mercredi 7 août 2013

Les Profs


Titre : Les Profs
Réalisateur : Pierre-François Martin-Laval
Acteurs : Christian Clavier, Isabelle Nanty, Pierre-François Martin-Laval
Date de sortie en France : 17 avril 2013
Genre : comédie

Synopsis : 
Avec ses 12% de réussite au bac, le lycée Jules Ferry est le pire lycée de France. Ayant déjà épuisé toutes les méthodes conventionnelles, l’Inspecteur d’Académie, au désespoir, s’en remet aux conseils de son Adjoint. Ce dernier lui propose de recruter une équipe de professeurs selon une nouvelle formule : aux pires élèves, les pires profs pour soigner le mal par le mal… C’est sa dernière chance de sauver l’établissement, à condition de dépasser le seuil des 50% de réussite au bac. L'inspecteur accepte, pour le meilleur... et pour le pire. 

Avis : 
Les adaptations de bande-dessinées au cinéma riment la plupart du temps avec des films médiocres. Pour une réussite comme Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre ou Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne combien de Lucky Luke, d'Iznogoud ou de Astérix aux jeux olympiques ? Aussi, l'adaptation de la BD Les Profs laissait-elle envisager le pire, malgré la présence de PEF derrière la caméra (à qui l'on doit notamment les très beau Essaye-moi) et en tant qu'acteur, aux côtés de Christian Clavier, Isabelle Nanty ou encore Kev Adams.


Et pourtant, surprise ! Ca fonctionne parfaitement pendant une bonne heure. Suivant le rythme de son modèle papier, le film enchaîne les gags très rapidement, assumant totalement l'aspect délirant de ses personnages et de ses situations improbables, tout en oubliant joyeusement toute notion de scénario. Chaque professeur a ainsi ses moments de gloire, du paresseux Monsieur Cutiro à Monsieur Polochon, professeur d'histoire recalé 18 fois au CAPES et fanatique de Napoléon, dans des sketches très fidèles à l'esprit des bandes-dessinées.

En fait, comme souvent dans ce genre de comédie, ça ne se gâte qu'à partir du moment où il faut bien raconter une histoire. Toutes les séquences consacrées à la quête finale pour obtenir les 50 % de réussite au Bac ralentissent ainsi considérablement le rythme, et sont bien moins drôles que le reste, malgré quelques passages réussis, comme l'arrivée des enseignants renvoyant directement aux 7 mercenaires. On sent d'ailleurs PEF bien plus à l'aise dans les situations folles, non-sensiques, rappelant parfois celles des Robins des bois, que quand le film est plus posé.

Les Profs déploient donc une formidable énergie pendant une bonne partie du film, enchaînant les situations vraiment drôles à une allure effrénée, avant de rentrer dans le rang pour les besoins de son histoire. Un ralentissement qui se fait également ressentir quand on se concentre sur les élèves, bien fades, à l'image de leur meneur interprété par l'insipide Kev Adams. Qu'importe, Les Profs reste une gentille petite comédie, qui n'évite pas toujours la surenchère mais s'avère drôlement distrayante !

Note : 7/10


mardi 6 août 2013

The Lords of Salem


Titre : The Lords of Salem
Réalisateur : Rob Zombie
Acteurs : Sheri-Moon Zombie, Bruce Davison, Jeffrey Daniel Phillips
Date de sortie en France : 
Genre : épouvante, horreur

Synopsis : 
Alors qu'elle passe un vinyle à l'antenne de la radio pour laquelle elle travaille, Heidi réveille un groupe de sorcières tuées au XVIIème siècle à Salem et ayant juré de revenir se venger...

Avis : 
Après le survival (La Maison des 1000 morts, The Devil's rejects) et le slasher (Halloween 1 & 2), Rob Zombie s'attaque cette fois au Diable lui-même. Un thème à la mode, si l'on en croit les nombreux films à base de possession et d'exorcisme qui débarquent régulièrement sur nos écrans depuis quelques années, de Le Dernier Exorcisme aux Paranormal Activity en passant par Le Rite ou Devil Inside. Heureusement, Rob Zombie n'est pas réalisateur à suivre les éternelles recettes qui font de ces films des monuments de banalité, mais va plutôt ancrer son film dans les années 70, tant au niveau de l'esthétique, que du rythme et de l'ambiance.


Parce qu'il se dégage une vraie atmosphère de folie dans ce Lords of Salem, qui s'immisce peu à peu, au rythme d'une musique très marquante annonçant le retour des sorcières, au rythme de scènes frôlant le surréalisme et rappelant même certains délires d'Alejandro Jodorowsky ou de Ken Russell. Et si certains éléments font également penser à Rosemary's baby ou à la trilogie de Dario Argento (Suspiria-Inferno-Mother of tears), le film de Rob Zombie se construit une identité propre, jouant autant sur le son que sur l'image et prenant surtout le temps de raconter son histoire, bien loin de la majorité des films d'horreur et d'épouvante actuels.

Rob Zombie signe donc un film qui qui dénote dans le paysage cinématographique actuel. