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lundi 21 novembre 2016

Le Client


Titre : Le Client (Forushande)
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Taraneh Alidoosti, Shahab Hosseini, Babak Karimi
Date de sortie en France : 9 novembre 2016
Genre : drame

Synopsis : 
Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d'importants travaux menaçant l'immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l’ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple.

Avis : 
Après une pause en France avec le décevant Le Passé, Asghar Farhadi retrouve l'Iran et plusieurs de ses acteurs fétiches (Taraneh Alidoosti et Shahab Hosseini sont tous deux apparus dans A propos d'Elly, l'actrice ayant également joué dans Les Enfants de Belle Ville et La Fête du feu, et l'acteur dans Une séparation) pour Le Client. Un film qui reprend plusieurs de ses thèmes de prédilection, mais qui confirmera également le manque d'inspiration dont l'iranien semble faire preuve depuis 2010.


La place de la femme dans la société iranienne, la culture du secret, les commérages, l'importance de l'apparence... Farhadi reprend tous ses grands thèmes, rappelant parfois certaines de ses précédentes réalisations, et faisant régulièrement preuve d'un manque flagrant de finesse (en tout cas, si l'on en croit certains journalistes : l'immeuble qui s'écroule au début du film serait ainsi une métaphore de la société iranienne... j'espère vraiment que ce n'est pas le cas). Une grosse impression de déjà-vu donc, d'autant que, si le sujet de départ du film nous intrigue, les trop nombreuses digressions finissent par nous lasser.

Heureusement, les deux acteurs principaux sont une nouvelle fois formidables, et incarnent à merveille les doutes et hésitations de leurs personnages. Difficile de ne pas s'identifier à Shahab Hosseini, partagé entre la volonté de vengeance et celle de respecter la volonté de sa femme d'oublier l'affaire. Dommage que le final sonne un peu faux et cruellement moralisateur, terminant Le Client sur une mauvaise note alors que la confrontation avec l'agresseur, repoussant jusque là le manichéisme et les facilités scénaristiques, donnait enfin du souffle au film.

Après Une séparation et Le Passé, nouvelle déception de la part d'Asghar Farhadi, qui se contente trop souvent de s'autociter et en oublie, au moins pendant la première heure, de traiter son sujet. Le Client est néanmoins sauvé par ses interprètes et une seconde partie bien plus prenante, mais on attend clairement mieux de la part du réalisateur iranien.

Note : 6.5/10


lundi 1 février 2016

Dheepan


Titre : Dheepan
Réalisateur : Jacques Audiard
Acteurs : Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari, Srinivasan, Claudine Vinasithamby
Date de sortie en France : 26 août 2015
Genre : drame

Synopsis : 
Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Avis : 
Palme d'or au Festival de Cannes 2015, le septième film de Jacques Audiard (Un prophète, De rouille et d'os) nous fait suivre le parcours de Dheepan, ancien combattant tamoul fuyant le Sri Lanka après la défaite de son camp à la fin de la guerre civile. Il est rejoint par Yalini, qui devra se faire passer pour sa femme, et par Illayaal, qui devra prétendre être leur fille.


L'arrivée du trio dans son nouveau logement, les barrières liées à la langue, aux coutumes, l'évolution de leurs sentiments mutuels, la volonté de gagner de l'argent en trouvant des petits boulots, ou le projet plus flou de rejoindre l'Angleterre : dans sa première partie aux allures de chronique sociale, Dheepan est convaincant, touchant même par moments quand la gamine, plus prompte à s'intégrer que ses faux parents, se met à douter de leurs sentiments à son égard.

Hélas, très vite, les défauts apparaissent, principalement dans ce portrait fantasmé d'une ville de banlieue uniquement centrée autour de la violence, et où l'ensemble de la population est composée de petites racailles sans envergure. Une description qui aura son importance, puisqu'elle fera basculer la fin du film dans une espèce de délire très violent et surtout gratuit, pour une dernière partie souvent ridicule, poussant dans ses limites les plus grotesques le principe selon lequel Dheepan est toujours prêt à se révolter pour protéger ses valeurs.

