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mardi 17 mai 2022

The Northman

 
Titre : The Northman
Réalisateur : Robert Eggers
Acteurs : Alexander Skarsgard, Anya Taylor-Joy, Nicolas Kidman
Date de sortie en France : 11 mai 2022
Genre : drame, action

Synopsis : 
Le jeune prince Amleth vient tout juste de devenir un homme quand son père est brutalement assassiné par son oncle qui s'empare alors de la mère du garçon. Amleth fuit son royaume insulaire en barque, en jurant de se venger. Deux décennies plus tard, Amleth est devenu un berserkr, un guerrier viking capable d'entrer dans une fureur bestiale, qui pille et met à feu, avec ses frères berserkir, des villages slaves jusqu'à ce qu'une devineresse lui rappelle son vœu de venger son père, de secourir sa mère et de tuer son oncle. Il embarque alors sur un bateau pour l'Islande et entre, avec l'aide d'Olga, une jeune Slave prise comme esclave, dans la ferme de son oncle, en se faisant lui aussi passer pour un esclave, avec l'intention d'y perpétrer sa vengeance. 
 
Avis :  
Après les excellents The Witch et The Lighthouse, Robert Eggers revient avec un budget plus conséquent pour une énième relecture du mythe d'Hamlet (ou de la légende scandinave d'Amleth). Une histoire de vengeance exercée par des guerriers barbus grognant à moitié à poil, sur fond de folklore scandinave, dans laquelle on cherchera désespérément un peu d'originalité. 
 

Car le Viking est à la mode depuis quelques années, de la série Vikings au jeu Assassin's Creed Valhalla (déjà souvent similaires), et on commence à faire le tour de la question. Aussi, quand le roi Aurvandill se fait trahir par son frère (si vous n'avez pas compris, à son physique, que ce personnage était méchant...), obligeant le fils à se venger, personne ne sera surpris. Sauf peut-être les scénaristes, qui semblent estimer que c'est encore trop compliqué, et nous rappellent plusieurs fois que le personnage principal est en quête de vengeance. 

Et c'est bien dommage, car en dehors de ce scénario rachitique (et de ses très grosses ficelles...), on ne peut que saluer la mise en scène de Robert Eggers, qui nous offre quelques séquences d'une formidable intensité, notamment avec quelques plan-séquences à couper le souffle, ou les scènes fantasmagoriques. Visuellement, tant dans la réalisation que dans la reconstitution, c'est à couper le souffle. On ne pourra malheureusement pas en dire autant de Alexander Skarsgard, dont le charisme est, dans le film, proportionnel à la longueur des poils, ou de Nicole Kidman. En revanche, j'aurais adoré voir plus longtemps Willem Dafoe !

Petite déception donc que ce Northman, qui souffre sans doute d'arriver après la bataille et de ne rien offrir de nouveau. Un blockbuster finalement assez classique, que l'on suivra sans ennui (ce qui est presque un défaut, notamment à côté d'un Valhalla rising bien plus exigeant... et plus réussi) mais sans passion. Allez, on espère que Eggers se reprendra sur le remake de Nosferatu, où son sens de l'image et de la mise en scène peut faire des merveilles ! 



mercredi 11 août 2021

Benedetta


Titre : Benedetta
Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson
Date de sortie en France : 9 juillet 2021
Genre : historique, drame
 
Synopsis : 
 Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs. 
 
Avis :  

Comme son nom l’indique, Benedetta est l’adaptation cinématographique de la vie de Benedetta Carlini, une religieuse catholique italienne du dix-septième siècle, condamnée pour saphisme. Un thème particulièrement fort, mêlant sexualité (homosexualité, même!) et sacré. Et il faut bien avouer que Paul Verhoeven, décidément à l’aise dans les reconstitutions historiques (La Chair et le sang, Black book) n’y va pas avec le dos de la cuillère. 

 


Car la religieuse, magnifiquement interprétée par une sublime Virgine Efira, est à la croisée des chemins : sa foi est mise à rude épreuve par l’arrivée dans le couvent de Bartolomea, qui éveille en elle des envies peu compatibles avec ses croyances et son mode de vie. Dans le même temps, la religieuse a des visions (d’indescriptibles délires mettant en scène le Christ lui-même), semble au centre de miracles, et présente les stigmates. Est-elle vraiment une messagère de Jésus, ou tout ceci n’est-il que manipulation ? Toujours est-il que cette mise en avant, tout comme sa relation avec Bartolomea, ne sont pas vues d’un très bon œil dans cet univers si fermé. Et comme si cela ne suffisait pas, la région est frappée par la Peste, et il n’y guère que Dieu qui semble pouvoir protéger les citoyens… par le biais de Benedetta ?

Cela donne lieu à d’incroyables trafics d’influences au sein du couvent et de la hiérarchie catholique, chacun avançant ses pions pour évoluer, quitte à mentir, espionner, dénoncer, truquer… ou torturer. Le film parvient à la fois à nous subjuguer, à nous séduire (les très belles scènes d’amour), à nous amuser (Verhoeven manie toujours aussi bien l’humour noir et le cynisme, et Lambert Wilson apporte dans la dernière partie un peu de fraicheur avec son côté pince-sans-rire), mais aussi à nous scandaliser et à nous choquer.

