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mercredi 16 octobre 2024

Nano Shark

 

Titre : Nano Shark
Réalisateur : Brett Kelly
Acteurs : 
Date de sortie en France : 
Genre :  requins, science-fiction

Synopsis : 
 Des scientifiques utilisent la nanotechnologie pour réduire un requin mortel à taille microscopique. Il est injecté dans la circulation sanguine d’une personne afin de guérir un trouble sanguin rare. Lorsque le requin commence à faire plus de mal que de bien, une équipe d’aventuriers entre dans le sang dans un sous-marin rétréci pour tenter de tuer (ou d’être tué) par le plus petit des grands blancs !
 
Avis : 
On peut reprocher beaucoup de choses à Brett Kelly (et on va le faire dans cette chronique), mais on ne peut pas lui enlever une qualité : celle d'avoir des idées qui donnent envie de voir ses films. Aussi, alors que la mode est plutôt au gigantisme (notamment dans son Kaiju Glam Metal Shark Attack), le réalisateur canadien va cette fois nous proposer un requin microscopique, dans une aventure lorgnant du côté du "Voyage fantastique" de Richard Fleischer ou de "L'Aventure intérieure" de Joe Dante. 
 

 
 
Une idée amusante donc, joliment illustrée par le détournement de la phrase culte des "Dents de la mer" : We're gonna need a smaller boat. Malheureusement, Brett Kelly va surtout réussir à en faire un tout petit film, n'ayant aucun véritable scénario à développer autour de cette idée. Nano Shark, c'est lent, très lent, c'est vide, très vide, et c'est un ressort volontaire destiné à être comique. Autant vous dire que votre patience risque d'être mise à rude épreuve si vous ne regardez pas le film en groupe.
 
En effet, le temps dédié à l'histoire est finalement très limité : on doit passer une vingtaine de minutes à suivre le mini-sous-marin affronter le mini-requin. Le reste consiste en des dialogues complètement idiots, et en des séquences de remplissage improbables et interminables. Plusieurs minutes seront ainsi consacrées à admirer des fesses sur la plage, à suivre l'accident amenant à la piqûre de la mauvaise fesse, à assister à l'achat d'une citronnade, à observer un personnage s'amuser avec des cotons-tiges devant son miroir, ou enfin à assister à un festin de hot dogs. 
 
 
Mais n'allez pas croire que les séquences consacrées au submersible et au requin remontent le niveau : d'une lenteur assez pachydermique, ces séquences sont peut-être les pires du film. Si on n'attend plus grand chose des effets spéciaux ou de l'interprétation, c'est surtout l'absence presque totale d'imagination qui pénalise ces passages. Tout juste retiendrons-nous la scène de la "femme torpille". 

Comme souvent, ce Brett Kelly fait penser à un pote ou à un oncle un peu lourd, qui lâche des caisses pendant un repas en vous donnant des coups de coude pour que vous ne loupiez surtout aucune miette de sa subtilité. On réservera donc ce Nano Shark aux fans irrécupérables de Brett Kelly (et je plaide coupable), de préférence en groupe (j'ai eu la chance de pouvoir découvrir le film en salle au dernier Paris Shark Week). Pour les autres, fuyez !



dimanche 13 octobre 2024

The Last Breath

 
Titre : The Last Breath
Réalisateur : Joachim Hedén
Acteurs : Jack Parr, Julian Sands, Alexander Arnold
Date de sortie en France : 15 septembre 2024 (Paris Shark Week)
Genre : shark movie
 
Synopsis : 
 Un groupe d'anciens amis d'université se réunissent lors d'un voyage de plongée sous-marine dans les Caraïbes pour explorer l'épave d'un cuirassé de la Seconde Guerre mondiale et se retrouvent piégés dans le sous-marin rouillé, entourés de requins ..
 
Avis : 
Un groupe de plongeurs, une épave inexplorée, des requins... Le point de départ de "The Last breath" ressemble beaucoup à celui de son cousin égyptien, "Mako". Il faut bien avouer que la rencontre entre deux univers anxiogènes par nature (les requins d'un côté, une épave abandonnée de l'autre) est alléchante, d'autant que le réalisateur, Joachim Hedén, est un spécialiste des films en milieu aquatique (Breaking surface, The Dive). 
 

 Dans l'univers du shark movie, la proposition de Joachim Hedén n'est pas banale. Le genre est en effet surtout représenté ces dernières années par des nanars plus ou moins volontaires, ou des navets, et les rares tentatives de faire une œuvre sérieuse prennent généralement la forme de films de survie ("The Reef", "47 meters down"). Le thriller aquatique semble même plutôt réservé aux crocodiles, comme dans le "Crawl" d'Alexandre Aja.
 
Dans cette optique sérieuse, Hedén nous présente un groupe de personnages plus (Sam, Noah ou Levi, interprété par le regretté Julian Sands dont il s'agit du dernier rôle) ou moins attachants (on adorera détester Brett). Sans rien révolutionner dans les archétypes classiques du groupe de victimes désignées (on devinera d'ailleurs assez rapidement qui seront les survivants potentiels, voire même l'ordre des attaques), le réalisateur parvient à créer une bande assez cohérente et crédible, et la première partie, dédiée à la présentation des personnages et des enjeux, est plutôt réussie, assez en tout cas pour identifier facilement chacun d'entre eux lorsqu'ils seront en combinaisons de plongée avec masques lors de l'exploration de l'épave.  
 
 
Là encore, le premier contact est réussi. Entre les couloirs étroits et les nombreux niveaux, on devine un bâtiment immense où il ne peut être que facile de se perdre. Hélas, cette sensation va rapidement disparaître, à peu près au moment où les requins font leur apparition. On a soudainement le sentiment que l'épave se limite à un couloir et à 2 ou 3 pièces, que l'on parcourt dans un sens puis dans l'autre entre deux attaques. Le décor est si mal exploité qu'il en devient anecdotique, ce qui se ressent cruellement au niveau du suspense.  

On ne se perd plus, on n'a pas vraiment d'inquiétude pour les personnages pour lesquels l'air vient à manquer, puisqu'on a le sentiment qu'il suffit d'une dizaine de secondes pour traverser le navire et remonter à la surface. De même, la tension baisse au fil des minutes, à mesure que le film bascule vers le spectaculaire un peu nanardesque, provoquant même parfois le rire. 

The Last Breath demeure néanmoins dans le haut du panier des productions "sérieuses" du genre de ces dernières années, bien au-dessus du similaire "Mako". Malheureusement, il... s'essouffle en cours de route, jusqu'à une dernière partie reléguant aux oubliettes toutes les qualités présentes jusque-là. Joachim Hedén prouve néanmoins qu'il est toujours possible faire un film de requins sérieux et de qualité, et on aimerait le revoir se frotter au genre à l'avenir pour transformer l'essai.
 
