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mercredi 11 août 2021

Benedetta


Titre : Benedetta
Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Virginie Efira, Charlotte Rampling, Lambert Wilson
Date de sortie en France : 9 juillet 2021
Genre : historique, drame
 
Synopsis : 
 Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la très jeune Benedetta Carlini rejoint le couvent de Pescia en Toscane. Dès son plus jeune âge, Benedetta est capable de faire des miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer bien des choses dans la vie des soeurs. 
 
Avis :  

Comme son nom l’indique, Benedetta est l’adaptation cinématographique de la vie de Benedetta Carlini, une religieuse catholique italienne du dix-septième siècle, condamnée pour saphisme. Un thème particulièrement fort, mêlant sexualité (homosexualité, même!) et sacré. Et il faut bien avouer que Paul Verhoeven, décidément à l’aise dans les reconstitutions historiques (La Chair et le sang, Black book) n’y va pas avec le dos de la cuillère. 

 


Car la religieuse, magnifiquement interprétée par une sublime Virgine Efira, est à la croisée des chemins : sa foi est mise à rude épreuve par l’arrivée dans le couvent de Bartolomea, qui éveille en elle des envies peu compatibles avec ses croyances et son mode de vie. Dans le même temps, la religieuse a des visions (d’indescriptibles délires mettant en scène le Christ lui-même), semble au centre de miracles, et présente les stigmates. Est-elle vraiment une messagère de Jésus, ou tout ceci n’est-il que manipulation ? Toujours est-il que cette mise en avant, tout comme sa relation avec Bartolomea, ne sont pas vues d’un très bon œil dans cet univers si fermé. Et comme si cela ne suffisait pas, la région est frappée par la Peste, et il n’y guère que Dieu qui semble pouvoir protéger les citoyens… par le biais de Benedetta ?

Cela donne lieu à d’incroyables trafics d’influences au sein du couvent et de la hiérarchie catholique, chacun avançant ses pions pour évoluer, quitte à mentir, espionner, dénoncer, truquer… ou torturer. Le film parvient à la fois à nous subjuguer, à nous séduire (les très belles scènes d’amour), à nous amuser (Verhoeven manie toujours aussi bien l’humour noir et le cynisme, et Lambert Wilson apporte dans la dernière partie un peu de fraicheur avec son côté pince-sans-rire), mais aussi à nous scandaliser et à nous choquer.

Résultat, on ne ressort pas indemne de cette œuvre folle, portée par des acteurs fabuleux, et qui parle de foi et d’amour dans leurs plus belles et plus terribles variations, sans jamais attaquer gratuitement la religion (là encore, le film trouve un remarquable équilibre) et en laissant le spectateur tirer ses propres conclusions. Une œuvre très forte, qui marquera forcément les esprits ! 




lundi 13 juin 2016

Elle


Titre : Elle
Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Isabelle Huppert, Laurent Laffite, Anne Consigny
Date de sortie en France : 25 mai 2016
Genre : thriller, comédie

Synopsis : 
Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Avis : 
Dix ans après Black book, le "hollandais violent", Paul Verhoeven, revient au cinéma avec l'adaptation du roman "Oh..." de Philippe Djian. Un retour un peu surprenant, avec un film français, et des acteurs que l'on n'attendait pas forcément devant sa caméra : Laurent Laffite, Virgine Effira, Vimala Pons... Un retour salué unanimement par la presse et un temps pressenti pour être récompensé à Cannes. On verra assez vite que tout ça n'est vraiment pas un gage de qualité.


Car avec Elle, Verhoeven signe une espèce de thriller comique parodiant un peu tout, de ses propres films au cinéma français en passant par la carrière de Huppert. On se retrouve ainsi avec tous les clichés possibles des films mettant en scène la haute société parisienne : la patronne cougar, objet des fantasmes d'un peu tout le monde et qui se tape le mari de sa meilleure amie ; son ex-mari, écrivain raté, qui se tape des étudiantes ; son fils un peu débile, employé chez Quick à Pigalle, souffre-douleur d'une petite amie qui porte l'enfant d'un de ses collègues ; sa mère hyper-cougar, entièrement refaite, affichant comme un trophée son nouveau boy-toy ; son père en prison pour avoir trucide l'ensemble de son voisinage quand elle était gamine ; sa voisine cul-béni et son mari, trader frustré et obsédé. Tout le monde est là donc, pour quelques passages parfois très drôles (le dîner de Noël) mais aussi vaguement gênants.

