Affichage des articles dont le libellé est corée du sud. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est corée du sud. Afficher tous les articles

samedi 18 février 2023

Projet Wolf Hunting

 

Titre : Projet Wolf Hunting (Neugdaesanyang)
Réalisateur : Kim Hong-seon
Acteurs : Seo In-guk, Jang Dong-yoon, Jung So-min
Date de sortie en France : 15 février 2023
Genre : action, fantastique

Synopsis : 
Alors qu'ils sont transférés depuis les Philippines vers la Corée du Sud par un navire cargo, plusieurs dangereux criminels provoquent une violente émeute jusqu'à ce qu'un monstre non identifié sorte de son sommeil... 
 
Avis : 
Sans doute tracté par des locomotives telles que Bong Joon-ho (Parasite, Memories of murder), Park Chan-wook (Old boy, Mademoiselle, Decision to leave) ou Na Hong-jin (The Chaser, The Strangers), le cinéma sud-coréen s'est fait une belle place dans nos salles de cinéma et sur nos écrans de télévision. Le problème, c'est qu'alors qu'avant, seuls les meilleurs films nous parvenaient, cette mode permet désormais à des oeuvres très moyennes (la série Squid Game) voire mauvaises, comme ce Projet Wolf Hunting
 

 

PWH est un film d'action bourrin complètement con, qui bifurque à mi-chemin vers le nanar horrifique. Cela semble lui assurer un certain succès public, certains spectateurs se contentant volontiers de l'extrême violence du film (et pourquoi pas, finalement ?), mais j'avoue que, de mon côté, le film ne m'a amusé qu'une demi-heure avant de profondément m'ennuyer. Alors oui, évidemment, le film n'usurpe pas sa réputation : il est très, très violent et, dès que l'ensemble se met en marche, ça n'arrête plus une seconde. Mais bordel, qu'est-ce que c'est con ! 

Car on est quand même devant l'opération policière la plus mal foutue du monde, qui ne vérifie ni l'identité de l'équipage, ni ce que transporte le bateau, le tout avec une surveillance minimale et une équipe de vétérans qui respire l'amateurisme jusqu'à laisser totalement sans surveillance sa fine cargaison de prisonniers. Bon, à vrai dire, c'est sans doute une équipe de suicidaires, étant donné qu'aucun ne réagit face à des menaces armées. Côté prisonniers, la brochette habituelle, avec le leader charismatique qui en fait des tonnes pour bien montrer qu'il est cinglé (bordel, cette interprétation) et les sous-fifres habituels. Et quand le film bascule vers l'horreur, avec une créature bourrine qui ferait passer Jason Voorhees pour un tueur chétif, c'est encore pire : on enchaîne des mises à mort violentes, gores et répétitives de personnages dont l'instinct de survie était apparemment livré en option, entre deux révélations crétines délivrées par des acteurs en roue libre.

J'ai même fini par lutter contre le sommeil dans la dernière demi-heure, tant le combo action bourrine - gore crétin est lassant. Peu d'intérêt donc en ce qui me concerne, et surtout pas la "nouvelle bombe du cinéma coréen" que certains laissent entrevoir...



vendredi 10 février 2023

Space monster Wangmagwi

 
Titre : Space Monster Wangmagwi (Ujugoe-in Wangmagwi)
Réalisateur : Hyeok-jinn Gwon
Acteurs : Won Namkung, Seon-kyeong Kim, Eun-jin Han
Date de sortie en France : -
Genre : kaiju eiga
 
Synopsis :  
Des extraterrestres cherchent à envahir notre planète, et nous envoient un monstre géant, Wangmagwi, qui détruit tout sur son passage. Menée par Oh Jeong-hwan, l'aviation coréenne tente d'arrêter la créature, mais celle-ci enlève bientôt la fiancée de Oh Jeong-hwan.

Avis : 
Dans le monde merveilleux du kaiju eiga, il existe quelques trésors perdus, notamment lorsque l'on s'aventure en dehors des terrains balisés par les grands studios japonais. C'est le cas par exemple du légendaire Bulgasari, réalisé par Kim Myeong-je en 1962, introuvable depuis sa sortie, sans doute en raison d'un accueil critique assez catastrophique. C'était également le cas de Ujugoe-in wangmagwi, de 1967 : le film n'était diffusé que par les Archives du film coréen, ou visible dans la bibliothèque de l'institution. Finalement, 55 ans plus tard, le film a enfin droit à une sortie en Occident, édité en Blu-Ray par les américains de SRS Cinéma. Pour le plus grand plaisir des fans du genre, qui ne s'attendaient certainement plus à voir enfin l'un des plus anciens films de monstres coréens. 
 
 
Autant vous le dire tout de suite : comme souvent avec le kaiju eiga, Space monster Wangmagwi est réservé aux amateurs hardcores du genre, ceux qui prennent leur pied devant un acteur en costume piétinant des maquettes et des miniatures. Et il faut bien avouer que, dès les premières minutes, avec cette navette dérivant paresseusement devant un espace que n'aurait sans doute pas renié Ed Wood, ou avec ces extraterrestres en costume argenté évoluant dans un vaisseau bien vide, on en a pour notre argent. Le temps de nous expliquer rapidement leur plan (qui consiste, comme souvent, à nous balancer un monstre géant pour nous détruire et voler notre planète), on retourne sur Terre faire connaissance avec les principaux personnages. 

Un début de film assez classique donc, qui va rapidement être dynamité par deux éléments : le monstre, tout d'abord ; les personnages, ensuite. Car Wangmagwi n'est pas un kaiju eiga classique : c'est aussi une comédie, qui oscille entre le vaudeville et le pipi-caca entre deux séquences catastrophe. Le monstre géant commence à tout péter dans la ville ? Deux nigauds en profitent pour se lancer des paris grotesques, l'un misant son argent, l'autre mettant en jeu... son épouse. Un militaire est envoyé pour affronter le monstre ? Sa fiancée est uniquement préoccupée par le fait que son mariage en sera retardé. Un vieillard se fait piétiner par Wangmagwi ? Au même moment, un homme est trahi par ses intestins. Et si je pensais avoir tout vu avec cette scène, c'était sans compter sur le personnage du gamin. 
 

Voleur mais courageux, ce dernier n'hésitera pas à aller affronter seul, avec sa b... et son couteau, le monstre géant qui détruit la ville. On atteint ici des sommets, le garçon parvenant presque à lui seul à mettre la créature en déroute, avec un sens du sadisme assez terrifiant... et une redoutable vessie. Pour ceux qui veulent en savoir plus, rendez-vous en fin de chronique pour le résumé d'une séquence qui est, je pense, unique dans le cinéma de genre. 

Bref, des personnages hauts en couleurs, mais qui ne parviennent pas à éclipser un des monstres les plus craignos de l'histoire du kaiju eiga. Avec ses oreilles tombantes, sa langue constamment sortie et ses petits yeux, Wangmagwi inspire plus le sourire que la crainte. En revanche, malgré un costume qui n'a pas dû coûter grand chose (malgré une imposante fermeture éclair, bien visible dans le dos du monstre), il est assez crédible dans les séquences de destruction, grâce à des maquettes plutôt réussies et quelques effets de transparence bien travaillés. En dehors de son apparence, son comportement intrigue : alors qu'il semble capable de tout péter en quelques secondes, il passe de longues, très longues minutes à tourner autour du même bâtiment, et épargnera, apparemment séduit par sa poitrine, la future mariée, la transportant dans sa main pendant tout le film, tel un King Kong enlevant la belle Fay Wray. 
 

Space monster Wangmagwi est dont un film à réserver aux amateurs acharnés de kaiju eiga, qui sauront apprécier le kitsch émanant de l'oeuvre, et lui pardonner son humour parfois douteux. Un film qu'on aura sans doute rangé aux côtés des pires "Godzilla" et "Gamera", s'il n'avait pas été aussi longtemps invisible. 

Enfin, comme promis, je ne résiste pas à l'envie de vous raconter certains gags du film. Ainsi, comment oublier toute la séquence où le jeune garçon escalade Wangmagwi, avant de s'introduire dans ses oreilles. Le temps de déchirer les tympans du pauvre monstre, d'échapper à une terrible chute en s'accrochant à ses poils de nez, le gamin va finalement... uriner à l'intérieur de la boîte crânienne de l'arme fatale des extraterrestres. Le tout, avant de menacer de crever également les yeux de Wangmagwi, qui ne méritait sans doute pas autant d'acharnement ! 



samedi 31 août 2019

Memories of murder


Titre : Memories of murder (Salinui chueok)
Réalisateur : Bong Joon-ho
Acteurs : Song Kang-Oh, Kim Sang-kyung, Hie bong Hyeon
Date de sortie en France : 23 juin 2004
Genre : policier, thriller

Synopsis : 
En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...
Avis : 
Deuxième film de Bong Joon-ho, Memories of murder fait partie de ces classiques qui ont permis de mettre le cinéma sud-coréen en avant dans les années 200, aux côtés des Na Hong-jin (The Chaser, The Strangers) et Park Chan-wook. Précédé de l'horripilante mention "inspiré d'une histoire vraie", le film va nous entraîner à la poursuite d'un tueur en série insaisissable, au beau milieu de la campagne Coréenne que rien ne pouvait préparer à ça.


Le film commence presque comme une parodie, en nous montrant les difficultés que rencontrent les policiers, face à des crimes qui les dépassent, face à des procédés qu'ils n'ont pas l'habitude d'utiliser, face à une population tantôt insouciante, tantôt hostile. On s'amuse presque de voir les enquêteurs incapables de relever ou d'exploiter le moindre indice... jusqu'à ce que cette incompétence prenne à son tour le caractère d'une parodie, de justice cette fois : falsification de preuves, intimidations de suspects, aveux arrachés par la force, tout est bon pour dénicher un coupable pour donner une impression d'efficacité. Jusqu'à finalement se mettre la population à dos et négliger des éléments importants.

Et si l'on pense que l'arrivée d'un détective de la capitale va permettre de faire avancer les choses, on en sera pour nos frais. S'il remet un peu d'ordre et de méthode dans l'enquête, quitte à entrer en conflit avec les policiers locaux, il va peu à peu être à son tour dépassé par les événements et sombrer dans les travers de ses collègues. Bref, malgré des rebondissements et des découvertes régulières, on aura surtout l'impression que les recherches tournent en rond, et les déductions ne mènent finalement pas à grand chose.

Memories of murder est ainsi de plus en plus sombre, et réussit même à nous placer aux côtés du duo de policier (dont le formidable Song Kang-Oh), et questionne en fin de métrage notre rapport à l'éthique, notre perception du bien et du mal. Un véritable tour de force, magnifié par quelques séquences formidables, teintées d'humour noir. Un incontournable du genre.

Note : 9/10


 

lundi 14 novembre 2016

Mademoiselle


Titre : Mademoiselle (Agassi)
Réalisateur : Park Chan-wook
Acteurs : Kim Min-hee, Kim Tae-ri, Jung-woo Ha
Date de sortie en France : 2 novembre 2016
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Avis : 
Après un intermède réussi aux Etats-Unis avec le sublime Stoker, Park Chan-wook revient dans son pays d'origine pour son nouveau film, entre drame social, romance, thriller et érotisme. Avec Mademoiselle, il imagine donc le plan machiavélique d'un escroc tentant de tromper une riche héritière grâce à une voleuse se faisant passer pour une nouvelle servante... mais au jeu des apparences, des faux-semblants, des non-dits, celui qui sera victime de la machination ne sera pas forcément celui ou celle qu'on pense.


Aussi beau visuellement (certains passages sont superbement chorégraphiés, comme l'enchaînement entre la fuite du manoir et le mariage) que scénaristiquement tortueux, Mademoiselle est une oeuvre folle, peut-être celle de la maturité d'un réalisateur qui semble reprendre des éléments de tous ses films précédents (une vengeance très élaborée à la Old Boy, une ambiance rappelant le gothique de Stoker, quelques éléments envoyant à JSA ou à Thirst...) pour les assembler dans un ensemble d'une fluidité folle à tous les niveaux.

Les rebondissements se multiplient avec virtuosité, servis par un trio d'acteurs exceptionnels, parmi lesquels on retrouve Ha Jeong-woo (The Chaser, The Murderer). Mais c'est surtout la relation entre les deux femmes, aussi sensuelle que crue (on lorgne plus du côté de L'Empire des sens que du lamentable La Vie d'Adèle), qui retient l'attention, comme l'élément perturbateur d'un jeu de pistes qui semblait pourtant si bien huilé.

Superbement réalisé, magnifiquement interprété, très intelligent, raffiné et pervers, troublant et fascinant, Mademoiselle confirme une nouvelle fois l'immense talent de Park Chan-wook, qui nous offre un des meilleurs films de l'année. A voir absolument !

Note : 9/10


dimanche 21 août 2016

Dernier train pour Busan


Titre : Dernier train pour Busan (Busanhaeng)
Réalisateur : Sang-ho Yeon
Avec : Gong Yoo, Kim Soo-ahn, Yu-mi Jeong
Date de sortie en France : 17 août 2016
Genre : action, horreur

Synopsis : 
 Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l'état d'urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu'à Busan, l'unique ville où ils seront en sécurité...

Avis : 
Avec plus de 10 millions d'entrée en Corée du Sud, et un accueil très positif au dernier festival de Cannes, Dernier train pour Busan semblait devoir être LA sensation ciné de ce mois d'août. Premier film live réalisé par Sang-ho Yeon (King of pigs, The Fake et le préquel à Dernier train pour Busan, Seoul Station), il imagine la fuite en train d'un groupe de voyageurs confrontés à une soudaine épidémie transformant les victimes en monstres sanguinaires.


Parfois présenté comme un mélange entre Snowpiercer (alors que l'unique point commun est le fait de situer l'action dans un train : doit-on pour autant le comparer à Unstoppable de Tony Scott ?) et World War Z (pour le côté "blockbuster avec des zombies), Dernier train pour Busan est surtout le résultat d'un mélange assez improbable de tous les clichés possibles, relevé d'une bonne pincée d'incohérences et de ficelles.

Le père qui travaille trop (et qui, en plus, est à la solde du méchant capitalisme, forcément responsable de la catastrophe) ; sa jeune fille qui lui en veut parce qu'il n'est pas assez présent ni attentionné (mais, évidemment, face à l'horreur de la situation, ils vont se retrouver) ; le membre de la classe ouvrière, forcément un peu rustre et vulgaire, mais avec un coeur gros comme ça ; le patron d'une grande société, impitoyable et prêt à tout pour sauver sa peau au détriment de celle des autres ; le groupe de sportifs directement issus d'un manga ; et une flopée de personnages invisibles et incapables d'agir ou de réfléchir... Une telle collection de stéréotypes interdit d'emblée tout lecture sociale du film tant il semble avoir été inspiré par la dissertation économique d'un collégien moyen.


Sur le fond, c'est donc complètement raté, mais sur la forme, ce n'est pas forcément plus glorieux. Incapable de tirer parti de l'espace confiné de son train, Sang-ho Yeon s'arrange pour nous en faire sortir plusieurs fois (ce qui correspond d'ailleurs aux passages les plus efficaces du film), et se contente de répéter les mêmes situations pour progresser de voiture en voiture. Une progression pas si compliquée finalement, puisque les zombies sont incapables d'ouvrir des portes, ne peuvent pas attaquer s'ils ne voient pas leur proie ou lorsque le train passe sous un tunnel, et ne réagissent au son que lorsque ça arrange le scénariste. Heureusement, les survivants sont souvent assez idiot pour faire le plus de bordel possible, et assez aveugles et sourds pour ne jamais remarquer de suspect, afin de réduire progressivement le nombre de personnages, par ailleurs un peu trop enclins au sacrifice.

Tout cela rend souvent le film involontairement drôle (et encore, je n'ai pas parlé des spasmes dignes des gymnastes des Jeux Olympiques qui animent les zombies lorsqu'ils se réveillent), et empêche toute surprise, toute tension ou toute émotion. Pourtant, on ne pourra pas nier l'efficacité de certains passages, notamment lorsque le film assume son aspect série B. Ces séquences, particulièrement jouissives, sont les plus maîtrisées de ce Dernier train pour Busan, film de zombies finalement bien banal et sans envergure, qui constitue un blockbuster d'action divertissant mais creux... comme nombre de ses cousins nord-américains.

Note : 4/10



dimanche 17 juillet 2016

The Strangers


Titre : The Strangers (Goksung)
Réalisateur : Na Hong-Jin
Acteurs : Kwak Do-Won, Hwang Jeong-min, Chun Woo-hee
Date de sortie en France : 6 juillet 2016
Genre : thriller, épouvante

Synopsis : 
La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi , un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

Avis : 
Pour son troisième film après les excellents The Chaser et The Murderer, Na Hong-jin délaisse les environnements urbains pour nous plonger au sein d'un petit village coréen perdu en pleine campagne, sous une pluie qui semble éternelle. Un cadre particulier, où rumeurs, supertitions et préjugés se côtoient, et où Jong-goo, policier nonchalant et désabusé, va être amené à enquêter sur une étrange série de meurtre coïncidant avec l'arrivée d'un mystérieux ermite japonais, bouc-émissaire parfait pour la population locale.


Tout semble pourtant si simple au début : on explique rapidement que les crimes ont été commis par des villageois devenus fous après l'ingestion de champignons toxiques. Pourtant... Pourtant, il y a ces témoignages accusant l'étranger d'être un démon avide de chair fraiche. Il y a ces apparitions soudaines, puis ces disparitions. Il y a enfin la petite Hyo-jin, touchée à son tour par l'étrange mal : et si tout cela avait une explication surnaturelle et non rationnelle ?

Un thème classique, mais brillamment développé par le réalisateur coréen, qui va s'attacher à balayer nos certitudes, qui va nous forcer à revoir plusieurs fois notre copie sur l'origine des crimes et sur leur auteur grâce à une progression millimétrée.Tout comme le policier, l'idée d'une explication surnaturelle nous amuse d'abord, surtout lorsqu'elle prend les traits d'un vieux japonais nu aux yeux rouges. Mais The Strangers réussit à rend crédible l'irrationnel, et nous plonge peu à peu dans un Enfer mêlant adroitement réel et irréel, et qui trouvera son point d'orgue lors d'une étourdissante séquence d'exorcisme dont l'intensité laissera le spectateur sur le carreau.


Face à la menace qui pèse sur sa famille, le policier qui était jusqu'alors plutôt attachant, ne rechignant pas à arriver en retard au travail pour passer quelques minutes de plus avec sa fille, supportant sans broncher les remarques de ses collègues, devient un de ces flics instables que l'on rencontre régulièrement dans les thrillers sud-coréens, n'hésitant plus à menacer verbalement ou physiquement quiconque semble représenter un danger pour ses proches. Il faut saluer l'interprétation de Kwak Do-won, impeccable dans le rôle de ce flic ordinaire confronté à une situation extraordinaire, mais aussi celle de la jeune Kim Hwan Hee, absolument terrifiante.

Quelque part entre L'Exorciste et Memories of murder, Na Hong-jin brise les frontières entre thriller et épouvante, joue avec les codes (les personnages archétypaux du policier, de l'étranger, du shaman ou de la jeune femme mystérieuse) et nous offre une nouvelle plongée les plus sombres recoins de l'âme humaine. Une perle de nihilisme de 2h30, dont on ressort lessivés, mais aussi avec le sentiment de ne rien avoir vu d'aussi puissant dans le cinéma horrifique depuis pas mal d'années...

