lundi 4 juillet 2022

The Requin

Titre : The Requin
Réalisateur : Le-Van Kiet
Acteurs : Alicia Silverstone, James Tupper
Date de sortie en France : 17 mai 2022 (VOD)
Genre : drame, thriller

Synopsis :
Un couple en escapade romantique au Vietnam se retrouve bloqué en mer après qu'une énorme tempête tropicale ait balayé leur villa en bord de mer. Le mari étant mutilé et mourant, la femme doit lutter seule contre les éléments, tandis que de grands requins blancs leur tournent autour... 
 
Avis : 
Mesdames, Messieurs, il est parfois de notre devoir, en tant que chroniqueurs de films de genre, de prendre une balle à votre place. De se mettre sur la trajectoire d'un impitoyable navet que vous, aussi perversement friands de films de requins que certains de notre équipe le sommes, risqueriez de regarder par curiosité. Et si je sais bien, pour avoir moi-même expérimenté la situation, qu'un avis lapidaire est parfois ce qui vous donne le plus envie de jeter quand même un oeil, j'aurai au moins fait ma part en vous prévenant : ne regardez pas The Requin, c'est un navet. 
 


C'est l'histoire d'un couple qui prend l'eau (attention, métaphore) : Jaelyn a été terriblement marquée par sa fausse couche, et ne semble guère épaulée par son endive de mari, Kyle. Pour se ressourcer, le couple décide d'aller au Vietnam mais, ne roulant pas sur l'or, s'y rend à la période de la mousson. L'avantage, c'est qu'ils sont les seuls touristes sur place. L'inconvénient, c'est qu'ils sont les seuls touristes du coin, et que personne n'a songé à leur dire que louer une maison sur pilotis en cette saison n'est pas la meilleure idée du monde. Mais bon, ce sont des cons de touristes américains, j'imagine, et le personnel vietnamien est un ramassis d'incompétents et d'irresponsables, j'imagine. Résultat, malgré l'échange lunaire avec un employé mollasson ("vous ne voulez pas être relogé pour la nuit ?", demande-t-il au couple se reposant paisiblement à 10 cm de la mer démontée par la tempête ; "non" lui répond le mari ; "ok"), le couple choisit de rester bien au chaud dans sa bicoque branlante. 

Et ce qui devait arriver arrive : suite à la tempête (métaphore), la maison est emportée par les flots et se retrouve à la dérive (métaphore !). Et comme si ça ne suffisait pas, Kyle s'est blessé à la jambe (et ne peut donc plus prendre son pied... euh... métaphore ?), et le couple va enchaîner les décisions débiles, jusqu'à mettre le feu à la maison à la dérive. Oui, leur dernier abri part en fumée (vous savez déjà ce que je vais dire). Jaelyn et Kyle se retrouvent donc sur une planche au beau milieu de l'eau (ah, si seulement Leonardo Di Caprio était tombé sous le charme de Alicia Silverstone plutôt que sous celui de Kate Winslet...). C'est évidemment le moment que choisit le fameux "the requin" pour s'inviter à la fête, histoire de permettre à Jaelyn de surmonter enfin métaphoriquement ses démons, un peu comme Blake Lively devait le faire (en mangeant un crabe pour digérer le cancer de sa mère, hum) dans Instinct de survie. Il lui aura fallu environ une heure pour se montrer. 
 

 
Jusque-là, on est donc en mode Open Water sous Prozac. Jaelyn gueule, Jaelyn râle, Jaelyn culpabilise, Kyle encaisse mollement en se vidant de son sang. Jaelyn entend les sons extradiégétiques, et s'inquiète donc quand la musique du film se fait menaçante. Jaelyn confond requins et dauphins (mais ils trichent un peu, ces dauphins, avec leurs faux ailerons). Et Jaelyn va finir par se mettre à dos un requin blanc, qui va la poursuivre parce-que-métaphore (ou parce qu'il ne veut plus l'entendre gueuler), entraînant enfin le film dans le nanar qui tâche dans ses ultimes minutes, à grands renforts d'effets numériques grotesques, d'idées idiotes, de jeu outrancier et de stock-shots mal intégrés. En quelques minutes, on se croirait revenus à la grande époque des productions Nu Image (la trilogie Shark Attack, Shark Zone...). Un peu tard pour sauver le film de l'ennui mortel, mais on aura au moins ri franchement sur une séquence. 
 