Résultat, on ne ressort pas indemne de cette œuvre folle, portée par des acteurs fabuleux, et qui parle de foi et d’amour dans leurs plus belles et plus terribles variations, sans jamais attaquer gratuitement la religion (là encore, le film trouve un remarquable équilibre) et en laissant le spectateur tirer ses propres conclusions. Une œuvre très forte, qui marquera forcément les esprits ! 




vendredi 22 janvier 2016

Red army


Titre : Red Army
Réalisateur : Gabe Polsky
Acteurs : Scotty Bowman, Slavia Fetisov, Viacheslav "Slava" Fetisov
Date de sortie en France : 25 février 2015
Genre : documentaire

Synopsis : 
RED ARMY retrace le destin croisé de l’Union Soviétique et de l’équipe de hockey sur glace surnommée « l’Armée Rouge » : une dynastie unique dans l’histoire du sport. L’ancien capitaine de l’équipe Slava Fetisov revient sur son parcours hors du commun : d’abord adulé en héros national, il sera bientôt condamné comme ennemi politique. La « Red Army » est au coeur de l’histoire sociale, culturelle et politique de son pays : comme l’URSS, elle connaît la grandeur puis la décadence, avant d’être secouée par les bouleversements de la Russie contemporaine. Red Army raconte l’histoire extraordinaire de la Guerre Froide menée sur la glace, et la vie d’un homme qui a tenu tête au système soviétique.

Avis : 
Red Army est un documentaire retraçant l'histoire de l'équipe soviétique de hockey sur glace à l'époque de la Guerre Froide. Entre discipline de fer et instrument de propagande, l'équipe emmenée par Viacheslav "Slava" Fetisov va devenir un symbole du modèle de vie en URSS face aux équipes nord-américaines.


D'un côté, la Red Army, entièrement tournée vers le collectif, avec une préparation froide, méthodique, au détriment de la vie familiale, avec pour but unique de promouvoir l'URSS... et de l'enrichir. De l'autre, l'équipe Américaine et la NHL, le professionnalisme, le star-system où le physique prime sur la technique : chaque match entre les deux équipes devient un affrontement entre deux mondes, notamment lorsque l'outsider américain renverse l'ogre soviétique, meilleure équipe du monde, lors du tournoi final des Jeux Olympiques d'hiver de 1980.

Entre images d'archives et interviews avec les membres de l'équipe de l'époque (par ailleurs par toujours commodes), nous découvrons également le personnage de "Slava" Fetisov, qui sera le premier à remettre en question le système entourant l'équipe, de l'entraîneur à la solde du pouvoir Viktor Tikhonov à l'impossibilité de rejoindre la ligue nord-américaine. Et quand enfin l'autorisation leur sera donnée, ils devront reverser une énorme partie de leur salaire à l'Union, et seront confrontés au racisme... avant de triompher avec les Red Wings de Détroit.

Passionnant, ce parallèle entre le hockey sur glace et la géopolitique soviétique en pleine guerre froide nous montre à quel point le sport peut devenir un instrument de propagande, et comment les plus doués peuvent devenir, bien malgré eux, des symboles. Avec enfin ce sous-entendu à peine voilé : avec la présence d'hommes aux plus hautes fonctions d'hommes ayant été façonnés par cette époque (dont Fetisov), on est très loin d'en avoir fini avec ces instrumentalisations.

Note : 8.5/10


mercredi 24 juin 2015

Imitation game


Titre : Imitation game (The Imitation game)
Réalisateur : Morten Tyldum
Acteurs : Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode
Date de sortie en France : 28 janvier 2015
Genre : biopic, drame

Synopsis : 
1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Avis : 
C'est l'histoire d'un homme qui a eu un rôle majeur dans la Seconde Guerre Mondiale, mais dont le rôle est longtemps resté secret. Un homme qui aura permis de raccourcir la guerre de deux ans, et donc d'épargner des millions de vies en décryptant les messages nazis. Avec Imitation game, Morten Tyldum nous fait découvrir Alan Turing, principalement à travers ses travaux pour décrypter l'Enigma, mais aussi en revenant sur certains événements de sa jeunesse, puis sur son homosexualité.


Le film s'attarde donc sur les réflexions et les différentes étapes du décryptage par Turing et son équipe, nous présentant un personnage brillant mais incapable de gérer les relations avec ses collègues. Dans le rôle du mathématicien, Benedict Cumberbatch (Sherlock, Star Trek into darkness) est comme toujours impeccable, même si son personnage et son interprétation rappellent fortement le Sheldon Cooper de The Big bang theory.

Même si l'on sait parfaitement comment l'enquête va se finir, l'intérêt pour le personnage et le scénario parviennent à nous tenir en haleine : le suspense reste très présent, les révélations intéressantes, les démonstrations passionnantes. En fait, toute la partie concernant Enigma est de loin la meilleure du film, tandis que les révélations sur l'enfance, l'interrogatoire après les faits ou même la question de l'homosexualité de Turing, qui semble presque emmerder les scénaristes, sont bien moins réussies.

Prenant et intelligent, Imitation game doit beaucoup à son interprète principal, mais aussi à un scénario qui profite pleinement de la dramaturgie des événements historiques dont il s'inspire. On regrettera néanmoins que tous les ajouts effectués autour de ce film soient bien moins convaincants, ou que le film n'évite pas toujours la caricature pour son personnage principal, mais cela n'empêche pas l'ensemble d'être très réussi.

Note : 8/10


samedi 9 mai 2015

Les Héritiers


Titre : Les Héritiers
Réalisateur : Marie-Castille Mention-Schaar
Acteurs : Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, Noémie Merlant
Date de sortie en France : 3 décembre 2014
Genre : drame

Synopsis : 
Un professeur du lycée Léon Blum de Créteil (Val-de-Marne), décide de faire passer un concours qui a pour thème  : "les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi" à sa pire classe de seconde. Cette expérience va changer leurs vies.