 

vendredi 23 août 2024

Trap

 

Titre : Trap
Réalisateur : M. Night Shyamalan
Acteurs : Josh Hartnett, Ariel Donoghue, Saleka Shyamalan
Date de sortie en France : 7 août 2024
Genre : thriller

Synopsis : 
30 000 spectateurs. 300 policiers. Un tueur. 
Cooper, père de famille et tueur en série, se retrouve pris au piège par la police en plein cœur d’un concert. 
S’échappera-t-il ?
 
Avis : 
Spectateurs, il est temps de laisser votre sens de la logique et du crédible aux vestiaires : avec Trap, M. Night Shyamalan nous propose un thriller dont les péripéties ne seront dictées que par la chance, des coïncidences, de l'incompétence et une bonne dose d'interventions du scénariste aux moments les plus opportuns. Oubliez la virtuosité de Snake eyes, que vous aurez peut-être envie de revoir à la fin du film, et prenez plutôt vos manettes pour jouer aux derniers Hitman en mode facile. 
 
 
Car Trap, c'est le genre de film où personne ne voit jamais rien, et surtout pas ce qui se déroule sous son nez. C'est ce genre de film où, à deux secondes près, le protagoniste se fait remarquer ou attraper, à plusieurs reprises. C'est ce genre de film où le héros ne progresse à aucun moment grâce à ses talents, mais parce que la statistique de Chance de son arbre de compétence est réglée au maximum. Cela donne des séquences hallucinantes, où tout le monde révèle à Josh Hartnett ce qu'il sait, où tout le monde lui fait immédiatement confiance au détriment de toute logique. 
 
Et finalement, on s'amuse beaucoup de cette accumulation d'incohérences, qui évoque les films d'action les plus nanardesques avec leurs héros invulnérables. Et on devine que Josh Hartnett s'y amuse également beaucoup, lui qui n'aura à dégainer que deux visages différents pour survoler le film, entre le sourire forcé inspirant la confiance ou la mâchoire serrée et le regard noir pour rappeler que, quand même, c'est un méchant tueur en série. Deux expressions qui lui suffiront pour apporter bien plus de nuances que tous ses camarades de jeu, Saleka Shyamalan (la fille de) en tête. 
 
 
On regrettera presque que l'action ne se cantonne pas à la salle de concert, tant la seconde partie du film perd cet aspect ludique pour n'aboutir que trop lentement vers un dénouement convenu. Les rebondissements improbables ralentissent, laissant trop souvent la place à des tunnels de dialogues imbuvables et teintés de psychologie de comptoir. Tous les petits défauts qui m'avaient amusé dans la première partie sont peu à peu devenus pénibles, comme si Shyamalan avait du mal à abandonner son jouet et à conclure son histoire. Comme souvent...

Trap, c'est un peu le téléfilm du dimanche après-midi, avec ses péripéties incroyables et assez puériles, mais que l'on peut suivre avec un certain plaisir au second degré. Un plaisir qui manquait aux précédentes réalisation de Shyamalan (Old et Knock at the cabin), que le film a d'ailleurs rapidement dépassé en nombre de spectateurs en France.
 

 

samedi 17 août 2024

Alien : Romulus

 
Titre : Alien : Romulus
Réalisateur : Fede Alvarez
Acteurs : Cailee Spaeny, David Jonsson, Archie Renaux
Date de sortie en France : 14/08/2024
Genre : science-fiction, horreur
 
Synopsis : 
 Alors qu’il entreprend des fouilles dans une station spatiale abandonnée, un groupe de jeunes voyageurs se retrouve confronté à la forme de vie la plus terrifiante de l'univers…
 
Avis : 
La saga Alien fait partie de ces rares séries de films à conserver une aura relativement intacte, malgré des épisodes de plus en plus clivants au fil des années. Très clairement, depuis Aliens, le retour (il y a presque 40 ans...), le moins que l'on puisse dire, c'est que chaque film divise... ou fait quasiment l'unanimité contre lui, comme le dernier en date, Alien : Covenant. Pourtant, malgré ces échecs, malgré les projets avortés, malgré les crossovers médiocres, l'arrivée sur nos écran d'un nouveau film de la saga initiée par Ridley Scott reste un événement, surtout lorsqu'il est mis en scène par l'une des figures montantes du genre : Fede Alvarez, le réalisateur de Don't breathe - la maison des ténèbres et de Evil dead (2013).


Le réalisateur uruguayen va justement se raccrocher aux deux plus grands succès de la série, en situant son histoire entre Alien, le huitième passager et Aliens, le retour. Un choix chronologique qui va également avoir un impact direct sur l'identité de Alien : Romulus, ce dernier étant à bien des égards un "Alien 1.5" : la première partie, où les personnages parcourent une épave abandonnée et découvrent la menace, s'inspire clairement du film de Scott ; la seconde, plus musclée, évoque celui de Cameron. Et si quelques éléments rappellent Alien 3 ou Alien : la résurrection, Alvarez semble vouloir nous montrer qu'il aime et connaît ses classiques, quitte à parfois rester un peu sage. 

Car, même si l'on prend un véritable plaisir à retrouver les couloirs sombres typiques de la saga, si l'on adore replonger dans cette ambiance craspec et violente, si l'on retrouve plus de vagins et de pénis que dans une soirée organisée par DSK, si l'on apprécie de voir les facehuggers et les xénomorphes redevenir des menaces crédibles, si l'on frissonnera même un peu durant la première heure, il faut bien avouer que le film ne réserve que peu de surprises, et le spectateur averti aura systématiquement une longueur d'avance sur les personnages. Cet aspect sera même plus présent encore pour les amateurs de jeux vidéo, certains éléments rappelant Alien : Isolation
 

 Ce n'est certes pas un défaut rédhibitoire, mais Alien : Romulus ne propose finalement que très peu de nouvelles idées et, lorsqu'il le fait, c'est en jouant avec le réalisme (la gravité, par exemple, qui donne de superbes séquences sur lesquelles il ne faudra pas être trop pointilleux). De même, on pourra regretter les innombrables clins d'oeil du film à ses aînés... jusqu'à l'indigestion (certain plans, les répliques cultes des précédents films, le personnage de Rook). 

Renouant avec l'identité des premières heures de la saga, pour le meilleur comme pour l'un peu moins bon, Fede Alvarez nous en offre de façon presque inattendue son épisode le plus réussi depuis 1986. Et je dois bien l'avouer : ça fait bien longtemps que je n'avais pas eu envie de suivre de nouvelles aventures dans cet univers... tant qu'on laisse Ridley Scott loin de tout ça !



samedi 27 avril 2024

Godzilla X Kong : le nouvel Empire

 

Titre : Godzilla X Kong : le nouvel empire
Réalisateur : Adam Wingard
Acteurs : Rebecca Hall, Brian Tyree Henry, Dan Stevens
Date de sortie en France : 3 avril 2024
Genre : action, science-fiction
 
Synopsis : 
Le tout-puissant Kong et le redoutable Godzilla unissent leurs forces contre une terrible menace encore secrète qui risque de les anéantir et qui met en danger la survie même de l’espèce humaine. 