Note : 9.5/10


vendredi 27 juin 2014

Thirst, ceci est mon sang


Titre : Thirst, ceci est mon sang (Bakjwi)
Réalisateur : Park Chan-wook
Acteurs : Kang-ho Song, Kim Ok-vin, In-hwan Park
Date de sortie en France : 30 septembre 2009
Genre : horreur, thriller, drame

Synopsis : 
Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pélerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme...

Avis : 
 Thirst est un film de vampires, mais évidemment un film de vampire bien particulier, puisque réalisé par l'un des réalisateurs les plus doués de ces dernières années : Park Chan-wook, à qui l'on doit notamment Old Boy ou le récent Stoker. Ici, pas de grandes démonstrations visuelles ou presque, pas de fioritures, pas de jeune freluquet dont la seule qualité est d'exhiber son torse pour exciter les gamines de 14ans. Ici, on a un vrai drame sur la situation de ce prêtre qui va peu à peu être contraint d'enfreindre ce que lui interdisait sa foi.


Park Chan-Wook développe la transformation de Sang-Hyeon de façon subtile : sens accrus, résistance physique nouvelle, guérison inespérée...et bientôt appétit pour le sang. Une évolution assez classique sur le fond, mais couplée avec les hésitations dues à la fonction de prêtre du personnage. La volonté de ne pas pêcher en évitant de tuer, ainsi que le voeu de chasteté, tout sera remis en cause par le personnage de Tae-Ju, plus extravertie, plus curieuse, moins réservée que lui. Et dans Thirst, quand on parle de désir interdit, il y a vraiment la notion de désir et d'interdit : la dimension érotique propre aux personnages de vampires (voir Le Cauchemar de Dracula ou lire Carmilla de Le Fanu) est ici pleinement exploitée dans la première moitié du film, avant que le désir de se nourrir et de tuer ne l'emporte sur le désir charnel dans la deuxième partie.

Une deuxième partie qui va jongler entre les genres. Park aime brasser les genres, et va ajouter à son drame horrifique des éléments plus loufoques et de l'humour noir. Le film change de rythme, devient un peu moins intimiste, en même temps que les personnage de Sang-Hyeon (toujours parfait Song Kang-Ho) et Tae-Ju changent. Jusqu'à une fin sublime, qui là encore se démarque du classicisme de sa situation grâce à l'univers du réalisateur.

Magnifique drame sur le vampirisme, Thirst pourra sans doute en perdre certains à cause de son ambiance et son rythme particuliers et de son mélange des genres. Ce serait bien dommage, parce qu'en des périodes marquées par des vampires pour midinettes, on a bien besoin de films de vampire avec des couilles.

Note : 8,5/10


mardi 15 avril 2014

Pandémie


Titre : Pandémie (Gamgi)
Réalisateur : Kim Sung-su
Acteurs : Hyuk Jang, Soo Ae, Park Min-ha
Date de sortie en France : 9 avril 2014 (DVD)
Genre : catastrophe

Synopsis : 
Près d'une grande métropole, la police découvre, entassés dans un container, des dizaines de corps putréfiés victimes d'un mal mystérieux. Au même moment, un passeur de clandestins, atteint d'un virus inconnu, décède à l'hôpital. Quelques heures plus tard, les urgences de la ville croulent sous l'afflux des malades. le chaos s'installe.Afin d'enrayer la propagation du virus, les autorités imposent  une mise en quarantaine. Tous les habitants sont confinés en zone de sécurité. La tension monte. Certains vont risquer leur vie pour sauver leurs proches, d'autres vont risquer celle des autres pour sauver la leur. Pendant ce temps, un survivant du container court dans la ville...

Avis : 
C’est une des grandes peurs de l’ère actuelle : celle de l’émergence d’un virus mortel, très contagieux, qui pourrait se répandre très rapidement sur l’ensemble de la planète. L’hypothèse d’une pandémie a bien entendu intéressé le cinéma, à travers de très nombreux films, parmi lesquels on pourra citer Contagion, mettant l’accent sur une maladie ou un virus menaçant l’humanité. Avec Pandémie, le réalisateur sud-coréen Kim Sung-su (La Princesse du désert) va d’ailleurs reprendre le même cheminement que le film de Steven Soderbergh en nous décrivant l’évolution de l’épidémie, d’un premier infecté jusqu’à la contamination progressive d’une ville coréenne, bientôt placée en quarantaine.