Avis : 
Inspiré de l'histoire réelle de la classe de seconde d'Ahmed Dramé, lauréat en 2009 du Concours national de la résistance et de la déportation, Les Héritiers nous raconte donc l'histoire d'une classe à problèmes d'un lycée de banlieue qui va, grâce à un travail de mémoire sur les pires heures de l'Histoire de France, voir la vie autrement. Evidemment, il n'est jamais vain de rappeler les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale et de l'Holocauste, et on ne peut que saluer la volonté de se baser sur ces faits pour délivrer un message d'espoir pour les futures générations. Le problème, c'est qu'il faut aussi tirer un film de cette excellente idée de base, et c'est là que Les Héritiers va rapidement trouver ses limites.


Il est en effet difficile de croire à ce que l'on voit à l'écran, le récit étant trop décousu, souvent elliptique, permettant à toutes les situations de crise de se résoudre (ou pas ?) sans que nous en soyons témoins : l'agressivité d'un élève converti à l'Islam, les menaces de viol sur une élève, le racisme d'un père de famille, l'agression d'un professeur... Tout cela apparaît puis disparaît miraculeusement, comme s'il fallait rappeler le statut d'établissement à problèmes tout en s'efforçant de gommer immédiatement ces passages.

De même, l'évolution de la classe ne suit aucune logique, aucun fil rouge, et en dehors de deux élèves au parcours prévisible (dont la rebelle qui refuse de participer mais va quand même intégrer le groupe après avoir découvert Simone Veil), aucune progression tangible. Au contraire, ils deviennent miraculeusement géniaux d'un plan à l'autre, et passent du désintérêt à la motivation totale le temps d'un battement de cil. Ce manque de crédibilité vient même parasiter certains passages forts : à force de nous présenter des adolescents aux réactions improbables (l'élève qui ne parle jamais mais qui devient finalement la star de la classe), on finit par douter de la sincérité de la classe lors du témoignage d'un véritable déporté (Léon Zyguel), que la réalisation fait presque passer pour un acteur plutôt que comme une victime réelle !

Bref, Les Héritiers, c'est une formidable idée de base qui donne un film très moyen, se contentant de se cacher derrière cette idée sans jamais chercher à travailler ses personnages ou leurs idées. On en devient presque cynique à l'égard de cette histoire inspirée de faits réels qui ne véhicule ni émotion, ni réflexion...

Note : 4/10


lundi 12 janvier 2015

Exodus : Gods and Kings


Titre : Exodus : Gods and Kings
Réalisateur : Ridley Scott
Acteurs : Christian Bale, Joel Edgerton, Sigourney Weaver
Date de sortie en France : 24 décembre 2014
Genre : péplum

Synopsis : 
L’histoire d’un homme qui osa braver la puissance de tout un empire. Ridley Scott nous offre une nouvelle vision de l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600 000 esclaves dans un périple grandiose pour fuir l’Egypte et échapper au terrible cycle des dix plaies.

Avis : 
Après plusieurs échecs successifs (Prometheus, Cartel), Ridley Scott se tourne cette fois vers un genre à la mode, celui du péplum "réaliste", soucieux de combiner la puissance d'un mythe ou d'une légende à un cadre plausible, traitant le sujet selon un angle plus historique que fantastique. Après Noé de Darren Aronofsky, c'est donc cette fois Moïse qui ressuscite sur nos écrans, près de soixante ans après le chef d'oeuvre de Cecil B. DeMille, Les Dix Commandements.

Difficile d'ailleurs de ne pas penser à l'opposition entre Charlton Heston et Yul Brynner, surtout quand leurs remplaçants ne possèdent pas le centième de leur charisme. On peut même évoquer de vraies erreurs de casting, tant Christian Bale (The Dark Knight rises, American bluff, Les Brasiers de la colère) et Joel Edgerton (Warrior, Gatsby le magnifique) peinent à convaincre dans les rôles respectifs de Moïse et de Ramsès II, même si le second assume plutôt bien l'aspect hautain et lâche du pharaon, et devient même très bon lorsqu'il sombre dans la folie vengeresse.

On appréciera néanmoins de voir un Moïse plus nuancé, qui n'accepte pas aveuglément les décisions d'un Dieu n'hésitant pas à faire souffrir des innocents pour en libérer d'autres. Mais l'approche "réaliste" du film se remarque surtout lors des 10 plaies d'Egypte, qui ont pour beaucoup une explication rationnelle (les grenouilles, les insectes, la maladie), ou la très attendue traversée de la mer Rouge, qui reste marquée par une touche de fantastique mais est très loin de la superbe exubérance visuelle du film de DeMille.

Je m'attendais un peu à une catastrophe, surtout après avoir vu l'affiche et la bande-annonce. Pourtant, malgré des choix d'interprètes très discutables, Exodus est une relecture plutôt convaincante du mythe, avec quelques passages très spectaculaires. A défaut d'être aussi mémorable que Les Dix commandements, il constitue un bon péplum, surtout dans les passages mettant en avant les plaies d'Egypte ou l'Exode.