Avis :
Cinquième film du MonsterVerse, Godzilla X Kong a la lourde mission de passer derrière le très, très moyen (pour être gentil) "Godzilla vs Kong", tout en étant inévitablement comparé au très, très bon "Godzilla Minus One". La bande-annonce, avec ses monstres sprintant comme des victimes de slashers et son déluge de numérique, ne laissait pas vraiment présager du meilleur. Verdict ? Ce "nouvel empire" ressemble beaucoup à tous les blockbusters que produit Hollywood depuis quelques années, pour le meilleur et surtout pour le pire. 


Suite aux événements de G vs K, Kong a emménagé dans la Terre creuse, et Godzilla est resté à la surface. Alors que le singe géant se lance dans une quête spirituelle profonde en recherchant ses semblables (inaugurant par la même occasion l'éternelle tendance des personnages à paraphraser ce que le spectateur avait parfaitement compris) entre deux bottages de cul de créatures étranges, le Roi des Monstres se tape de bonnes grosses siestes... entre deux bottages de cul de Titans. Bref, rien ne semblait les amener à se croiser de nouveaux sauf l'éternelle nouvelle menace, destinée à détruire le Monde et apparemment invulnérable. Rien de bien nouveau donc, et pourquoi pas finalement ?

 Malheureusement, Adam Wingard et ses scénaristes (oui, il y en a plusieurs) avaient envie de développer l'univers du MV, ainsi que leurs personnages. Si nous sommes enfin débarrassés de Kyle Chandler et Millie Bobby Brown, nous devrons encore subir Kaylee Hottle dans le rôle de la jeune sourd-muette (sauf quand elle oublie d'être sourde) et Brian Tyree Henry dans le rôle du podcaster complotiste qui filme tout sauf ce qui peut être intéressant et uniquement là pour apporter la caution "comique" (entendez par là qu'il s'agit du personnage secondaire classique des blockbusters de ces dernières années, peureux et un peu idiot). Ils sont ici rejoints par Dan Stevens ("Colossal", "Abigail") dans le rôle de l'insupportable Trapper, incapable d'effectuer une action sans être accompagné d'une musique assourdissante destinée à rendre l'ensemble "trop cool"... là encore, comme dans de trop nombreux blockbusters de ces dernières années. Ce dernier est d'ailleurs au centre de séquences tombées du ciel, comme lorsque Kong a besoin de soin. 

 

Le singe géant a une dent infectée ? Pas de problème, on a de quoi la remplacer. Kong s'est fait détruire le bras ? Pas de problème, un bras mécanique tombe du ciel. Kong a un des soucis d'érection ? Ah non tiens, le film n'est pas encore allé jusque là, même si on lui refile un fils adoptif. 

Ainsi, pendant environ une heure, on se contente de suivre les aventures de Kong, de Godzilla et du groupe d'humains, comme aux plus belles heures des Voyages au centre de la Terre ou d'un énième Monde perdu, jusqu'à ce que l'histoire ne démarre vraiment, avec la découverte d'un sous-sol sous le sous-sol, et d'un groupe de singes réduits en esclavage et n'attendant qu'Indiana Jones pour les sauver. Entre temps, quelques combats, plus ou moins réussis (le premier combat de Godzilla est expéditif mais très efficace), plus ou moins parasités par des ralentis débiles, plus ou moins tronqués (Kong contre le monstre du lac, Godzilla vs Tiamat), plus ou moins sabotés par cette volonté d'aller toujours plus loin dans l'action illisible. Un véritable gâchis, tant certaines créatures sont superbes et méritaient mieux, comme Tiamat ou Shimo. 

Bref, rien de nouveau pour ce Nouvel Empire, qui plaira sans doute aux fans de blockbusters insipides. Scénario basique, personnages humains sans grand intérêt, problèmes de cohérence, combat parfois spectaculaires et effets spéciaux généralement réussis si on n'est pas allergique aux fonds verts (9 fois le budget de l'oscarisé "Godzilla Minus One", par ailleurs). On ne change pas une formule qui gagne, et le fast-food hollywoodien nous offrira sans doute rapidement la suite. On parle d'ailleurs déjà d'une seconde saison de la sympathique série "Monarch : Legacy of Monsters", et de nouveaux films se concentrant (enfin !) sur de nouvelles créatures.



lundi 1 janvier 2024

When evil lurks

 

Titre : When Evil lurks 
Réalisateur : Demian Rugna
Acteurs : Ezequiel Rodríguez, Demián Salomón, Silvina Sabater, Luis Ziembrowski, Marcelo Michinaux, Emilio Vodanovich
Date de sortie en France : 
Genre : horreur
 
Synopsis : 
Après avoir découvert un cadavre mutilé près de leur propriété, deux frères apprennent que les événements étranges survenant dans leur village sont causés par un esprit démoniaque qui a élu domicile dans le corps purulent d’un homme. Le mal dont souffre ce dernier ne tarde pas à se répandre comme une épidémie, affectant d’autres habitants de la région. 
 
Avis :
Des éclats de rire insolents, des invitations à forniquer avec votre génitrice, des paroles incompréhensibles, des corps tordus dans tous les sens, du vomi : il ne s'agit pas du dernier clip d'un rappeur français à la mode, mais d'un condensé assez exhaustif de ce que l'on retrouve dans quasiment 100% des films de possession des 50 dernières années. Car s'il est un genre qui peine à se renouveler, plus encore que le slasher, c'est bien le sous-Exorciste, avec ses dizaines de clones infréquentables. En 2023 encore, "L'Exorciste du Vatican" (malgré la performance sympathique de Russell Crowe) ou "L'Exorciste Dévotion" semblaient indiquer qu'il n'y a pas grand chose à espérer du genre. Pourtant, à bien creuser, on peut trouver quelques exceptions : le fascinant "The Witch", l'éreintant "The Strangers" ou l'éprouvant "The Medium", par exemple. Et en 2023, c'est d'Argentine que viennent les ténèbres, avec When Evil lurks
 
 
Le point de départ est le suivant : deux frères découvrent un homme qu'ils identifient immédiatement comme possédé. L'idée est assez simple, mais présente immédiatement une certaine originalité puisque les personnages reconnaissent immédiatement la nature de la menace, loin des tergiversations accompagnant généralement la santé des possédés dans la plupart des films du genre. Néanmoins, ils ignorent comment affronter cette menace, malgré quelques réflexes immédiats, d'autant que les autorités font la sourde oreille. En quelques minutes, Demian Rugna nous présente, avec une redoutable efficacité, quelques règles particulières relatives à cette possession (ne pas toucher le possédé, ne pas utiliser d'arme à feu, ne pas utiliser de lumière électrique...) ainsi que les traits principaux de ses personnages, aux caractères bien trempés. Tellement bien trempés qu'ils vont malencontreusement participer à la propagation du Mal. 