Cette propagation est d’ailleurs parfaitement rendue, nous montrant comment une seule personne peut propager le virus, passant d’un simple malade dans un container à un chaos indescriptible en quelques heures. Nous suivrons donc l’approche médicale de la pandémie, puis très vite l’approche politique : comment les pouvoirs publics vont-ils pouvoir endiguer cette crise, empêcher sa propagation dans tout le pays et dans le monde, et surtout le traitement des malades et des personnes potentiellement exposées. Ce drame, nous le suivrons principalement à travers les deux personnages principaux, auxquels on s’attache rapidement, grâce à quelques légères touches d’humour, mais surtout grâce au drame qui les frappe, les deux personnages étant rapidement regroupés avec les malades au sein de camps de fortunes tandis que la fille de Kim In-hae développe les symptômes de la grippe mortelle.

Ces passages au sein des camps ancrent le film dans un véritable cauchemar, dénonçant l’impuissance des autorités, mais montrant aussi comment, à force de petits arrangements innocents, l’épidémie peut dépasser les quarantaines. L’état des lieux se détériore de plus en plus, laissant les malades succomber sur place ou les corps, parfois encore en vie, être brûlés en masse pour éviter que la pandémie ne s’étende encore. On suit le déroulement de la lutte contre l’épidémie au plus haut niveau, avec les opinions divergentes entre militaires et scientifiques, dont on ne regrettera que l’aspect très manichéen. Pourtant, on ne se formalisera pas vraiment de ce léger défaut, pas plus que de certains passages plus discutables et qui, entre les mains d’un Roland Emmerich par exemple, aurait eu un impact bien moins fort.

Il faut dire que la mise en scène et la musique ajoutent encore un peu d’intensité à cette histoire de pandémie très prenante et souvent glaçante. Seule la conclusion du film pourra nous laisser sur notre faim, mais ne vient pas gâcher la vision de cet excellent film qui vous donnera certainement encore moins envie de vous asseoir à côté de quelqu’un qui tousse !

Note : 8/10

samedi 2 novembre 2013

Snowpiercer, le transperceneige


Titre : Snowpiercer, le transperceneige (Snowpiercer)
Réalisateur : Bong Joon-ho
Acteurs : Chris Evans, Song Kang-ho, Ed Harris
Date de sortie en France : 30 octobre 2013
Genre : science-fiction, anticipation

Synopsis : 
2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

Avis : 
Adapté de la bande-dessinée française créée par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, Le Transperceneige, Snowpiercer est le premier long-métrage en anglais de Bong Joon-ho, le réalisateur sud-coréen à qui l'on doit les excellents Memories of murder et The Host. L'occasion pour lui de goûter à une nouvelle façon de travailler, mais aussi de se frotter à la sinistre Weinstein Compagny qui, pour la diffusion américaine du film, a demandé au metteur en scène de raccourcir son film d'une vingtaine de minutes, pour que le spectateur américain de base comprenne bien tout ce qui se passe ! 

Snowpiercer nous installe donc dans cette arche sur rails, où survivent les derniers représentants de l'humanité, regroupés par classes : les plus aisés se retrouvent en tête de train, tandis que les pauvres sont relégués en queue, parqués les uns sur les autres dans un "wagonville" où ils ne se nourrissent que de protéines pures. Evidemment, une telle situation entraîne une volonté de révolte, mais jusqu'ici, aucune n'a jamais été bien loin. Mais, menés par Curtis (Chris Evans) et Namgoong Minsu (Song Kang-ho), les insurgés vont cette fois avancer de voiture en voiture, découvrant les microcosmes que chacun wagon constitue.

