphelinat londonien pendant la Seconde Guerre Mondiale. Confrontés à des responsables (forcément) méchantes et corrompues, il va rapidement être enlevé par Barbe-Noire et ses pirates, contre lesquels il devra se révolter. Bref, tout ça n'est qu'un prétexte banal à une aventure magique sans relief, uniquement destinée à reprendre les personnages clés de l'univers que l'on connaît et à les agencer pour en offrir, tant bien que mal, une préquelle.

Aux côtés de Peter, on retrouve donc le Capitaine Crochet, Mouche, Lily la tigresse, Clochette et le crocodile, dans un univers haut en couleurs, où les rares moments de poésie (Peter s'élevant dans l'espace) sont rapidement contrebalancés par des choix esthétiques douteux (les pirates, les reprises musicales). Au sommet de tout cela, Hugh Jackman fait ce qu'il peut dans la peau d'un Barbe-Noire aussi ridicule que menaçant. Pour le reste, aucune surprise, ni dans le déroulement de l'histoire, ni dans la capacité de Peter à voler.

S'il se suit sans déplaisir, Pan reste donc un blockbuster familial banal, uniquement destiné à attirer les fans de Peter Pan. Spectaculaire mais souvent laid, il ne convaincra sans doute que les plus jeunes, et ne peut en aucun cas concurrencer la version Disney de 1953...

Note : 5,5/10


jeudi 7 janvier 2016

Cendrillon (2015)


Titre : Cendrillon (Cinderella)
Réalisateur : Kenneth Branagh
Acteurs : Lily James, Cate Blanchett, Helena Bonham Carter
Date de sortie en France : 25 mars 2015
Genre : conte, fantastique

Synopsis : 
Le père d’Ella, un marchand, s’est remarié après la mort tragique de la mère de la jeune fille. Pour l’amour de son père, Ella accueille à bras ouverts sa nouvelle belle-mère et les filles de celle-ci, Anastasie et Javotte. Mais lorsque le père d’Ella meurt à son tour, la jeune fille se retrouve à la merci de sa nouvelle famille, jalouse et cruelle.

Avis : 
les héroïnes de contes, et notamment celles rendues célèbres par leur adaptation en dessin-animé par Disney, semblent à la mode en ce moment : après La Belle au bois dormant (Maléfique), Blanche Neige et La Belle et la Bête, c'est cette fois Cendrillon, l'une des plus agaçantes princesses des classiques Disney, qui revient pour une adaptation en live, devant la caméra de Kenneth Branagh.


Le réalisateur livre une retranscription très fidèle du film d'animation, tout en nous soulageant des chansons niaises, réduites à quelques notes brièvement entendues, et en réduisant le rôle des animaux au strict minimum (les souris sont toujours là, tout comme Lucifer, mais ne parlent pas). En revanche, il conserve la grandiloquence et les couleurs vives, notamment lors du bal au visuel particulièrement riche.

Si le parti-pris pourra en agacer certains, il faut admettre qu'il sied à merveille à Cendrillon, avec son histoire et son personnage principal particulièrement nunuches. Heureusement, on pourra compter sur Cate Blanchett pour apporter sa froideur dans le rôle de la méchante belle-mère, qui lui va comme un gant : on aurait presque aimé que, à l'image de Maléfique, le film se concentre sur elle plutôt que sur la princesse.

Passez votre chemin si vous n'aimez pas le sucré et la grandiloquence colorée de l'univers Disney : la version live de Cendrillon est l'exacte réplique de sa version animée, les chansons et les animaux en moins. Et même si le visuel vous séduit, il ne suffit pas à faire de cette histoire autre chose que l'une des plus ridicules et agaçantes des contes Disney.

Note : 6/10


mercredi 30 juillet 2014

Maléfique


Titre : Maléfique (Maleficent)
Réalisateur : Robert Stromberg
Acteurs : Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley
Date de sortie en France : 28 mai 2014
Genre : fantastique

Synopsis : 
Maléfique est une belle jeune femme au coeur pur qui mène une  vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son coeur pur en un coeur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption.