Gênant également, le fil rouge du récit, avec les viols subis par Michèle. C'est simple, si ces séquences font naître un certain malaise, on a souvent l'impression que Verhoeven a choisi ce sujet uniquement pour faire du transgressif facile. Le thème du viol, et par extension le comportement de ce personnage finissant par provoquer ses propres viols au fil d'une reconstruction psychologique cousue de fil blanc.

On ne sait donc pas trop quoi penser de ce nouveau Verhoeven. Il a le goût, l'odeur, l'aspect du téléfilm français moyen, bourré de clichés et prétentieux. Si on appréciera l'interprétation des acteurs (Laffite, absolument étonnant) et l'humour de certains passages, difficile d'accrocher à cet ensemble de parodies un peu nombriliste, d'autant qu'il multiplie les mauvaises idées (l'univers du jeu vidéo...) et tourne largement en rond, ne réservant comme surprises que le comportement idiot et difficilement crédible de certains personnages.

Note : 6/10


mardi 4 février 2014

RoboCop


Titre : RoboCop
Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Peter Weller, Nancy Allen, Dan O'Herlihy
Date de sortie en France : 20 janvier 1988
Genre : action, science-fiction, policier

Synopsis : 
A l'aube de l'an 2000, Detroit est la proie du crime et de la corruption. Pour pallier ce terrible état, les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme... 

Avis : 
  L'occasion était trop belle : alors que son remake sort en février 2014, revenons sur l'un des titres phares de la science-fiction d'action des années 80 et du mouvement cyberpunk : RoboCop de Paul Verhoeven. Premier film américain du "hollandais violent", il met donc en scène les aventures d'un flic qui, après avoir été assassiné, est transformé en redoutable robot-policier destiné à rétablir l'ordre dans les rues de Détroit. Un thème bien ancré dans son époque... pour un film qui accuse franchement le poids des années.


Comme beaucoup de films de ce genre (Total Recall du même Verhoeven, ou Johnny Mnemonic), RoboCop a très salement vieilli. En cause ? Ces bonnes vieilles années 80. Car on est très loin de la sobriété qui était encore de mise dans les années 70 : avec les années 80, tout le monde se lâche, dans une espèce de foire à la ringardise programmée. Si cela donne parfois au cinéma de cette époque des tenues plus qu'exubérantes et surannées, RoboCop va aller plus loin, en généralisant cette ringardise à tous les niveaux.

Dans RoboCop, les criminels ressemblent à des personnages de sketches parodiques : coupes de cheveux improbables, tenues flashy, les méchants ne peuvent prononcer plus de deux phrases à la suite sans ponctuer l'ensemble de rires de hyènes. Plus qu'un détail, il s'agit d'un élément omniprésent dans le film, qui a le don de rendre grotesque certains passages destinés à être forts (la mort dramatique et violente de Murphy devient un festival de ridicule). Ce n'est là que la partie visible de l'iceberg : en dehors de ces personnages rendus grotesques par une volonté d'être à la mode plus que par l'action des années, tout le film est enfermé dans une sorte d'univers parallèle, où les thèmes abordés (effleurés, devrais-je dire) sont d'une simplicité inouïe, où la réalisation de Verhoeven paraît horriblement vieillotte et où les acteurs semblent avoir été embauchés selon leur faculté à en faire des tonnes. Face à ce maelstrom de ringardise, où l'on tente de détourner notre attention par une violence aussi décomplexée que puérile, on en vient presque à pardonner la qualité médiocre des effets spéciaux, pris de pitié pour le pauvre ED-209 incapable de descendre des escaliers et gesticulant tristement les quatre fers en l'air.

Finalement, on n'appréciera que l'apparence de RoboCop lui-même, le robot plus humain que les humains (dois-je rappeler que Blade Runner est sorti en 1982 ?), le super-flic qui luttera contre la corruption de ces salopards de capitalistes dont l'unique volonté est de s'en mettre plein les poches, et la présence de Nancy Allen (Blow out, Pulsions...), perdue dans un monde d'hommes virils refusant de lui laisser le volant. Bref, RoboCop est l'archétype même de l'oeuvre qui était destinée à vieillir, trop ancrée dans la fin des années 80 à tous les niveaux et trop désireuse d'en mettre plein la vue (les technologies de l'époque sont particulières...) pour ne pas être absolument ringard 30 ans plus tard. Monsieur José Padilha, votre remake a la possibilité de surpasser l'original sans trop de difficultés...

Note : 2,5/10