Du wagon aquarium au wagon école, en passant par les salles de luxe de la première classe (sauna, boîte de nuit), le groupe va ainsi progresser de niveau en niveau, dans une succession d'ambiances différentes qui vont permettre à Bong Joon-ho de faire parler tout son talent. Du wagon encombré et mal éclairé de la queue du train aux salles spacieuses de têtes, il va ainsi utiliser à merveille les décors, le temps d'un affrontement féroce dans un chaos presque illisible, le temps d'un ralenti aussi graphique que brutal où Chris Evans avance, à la manière d'une célèbre scène de 300, en éliminant ses ennemis dans des effusions de sang, le temps enfin de passages délicieusement cyniques, comme celui dans le wagon-école.


Le réalisateur coréen est fan de mangas, de comics et de bandes-dessinées, et cela se voit tant il travaille son visuel, construisant certaines séquences comme des planches de BD et livrant quelques passages d'une beauté à couper le souffle. Un visuel extraordinaire qui n'empêche pas le film de proposer un fond particulièrement intéressant, brassant de nombreux thèmes, comme l'écologie, la lutte des classes ou le fascisme.

Une intelligence qui permet à Snowpiercer, le transperceneige de s'élever au-dessus de la plupart des autres films de science-fiction de ses dernières années, et qui permet de pardonner les ficelles parfois trop visibles. Intelligent et spectaculaire, il confirme encore l'immense talent de Bong Joon-ho, tout comme celui de Song Kang-ho (Thirst, ceci est mon sang, The Host), et montre une nouvelle fois que Chris Evans (Captain America : first avenger, Scott Pilgrim) a décidément plus d'une corde à son arc...

Note : 8/10

mardi 22 octobre 2013

Pieta


Titre : Pieta
Réalisateur : Kim Ki-duk
Acteurs : Lee Jung-jin, Min-soo Jo, Ki-hong Woo
Date de sortie en France : 10 avril 2013
Genre : thriller, drame

Synopsis : 
Abandonné à sa naissance, Kang-do est un homme seul qui n’a ni famille, ni ami. Recouvreur de dettes sans pitié et sans compassion, il menace ou mutile les personnes endettées dans un quartier destiné à être rasé. Un jour, Kang-do reçoit la visite d’une femme qu’il ne connaît pas et qui lui dit être sa mère. Pour la première fois de sa vie, le doute s’installe en lui… 

Avis :
 La Pietà, aussi appelée vierge de pitié, est une représentation artistique de la Vierge Marie tenant la dépouille de Jésus-Christ sur ses genoux une fois descendu de la croix, évoquant ainsi les thèmes de l'amour d'une mère pour son fils, du sacrifice, de la rédemption et de la mort. Des thèmes fortement présents dans ce nouveau film de Kim Ki-duk, l'enfant terrible du cinéma coréen.


On se retrouve donc dans un bidonville très glauque,destiné à être rasé, où Kang-do, recouvreur de dettes, évolue de taudis en taudis pour retrouver ses "clients", coincés dans des espaces très restreints comme des animaux dans une cage trop étroite. Un décor particulièrement glauque, véritable personnage central de la première moitié du film, et théâtre des tortures et mutilations que Kang-do fait subir à ses victimes, afin d'obtenir l'argent des assurances en remboursement des sommes qu'ils doivent.

Etouffante, cette première partie très réussie se terminera avec l'apparition d'une femme mystérieuse, qui prétendra être la mère de Kang-do. Dès lors, le film change brusquement de ton, et se concentre davantage sur les relations entre le jeune homme et la femme. Plus aucune finesse, plus aucune surprise, cette seconde partie est bien moins réussie, la faute à un acteur principal tellement inexpressif qu'il ne dégage plus rien dès que le film devient plus intimiste.

Malgré une première partie très réussie, Pieta est finalement assez décevant, la faute à un changement de ton trop brusque amenant le film dans un terrain bien plus convenu, à base de vengeance, de liaison malsaine entre ennemis, de rédemption un peu grotesque, le tout plombé par l'interprétation d'un Lee Jung-jin atteint de paralysie faciale et une réalisation stéréotypée d'un Kim Ki-duk décidément pas très inspiré sur ce coup là...

Note : 4/10