Une excellente chronique sociale, puis un polar débile : Dheepan est une oeuvre un peu bancale, franchement gâchée par un final que ne renieraient pas les producteurs des pires vigilantes jamais mis en images. Un (énorme) bémol qui empêche ce nouvel Audiard de se hisser au niveau de ses précédentes réalisations, malgré de véritables qualité pendant la plus grande partie du film.

Note : 7/10


lundi 27 janvier 2014

Tel père, tel fils


Titre : Tel père, tel fils (Soshite Chichi ni Naru)
Réalisateur : Hirokazu Kore-eda
Acteurs : Masaharu Fukuyama, Machiko Ono, Lily Franky
Date de sortie en France : 25 décembre 2013
Genre : drame

Synopsis : 
Ryoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l'hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste… 

Avis :  
Après l'excellent I wish - nos voeux secrets, qui avait été l'un de mes films préférés de 2012, Hirokazu Kore-eda revient avec Tel père, tel fils, Prix du Jury à Cannes, et qui imagine une situation forcément inextricable avec cet échange fortuit d'enfants à leur naissance. Six ans plus tard, en apprenant la nouvelle, comment peuvent réagir les parents ? Doivent-ils privilégier le "sang", au détriment de l'enfant qu'ils ont élevé, qu'ils ont aimé et qu'ils ont façonné à leur image pendant toutes ces années ? Ou doivent-ils continuer à vivre comme avant, tout en ayant bien plus conscience que ce garçon n'est pas le leur, et qu'il leur ressemble de moins en moins ?



Kore-eda va une nouvelle fois prendre le parti de nous raconter cette histoire dramatique d'un point de vue assez léger, avec beaucoup de pudeur. Il confronte ainsi deux familles bien différents, celle d'un architecte carriériste très strict avec son fils, et celle d'un petit tenancier de quincaillerie, bien plus expansif et proches de ses enfants. Le choc des deux mondes est inévitable, et Ryoata apprendra peu à peu que l'argent ne peut tout acheter, et certainement pas le bonheur d'un enfant. Le film se concentre d'ailleurs principalement sur ce père de famille, reproduisant avec son fils le modèle qui lui avait imposé son père, et tentant de l'empêcher de commettre les mêmes erreurs.

Plus que la question de la garde des enfants, c'est finalement l'évolution de Ryoata qui va intéresser Kore-eda, le jeune homme prenant peu à peu conscience du besoin d'amour et de reconnaissance de son fils, pour lequel il n'est pas assez présent ni attentionné. De la tendresse et de l'attention que peut en revanche offrir Yudai, un père saisissant chaque occasion pour divertir sa famille. Et c'est par petites touches que l'architecte va évoluer, et peu à peu nous toucher, grâce à des détails souvent émouvants, comme lorsqu'il retrouve des photos prises par le fils qu'il a élevé pendant six ans.

Tel père, tel fils est un magnifique film, montrant une nouvelle fois le talent de Kore-eda pour accrocher le spectateur et faire naître l'émotion de façon naturelle, sans jamais en faire trop. Une très belle histoire, parfaitement menée par des acteurs très convaincants (notamment les enfants), évoquant de façon très pertinente un sujet assez délicat, pour finalement être l'un des tous meilleurs films de 2013.

Note : 9/10



jeudi 21 novembre 2013

Omar


Titre : Omar
Réalisateur : Hany Abu-Assad
Acteurs : Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany
Date de sortie en France : 16 octobre 2013
Genre : drame

Synopsis : 
Omar vit en Cisjordanie. Habitué à déjouer les balles des soldats, il franchit quotidiennement le mur qui le sépare de Nadia, la fille de ses rêves et de ses deux amis d'enfance, Tarek et Amjad. Les trois garçons ont décidé de créer leur propre cellule de résistance et sont prêts à passer à l'action. Leur première opération tourne mal.
Capturé par l'armée israélienne, Omar est conduit en prison. Relâché contre la promesse d'une trahison, Omar parviendra-t-il malgré tout à rester fidèle à ses amis, à la femme qu'il aime, à sa cause ?