Note : 6,5/10


mercredi 6 août 2014

Diplomatie


Titre : Diplomatie
Réalisateur : Volker Schlöndorff
Acteurs : Niels Arestrup, André Dussollier
Date de sortie en France : 5 mars 2014
Genre : drame, historique

Synopsis : 
La nuit du 24 au 25 août 1944. Le sort de Paris est entre les mains du Général Von Choltitz, Gouverneur du Grand Paris, qui se prépare, sur ordre d'Hitler, à faire sauter la capitale. Issu d'une longue lignée de militaires prussiens, le général n'a jamais eu d'hésitation quand il fallait obéir aux ordres. C'est tout cela qui préoccupe le consul suédois Nordling lorsqu'il gravit l'escalier secret qui le conduit à la suite du Général à l'hôtel Meurice. Les ponts sur la Seine et les principaux monuments de Paris Le Louvre, Notre-Dame, la Tour Eiffel ... - sont minés et prêts à exploser. Utilisant toutes les armes de la diplomatie, le consul va essayer de convaincre le général de ne pas exécuter l'ordre de destruction.

Avis : 
Adapté de la pièce de théâtre du même nom, Diplomatie part d'un postulat de base très intéressant : à la veille de la défaite allemande, alors qu'Hitler a donné l'ordre de détruire Paris. Le consul suédois Nordling va alors tout faire pour convaincre le général Von Choltitz de ne pas obéir à cet ordre. Nous suivrons donc, le long d'un huis clos de plus d'une heure, les négociations entre les deux hommes.


L'échange des points de vue, entre le général inflexible, qui a toujours suivi les ordres et dont la famille est directement menacée en cas de désobéissance, et le consul qui tente de sauver Paris, sa population, ses merveilles architecturales et artistiques... Entièrement porté par le duo Arestrup (Un prophète, Quai d'Orsay) - Dussollier (Trois hommes et un couffin, La Belle et la Bête), impeccables, le film réussit à nous passionner simplement avec cette discussion dont les conséquences peuvent être terribles.

Le seul problème en fait, c'est l'impression que jamais les arguments du consul n'ont véritablement d'effet sur le comportement de l'officier nazi. Ce dernier semble en effet avoir ses propres raisons d'hésiter, et change d'avis sans que les arguments développés par le personnage interprété par Dussollier ne le touchent ou n'aient de rapport avec les raisons le poussant à changer d'avis. Cela donne un résultat très étrange ou on se dit que, finalement, le résultat aurait été le même avec ou sans la négociation...

Diplomatie reste néanmoins passionnant, montrant la guerre d'une autre façon différente, et insistant sur la nécessité de sauvegarder la patrimoine de l'humanité (un peu comme Monuments men dans un genre différent). On regrettera néanmoins le fait que cet échange semble par moments trop "facile", sans doute aussi parce que l'issue est connue avant même de regarder le film, mais le talent de Dussollier et surtout d'Arestrup permet de largement compenser ce défaut.

Note : 7/10


vendredi 25 juillet 2014

L'Île de Giovanni


Titre : L'Île de Giovanni (Giovanni no shima)
Réalisateur : Mizuho Nishikubo
Acteurs : Kota Yokoyama, Junya Taniai, Polina Ilyushenko
Date de sortie en France : 28 mai 2014
Genre : animation, guerre, drame

Synopsis : 
1945 : Après sa défaite, le peuple japonais vit dans la crainte des forces américaines. Au nord du pays, dans la minuscule île de Shikotan, la vie s'organise entre la reconstruction et la peur de l'invasion. Ce petit lot de terre, éloigné de tout, va finalement être annexé par l'armée russe. Commence alors une étrange cohabitation entre les familles des soldats soviétiques et les habitants de l'île que tout oppose, mais l'espoir renaît à travers l'innocence de deux enfants, Tanya et Junpei...

Avis : 
L'Île de Giovanni est un film d'animation du studio Production I.G (Ghost in the shell, Lettre à Momo), qui nous emmène sur une petite île japonaise après la Seconde Guerre Mondiale. Alors que les habitants sont encore traumatisés par la défaite, ils voient débarquer l'armée soviétique qui vient annexer l'île. Un événement historique que nous suivrons à travers le regard du jeune japonais Junpei, de son petit frère Kanta et la jeune russe Tanya.


Si l'innocence des enfants de chaque pays va dans un premier temps permettre de relativiser la portée de l'invasion, ceux-ci n'hésitant pas longtemps avant de jouer ensemble et franchissant aisément la barrière des langues (voir la superbe scène des chansons japonaise et russe à l'école), ils vont à leur tour être rattrapés par l'horreur de la guerre, participant à des opérations qui les dépassent, assistant aux arrestations de leurs proches avant d'être finalement déportés en Russie.

A l'image du Tombeau des lucioles, le film va ainsi confronter ces gamins aux horreurs de la guerre, sans jamais choisir la facilité, en les confrontant à la mort, à la souffrance, au désespoir, jusque dans un final extrêmement poignant... Des situations qui tranchent radicalement avec un dessin plutôt naïf et quelques personnages secondaires apparemment plus légers, comme l'oncle des enfants.

L'Île de Giovanni est donc un excellent film d'animation, touchant et parfois très dur, évoquant un épisode peu connu de l'histoire du Japon et de la Russie (la situation de l'île de Chikotan est encore aujourd'hui une source de tensions entre les deux pays). Je ne reprocherai finalement au film qu'une animation et des dessins parfois peu inspirés, ce qui n'empêche pas le film d'être une vraie réussite !