Car ici, le Mal engendre littéralement le Mal, et le fait de ne pas respecter les règles entraîne des conséquences tragiques : il est fort probable que vous y réfléchirez à deux fois après avoir vu le film avant de violer le conseil de vous éloigner des animaux. Malheureusement, Pedro, Jaime et Ruiz sont des hommes sanguins, une faille que va aisément utiliser le Démon en utilisant leur colère, leur tristesse, leur peur et leur bêtise pour se développer. Si le concept est classique dans le genre, il est ici brillamment exploité, en confrontant en permanence les personnages à leurs failles, à leurs espoirs, à leurs histoires. Pedro, par exemple, le personnage principal, est obsédé par la sécurité de ses fils, dont l'un est autiste, qu'il ne peut plus voir depuis son divorce. Jusqu'au bout, ces éléments influeront sur ces décisions, en faisant un personnage imparfait et nuancé, ce que j'ai tout particulièrement apprécié. 
 
 
C'est d'ailleurs l'une des principales qualités de When Evil lurks : sa radicalité. Loin d'un cinéma consensuel et trop propre que l'on voit trop souvent, il n'hésite pas à frapper là où ça fait mal, à explorer des thématiques sombres, renforçant parfaitement le sentiment de malaise qu'il fait naître chez le spectateur. Le Mal peut frapper fort, à n'importe quel moment (une bonne partie du film se déroule d'ailleurs de jour), et semble simplement omniprésent. On appréciera d'ailleurs la qualité des maquillages, notamment chez Uriel, possédé complètement déformé par ce qui le ronge, et semblant transpirer le pus et le Diable par tous les orifices.

When Evil lurks est ainsi la pépite que l'on osait plus attendre sur une thématique trop souvent synonyme de navets. En nous offrant un regard neuf sur le sujet de la possession, et en allant jusqu'au bout de ses idées (la façon de détourner certains éléments sacrés est brillante), Demian Rugna nous livre un film très réussi, qui se hisse sans problème parmi les meilleurs films d'horreur de ces dernières années. Espérons qu'après sa tournée des festivals, le film (actuellement disponible sur la plate-forme Shudder) parvienne à se faire une place sur nos écrans de cinéma ! 



dimanche 10 décembre 2023

Godzilla Minus One

 
 
Titre : Godzilla Minus One
Réalisateur : Takashi Yamazaki
Acteurs : Ryūnosuke Kamiki, Minami Hamabe, Yuki Yamada, Munetaka Aoki, Hidetaka Yoshioka, Sakura Andō, Kuranosuke Sasaki
Date de sortie en France : 7 décembre 2023
Genre : kaiju eiga

Synopsis : 
Le Japon se remet à grand peine de la Seconde Guerre mondiale qu’un péril gigantesque émerge au large de Tokyo. Koichi, un kamikaze déserteur traumatisé par sa première confrontation avec Godzilla, voit là l’occasion de racheter sa conduite pendant la guerre. 
 
Avis : 
1954 - 2024. Pour fêter ses 70 ans, Godzilla revient enfin au bercail, 7 ans après le formidable Shin Godzilla. Entre temps, le Roi des Monstres a été à l'affiche d'une soporifique trilogie (Godzilla : La Planète des monstres, Godzilla : la Ville à l'aube du combat et Godzilla : le dévoreur de planètes),  et d'une série animée diffusées sur Netflix (Godzilla : l'origine de l'invasion), et surtout d'un massacre en règle dans le triste MonsterVerse avec les tristes suites du Godzilla de Gareth Edwards : Godzilla II : Roi des Monstres et Godzilla vs Kong. Hasard (ou non) du calendrier, la "sortie" au cinéma de Godzilla Minus One en France coïncide avec l'arrivée de la bande-annonce du futur Godzilla X Kong : le Nouvel Empire qui n'annonce rien de bon. 
 
 
Bref, il était temps que le véritable Godzilla revienne mettre les pendules à l'heure et l'église au centre du village. Pour cet anniversaire, la Toho choisit une nouvelle fois de confier son bébé à un réalisateur confirmé, à la vision singulière. Après Ryuhei Kitamura et son complètement fou Godzilla : Final Wars, après Hideaki Anno et Shinji Higuchi pour l'exceptionnel Shin Godzilla, c'est Takashi Yamazaki qui se retrouve aux manettes, un réalisateur reconnu comme expert en effets spéciaux numériques, mais qui s'est aussi parfois retrouvé au coeur de polémiques en raison des sous-textes ambigus de certains de ses films, dont Kamikaze, le dernier assaut
 
Il sera justement question d'un kamikaze dans ce Godzilla Minus One, qui se déroule au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans un Japon portant encore les stigmates, tant matérielles que psychologiques, de la défaite et des bombardements atomiques. Si le pays pensait avoir atteint le fond, l'attaque de Godzilla va encore empirer la situation, et l'amener plus bas que terre. Au niveau -1, d'où le titre du film. Et si cette attaque permettait aux japonais de tourner la page pour faire front face à cette nouvelle catastrophe ?
 

Shin Godzilla nous perdait dans les méandres et la froideur d'une administration incapable d'agir ou de réagir face à la menace du monstre. Minus One en prend le parfait opposé en nous faisant suivre un héros clairement identifié, et sa quête de rédemption. Yamazaki va ainsi prendre le temps de développer ses personnages, de les rendre crédibles et attachants, et décupler par la même occasion l'impact des attaques de Godzilla. 
 
Car le monstre nous offre quelques séquences incroyables, s'inspirant de pas mal de ses aînés (une séquence signature de Godzilla par-ci, une origine calquée sur celle de Godzilla vs King Ghidorah par-là) et d'autres classiques du cinéma (Les Dents de la mer, pour le plus évident). La première attaque offre quelques images assez inédites dans la saga, et la séquence de destruction de Ginza m'a scotché sur mon siège tant elle était impressionnante... voire même terrifiante. Une terreur que l'on retrouve dans Godzilla lui-même, le monstre se révélant particulièrement menaçant et colérique,  bénéficiant de plus d'une capacité de régénération donnant quelques images cauchemardesques rappelant parfois le GMK de Kaneko. Que dire enfin de son souffle atomique, qui retrouve un impact destructeur total ? On saluera d'ailleurs la qualité des effets spéciaux, souvent impressionnants, pour un film dont le budget n'avoisine pourtant "que" les 15 millions de dollars. 


Bref, ce Godzilla Minus One est l'un des tous meilleurs films de l'année, et l'un des tous meilleurs films de la saga. Un film profondément humaniste, qui exploite à merveille le cadre du Japon d'après-guerre, évoquant sans jamais les nommer directement les traumatismes d'Hiroshima et Nagasaki (la simple image d'un compteur Geiger analysant un vélo d'enfant suffit à faire le parallèle), évacuant de façon uchronique l'occupation américaine ("trop occupée avec les soviétiques") et imaginant le peuple japonais contraint de s'organiser sans cadre institutionnel défini. Un film incroyablement spectaculaire, avec quelques unes des scènes de destruction les plus réussies depuis 70 ans, pour un anniversaire presque parfait, si l'on fait abstraction des 3 dernières minutes... et de la fête franchement gâchée en France.

