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lundi 14 novembre 2016

Mademoiselle


Titre : Mademoiselle (Agassi)
Réalisateur : Park Chan-wook
Acteurs : Kim Min-hee, Kim Tae-ri, Jung-woo Ha
Date de sortie en France : 2 novembre 2016
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Avis : 
Après un intermède réussi aux Etats-Unis avec le sublime Stoker, Park Chan-wook revient dans son pays d'origine pour son nouveau film, entre drame social, romance, thriller et érotisme. Avec Mademoiselle, il imagine donc le plan machiavélique d'un escroc tentant de tromper une riche héritière grâce à une voleuse se faisant passer pour une nouvelle servante... mais au jeu des apparences, des faux-semblants, des non-dits, celui qui sera victime de la machination ne sera pas forcément celui ou celle qu'on pense.


Aussi beau visuellement (certains passages sont superbement chorégraphiés, comme l'enchaînement entre la fuite du manoir et le mariage) que scénaristiquement tortueux, Mademoiselle est une oeuvre folle, peut-être celle de la maturité d'un réalisateur qui semble reprendre des éléments de tous ses films précédents (une vengeance très élaborée à la Old Boy, une ambiance rappelant le gothique de Stoker, quelques éléments envoyant à JSA ou à Thirst...) pour les assembler dans un ensemble d'une fluidité folle à tous les niveaux.

Les rebondissements se multiplient avec virtuosité, servis par un trio d'acteurs exceptionnels, parmi lesquels on retrouve Ha Jeong-woo (The Chaser, The Murderer). Mais c'est surtout la relation entre les deux femmes, aussi sensuelle que crue (on lorgne plus du côté de L'Empire des sens que du lamentable La Vie d'Adèle), qui retient l'attention, comme l'élément perturbateur d'un jeu de pistes qui semblait pourtant si bien huilé.

Superbement réalisé, magnifiquement interprété, très intelligent, raffiné et pervers, troublant et fascinant, Mademoiselle confirme une nouvelle fois l'immense talent de Park Chan-wook, qui nous offre un des meilleurs films de l'année. A voir absolument !

Note : 9/10


vendredi 27 juin 2014

Thirst, ceci est mon sang


Titre : Thirst, ceci est mon sang (Bakjwi)
Réalisateur : Park Chan-wook
Acteurs : Kang-ho Song, Kim Ok-vin, In-hwan Park
Date de sortie en France : 30 septembre 2009
Genre : horreur, thriller, drame

Synopsis : 
Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pélerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme...

Avis : 
 Thirst est un film de vampires, mais évidemment un film de vampire bien particulier, puisque réalisé par l'un des réalisateurs les plus doués de ces dernières années : Park Chan-wook, à qui l'on doit notamment Old Boy ou le récent Stoker. Ici, pas de grandes démonstrations visuelles ou presque, pas de fioritures, pas de jeune freluquet dont la seule qualité est d'exhiber son torse pour exciter les gamines de 14ans. Ici, on a un vrai drame sur la situation de ce prêtre qui va peu à peu être contraint d'enfreindre ce que lui interdisait sa foi.


Park Chan-Wook développe la transformation de Sang-Hyeon de façon subtile : sens accrus, résistance physique nouvelle, guérison inespérée...et bientôt appétit pour le sang. Une évolution assez classique sur le fond, mais couplée avec les hésitations dues à la fonction de prêtre du personnage. La volonté de ne pas pêcher en évitant de tuer, ainsi que le voeu de chasteté, tout sera remis en cause par le personnage de Tae-Ju, plus extravertie, plus curieuse, moins réservée que lui. Et dans Thirst, quand on parle de désir interdit, il y a vraiment la notion de désir et d'interdit : la dimension érotique propre aux personnages de vampires (voir Le Cauchemar de Dracula ou lire Carmilla de Le Fanu) est ici pleinement exploitée dans la première moitié du film, avant que le désir de se nourrir et de tuer ne l'emporte sur le désir charnel dans la deuxième partie.