Avis : 
C'est l'un des personnages les plus fascinants des dessins-animés classiques de Disney : Maléfique, la grande méchante de La Belle au bois dormant, qui volait largement la vedette aux autres personnages d'un des dessins-animés les moins intéressants du studio. 55 ans plus tard, la revoilà pour un film live, interprétée par Angelina Jolie pour une histoire tenant autant de la préquelle, du remake et du spin-of.


Avec un tel personnage, on pouvait espérer une histoire torturée, sombre et mature : nous aurons tout le contraire, et Maléfique va très vite abandonner l'ambiance pesante de ses premières minutes, où la fée était trahie par son unique amour à l'ambition démesurée (Sharlto Copley, qui s'égare encore un peu plus après le remake d'Oldboy), pour s'aventurer sur le chemin des bons sentiments, du conte lisse et bien pensant sans aucune aspérité.

Le long d'un récit sans aucune surprise, le film reprend les éléments phares du dessin-animé (les bonnes fées, la malédiction, le prince charmant, le corbeau, le dragon...) pour les détourner sans grande imagination. L'horrible fée devient peu à peu une gentille marraine, sa colère et sa soif de vengeance se transforment peu à peu en amour pour une Aurore (Elle Super 8 Fanning) parvenant à être encore plus irritante que dans l'oeuvre originale !

Il n'y a finalement que dans la reprise de Once upon a dream par Lana Del Rey que la promesse sera respectée. En dehors de cela, on ne pourra se rabattre que sur un visuel très travaillé, bien qu'assez banal ces dernières années, et une Angelina Jolie plutôt convaincante dans le rôle principal. Mais un tel personnage méritait tellement mieux que cette guimauve...

Note : 3/10


vendredi 6 juin 2014

La Jeune fille de l'eau


Titre : La Jeune fille de l'eau (Lady in the water)
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Acteurs : Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright
Date de sortie en France : 23 août 2006
Genre : drame, fantastique

Synopsis : 
Cleveland Heep a tenté discrètement de se perdre à jamais dans les abysses de son vieil immeuble. Mais, cette nuit-là, il découvre dans le sous-sol de la piscine une jeune nymphe sortie d'un conte fantastique. La mystérieuse "narf" Story est poursuivie par des créatures maléfiques qui veulent l'empêcher de rejoindre son monde. Ses dons de voyance lui ont révélé l'avenir de chacun des occupants de l'immeuble, dont le sort et le salut sont étroitement liés aux siens. Pour regagner son univers, Story va devoir décrypter une série de codes avec l'aide de Cleveland... pour peu que celui-ci arrive à semer les démons qui le hantent. Le temps presse : d'ici la fin de la nuit, leur destin à tous sera scellé...

Avis : 
J'ai longtemps hésité avant de regarder La Jeune fille de l'eau, tant celui-ci était précédé d'une mauvaise réputation. Adapté d'une de ses propres histoires, qu'il racontait à ses enfants, le film de M. Night Shyamalan met en scène une créature de l'eau, une nymphe, apparaissant  près d'un immeuble, pour un conte assumant pleinement son innocence et sa naïveté.


Au milieu de personnages qui accepteront sans sourciller cette incursion fantastique dans leur quotidien, Story va faire la connaissance de Cleveland qui l'aidera à échapper aux dangers qui la menacent et à regagner son monde. Shyamalan installe ici une petite mythologie sympathique, dont on sent l'influence orientale, avec sa créature et les différents rôles de ceux qui l'aideront : un Gardien, qui protégera la jeune femme ; un Symboliste, chargé d'interpréter les signes que personne d'autre ne peut voir ; une Guilde et un Guérisseur.