On ne pourra ainsi que regretter la distribution famélique du film en France, avec deux uniques dates dans quelques cinémas Pathé, au tarif prohibitif de la 4DX, et quelques diffusions événementielles comme au PIFFF (à 0h20 en semaine...) ou au Festival du cinéma japonais contemporain. Un crève-coeur pour un film qui ne se savourera pleinement qu'avec un écran et une installation sonore de qualité, ne serait-ce que pour profiter du rugissement du monstre ou de la superbe musique du film. 



dimanche 5 novembre 2023

L'Exorciste - Dévotion

 
 
Titre : L'Exorciste - Dévotion (The Exorcist - Believer)
Réalisateur : David Gordon Green
Acteurs : Leslie Odom Jr, Ellen Burstyn, Ann Dowd
Date de sortie en France : 11 octobre 2023
Genre : horreur

Synopsis : 
Depuis que sa femme, enceinte, a perdu la vie au cours d’un séisme en Haïti douze ans plus tôt, Victor Fielding élève, seul, leur fille Angela. Un jour, Angela et son amie Katherine disparaissent dans les bois avant de refaire surface 72 heures plus tard sans le moindre souvenir de ce qui leur est arrivé... Dès lors, d’étranges événements s’enchaînent et Victor doit affronter de redoutables forces maléfiques. Désespéré et terrorisé, il sollicite la seule personne encore en vie qui ait jamais été témoin de pareils phénomènes: Chris MacNeil. 
 
Avis : 
Parmi les grands noms du cinéma d'horreur, L'Exorciste de William Friedkin bénéficie d'une place bien particulière. Souvent cité parmi les films les plus terrifiants, notamment grâce aux anecdotes entourant sa sortie en salles, il a, à l'image des Dents de la mer de Spielberg, dynamité un sous-genre du fantastique et été copié à d'innombrables occasions, sans jamais être égalé. Mieux encore, il a éclipsé toutes ses suites, de qualités certes variables, et on oublie souvent qu'il est le premier film d'une franchise composée de 6 films et d'une série télévisée, auxquels se sont frottés des réalisateurs tels que John Boorman (L'Exorciste 2 : l'hérétique), William Peter Blatty (L'Exorciste, la suite), Paul Schrader (Dominion : prequel to the exorcist) ou encore Renny Harlin (L'Exorciste : au commencement). Mieux encore, tout comme le film de Spielberg, L'Exorciste dispose d'une aura telle qu'il semble toujours impossible d'en proposer un remake. Autant dire que voir David Gordon Green débarquer sur la saga après avoir sauvagement violé Halloween, pour une nouvelle production Blumhouse laissait franchement perplexe. 
 

 
Il va d'ailleurs reprendre une recette similaire à celle de son Halloween, en proposant une suite directe au film originel, oubliant tout ce qui a été fait depuis, et en convoquant quelques illustres figures : Jamie Lee Curtis était revenue pour affronter Myers, Ellen Burstyn vient participer à la lutte contre le démon. Le premier problème, c'est que DGG n'a finalement que ça à proposer au spectateur : un titre d'une renommée qui le dépasse, et un personnage dont il ne sait pas quoi faire. Alors, pour compenser, il va se retrancher derrière ce que propose environ 99% du cinéma fantastique américain contemporain : il va essayer de doper son film pour n'offrir aucun temps mort, dans l'espoir que cette frénésie permette de faire oublier un scénario sans imagination, une absence totale de progression et de frisson, le tout en laissant la porte ouverte aux inévitables suites de ce qui est déjà prévu pour être une trilogie. 

On aurait pourtant pu croire que la possibilité d'étaler le scénario sur trois films permettrait d'étoffer l'histoire, d'approfondir les personnages, d'installer progressivement les enjeux. Il n'en sera rien. Dans L'Exorciste Dévotion, tout va très vite, trop vite. En quelques minutes, quand les parents retrouvent leurs filles après 3 jours d'absence, les personnages ont la certitude qu'elles sont possédées. Nous sommes loin de la progression remarquable du film de Friedkin, qui jonglait habilement entre l'explication médicale et l'explication surnaturelle, et réussissait ainsi à installer insidieusement l'angoisse chez le spectateur. Ici, aucune hésitation : les gamines sont possédées, et se mettent presque immédiatement à agir comme telles, en faisant joujou avec les lumières ou en gueulant des insanités dans une église, dans une scène particulièrement gênante alors qu'elle avait un fort potentiel. Résultat : on n'a pas peur pour les filles, et on ne s'identifie à personne. On attend juste impatiemment l'inévitable scène d'exorcisme pour enfin nous libérer de tout ça. 

Hélas, même de ce côté là, pas grand chose à sauver. Dommage, car l'idée de mêler plusieurs courants spirituels était prometteuse et pouvait offrir des passages originaux, mais David Gordon Green préfère une nouvelle fois se contenter du strict minimum. Pire encore, le film ne propose pas de conclusion satisfaisante, comme enfermé par son statut un peu bâtard de "premier film d'une future trilogie", destiné à laisser la conclusion ouverte pour la suite, tout en essayant de refermer le chapitre en cas d'échec. 

Bref, sans réelle surprise, cet Exorciste - Dévotion n'arrive ni à la cheville de son aîné, ni à celle de la plupart des plus mauvais film du genre. La combinaison BlumHouse - David Gordon Green a encore frappé, pour une nouvelle oeuvre balisée, sans surprise ni frisson. On espère juste que l'échec du film, tant sur le plan critique que financier, sonne le glas du projet de trilogie...



Sharksploitation

Titre : Sharksploitation
Réalisateur : 
Acteurs : 
Date de sortie en France : 
Genre : documentaire
 
Synopsis : 
Depuis quelques années, le genre du shark movie est particulièrement prolifique : entre les innombrables films à petit budget, les séries B efficaces, les pastiches et même les blockbusters, les requins sont partout sur nos écrans... Mais d'où vient le succès de ce genre si spécifique ? C'est la question à laquelle tente de répondre Sharksploitation
 
Avis : 
Le documentaire de Stephen Scarlata va ainsi remonter aux premières apparitions des requins au cinéma : ainsi, bien avant Les Dents de la mer, les requins apparaissent dans de nombreux films d'aventures, dès le début du vingtième siècle, où ils ne sont pas forcément perçus comme une menace mais parfois comme des entités divines et protectrices. Ce n'est qu'avec quelques faits divers que l'animal commence à être perçu comme un danger, et apparaît peu à peu comme antagoniste, notamment dans des films tels que Caine (qui sera renommé Shark ! après le décès d'un cascadeur pendant le film suite à un accident avec un requin) ou encore le James Bond Opération tonnerre
 
 
Par la suite, c'est évidemment le film culte de Spielberg qui fera du requin un monstre du cinéma, avec ses suites et ses plagiats, mais c'est surtout l'exploitation en vidéo (Nu Images puis The Asylum) et les chaînes télévisées (SyFy) qui va populariser le genre... et l'emmener vers des concepts toujours plus fous. Requins fantômes, hybrides, volants, se déplaçant sous terre, plus rien ne semble pouvoir arrêter le genre, quitte à se perdre dans une surenchère permanente. 