Comment, enfin, ne pas vous parler de cette petite piscine où le film semble avoir été tourné. Une petite piscine avec des petites vaguelettes, visiblement entourée d'un écran vert cache-misère et d'une petite brume pour dissimuler l'effet. Le procédé est d'autant plus grotesque que le réalisateur ne fait aucun effort pour l'incorporer au reste : des plans où la mer est démontée, le ciel gris, succèdent à ce petit bassin tout calme, donnant un film visuellement affreux. Et ce ne sont pas ces ralentis grotesques qui vont sauver les apparences. Il faut le voir pour le croire... mais je vais vous demander une nouvelle fois de me faire confiance : il ne faut pas voir ce film. 
 
  
The Requin est donc un soporifique navet, d'une abyssale connerie, enchaînant les idées débiles avec l'enthousiasme d'un fonctionnaire un vendredi après-midi, avec des personnages terriblement irritants, le tout enrobé d'un symbolisme de pacotille. C'est lent, c'est con, c'est moche et, pire que tout, ce n'est drôle que quelques secondes, qu'il est tout à fait possible de rater si on s'est endormi avant. Fuyez, pauvres fous ! 







dimanche 19 juin 2022

L'Autoroute de l'Enfer

 
Titre : L'Autoroute de l'Enfer (Highway to Hell)
Réalisateur : Ate de Jong
Acteurs : Patrick Bergin, Chad Lowe, Kristy Swanson
Date de sortie en France : 
Genre : horreur, action
 
Synopsis : 
Décidés à se marier malgré l'opposition de leurs familles, Charlie et Rachel se rendent à Las Vegas. Mais la rencontre avec le sergent Bedlam, sorte de flic zombie, bouleverse leurs plans lorsque celui-ci enlève la jeune fille et disparaît. Charlie découvre que pour retrouver sa fiancée, il doit se rendre en enfer.
 
Avis : 
Tout le monde connaît le mythe d’Orphée, descendu aux Enfers pour sauver sa bien aimée Eurydice. Mais saviez-vous qu’il y était allé en voiture, afin de retrouver l’élue de son coeur à grands renforts de courses-poursuites et de fusillages ? C’est pourtant ce que nous raconte L’Autoroute de l’Enfer, relecture rock’n roll du mythe façon années 90. 
 

On suit donc les aventures d’un jeune homme, dont la fiancée a été enlevée par un flic démoniaque. Un flic charismatique, au look mémorable, dont le visage est couvert d’inscriptions, gravées à même la peau (façon Livres de Sang de Clive Barker), aborant de remarquables lunettes de soleil, utilisant des menottes vivantes et un pistolet bien particulier. Un formidable personnage, qui aurait sans doute pu devenir un boogeyman récurrent si le film n’avait pas été un flop commercial.

Un personnage qui fait en fait office de « boss » récurrent, dans un film qui semble finalement construit comme un jeu vidéo : le scénario mince et linéaire n’est en fait qu’un prétexte pour des séquences d’action ou des rencontres avec des personnages improbables (on croise notamment Hitler, Cléopatre ou Attila – interprété par le jeune Ben Stiller !). Résultat : on s’amuse assez avec le film, généreux malgré un manque flagrant de moyens.

Le clou du spectacle est évidemment dans la course-poursuite finale, terriblement fun. Et c’est d’ailleurs l’adjectif, très 90s, qui me semble le plus adéquat pour cette Autoroute de l’Enfer : un divertissement sans prétention, que l’on regarde avec un sourire entendu, sans spécialement prêter attention aux nombreux défauts.
 
 


samedi 11 juin 2022

Jurassic World : le monde d'après

Titre : Jurassic World : le monde d'après (Jurassic World Dominion)
Réalisateur : Colin Trevorrow
Acteurs : Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Sam Neill
Date de sortie en France : 9 juin 2022
Genre : action, science-fiction
 
Synopsis : 
Quatre ans après la destruction de Isla Nublar. Les dinosaures font désormais partie du quotidien de l’humanité entière. Un équilibre fragile qui va remettre en question la domination de l’espèce humaine maintenant qu’elle doit partager son espace avec les créatures les plus féroces que l’histoire ait jamais connues.
 