Note : 8,5/10


dimanche 13 avril 2014

Monuments men


Titre : Monuments men (The Monuments men)
Réalisateur : George Clooney
Acteurs : George Clooney, Matt Damon, Bill Murray
Date de sortie en France : 12 mars 2014
Genre : guerre, aventures

Synopsis : 
En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d’art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d’art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes. Pour tenter d’empêcher la destruction de mille ans d’art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l’humanité…

Avis : 
Inspiré du programme Monuments, Fine Arts, and Archives créé par le général Eisenhower, Monuments men nous raconte l'histoire d'un groupe d'hommes chargés de sauver les oeuvres d'art dérobées par les Nazis et empêcher leur destruction pendant la débâcle allemande.


L'idée de montrer cette face cachée de l'Histoire était forcément réjouissante, permettant d'appréhender la Seconde Guerre Mondiale d'une autre façon, loin du front. Réalisé par George Clooney (Les Marches du pouvoir), il met en scène l'acteur de Gravity aux côtés d'une belle brochette d'acteurs parmi lesquels Matt Damon (Elysium, Ma vie avec Liberace), John Goodman (The Big Lebowski, Flight), Bill Murray (SOS Fantômes, Lost in translation), Jean Dujardin (Möbius, Le Loup de Wall Street) et Cate Blanchett (Babel, Blue Jasmine). Hélas, malgré ce casting prestigieux et ce sujet intéressant, Monuments men ne va jamais décoller, restant très scolaire et très moyen.

Cherchant constamment son ton, oscillant entre film de guerre, aventures, drame historique ou comédie, le film se perd très vite dans une espèce d'auto-célébration de la bande à Clooney, à la façon de la trilogie Ocean's, sacrifiant toute profondeur sur l'autel d'un film hollywoodien jusqu'au bout des ongles, lisse, puritain et tentant grossièrement de jouer sur l'émotion lors de passages cousus de fil blanc (la découverte d'un panier de dents en or est l'exemple parfait de ce pathos facile et artificiel).

S'il se suit sans déplaisir, Monuments men reste un film très moyen, particulièrement basique, un monument à la gloire de ses acteurs, qu'on a d'ailleurs tous déjà vus plus inspirés. Malgré quelques touches d'humour réussies (l'accent français de Damon, les répliques répétées), une histoire intéressante et un fond historique passionnant, George Clooney ne livre qu'un énième film hollywoodien sans saveur, sans relief et sans accroc, qu'on oubliera plus vite qu'on ne l'aura vu...

Note : 4,5/10

samedi 8 mars 2014

300


Titre : 300
Réalisateur : Zack Snyder
Acteurs : Gerard Butler, Rodrigo Santoro, Michael Fassbender
Date de sortie en France : 21 mars 2007
Genre : péplum, historique

Synopsis : 
La Bataille des Thermopyles, qui opposa en l'an - 480 le roi Léonidas et 300 soldats spartiates à Xerxès et l'immense armée perse. Face à un invincible ennemi, les 300 déployèrent jusqu'à leur dernier souffle un courage surhumain ; leur vaillance et leur héroïque sacrifice inspirèrent toute la Grèce à se dresser contre la Perse, posant ainsi les premières pierres de la démocratie. 

Avis : 
Adapté du "roman graphique" (une expression bien pompeuse et à la mode pour qualifier une simple bande-dessinée) de Frank Miller, 300 relate donc la célèbre bataille des Thermopyles, opposant l'immense armée de Xerxès Ier à 300 soldats spartiates (et leurs alliés, dont on se fout ici). Réalisé par Zack Snyder, alors connu pour son remake efficace de Zombie, L'Armée des morts, le film reprend un visuel semblable à celui qu'avait utilisé Robert Rodriguez pour Sin City.


Une orientation artistique qui est ici complètement loupée. En effet, en abusant des effets de style, des ralentis, accélérations, arrêts sur image sans grand intérêt aux plans-séquences grotesques, du recours systématique au numérique, 300 finit par ressembler à une production fauchée, pompeuse et tout simplement très laide. Mais ce ne sera pas l'unique défaut : le film de Zack Snyder va également sombrer dans le ridicule à cause d'un scénario digne d'un enfant jouant avec ses figurines, dialogues puérils et glorification du sacrifice à l'appui.

Hurlées avec une conviction effrayant par le faciès déformé de Gerard Butler (La Chute de la Maison Blanche), les répliques font vraiment sourire par leur bêtise sans limite, leur va-t-en guerre primitif et leurs valeurs sur lesquelles on préfèrera ne pas trop s'attarder, le sous-texte du film étant particulièrement nauséabond. Tout juste soulignerai-je cette espèce de fantasme spartiate, peuple courageux au physique avantageux, très loin de la laideur de leurs ennemis, de ceux qui s'opposent à leur combat, ou même de l'homosexualité pédophile de ces philosophes d'athéniens. Le comble revient à Xerxès, vaguement décrit comme un travesti de base, entre voix grave, maquillage, épilation et bijouterie ostentatoire.

Bref, 300 est le plus mauvais film à ce jour de Zack Snyder. Une espèce de bouillie numérique indigeste, qui déverse à l'écran un flot ininterrompu de laideurs et de conneries, et dont les rares passages mémorables sont noyés dans une masse insupportable. Et le pire, c'est qu'avec son succès public, le film a vu une suite débarquer sur nos écrans : 300, la naissance d'un Empire. Oh oui, j'en reparlerai sans doute sur ce blog...