 Le documentaire nous décrit donc toute cette histoire, avec de nombreux extraits, de formidables anecdotes (la fameuse réplique de Shark Attack 3 Megalodon), en invitant quelques intervenants plus ou mois prestigieux : Roger Corman (She Gods of shark reef, Sharktopus), Joe Dante (Piranha), Joe Alves (Les Dents de la mer 3), Mark Polonia (Sharkula, Jurassic Shark 3 Seavenge, Sharkenstein), Chris Kentis (Open Water - en eaux profondes), Johannes Roberts (47 meters down), Anthony C. Ferrante (Sharknado), Andrew Traucki (The Reef), Mario Van Peebles (USS Indianapolis : men of courage), Misty Talley (Zombie shark, Summer shark attack) et bien d'autres viennent ainsi évoquer leurs oeuvres et leur rapport aux requins. 

Car le film se conclut en rappelant que tout ceci n'est que du cinéma, et que les requins, loin d'être les machines à dévorer de l'humain que l'on croise sur les écrans, sont en danger d'extinction. Un excellent documentaire donc, superbement documenté, qui plaira autant aux connaisseurs, qui en profiteront pour repérer les œuvres qu'ils auront ratées, qu'aux novices qui s'amuseront énormément de l'imagination des producteurs. 


++ : le documentaire a remporté les prix du Jury et du Public au Paris Shark Week 2023.

dimanche 12 mars 2023

Scream 6

 
Titre : Scream 6
Réalisateur : Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett
Acteurs : Jenna Ortega, Melissa Barrera, Courteney Cox Arquette
Date de sortie en France : 8 mars 2023
Genre : horreur
 
Synopsis : 
 Après avoir frappé à trois reprises à Woodsboro, après avoir terrorisé le campus de Windsor et les studios d’Hollywood, Ghostface a décidé de sévir dans Big Apple, mais dans une ville aussi grande que New-York personne ne vous entendra crier… 
 
Avis : 
Comme la saga Vendredi 13 à l'époque, Scream prend la direction de New York, pour un sixième épisode destiné, une nouvelle fois, à nous surprendre en cassant certains codes. L'occasion, surtout, d'offrir un requel de Scream 2, dont il rejoue les grandes lignes. Attaques en public, apparitions et disparations surnaturelles, tueur s'inspirant des crimes passés, révélation finale similaire...
 
 
Autrement dit, le fan attentif de la saga n'aura aucune difficulté à repérer le / la / les tueur / tueuse / tueurs / tueuses, et sera rarement surpris. Le cadre New-yorkais n'est finalement utilisé que pour une ou deux séquences (l'introduction et le métro, deux scènes très réussies). Pour le reste, ça pourrait se dérouler une nouvelle fois à Woodsboro, dans une ville où personne n'utilise son téléphone pour appeler les secours. Cela donne un film étrange, qui tente de multiplier les fausses pistes tout en laissant traîner d'énormes ficelles. 

On est ainsi constamment en équilibre précaire entre le bon (les attaques de Ghostface) et le moins bon (impossible de croire à ce mémorial), jusqu'à un final virant dans le grotesque, entre révélations ridicules et des comédiens se trouvant soudain en roue libre et usant et abusant de grimaces et de répliques puériles. Pire encore, alors que le film s'amuse à prétendre que "personne n'est à l'abri", les personnages principaux n'auront jamais autant semblé intouchables... et les survivants, jamais aussi nombreux. 
 
Ainsi, si la saga remonte un peu la tête après un Scream assez insupportable, ce Scream 6 ne réinvente rien et se contente de suivre son cahier des charges, en compensant parfois par une vraie efficacité lors des attaques de Ghostface. Pas de quoi trembler ni se relever la nuit, ni attendre impatiemment l'inévitable Scream 7.




mardi 21 février 2023

Shin Ultraman

 
Titre : Shin Ultraman
Réalisateur : Shinji Higuchi 
Acteurs : Takumi Saitoh, Masami Nagasawa, Hidetoshi Nishijima
Date de sortie en France : -
Genre : super sentai, science-fiction
 
Synopsis : 
Des kaiju toujours plus motivés attaquent le Japon, mais heureusement, la vigie Ultraman veille au grain. 
 
Avis : 
Découvrir Ultraman en 2022 avec Shin Ultraman, c'est le sentiment assez vertigineux de se trouver au pied d'un monument de la culture pop japonaise, un mastodonte né dans les années 60 et composé d'une multitude de séries et de films, dont l'immense majorité n'a jamais vraiment franchi nos frontières. En France, ce genre bien particulier est surtout connu par la série Bioman ou par la série... américaine Power Rangers, et est, à l'instar du kaiju eiga, souvent cibles de quolibets de la part d'un public préférant souvent le confort bien connu et reposant d'un énième slasher sans intérêt ou d'un film de zombie éclaté au sol, comme disent les jeunes. 
 
 
Je dois bien avouer que, moi-même, pourtant fan de Godzilla et compagnie, j'étais assez frileux à l'idée de découvrir le genre, ne sachant d'ailleurs pas par quel bout commencer, ayant tenté de visionner d'anciens épisodes de Kamen Raider ou de Ultra Q. C'est finalement grâce au PIFFF que j'ai pu découvrir enfin Ultraman, d'autant plus alléché par la promesse d'une relecture moderne du mythe, à l'image de ce que Shinji Higuchi et Hideaki Anno avaient proposé avec Shin Godzilla. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je suis ressorti assez circonspect de la séance, sans doute pas préparé à digérer un spectacle aussi généreux qu'hermétique. 
 
Car ce que l'on sent dès les premières minutes, c'est la volonté de Higuchi et Anno de se faire plaisir, mais aussi de faire plaisir au spectateur. Des scènes de destruction, des affrontements titanesques, des poses improbables, et un respect que l'on sent total envers l'univers d'Ultraman : j'ai clairement eu des étoiles plein les yeux pendant la première demi-heure. Le film va ensuite rapidement se calmer, et développer ses thématiques de façon un peu pachydermique. 
 
Ce n'était déjà pas l'aspect le plus original de Shin Godzilla, mais ce dernier fait office de modèle par rapport à Shin Ultraman sur la critique des institutions japonaises et de leur incapacité à affronter une crise imprévue. La lenteur des prises de décisions, les dirigeants noyés au milieu d'un nombre impressionnants de conseillers inutiles, les accords grotesques passés dans l'urgence, la volonté d'agir plutôt que de réfléchir : si le sentiment de lourdeur administrative imprègne parfaitement le film, c'est surtout le sentiment de déjà-vu qui prédomine. 
 
On ne se réveille finalement que grâce aux petites touches d'humour, très efficace, ou grâce (ou plutôt "à cause de") à la réalisation très particulière de Higuchi. Ce dernier opte en effet pour un découpage extrême de toutes les séquences de dialogues, adoptant des points de vue totalement fous. Le résultat, s'il dénote une véritable virtuosité technique, s'avère vraiment déroutant, sans doute en écho à la manière dont le public peut consommer l'information de nos jours. J'avoue avoir été totalement pris au dépourvu par ces séquences... et pourtant continue à y penser régulièrement ! 
 