Shyamalan fait ainsi faire naître de la magie chez des personnages d'une remarquable banalité, dans un parallèle souvent amusant qui lui permet également de démystifier totalement les mécanismes classiques des scénarios hollywoodiens et cassant ses propres codes, tournant en dérision ses propres tics de réalisation, notamment par le biais du personnage du critique cinéma, que le metteur en scène se fera un plaisir de présenter sur un jour plutôt antipathique.

Tout cela donne un film sympathique à regarder, si on accepte d'entrer entièrement dans cette histoire volontairement enfantine, et si on n'est pas trop regardant sur la capacité des personnages à accepter, sans aucune hésitation, l'irruption du merveilleux dans leur quotidien. Et s'il reste bien en-dessous des trois films précédents de M. Night Shyamalan, La Jeune fille de l'eau reste un agréable divertissement, dont la légèreté pourra autant être considérée comme une qualité que comme un défaut.

Note : 7,5/10


samedi 8 mars 2014

La Belle et la Bête (Christophe Gans)


Titre : La Belle et la Bête
Réalisateur : Christophe Gans
Acteurs : Léa Seydoux, Vincent Cassel, André Dussollier
Date de sortie en France : 12 février 2014
Genre : conte, fantastique

Synopsis : 
 1810. Après le naufrage de ses navires, un marchand ruiné doit s'exiler à la campagne avec ses six enfants. Parmi eux, Belle, la plus jeune de ses filles. Lors d'un éprouvant voyage, le marchand découvre le domaine magique de la Bête qui le condamne à mort pour lui avoir volé une rose. Se sentant responsable, Belle décide de se sacrifier à la place de son père. Elle se rend au Château...

Avis : 
Après une adaptation au cinéma d'un manga (Crying Freeman), d'un mystère historique (Le Pacte des loups) et d'un jeu vidéo (Silent Hill), Christophe Gans s'attaque au conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, La Belle et la Bête. Neuvième adaptation de l'histoire, après notamment les versions de Jean Cocteau et de Disney, et avant peut-être celle de Guillermo del Toro, le film de Gans va hélas se révéler très moyen.


Car malgré un budget conséquent, et visible à chaque instant, ce cru 2014 va surtout n'être qu'une belle coquille vide. Les décors sont ainsi exceptionnels, les effets spéciaux très réussis, mais cela ne permettra pas d'oublier une histoire très légère, sans surprise, et qui donne même le sentiment de comporter quelques zones d'ombre, comme s'il était nécessaire de connaître les adaptations précédentes de l'histoire pour véritablement suivre le film. On a ainsi l'impression d'être devant un film totalement destructuré, ou certains éléments ne sont pas développés (les chiens, meilleurs amis de Seydoux ?) ou débarquent sans crier gare (les géants ?). Que dire également de la relation entre Belle et la Bête, totalement délaissée et n'évoluant que par à-coups, sans aucune finesse.

Mais le pire vient sans doute du casting. Vincent Cassel est, comme souvent, à côté du personnage, et Léa Seydoux n'est clairement pas une Belle crédible. Quant aux seconds rôles, ânonnant leurs répliques avec l'application d'un enfant récitant un poème, ils tirent encore vers le bas un film déjà handicapé par la faiblesse de ses dialogues. Mention spéciale à Audrey Lamy, qui nous nous fait regretter dès les premières minutes de nous être installés dans la salle.

Cette nouvelle adaptation de La Belle et la Bête est donc un film très moyen, préférant en mettre plein les yeux plutôt que de livrer l'essence dramatique d'une histoire qui ne semble pas intéresser Gans. Aucune profondeur, aucune poésie, aucune beauté, le film sombre même dans une certaine vulgarité et se contente d'aligner sans aucune imagination ses séquences d'une platitude extrême.