Note : 2/10


lundi 13 janvier 2014

Mandela : un long chemin vers la liberté


Titre : Mandela : un long chemin vers la liberté (Mandela: Long Walk to Freedom)
Réalisateur : Justin Chadwick
Acteurs : Idris Elba, Naomie Harris, Tony Kgoroge
Date de sortie en France : 18 décembre 2013
Genre : biopic

Synopsis : 
Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.

Avis : 
Adapté de l'autobiographie de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté raconte 50 ans de la vie de Nelson Mandela, de son entrée au Congrès National Africain aux élections de 1994 où il est élu président de la république d'Afrique du Sud. Un demi-siècle marqué par la lutte contre l'apartheid, d'abord de façon non violente puis de façon plus radicale, puis les années d'emprisonnement et enfin la libération et l'accession au pouvoir.


Evidemment, la vie de Mandela était si riche, sa personnalité si forte, que le film profite pleinement de cet élan (encore favorisé par son décès) : on ne s'ennuie pas une seconde. Pourtant, en adaptant fidèlement ce pan de l'Histoire, le film va rester en surface, et brosser de façon logiquement superficielle chacune des étapes. Résultat, on est finalement devant un film très linéaire, dont on connait finalement le développement précis, mais pas assez travaillé pour être un documentaire.

D'ailleurs, l'élément le plus intéressant du film ne sera pas Nelson Mandela, mais sa seconde épouse, Winnie, dont l'évolution et l'influence est l'un des points forts du film. Magnifiquement interprétée par Naomie Harris, elle offre un contrepoids passionnant aux passages plus convenus mettant en scène "Madiba", dont on peine en revanche à retrouver la souffrance ou le charisme malgré toutes les qualités d'Idris Elba (Pacific Rim), très convaincant alors même qu'il ne ressemble absolument pas au modèle.

Mandela : un long chemin vers la liberté est donc une petite déception, dans le sens où on n'apprend rien de bien nouveau sur la vie de ce personnage hors du commun. On ne ressent d'ailleurs aucune émotion particulière, le film se contentant finalement de réciter bien sagement les grandes étapes de la vie de Mandela. On aurait en revanche aimé voir le personnage de Winnie Mandela davantage développé...

Note : 6/10


mardi 24 décembre 2013

Heimat : Chronique d'un rêve - L'Exode


Titre : Heimat : chronique d'un rêve - l'exode (Die andere Heimat - Chronik einer Sehnsucht)
Réalisateur : Edgar Reitz
Acteurs : Jan Dieter Schneider, Antonia Bill, Maximilian Scheidt
Date de sortie en France : 23 octobre 2013
Genre : drame, historique

Synopsis : 
1842-1844, L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille ainée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir. 

Avis : 
Composé de deux volets (Chronique d'un rêve / L'Exode), Die andere Heimat constitue une préquelle à la mini-série Heimat. Se déroulant dans la même ville de Schabbach plusieurs décennies avant la mini-série, le film de Edgar Reitz raconte donc l'histoire de la famille Simon, et plus particulièrement de Jakob, jeune homme plus attiré par les livres que par le travail physique et qui rêve de fuir la misère en migrant au Brésil. Hélas, il va être confronté à plusieurs épreuves qui l'en empêcheront.


Les deux parties du film sont assez différentes : plus poétique, plus mélancolique, la première partie insiste donc sur le sentiment de différence de Jakob, sur les difficultés de ses rapports avec son père, mais aussi sur son amour naissant avec Jettchen ; la seconde, plus dramatique, voit arriver les pires conséquences de la misère, avec les décès des jeunes enfants, avec la maladie...et donc la volonté de s'exiler. Le pauvre Jakob voit ainsi chacun de ses rêves partir en fumée, dans une seconde partie traitée avec beaucoup de pudeur.

Si je préfère la première partie, ce drame historique réussit à passionner pendant presque 4 heures, grâce à une réalisation superbe, dont le noir et blanc est parfois ponctué d'objets ou éléments du décor qui apparaissent en couleur : le drapeau allemand, le champ de lin bleu. Les acteurs sont également extrêmement bons, Jan Schneider en tête, donnant une récit une intensité et une puissance remarquable malgré un rythme souvent très lent.

Bref, Heimat est un excellent film, notamment dans sa première partie (Chronique d'un rêve) souvent poétique ; un drame historique souvent très cruel, très froid, qui bouleverse vraiment.

Note : 8/10


jeudi 29 août 2013

Michael Kohlhaas


Titre : Michael Kohlhaas
Réalisateur : Arnaud des Pallières
Acteurs : Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot
Date de sortie en France : 14 août 2013
Genre : drame, historique

Synopsis : 
Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l'injustice d'un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit.

Avis : 
Michael Kohlhaas est l'adaptation d'une nouvelle de Heinrich Von Kleist, elle-même inspirée de l'histoire vraie d'un marchand qui, victime d'une injustice, mit une province d'Allemagne à feu et à sang afin d'obtenir réparation.Après avoir attendu 25 ans avant de mettre cette nouvelle en images, Arnaud des Pallières (Adieu) choisit d'en franciser l'histoire, replaçant l'intrigue dans les Cévennes du seizième siècle, conservant ainsi les thèmes des religions et de la société changeantes.


Michael Kohlhaas met donc en scène un homme au fort idéal de justice, souhaitant obtenir réparation d'un tort assez léger : cet éleveur prospère a en effet laissé en gage à un jeune seigneur deux chevaux en parfaite santé, mais le retrouve ensuite sales, malades et blessés. Devant l'inaction de la justice, et face à la réponse violente des responsables, il choisit de se révolter, et entraînera avec lui ses valets, des paysans en colère et quelques vagabond. Et s'il sera bientôt en mesure de renverser le pays, il ne perdra pas de vue son but : voir sa plainte examinée et obtenir réparation.