Si Shin Godzilla constituait sans doute une porte d'entrée efficace pour découvrir le kaiju eiga, je ne suis pas certain que Shin Ultraman donne vraiment envie au profane de s'intéresser davantage au genre. Malgré une première partie formidable, le film de Shinji Higuchi se contente trop souvent de reprendre les thématiques de son aîné, tout en se montrant à mes yeux trop léger pour convaincre. Mais la curiosité l'emportera sans doute : je le reverrai certainement en essayant d'être mieux préparé !



samedi 18 février 2023

Projet Wolf Hunting

 

Titre : Projet Wolf Hunting (Neugdaesanyang)
Réalisateur : Kim Hong-seon
Acteurs : Seo In-guk, Jang Dong-yoon, Jung So-min
Date de sortie en France : 15 février 2023
Genre : action, fantastique

Synopsis : 
Alors qu'ils sont transférés depuis les Philippines vers la Corée du Sud par un navire cargo, plusieurs dangereux criminels provoquent une violente émeute jusqu'à ce qu'un monstre non identifié sorte de son sommeil... 
 
Avis : 
Sans doute tracté par des locomotives telles que Bong Joon-ho (Parasite, Memories of murder), Park Chan-wook (Old boy, Mademoiselle, Decision to leave) ou Na Hong-jin (The Chaser, The Strangers), le cinéma sud-coréen s'est fait une belle place dans nos salles de cinéma et sur nos écrans de télévision. Le problème, c'est qu'alors qu'avant, seuls les meilleurs films nous parvenaient, cette mode permet désormais à des oeuvres très moyennes (la série Squid Game) voire mauvaises, comme ce Projet Wolf Hunting
 

 

PWH est un film d'action bourrin complètement con, qui bifurque à mi-chemin vers le nanar horrifique. Cela semble lui assurer un certain succès public, certains spectateurs se contentant volontiers de l'extrême violence du film (et pourquoi pas, finalement ?), mais j'avoue que, de mon côté, le film ne m'a amusé qu'une demi-heure avant de profondément m'ennuyer. Alors oui, évidemment, le film n'usurpe pas sa réputation : il est très, très violent et, dès que l'ensemble se met en marche, ça n'arrête plus une seconde. Mais bordel, qu'est-ce que c'est con ! 

Car on est quand même devant l'opération policière la plus mal foutue du monde, qui ne vérifie ni l'identité de l'équipage, ni ce que transporte le bateau, le tout avec une surveillance minimale et une équipe de vétérans qui respire l'amateurisme jusqu'à laisser totalement sans surveillance sa fine cargaison de prisonniers. Bon, à vrai dire, c'est sans doute une équipe de suicidaires, étant donné qu'aucun ne réagit face à des menaces armées. Côté prisonniers, la brochette habituelle, avec le leader charismatique qui en fait des tonnes pour bien montrer qu'il est cinglé (bordel, cette interprétation) et les sous-fifres habituels. Et quand le film bascule vers l'horreur, avec une créature bourrine qui ferait passer Jason Voorhees pour un tueur chétif, c'est encore pire : on enchaîne des mises à mort violentes, gores et répétitives de personnages dont l'instinct de survie était apparemment livré en option, entre deux révélations crétines délivrées par des acteurs en roue libre.

J'ai même fini par lutter contre le sommeil dans la dernière demi-heure, tant le combo action bourrine - gore crétin est lassant. Peu d'intérêt donc en ce qui me concerne, et surtout pas la "nouvelle bombe du cinéma coréen" que certains laissent entrevoir...



vendredi 10 février 2023

Space monster Wangmagwi

 
Titre : Space Monster Wangmagwi (Ujugoe-in Wangmagwi)
Réalisateur : Hyeok-jinn Gwon
Acteurs : Won Namkung, Seon-kyeong Kim, Eun-jin Han
Date de sortie en France : -
Genre : kaiju eiga
 
Synopsis :  
Des extraterrestres cherchent à envahir notre planète, et nous envoient un monstre géant, Wangmagwi, qui détruit tout sur son passage. Menée par Oh Jeong-hwan, l'aviation coréenne tente d'arrêter la créature, mais celle-ci enlève bientôt la fiancée de Oh Jeong-hwan.

Avis : 
Dans le monde merveilleux du kaiju eiga, il existe quelques trésors perdus, notamment lorsque l'on s'aventure en dehors des terrains balisés par les grands studios japonais. C'est le cas par exemple du légendaire Bulgasari, réalisé par Kim Myeong-je en 1962, introuvable depuis sa sortie, sans doute en raison d'un accueil critique assez catastrophique. C'était également le cas de Ujugoe-in wangmagwi, de 1967 : le film n'était diffusé que par les Archives du film coréen, ou visible dans la bibliothèque de l'institution. Finalement, 55 ans plus tard, le film a enfin droit à une sortie en Occident, édité en Blu-Ray par les américains de SRS Cinéma. Pour le plus grand plaisir des fans du genre, qui ne s'attendaient certainement plus à voir enfin l'un des plus anciens films de monstres coréens. 
 
 
Autant vous le dire tout de suite : comme souvent avec le kaiju eiga, Space monster Wangmagwi est réservé aux amateurs hardcores du genre, ceux qui prennent leur pied devant un acteur en costume piétinant des maquettes et des miniatures. Et il faut bien avouer que, dès les premières minutes, avec cette navette dérivant paresseusement devant un espace que n'aurait sans doute pas renié Ed Wood, ou avec ces extraterrestres en costume argenté évoluant dans un vaisseau bien vide, on en a pour notre argent. Le temps de nous expliquer rapidement leur plan (qui consiste, comme souvent, à nous balancer un monstre géant pour nous détruire et voler notre planète), on retourne sur Terre faire connaissance avec les principaux personnages. 

Un début de film assez classique donc, qui va rapidement être dynamité par deux éléments : le monstre, tout d'abord ; les personnages, ensuite. Car Wangmagwi n'est pas un kaiju eiga classique : c'est aussi une comédie, qui oscille entre le vaudeville et le pipi-caca entre deux séquences catastrophe. Le monstre géant commence à tout péter dans la ville ? Deux nigauds en profitent pour se lancer des paris grotesques, l'un misant son argent, l'autre mettant en jeu... son épouse. Un militaire est envoyé pour affronter le monstre ? Sa fiancée est uniquement préoccupée par le fait que son mariage en sera retardé. Un vieillard se fait piétiner par Wangmagwi ? Au même moment, un homme est trahi par ses intestins. Et si je pensais avoir tout vu avec cette scène, c'était sans compter sur le personnage du gamin. 
 