Avis : 
Réalisé par Hany Abu-Assad, à qui l'on doit notamment Paradise now, Omar est un film palestinien. Prix spécial de la section Un certain regard au festival de Cannes 2013, il raconte donc l'histoire d'un jeune palestinien contraint de jouer un double rôle pour éviter d'être emprisonné par la police israélienne, et confronté à la suspicion de ses camarades qui savent qu'il y a une taupe dans le groupe.


S'il est séduisant, ce synopsis n'aboutira malheureusement jamais sur le film percutant que l'on pouvait attendre. Arrêté par l'armée israélienne, Omar sera relâché à deux reprises, après avoir participé à un assassinat puis tenté de piéger des soldats afin de les tuer. Certes torturé et menacé de mort, il sera dans les deux cas remis en liberté afin de livrer Tarek. Forcément, ces libérations le rendent suspect auprès de ses camarades, qui le suspectent d'être un traitre...ce qui n'aura aucune véritable conséquence sur son quotidien.

Omar donne ainsi l'impression de progresser sans vraiment tenir compte du statut de son personnage principal, jusqu'à une conclusion un peu grotesque. Il en sera de même pour l'histoire d'amour entre Omar et Nadia, dont l'évolution peinera à convaincre. Pourtant, on appréciera de voir ces jeunes palestiniens décrits autrement que comme des terroristes assoiffés de sang en puissance, d'autant que les acteurs sont vraiment convaincants, Adam Bakri en tête. 

On ressort donc un peu déçu de ce film palestinien, qui semble manquer le coche en oubliant certains de ses enjeux scénaristiques. Dommage, d'autant que les acteurs sont très bons, rendant leurs personnages très attachants, et que certaines scènes sont très fortes. 

Note : 6,5/10


samedi 26 octobre 2013

La Vie d'Adèle : chapitres 1 & 2


Titre : La Vie d'Adèle : chapitres 1 & 2
Réalisateur : Abdellatif Kechiche
Acteurs : Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche
Date de sortie en France : 9 octobre 2013
Genre : drame, romance

Synopsis : 
À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve...


Avis : 
Palme d'Or au Festival de Cannes 2013, La Vie d'Adèle est tiré du roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh. Il raconte quelques années de la vie d'Adèle, de son adolescence à l'âge adulte, marquées par son histoire d'amour avec Emma. Un film autant marqué par l'accueil unanime de la presse que par les déclarations de Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos sur les conditions de tournage, et la colère d'Abdellatif Kechiche en réaction à ces critiques.


Des critiques, on aurait d'ailleurs pu (dû ?) en voir bien plus à l'égard de ce film d'une durée exagérée (3h de film, dont une qui n'a plus rien à raconter, ça fait beaucoup) et qui ne traite finalement son sujet qu'en surface, comme s'il ne souhaitait montrer que le côté divertissant de l'homosexualité (en gros, le sexe) et oublier le reste, faisant même purement et simplement disparaître certains personnages pour ne pas parasiter le film avec un peu de réflexion. Globalement, c'est avec tout un système de ficelles et de facilités que le film progresse, se contentant bien souvent d'aligner les clichés (l'opposition entre la famille aisée, buvant du grand vin, se régalant de fruits de mer, amateurs d'art et ouverts d'esprit, et la famille de prolétaires dévorant ses spaghettis-bolo tout en étalant sa beaufitude l'illustre parfaitement).

Et comme conscient des limites de sa narration et de son univers, Kechiche va multiplier les (longues) scènes de sexe, comme autant d'étreintes bestiales dont on extirpera difficilement de l'amour. Et si le début du film, quand Adèle est encore lycéenne, reste assez frais et sympathique, La Vie d'Adèle devient peu à peu une coquille vide, d'une remarquable banalité, se perdant totalement dans une dernière partie loupée, peu aidée par une Adèle Exarchopoulos manquant totalement de crédibilité en adulte, ressemblant surtout à une gamine coincée dans les vêtements de sa mère.

Il est assez étonnant de ne lire quasiment que du bien d'un film aussi moyen que La Vie d'Adèle. S'il n'est pas foncièrement désagréable, au moins pendant 2heures, il est d'une banalité et d'une platitude lassante qui en font une oeuvre finalement assez puérile. Et ce n'est certainement pas les scènes de sexe, très crues, qui viendront donner du crédit au film, malgré la qualité de l'interprétation des deux actrices.