Le personnage est ainsi particulièrement intéressant, uniquement habité par sa volonté de justice, entraînant toute une armée derrière lui dans un but qui n'intéresse que lui. Cet égoïsme le poussera même à abandonner ses hommes et leurs idéaux quand il obtiendra enfin ce à quoi il aspire. Mads Mikkelsen est évidemment impeccable dans le rôle de cet homme froid et déterminé, et constitue d'ailleurs l'attraction principale d'un film à l'histoire prenante mais terriblement lent.

Véritable guerrier silencieux, Kohlhaas est donc le héros d'un film flirtant régulièrement avec le contemplatif, au point de perdre parfois le spectateur, hypnotisé par la lenteur et endormi par un rythme sans doute trop lent. Reste néanmoins un personnage fabuleux, témoin d'une époque historique en mouvement perpétuel, entre protestantisme naissant et affaiblissement de la société féodale. Un film passionnant, mais interminable.

Note : 6,5/10

vendredi 23 août 2013


Titre : No
Réalisateur : Pablo Larraín
Acteurs : Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro
Date de sortie en France : 6 mars 2013
Genre : drame, historique


Synopsis : 
Chili, 1988. Lorsque le dictateur chilien Augusto Pinochet, face à la pression internationale, consent à organiser un référendum sur sa présidence, les dirigeants de l’opposition persuadent un jeune et brillant publicitaire, René Saavedra, de concevoir leur campagne. Avec peu de moyens, mais des méthodes innovantes, Saavedra et son équipe construisent un plan audacieux pour libérer le pays de l’oppression, malgré la surveillance constante des hommes de Pinochet. 

Avis : 
 En 1988, Augusto Pinochet organise donc un référendum pour assurer son maintien au pouvoir tout en lui donnant une assise démocratique apparente. Avant la campagne, le résultat ne semble en effet faire aucun doute : les soutiens au dictateur sont nombreux, et les opposants sont souvent réduits au silence par peur de représailles ou par la certitude que rien ne changera vraiment. La campagne référendaire passe pour la première fois par la télévision, chaque camp disposant de 15 minutes quotidiennes pour diffuser ses messages.


No va ainsi suivre la campagne du "non" à travers le personnage de René Saavedra, jeune publicitaire, qui va appréhender la question de la démocratie non comme un idéal, mais comme un produit qu'il faut vendre au public. C'est là l'une des grandes forces du film : au-delà de son aspect politique, qui ne sert finalement que de toile de fond, il va étudier cet affrontement de propagandes. Face aux images du camp du "pour", qui entend rappeler aux chiliens les progrès opérés depuis la prise de pouvoir de Pinochet, Saavedra va opter pour une approche originale : celle de se concentrer sur le bonheur, la joie.

Saavedra semble ainsi un peu décalé au milieu de son groupe : il n'est jamais vraiment militant, et est plus intéressé par les aspects techniques, par le rythme de ses clips que par le rappel des heures sombres du pays. On le verra ainsi, à l'annonce de la victoire du "non", un peu perdu, détaché, avant d'aller reprendre son travail de publicitaire chez son patron partisan du "oui" comme si rien n'avait changé. Il ne sera vraiment concerné que lorsque ses actions attireront l'attention du camp opposé, et que sa famille sera surveillée et même menacée.

Reprenant des images d'archives, et optant pour un format en 4/3 et un grain destiné à vieillir l'image et la rapprocher d'un documentaire d'époque, No est un excellent film, aussi amusant et grinçant qu'inquiétant et intelligent, dépassant le simple film historique et politique pour entraîner une réflexion sur le pouvoir des médias sur le spectateur, un thème forcément d'actualité...

Note : 8,5/10


jeudi 18 avril 2013

The Grandmaster


Titre : The Grandmaster (Yat doi jung si)
Réalisateur : Wong Kar-wai
Acteurs : Tony Leung, Zhang Ziyi, Chang Chen
Date de sortie en France : 17 avril 2013
Genre : arts martiaux, historique, drame

Synopsis : 
Chine, 1936. Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee, mène une vie prospère à Foshan où il partage son temps entre sa famille et les arts-martiaux. C’est à ce moment que le Grand maître Baosen, à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux Chinois, cherche son successeur. Pour sa cérémonie d’adieux, il se rend à Foshan, avec sa fille Gong Er, elle-même maître du style Ba Gua et la seule à connaître la figure mortelle des 64 mains. Lors de cette cérémonie, Ip Man affronte les grand maîtres du Sud et fait alors la connaissance de Gong Er en qui il trouve son égal. Très vite l’admiration laisse place au désir et dévoile une histoire d’amour impossible. Peu de temps après, le Grand maître Baosen est assassiné par l’un de ses disciples, puis, entre 1937 et 1945, l’occupation japonaise plonge le pays dans le chaos. Divisions et complots naissent alors au sein des différentes écoles d’arts martiaux, poussant Ip Man et Gong Er à prendre des décisions qui changeront leur vie à jamais…

Avis : 
Basé sur la vie du célèbre Ip Man, ce nouveau film de Wong Kar-wai (In the mood for love, 2046) est, plus qu'un film d'arts martiaux, un film sur les arts martiaux. Entre scènes de combats impressionnantes et réflexion philosophique, le réalisateur évoque quelques différents styles de kung-fu comme autant de philosophies de l'art de combattre, parallèlement aux événements historiques qu'a connus la Chine des années 30 aux années 50.