Voleur mais courageux, ce dernier n'hésitera pas à aller affronter seul, avec sa b... et son couteau, le monstre géant qui détruit la ville. On atteint ici des sommets, le garçon parvenant presque à lui seul à mettre la créature en déroute, avec un sens du sadisme assez terrifiant... et une redoutable vessie. Pour ceux qui veulent en savoir plus, rendez-vous en fin de chronique pour le résumé d'une séquence qui est, je pense, unique dans le cinéma de genre. 

Bref, des personnages hauts en couleurs, mais qui ne parviennent pas à éclipser un des monstres les plus craignos de l'histoire du kaiju eiga. Avec ses oreilles tombantes, sa langue constamment sortie et ses petits yeux, Wangmagwi inspire plus le sourire que la crainte. En revanche, malgré un costume qui n'a pas dû coûter grand chose (malgré une imposante fermeture éclair, bien visible dans le dos du monstre), il est assez crédible dans les séquences de destruction, grâce à des maquettes plutôt réussies et quelques effets de transparence bien travaillés. En dehors de son apparence, son comportement intrigue : alors qu'il semble capable de tout péter en quelques secondes, il passe de longues, très longues minutes à tourner autour du même bâtiment, et épargnera, apparemment séduit par sa poitrine, la future mariée, la transportant dans sa main pendant tout le film, tel un King Kong enlevant la belle Fay Wray. 
 

Space monster Wangmagwi est dont un film à réserver aux amateurs acharnés de kaiju eiga, qui sauront apprécier le kitsch émanant de l'oeuvre, et lui pardonner son humour parfois douteux. Un film qu'on aura sans doute rangé aux côtés des pires "Godzilla" et "Gamera", s'il n'avait pas été aussi longtemps invisible. 

Enfin, comme promis, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter certains gags du film. Ainsi, comment oublier toute la séquence où le jeune garçon escalade Wangmagwi, avant de s'introduire dans ses oreilles. Le temps de déchirer les tympans du pauvre monstre, d'échapper à une terrible chute en s'accrochant à ses poils de nez, le gamin va finalement... uriner à l'intérieur de la boîte crânienne de l'arme fatale des extraterrestres. Le tout, avant de menacer de crever également les yeux de Wangmagwi, qui ne méritait sans doute pas autant d'acharnement ! 



mardi 3 janvier 2023

Avatar : la voie de l'eau

 


Titre : Avatar : la voie de l'eau (Avatar :the way of water)
Réalisateur : James Cameron
Acteurs : Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver
Date de sortie en France : 14 décembre 2022
Genre : science-fiction, aventures

Synopsis : 
Jake Sully et Ney'tiri ont formé une famille et font tout pour rester aussi soudés que possible. Ils sont cependant contraints de quitter leur foyer et d'explorer les différentes régions encore mystérieuses de Pandora. Lorsqu'une ancienne menace refait surface, Jake va devoir mener une guerre difficile contre les humains.
 
Avis : 
Suite à l'immense succès d'Avatar en 2009, James Cameron a très rapidement évoqué l'idée de continuer à explorer l'histoire de Pandora, envisageant même tout une saga se prolongeant sur quatre suites. Pourtant, il aura fallu attendre 13 ans, et une multitude de reports, pour enfin voir débarquer une première suite qu'on n'attendait plus vraiment, avant d'enchaîner, en principe en 2024, suite le troisième volet, puis en cas de succès sur les quatrième et cinquième épisodes. Un succès qui semble d'ores et déjà au rendez-vous, le film continuant à cartonner au box-office américain. En France, il a même dépassé l'autre méga-blockbuster de l'année, Top Gun : Maverick après deux semaines d'exploitation. 
 
 
Bref, Avatar et James Cameron confirment leur statut de machines à faire du fric... ce qui n'est pas nécessairement gage de qualité. L'idée même d'une suite, treize ans après, était plutôt de nature à inquiéter, surtout à une époque où les producteurs ressuscitent des sagas qui auraient dû être enterrées, ou nous balancent des suites sorties de nulle part. Mais en sortant de La Voie de l'eau, le constat est simple : James Cameron a, une nouvelle fois, réussi son pari, et nous a une nouvelle fois emmené sur Pandora, pour le meilleur comme pour le pire. 
 
Très clairement, si vous n'avez pas aimé Avatar, cette suite n'est pas faite pour vous. Car La Voie de l'eau est globalement le même film, puissance 10. Le même émerveillement, le même sentiment de visiter une planète qui existe réellement, la même euphorie dans la découverte, et le même scénario prétexte, les mêmes personnages un peu creux, les mêmes enjeux et les mêmes messages. James Cameron renoue avec l'idée même de magie du cinéma, celle qui préfère nous en mettre plein les yeux que plein le crâne... et ça fait un bien fou, comme il y a treize ans. 
 
 
Et ça tombe d'ailleurs plutôt bien : il s'est également déroulé un peu plus de 10 ans entre les événement d'Avatar et ceux de cette suite. Si les humains étaient repartis la queue entre les jambes de Pandora, ils sont bien décidés à revenir exploiter les formidables ressources de la planète... et à se venger des Na'vi, et surtout du traitre, Jake Sully. L'appât du gain, au détriment de toute logique, et dans l'irrespect le plus total de la faune, de la flore et des autochtones. On connaît la musique, on est en terrain connu, et on n'a finalement pas besoin de plus compliqué. 
 
On y ajoute une petite histoire de vengeance, avec le retour un peu tiré par les cheveux d'un personnage (enfin, de son clone), dans ce qui est sans doute l'unique erreur un peu gênante du film. Comme dans le premier volet, les antagonistes brillent par leur absence de consistance, et on ne peut même plus se raccrocher au charisme de Stephen Lang pour se rattraper aux branches. Et pourtant, ça fonctionne, notamment grâce à la grande nouveauté de cette suite : l'apparition d'un nouvel environnement et d'un nouveau peuple. 
 
 
Cameron délaisse ainsi les paysages de forêts pour nous mener au large, dans un clan Na'vi adapter à une vie aquatique : queue plus large, couleur plus claire, membres plus musclés... La famille de Jake Sully devra s'adapter à une nouvelle façon de vivre, à de nouvelles créatures, à un nouveau statut de réfugiés (hybrides, qui plus est). Et là encore, on va en prendre plein les yeux, dans des séquences à couper le souffle qui, si elles reprennent régulièrement celles du premier volet, n'en restent pas moins d'une efficacité folle, où les jeux avec les couleurs et les formes sont magnifiés par le mouvement constant des vagues, par une nature foisonnante et par l'effet miroir de l'eau. C'est une magie héritée directement de L'Etrange créature du lac noir, couplée à une euphorie proche de celle de Leonardo DiCaprio se penchant au dessus de la proue du Titanic. C'est pour cela que l'on se déplace au cinéma, tout simplement. 

On en vient à oublier les menus défauts évoqués plus haut : Avatar : la voie de l'eau est, comme son aîné, du grand spectacle simple et généreux, qui nous transporte ailleurs, nous fait rêver. Personnellement, j'ai déjà hâte de retourner sur Pandora pour le troisième volet.