Note : 3/10


jeudi 6 mars 2014

La Belle et la Bête (Disney)


Titre : La Belle et la Bête (Beauty and the Beast)
Réalisateur : Gary Trousdale, Kirk Wise
Acteurs : Paige O'Hara, Robby Benson, Richard White
Date de sortie en France : 21 octobre 1992
Genre : animation, conte, fantastique

Synopsis : 
Belle est une jeune fille sensible et imaginative, qui passe ses journées plongée dans la lecture et qui repousse obstinément les avances de Gaston, un bellâtre musclé et vaniteux. Seul Maurice, son père, un inventeur farfelu, compte dans sa vie. Un jour que ce dernier se perd dans la forêt, il doit se réfugier dans un château pour échapper à une meute de loups. Irrité par son intrusion, le maître des lieux, une Bête gigantesque et terrifiante, le jette dans un cachot. Pour sauver son père, Belle accepte d’être retenue prisonnière à sa place… 

Avis : 
Entre le film de Jean Cocteau et celui de Christophe Gans, l'adaptation la plus célèbre du conte La Belle et la Bête est sans doute celle livrée par les studios Disney en 1991. La plus célèbre, et à mes yeux la plus réussie, grâce à une Belle et une Bête bénéficiant d'un bien meilleur traitement, autant dans leur personnalité propre que dans leur relation.


Pas de Belle cruche uniquement remarquable pour son physique, ou de Bête trop pleurnicharde ou trop désagréable qui parvient à faire naître les sentiments grâce à de précieux cadeaux ou en profitant d'un soudain retournement de situation mal amené : ici, l'héroïne est une jeune femme intelligente et curieuse, et le monstre, s'il souffre de sa condition, fait preuve d'un véritable intérêt, souvent maladroit, pour celle qui pourra lever sa malédiction. 

Rythmé par des musiques mémorables (Beauty and the Beast reçut l'Oscar de la meilleure chanson originale, et Be our guest et Belle furent également nominées), le film profite également de dessins très réussis : la Bête est l'une des plus belles créations de Disney, et ces objets prenant vie ont tous énormément de personnalité, insufflant au film une bonne humeur et une énergie communicatives.

En développant parfaitement ses personnages et leurs relations, La Belle et la Bête de Disney s'impose facilement comme le meilleur film tiré du conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, loin devant les versions de Cocteau et de Gans, et reste même l'un des classiques Disney les plus réussis, dont on se souvient des détails et des chansons bien des années plus tard !

Note : 8,5/10


La Belle et la Bête (Jean Cocteau)


Titre : La Belle et la Bête
Réalisateur : Jean Cocteau
Acteurs : Jean Marais, Josette Day, Marcel André
Date de sortie en France : 29 octobre 1946
Genre : fantastique, conte, drame

Synopsis : 
Pour l'offrir à sa fille, le père de la Belle cueille, sans le savoir, une rose appartenant au jardin de la Bête, qui s'en offense. Afin de sauver son père, la Belle accepte de partir vivre au château de la Bête.

Avis : 
A l'occasion de la sortie de La Belle et la Bête de Christophe Gans, revenons sur les deux célèbres adaptations du conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve qui ont précédé cette nouvelle lecture : avant de parler du classique Disney, intéressons-nous ici au film de Jean Cocteau, oeuvre majeure du cinéma fantastique français. 


S'il a remarquablement bravé l'épreuve du temps au niveau de ses décors (le château est splendide, la forêt a une atmosphère très particulière), il faut hélas avouer qu'il ne reste pas grand chose à sauver de cette version, dont la poésie infantile se heurte à un scénario, une réalisation et une interprétation très limités. Outre la morale franchement discutable (la Belle ne commence à aimer la Bête qu'après avoir reçu un magnifique collier de perles, et tout le monde ne semble finalement attiré que par la beauté ou la richesse), l'aspect théâtral tire l'ensemble vers le bas, avec cette sensation permanente de regarder une pièce plus qu'un film.