Wong Kar-wai apporte ainsi beaucoup de soin à ses affrontements, souvent très spectaculaires, leur insufflant un aspect épique grâce à sa mise en scène très travaillée : gros-plans, ralentis, le réalisateur s'attarde sur des détails et place ses combats dans des lieux étonnants, comme une rue inondée, le quai d'une gare ou quelques pièces exigües. Seulement, à trop vouloir esthétiser ces passages, il finit par privilégier la beauté de ses plans à la compréhension des échanges, et si ceux-ci sont parfaitement chorégraphiés, on est un peu frustré de ne pas tout en voir.

Il privilégie également ces phases de combat à son scénario, dont les trous béants sont difficilement colmatés par des panneaux résumant l'histoire entre deux scènes. En dehors de l'affrontement entre Gong Er et Ma San, les enjeux sont inexistants, et on assiste en fait à une succession de scènes uniquement liées par le personnage d'Ip Man, qui finira lui-même par être largement en retrait, comme simple prétexte à l'histoire. Ces moments seront l'occasion de discussions philosophiques, sans grand intérêt, un duel consistant même en une simple danse autour d'un biscuit rythmé par les arguments des combattants !

Un scénario absent, des combats superbes mais dont la mise en scène tape à l'oeil finit par lasser, The Grandmaster laisse donc au spectateur un certain sentiment de frustration, puisqu'on a le sentiment que le film aurait pu (dû ?) être bien meilleur que cette simple réussite esthétique...

Note : 5,5/10


mercredi 3 avril 2013

Anonymous


Titre : Anonymous
Réalisateur : Roland Emmerich
Acteurs : Rhys Ifans, Vanessa Redgrave, Joely Richardson
Date de sortie en France : 4 janvier 2012
Genre : drame, historique

Synopsis : 
C’est l’une des plus fascinantes énigmes artistiques qui soit, et depuis des siècles, les plus grands érudits tentent de percer son mystère. De Mark Twain à Charles Dickens en passant par Sigmund Freud, tous se demandent qui a réellement écrit les œuvres attribuées à William Shakespeare. Les experts s’affrontent, d’innombrables théories parfois extrêmes ont vu le jour, des universitaires ont voué leur vie à prouver ou à démystifier la paternité artistique des plus célèbres œuvres de la littérature anglaise.
A travers une histoire incroyable mais terriblement plausible, "Anonymous" propose une réponse aussi captivante qu’impressionnante. Au cœur de l’Angleterre élisabéthaine, dans une époque agitée d’intrigues politiques, de scandales, de romances illicites à la Cour, et de complots d’aristocrates avides de pouvoir, voici comment ces secrets furent exposés au grand jour dans le plus improbable des lieux : le théâtre…  


Avis : 
Attention, Roland Emmerich tente de s'assagir ! Après nous avoir offert du bon gros blockbuster idiot (2012, Le Jour d'après...), il retourne en Allemagne avec un budget moins conséquent pour les besoins de ce Anonymous, surfant pour l'occasion sur le débat autour de la paternité des oeuvres de William Shakespeare, question qui était particulièrement à la mode à l'époque - vous n'alliez quand même pas croire que le réalisateur allemand avait laissé son opportunisme de côté ?


Grâce à une reconstitution soignée et un casting très convaincant, Emmerich nous plonge dans l'Angleterre du seizième siècle et réussit son entrée en matière. Mais très vite, il va opter pour plusieurs flashbacks consécutifs, un élément qui deviendra vite récurrent dans le film et qui constituera son premier défaut. On se perd parfois un peu dans ces changements d'époque, et on s'agace également devant le procédé terriblement mal amené. Très vite, on s'aperçoit également que la mystère autour de l'auteur de Roméo et Juliette, très vite éventé, ne sert finalement que de prétexte aux intrigues de la Cour d'Elisabeth Ire d'Angleterre. Et si Shakespeare est présenté comme un salaud opportuniste, alcoolique, obsédé et sans aucun scrupule, on l'abandonne donc très vite.

Emmerich s'intéresse donc surtout à la question de la succession au trône d'Angleterre, aux histoires de sexe et d'héritiers plus ou moins légitimes de la Reine, et va définitivement pousser le bouchon trop loin. Les révélations se succèdent à un rythme infernal, donnant à toute cette histoire l'aspect d'un scénario de soap opera au rabais.Machin, auteur des textes attribués à Shakespeare, fait donc un enfant à Bidule alors qu'il est marié à Machine, ce qui ne plaît pas à Trucmuche qui va comploter avec Bazar, lui-même père de Machine qui va tout révéler à Machin avant que l'on ne découvre l'identité de Schmilblick, ami de Machin et proche de Bidule. Le tout s'enchaînant dans la dernière demi-heure du film.

On pensait donc apprécier le fait qu'Emmerich s'écarte du sentier des blockbusters hollywoodiens, mais force est de constater qu'on préfère presque quand il fait tout exploser autour de personnages aux belles valeurs. Parce que si cet Anonymous a de belles qualités esthétiques, le réalisateur se perd complètement en voulant mêler deux intrigues sans grand rapport, les laissant toutes les deux dans un état larvaire sans progression jusqu'à des révélations grotesques. Heureusement, Roland Emmerich a retrouvé la raison : en 2013, il va faire péter la maison blanche dans White House down. Ouf !

Note : 4/10