Avis : 
Nous y voilà donc, à cet ultime épisode de la trilogie Jurassic World, et sixième volet de la saga Jurassic Park. Un volet qui nous permet d'assister à plusieurs retour : après avoir laissé la main à Juan Antonio Bayona (L'Orphelinat, Quelques minutes après minuit) pour le second volet (Jurassic World : Fallen Kingdom), Colin Trevorrow revient boucler la trilogie qu'il a lui-même initiée. Dans ses cartons, les acteurs et personnages des deux premiers volets, bien sûr, mais aussi les héros du premier film : Sam Neill, Laura Dern et Jeff Goldblum dans les rôles de Alan Grant, Ellie Sattler et Ian Malcolm, dans cette grande mode actuelle du retour aux sources / hommage que l'on voit trop souvent ces dernières années. 
 
 
C'est d'ailleurs l'élément le plus caractéristique de ce "Monde d'après" : il ressemble beaucoup... au monde d'avant. On y retrouve ainsi un nombre impressionnant de plans repris de la trilogie originale (le plan sur Ellie Sattler lorsqu'elle aperçoit le brachiosaure, les héros dissimulés derrière un véhicule retourné...), de clins d'oeil plus ou moins subtils et cohérents (la fausse bombe de rasage, qui prépare le retour d'un des dinosaures du premier film), d'idées (l'affrontement entre deux superprédateurs, repris de Jurassic Park III), piochant jusque dans la série La Colo du Crétacé, et reprenant même pour antagoniste principal l'un des personnages (très) secondaires de Jurassic Park (un personnage qui a bien plus d'importance chez Michael Crichton). Pour résumer, Jurassic World : le monde d'après est presque un film écolo tant il met l'accent sur le recyclage. 
 
Un recyclage d'autant plus évident qu'il n'apporte pas grand chose à ce que développait déjà Jurassic World : Fallen Kingdom. Les animaux préhistoriques sont devenus une menace pour l'écosystème contemporain et pour les humains, mais sont également une source de convoitise pour les braconniers. Exploitées, élevées pour devenir des armes, destinées à mourir dans des combats clandestins et même... consommées, les créatures ressuscitées subissent finalement les mêmes horreurs que nos créatures contemporaines. 
 
 
Rien de bien nouveau donc, mais cette thématique va permettre à Colin Trevorrow de développer une ambiance assez proche d'un... film d'espionnage. On entend presque les notes du thème de Mission : impossible, et la spectaculaire course poursuite dans les rues de La Valette rappelle les derniers James Bond... grands méchants stéréotypés et séquences grandiloquentes à l'appui (le crash d'avion...). Plus que dans un Jurassic Park / World, on semble parfois être devant une étrange fusion entre un 007 et un jeu Pokemon. James Bond vs Team Rocket, je présume ?

Ceci dit, le film va se montrer très généreux en ce qui concerne son argument principal : les animaux préhistoriques. On croise de nombreuses nouvelles espèces, et pas seulement des dinosaures (Atrociraptor, Pyroraptor, Quetzalcoatlus, Dimetrodon, Therizinosaurus, Dreadnoughtus...), on en retrouve de bien connues (Blue le vélociraptor, le T Rex, le Mosasaure, les Compsognathus...), et on découvre une nouvelle menace : le Giganotosaurus, le plus grand prédateur que la Terre ait jamais porté. Malheureusement, le superprédateur sera un peu sous-exploité, se contentant de n'être qu'une pâle copie du Spinosaure de JP3. Les séquences mettant en scène ces créatures sont cependant très nombreuses, quitte à faire du film une simple succession de scènes d'action, ce qui n'est pas forcément un défaut vu la qualité du scénario. 
 
 
On s'étonnera cependant de la qualité de certains effets spéciaux numériques, notamment en début du film : incrustations bâclées, contours flous, écrans bleus très visibles... On a l'impression que les 20 premières minutes du film ont été ajoutées au dernier moment, sans apporter le soin que l'on peut voir sur le reste du film. Etrange. On notera enfin que, pour prolonger le plaisir, on pourra se tourner vers le court-métrage Battle at Big Rock, ou dans le prologue disponible depuis quelques semaines montrant le Tyrannosaure s'inviter au drive-in.
 
Bref, beaucoup de déjà vu et de recyclage pour un Monde d'après qui n'aura jamais autant ressemblé à un patchwork de la saga. Reste un divertissement typiquement hollywoodien, très spectaculaire mais très con et lisse, où l'on ne tremblera jamais pour les héros et pendant lequel on risque de se surprendre à regarder sa montre. J'ai grandi avec la saga Jurassic Park, le film de Steven Spielberg étant le tout premier film que je suis allé voir au cinéma. Avec Jurassic World : le Monde d'après, j'ai désormais l'impression d'appartenir moi-même à la Préhistoire, et d'être trop vieux pour ces conneries...