Cela se ressent ainsi dans la réalisation statique, la musique envahissante, le jeu outré des acteurs et dans les dialogues pompeux et très écrits, donnant au film un aspect irréel sans que l'on puisse prétendre que cela renforce l'aspect merveilleux du conte. Même en excusant le maquillage de la Bête, sans doute impressionnant à l'époque, il est difficile de ne pas la voir comme une espèce de chien pleurnichard, dont le costume emprisonne Jean Marais (par ailleurs bien meilleur dans le rôle d'Avenant, qui est le seul personnage intéressant du film) dans un surjeu permanent, tout en yeux écarquillés et en bondissements grotesques.

De nombreux défauts qu'il sera compliqué de pardonner, même malgré l'âge du film, de nombreuses oeuvres des années 20 et 30 étant bien plus modernes à tous les niveaux. La Belle et la Bête de Jean Cocteau est un classique pompeux et maniéré à ne pas redécouvrir, si ce n'est pour son esthétique...

Note : 3/10


dimanche 23 février 2014

Jack et la mécanique du coeur


Titre : Jack et la mécanique du coeur
Réalisateur : Mathias Malzieu, Stéphane Berla
Acteurs : Mathias Malzieu, Olivia Ruiz, Grand Corps Malade
Date de sortie en France : 5 février 2014
Genre : animation, aventures, musical

Synopsis : 
Édimbourg 1874. Jack naît le jour le plus froid du monde et son cœur en reste gelé. Le Docteur Madeleine le sauve en remplaçant son cœur défectueux par une horloge mécanique. Il survivra avec ce bricolage magique à condition de respecter 3 lois: premièrement ne pas toucher à ses aiguilles, deuxièmement maîtriser sa colère et surtout ne jamais Ô grand jamais, tomber amoureux. Sa rencontre avec Miss Acacia, une petite chanteuse de rue, va précipiter la cadence de ses aiguilles.

Avis : 
 Après le roman, après l'album de son groupe Dionysos, La Mécanique du coeur de Mathias Malzieu devient enfin un film. Produit par la société de Luc Besson, Jack et la mécanique du coeur est donc un film d'animation, rythmé par les musiques de Dionysos et par les voix de Mathias Malzieu, d'Olivia Ruiz, de Grand Corps Malade ou encore de Jean Rochefort.



Pendant 1h30, nous allons voyager dans un univers rappelant Tim Burton, entre poésie et macabre, avec des personnages souvent inquiétants, souvent marginaux, plongés dans des décors évoquant autant l'expressionnisme allemand que le surréalisme (la maison de Madeleine, perchée au bord de la falaise, est fantastique), tout en rendant hommage à Freaks, la monstreuse parade et à Georges Méliès ! Dans ce déluge de références réjouissantes, qui n'étouffent jamais le film, nous suivrons donc Jack, le personnage au coeur mécanique, et Miss Acacia, jeune chanteuse espagnole dont le corps se couvre d'épines lorsqu'elle est contrariée.

Les ambiances sont également très variées, du gentil conte aux passages plutôt inquiétants, des formidables séquences de rêves à des passages particulièrement touchants. Bref, ce Jack et la mécanique du coeur est un excellent film d'animation, très inventif, qui donne envie de se plonger encore un peu plus dans l'univers de Mathias Malzieu en se réécoutant les musiques du film après le générique !

Note : 8/10


dimanche 2 février 2014

Blancanieves


Titre : Blancanieves
Réalisateur : Pablo Berger
Acteurs : Maribel Verdù, Macarena Garcìa, Daniel Giménez-Cacho
Date de sortie en France : 23 janvier 2013
Genre : drame, conte

Synopsis : 
Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de "Blancanieves". C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable… 

Avis : 
Blancanieves est une nouvelle adaptation de Blanche Neige, le célèbre conte des frères Grimm ayant déjà donné lieu à de nombreuses transposition à l'écran, de la version de Disney aux films réalisés par Tarsem Singh et par Rupert Sanders. Ici, Pablo Verger choisit de situer l'action dans l'Espagne des années 20, et d'enlever toute trace de fantastique, offrant une approche purement dramatique, tout en y apportant une bonne dose de cynisme et d'humour noir.