Note : 3/10




mercredi 16 octobre 2013

Ilo Ilo


Titre : Ilo Ilo (Bà Mā bù zài jiā)
Réalisateur : Anthony Chen
Acteurs : Yann Yann Yeo, Tianwen Chen, Angeli Bayani
Date de sortie en France : 4 septembre 2013
Genre : drame

Synopsis : 
A Singapour, Jiale, jeune garçon turbulent vit avec ses parents. Les rapports familiaux sont tendus et la mère, dépassée par son fils, décide d’embaucher Teresa, une jeune Philippine. Teresa est vite confrontée à l’indomptable Jiale, et la crise financière asiatique de 1997 commence à sévir dans toute la région…

Avis : 
 Récompensé par la Caméra d'or au dernier festival de Cannes, Ilo Ilo se concentre sur la relation entre Jiale, jeune garçon aussi insupportable à l'école qu'à la maison, et Teresa, jeune Philippine venue travailler à Singapour pour gagner de quoi élever son jeune enfant resté au pays. Une relation d'abord conflictuelle, la jeune femme étant confrontée à la méchanceté et au vice du gamin, qui ne supporte pas de devoir partager sa chambre avec elle : il lui désobéit, lui manque de respect, l'humilie et va jusqu'à la faire accuser de vol.


Une situation qui évoluera progressivement, à mesure que Jiale se découvre une mère de substitution en Térésa, plus présente, plus tendre et meilleure cuisinière que sa propre mère. Il faut dire que ses parents ne sont pas très présents ou attentionnés, touchés de plein fouet par la crise : enceinte d'un second enfant, la mère rédige des lettres de licenciement, menacée elle-même par le fait que le comportement de son fils l'oblige parfois à quitter son lieu de travail ; le père quant à lui, perd rapidement son emploi, mais refuse de l'avouer à sa famille, tentant de survivre de petits boulots et imaginant de multiples solutions désespérées pour remonter la pente.

La jeune Jiale se retrouve ainsi emportée dans une crise familiale qui n'est pas la sienne (un peu à l'image de La Fête du feu de Farhadi), réduite au silence par un statut la rapprochant d'une esclave (ses papiers sont confisqués par la mère, elle ne peut pas manger à la même table que la famille au restaurant...), et constamment sous la menace d'être, elle aussi, renvoyée. Ilo Ilo joue ainsi avec subtilité de ces différentes crises, de ces non-dits, de ces regards, déroulant avec beaucoup de finesse et de pertinence son histoire et l'évolution de chacun de ses personnages.

Il en résulte un très joli film, bien que souvent un peu lent, où la crise économique se fait omniprésente, s'ajoutant à la crise d'un couple incapable d'élever son enfant ou d'avoir une véritable discussion. Une double crise où évoluent Térésa, jeune étrangère esclave moderne, et Jiale, enfant sans repère, dans la fourmilière de Singapour, où la réalisation sobre de Anthony Chen et le talent des 4 acteurs principaux font des merveilles.

Note : 8/10


jeudi 10 octobre 2013

Grand central


Titre : Grand central
Réalisatrice : Rebecca Zlotowski
Acteurs : Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet
Date de sortie en France : 28 août 2013
Genre : romance, drame

Synopsis : 
De petits boulots en petits boulots, Gary est embauché dans une centrale nucléaire. Là, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes, il tombe amoureux de Karole, la femme de Toni. L’amour interdit et les radiations contaminent lentement Gary. Chaque jour devient une menace.

Avis : 
 Très librement inspiré du livre La Centrale d'Elisabeth Filhol, Grand central met donc en scène deux des jeunes acteurs français les plus intéressants du moment, Tahar Rahim (Un prophète, Le Passé) et Léa Seydoux (Les Adieux à la Reine, La Vie d'Adèle), pour une histoire d'amour compliquée dans un cadre très particulier : celui d'une centrale nucléaire, où travaillent le mari de Karole et Gary, qui deviendra rapidement son amant.