Une deuxième partie qui va jongler entre les genres. Park aime brasser les genres, et va ajouter à son drame horrifique des éléments plus loufoques et de l'humour noir. Le film change de rythme, devient un peu moins intimiste, en même temps que les personnage de Sang-Hyeon (toujours parfait Song Kang-Ho) et Tae-Ju changent. Jusqu'à une fin sublime, qui là encore se démarque du classicisme de sa situation grâce à l'univers du réalisateur.

Magnifique drame sur le vampirisme, Thirst pourra sans doute en perdre certains à cause de son ambiance et son rythme particuliers et de son mélange des genres. Ce serait bien dommage, parce qu'en des périodes marquées par des vampires pour midinettes, on a bien besoin de films de vampire avec des couilles.

Note : 8,5/10


dimanche 9 juin 2013

Stoker



Titre : Stoker
Réalisateur : Park Chan-wook
Acteurs : Mia Wasikowska , Nicole Kidman, Matthew Goode
Date de sortie en France : 1er mai 2013
Genre : drame, épouvante

Synopsis : 
Après la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, voit un oncle dont elle ignorait l’existence, venir s’installer avec elle et sa mère. Rapidement, la jeune fille se met à soupçonner l’homme d’avoir d’autres motivations que celle de les aider. La méfiance s’installe, mais l’attirance aussi… 

Avis : 
Quand un réalisateur asiatique traverse l'océan pacifique pour rejoindre Hollywood, il éparpille souvent en voyage une grande partie de ce qui faisait la qualité de son cinéma : John Woo, Tsui Hark ou récemment Kim Jee-woon (Le Dernier rempart) l'ont ainsi démontré à plusieurs reprises. Aussi l'annonce du premier film américain de Park Chan-wook, réalisateur du fabuleux Old Boy (par ailleurs bientôt remaké par Spike Lee, on tremble d'avance), de JSA ou de Thirst, laissait-elle craindre le pire, d'autant que la présence en temps que scénariste de Wentworth Miller (le benêt héros de la série Prison Break) pouvait laisser circonspect.


Mais avec ce Stoker, Park Chan-wook va effacer toutes nos craintes, en signant une oeuvre citant aussi allégrement Hitchcock (L'Ombre d'un doute, évidemment, mais on s'attend presque également à croiser la momie de Mme Bates dans le sous-sol éclairé par une lampe se balançant au plafond) qu'elle s'en écarte. Avec une histoire en apparence assez simple, le réalisateur coréen va nous plonger dans un labyrinthe où violence, sexe et personnalités déviantes vont régulièrement se rencontrer.

Entre la jeune India, qui a un goût certain pour le morbide et ne supporte pas le contact physique, et son oncle Charlie, au charme vampirique, la répulsion cède rapidement la place à une attirance interdite, trouvant son expression parfaite dans un duo au piano laissant exploser les pulsions sensuelles et sexuelles. Un duo dont la mère semble devoir être exclue, malgré ses tentatives pour séduire le jeune frère de son défunt mari. Park Chan-wook joue ainsi avec ses personnages, dans une progression toujours plus perverse n'hésitant pas à pousser son fétichisme à l'extrême (les pieds et chaussures de India, la ceinture de son père...).

Magnifié par la virtuosité de sa mise en scène, Stoker prouve qu'un réalisateur asiatique peut parfaitement conserver intact son talent à Hollywood. Grâce également à un scénario très malin et un duo d'acteurs formidables (Mia Restless Wasikowska, sublime dans la peau de cette ado effacée devenant sous nos yeux une adulte ; et Matthew Watchmen Goode, électrique), Park Chan-wook signe un thriller aussi raffiné que pervers, et nous manipule une nouvelle fois pour nous plus grand plaisir.

Note : 9/10