La pauvre Carmen a ainsi un destin particulièrement noir : sa mère meurt en couches le soir même où son père, après un accident de tauromachie, se retrouve paralysé. Peu de temps après, c'est la gentille grand mère de l'enfant qui décède, la laissant seule face à la nouvelle épouse de son père, une jeune femme magnifique mais tyrannique, qui empêche le père et la fille de se voir et n'hésitera pas à assassiner son mari et à torturer psychologiquement sa belle-fille, jusqu'à l'épisode classique où cette dernière parvient à s'enfuir après une tentative de meurtre.

Bref, ça ne rigole pas, même si la rencontre avec les nains sera l'occasion de donner un peu plus de légèreté au film. Ces derniers sont en effet toreros, et vont recruter Carmen, qu'ils surnommeront donc Blanche Neige. Une ambiance qui tranchera avec la mélancolie et le cynisme de la dernière partie, avec la scène de la pomme, la superbe vengeance des nains et cette fin terrible, très loin des happy-end auxquels Hollywood nous a habitués.

Blancanieves prend également le parti d'être muet et en noir et blanc, ajoutant encore à la tristesse de l'ensemble du film, porté par de superbes actrices (Maribel Y tu Mama tambien / Le Labyrinthe de Pan Verdù et Macarenà Garcìa). Un très beau film donc, une belle surprise, qui revient à la cruauté des contes originels avec une belle-mère vraiment horrible et une fin particulièrement noire...

Note : 8,5


mercredi 12 décembre 2012

Ernest et Célestine


Titre : Ernest et Célestine
Réalisateur : Benjamin Renner, Vincent Patar, Stéphane Aubie
Acteurs : Lambert Wilson, Pauline Brunner
Date de sortie en France : 12 décembre 2012
Genre : animation, conte

Synopsis : 
Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Célestine, une orpheline qui a fui le monde souterrain des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi.   

Avis : 
Adapté de la série de livres pour la jeunesse du même nom de Gabrielle Vincent, Ernest et Célestine est un film d'animation mettant en image l'amitié entre une souris et un ours dans un monde où les deux espèces sont ennemies : pour les ours, les souris sont des nuisibles et des voleuses ; pour les souris, les ours sont des monstres sanguinaires dont l'unique but est de les dévorer. Les deux mondes sont ainsi strictement séparé, les souris ne s'aventurant chez les ours que pour récupérer les dents de lait laissées par les oursons.


Ernest et Célestine sont deux éléments à part dans leur communauté : marginal, mendiant et voleur, Ernest est régulièrement arrêté par la police, tandis que Célestine est fascinée par les ours, et remet en cause leur supposée cruauté. Un postulat de base assez simple, la rencontre entre deux individus que tout oppose restant assez classique, mais qui va donner lieu à un film d'animation très réussi et dépassant le simple statut de conte pour enfant.

Le film va en effet se montrer tour à tour drôle, poétique et malicieux, jouant sur l'incongruité de la présence de l'un ou l'autre personnage principal dans le monde opposé, mais va aussi se montrer assez intelligent dans sa description de cette société divisée par le racisme, allant jusqu'à rejeter et poursuivre quiconque ose se mêler avec l'ennemi. Les forces de police mettent tout en oeuvre pour attraper le duo, avant de leur imposer un jugement où la pression populaire aura raison des rares prises de conscience.

Et si tout se terminera - évidemment - de la meilleure façon, Ernest et Célestine reste un excellent film d'animation, au style graphique superbe et fourmillant de bonnes idées. Moins enfantin qu'il n'y paraît, voilà une vraie réussite, dont l'aspect malicieux et la beauté laissent un grand sourire sur le visage.