Ainsi, à l'histoire assez classique de la jeune femme adultère qui trompe son mari avec un homme plus jeune et plus séduisant répond sans cesse l'environnement, anxiogène par nature, du lieu de travail, où chaque mouvement peut être dramatique, où la confiance entre équipiers doit être maximale, et où la radioactivité s'infiltre constamment, comme un poison contre lequel on ne peut lutter...tout comme la jalousie. Le parallèle est ainsi (trop) évident, laissant craindre à chaque instant une issue fatale, rendant surtout chaque passage au milieu des radiations assez pesant.

Hélas, si les acteurs donnent tout ce qu'ils ont, l'ensemble manque clairement de souffle et s'avère quand même assez répétitif, d'autant que la réalisatrice ne semble pas vouloir aller au bout de ses idées, nous offrant un final vraiment raté, comme une espèce de contre-pied de tout ce qu'on a vu jusque là.  Les personnages secondaires sont souvent rapidement abandonnés alors qu'ils apportaient toute la profondeur du film, de la débrouillardise et l'insouciance peu à peu éteinte des plus jeunes à la lassitude des plus anciens.

On reste donc un peu sur notre faim avec ce Grand central, qui vaut donc surtout pour la prestation de son duo de héros et pour la centrale nucléaire, véritable personnage à part entière plutôt qu'une simple toile de fond, donnant au film quelques passages anxiogènes, mais au service d'une thématique assez scolaire...

Note : 6,5/10


lundi 5 août 2013

Le Passé


Titre : Le Passé
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa
Date de sortie en France : 17 mai 2013
Genre : drame

Synopsis :
Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

Avis : 
Après la consécration internationale d'Une séparation, Asghar Farhadi était attendu au tournant. Il choisit pour l'occasion de venir tourner en France, avec des comédiens français, en langue française, ce qui l'obligera à avoir recours à un interprète pendant le tournage. Alors que le rôle de Marie devait à l'origine revenir à Marion Cotillard, son emploi du temps l'obligea à renoncer, et elle fut remplacée par Bérénice Bejo (The Artist, Populaire), à ma plus grande satisfaction. Le rôle de Samir sera quant à lui interprété par Tahar Rahim, révélé par Un prophète de Jacques Audiard.


S'il transpose son intrigue à Paris, Farhadi n'abandonne pas pour autant ses thèmes de prédilection, avec ses secrets gardés depuis bien trop longtemps et sa cellule familiale en crise. D'emblée, la situation est compliquée : Marie fait revenir Ahmad en France afin d'officialiser leur divorce. Elle a deux filles, dont le père vit maintenant en Belgique, et vit avec Samir, qu'elle souhaite épouser et dont elle attend un enfant. Samir a lui aussi un enfant, qu'il a eu avec son épouse, actuellement dans le coma après une tentative de suicide. Lucie, la fille aînée de Marie, déteste Samir et souhaite à tout prix voir sa mère renoncer à se marier avec lui. Au milieu de tout ça débarque donc Ahmad, dont la présence va rapidement attiser toutes les rancoeurs de ce joli monde.


Le réalisateur iranien va ainsi s'appuyer sur les regards de ses acteurs,jouer sur les silences gênés (notamment cette formidable séquence où Samir et Ahmad attendent longuement, sans un mot ni un regard pour l'autre, le retour de Marie), et amplifier ainsi les malaises, le tout en insistant sur ces lourds secrets, dont les conséquences sont parfois terribles. Le Passé nous propose ainsi un formidable puzzle, où les personnages devront  reconstituer une vérité dont l'importance était, jusqu'à l'arrivée d'Ahmad, toute relative.

Pourtant, malgré tout le talent de Farhadi pour raconter et mettre en images ces sujets, la sauce prend moins que pour ses précédents films. Peut-être, tout simplement, que le fait de situer l'action à Paris retire cette délicieuse sensation de dépaysement, malgré des thèmes universels, que l'on retrouvait en Iran. Ainsi, on est un peu plus sensible aux stéréotypes, de l'ouvrière maghrébine sans papiers, à l'accent à couper au couteau et incapable d'aligner trois mots dans un français correct, à la fille en pleine crise d'adolescence. Les révélations finissent également par en devenir caricaturales, dans une espèce de tourbillon où la subtilité habituelle de Farhadi finit par se perdre un peu.

Le Passé est donc une petite déception, principalement due à la comparaison avec les précédentes oeuvres du réalisateur iranien. Reste néanmoins une oeuvre très forte, intense et prenante, où le formidable trio d'acteurs Bejo-Rahim-Mosaffa évolue à merveille au milieu des non-dits, des secrets de polichinelle et des confrontations (ou des non-confrontations) douloureuses. Et s'il n'atteint pas la qualité de La Fête du feu ou d'Une séparation, le film d'Asghar Farhadi reste néanmoins une des plus belles réussites de cette première moitié d'année.

Note : 7,5/10




jeudi 20 juin 2013

Only God forgives


Titre : Only God forgives
Réalisateur : Nicolas Winding Refn
Acteurs : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm
Date de sortie en France : 22 mai 2013
Genre : thriller

Synopsis : 
À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue.
Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. 


Avis : 
Jusqu'à présent, le cinéma de Nicolas Winding Refn m'a toujours laissé de marbre : Drive n'avait pas été la claque annoncée, j'avais trouvé Valhalla Rising plutôt vain, Bronson sans grand intérêt et sa trilogie Pusher franchement anecdotique. Pourtant, il faut bien l'avouer, la controverse née lors du passage à Cannes de ce Only God forgives, où il fut hué, a attisé ma curiosité, malgré la présence en tête d'affiche d'un acteur qui commence sérieusement à m'agacer, Ryan Gosling (The Place beyond the pines, Gangster squad) et ses éternels rôles d'homme mystérieux, inexpressif et mutique.


Et cette fois, ma curiosité a été amplement récompensée : Only God forgives est une véritable claque, une impressionnante descente aux Enfers filmée de main de maître par Refn et interprétée à la perfection par une Kristin Scott Thomas détestable et un Vithaya Pansringarm impresionnant de charisme. Le réalisateur danois nous plonge dans un Bangkok entre western asiatique et onirisme, alternant réglages de compte d'une violence extrême et visites fantasmagoriques dans ce que la ville fait de plus sombre. 

Il fait ainsi naître un véritable malaise en enfermant ses personnages au milieu de couloirs étroits, entre les montants d'une porte ou d'une fenêtre...Ils y apparaissent ainsi un peu trop présents, presque comme des éléments extérieurs au décor auquel ils semblent ne pas appartenir, dans un cadre qui devient plus haut que large, tel un miroir ou un poster, ou tout simplement une entrée vers une autre réalité. Cette utilisation des décors, aux couleurs chaudes (les bordels baignent dans des lumières rouge, orange et jaune), à l'atmosphère irréelle, n'est d'ailleurs pas sans rappeler Stanley Kubrick, Gaspar Noé ou même David Lynch, et renforce l'aspect profondément anxiogène de OGF. Refn parsème de plus ces murs d'éléments mythologiques et fantastiques, les dragons et autres monstres observant et jugeant ainsi en permanence des personnages totalement étrangers aux notions de Bien ou de Mal.


Des personnages qui semblent eux-mêmes étrangers à notre monde, de la mère gorgonesque, incestueuse et castratrice, humiliant constamment son fils, à ce policier omnipotent et omniscient, véritable Dieu d'une Justice radicale et invincible. Vithaya Pansringarm crève d'ailleurs l'écran dans ce rôle, dévorant littéralement Ryan Gosling dans une interprétation toute en mutisme et en intensité, dégageant malgré un physique classique un étonnant charisme. 

Bref, oublié mon ennui devant ses oeuvres précédentes : Only God forgives me réconcilie immédiatement avec Nicolas Winding Refn, et me donne même envie de me replonger dans sa filmographie. Une oeuvre furieuse et destabilisante, un voyage dans un horrible Labyrinthe qui, s'il cache bien un monstre en son sein, ne nous offre aucune Ariane pour en sortir.

Note : 9,5/10