Note : 8,5/10

dimanche 15 janvier 2012

Hugo Cabret


Titre : Hugo Cabret (Hugo)
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Asa Butterfield, Chloë Moretz, Ben Kingsley
Date de sortie en France : 11 décembre 2011
Genre : conte, drame

Synopsis : 
Paris, au tournant des années 1930. Hugo Cabret vient de perdre son père, horloger, et se retrouve orphelin. Alors qu'il vit dans une gare, le jeune garçon tente de réparer l'automate que son père cherchait à restaurer avant sa mort. N'hésitant pas à l'occasion à voler viennoiseries ou petits objets, il est pris en flagrant délit par un vieux monsieur tenant une boutique de jouets, qui lui confisque son carnet de croquis.

Avis :
Il faut bien l’avouer : l’annonce de l’adaptation du roman pour enfants L’Invention de Hugo Cabret, de Brian Selznick, par Martin Scorsese, plus habitué aux oeuvres sombres qu’à cet univers plus léger, rendait immédiatement curieux. Quand en plus on apprenait que le film sera en 3D, la perplexité venait s’ajouter à cette curiosité. Des sentiments qui, à la sortie des 127 minutes que dure le film, sont vite oubliés, effacés par cette impression délicieuse d’avoir vécu un moment merveilleux, de cette magie qui imbibait les oeuvres d’un certain Georges Méliès.

 Pendant toute sa première partie, Hugo Cabret suit le schéma classique du film d’aventures familial : le jeune orphelin débrouillard doit échapper au terrible inspecteur, se lie d’amitié avec une jeune fille et est amené à résoudre un mystère. Il évolue ainsi dans une gare parisienne pleine de personnages hauts en couleurs, des personnages âgées tentant maladroitement de se faire la cour, à la jolie fleuriste, en passant par le vieux responsable d’une boutique de jouets autour duquel l’intrigue se centrera finalement. Une partie fort réussie, riches en émotions, en passages cocasses et en morceaux de bravoure (les poursuites entre Hugo, l’inspecteur et le chien de ce dernier sont de grands moments) qui se révélera n’être qu’une introduction au coeur même du film.

 
Car Martin Scorsese vient ici rendre un hommage exceptionnel aux premières heures du cinéma. Si les films de Georges Méliès, et principalement son Voyage dans la Lune, constituent l’essentiel du spectacle, Hugo Cabret fait défiler devant nos yeux émerveillés des images des tous premiers films, de L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat à Safety Last !, film qu’Hugo Cabret ira voir au cinéma avec son amie avant de reproduire malgré lui la célèbre scène où Harold Lloyd est suspendu aux aiguilles d’une horloge en haut d’un gratte-ciel. Scorsese remplit d’ailleurs son film de détails résonnant comme autant d’hommages aux films de cette époque, de cet automate à réparer à la jambe de l’inspecteur dont les mouvements saccadés rappellent inévitablement ceux des comédiens des années 1900.

Pour nous plonger dans cet univers si particulier et si propice à la nostalgie, le réalisateur de Shutter Island s’est entouré d’une bien belle brochette d’acteurs, notamment parmi les seconds rôles. Le jeune Hugo Cabret est interprété par Asa Butterfield (Nanny McPhee et le Big Bang) ; Chloë Moretz, qui entre Kick-Ass ou Laisse-moi entrer commence déjà à avoir une jolie filmographie, est son amie Isabelle ; le responsable de la boutique de jouets, dont la véritable identité sera le principal mystère du film, est joué par Ben Kingsley (La Liste de Schindler, La Jeune fille ou la mort ou encore Shutter Island). Le reste du casting réunit des noms tels que Christopher Lee (faut-il encore le présenter ?), Sacha Baron Cohen (Borat), Jude Law (eXistenZ, Contagion), Michael Stuhlbarg (Mensonges d’Etat), Emily Mortimer (Scream 3, Shutter Island), et des acteurs récurrents de la saga Harry Potter : Helen McCrory, Richard Griffiths et Frances de la Tour.

Bref, Hugo Cabret est une déclaration d’amour aux origines du cinéma et à sa magie. Une magie devenue trop rare mais que le réalisateur, très loin de ses thèmes habituels, ressuscite pendant environ 2 heures, nous transportant dans un autre monde.

Note : 9/10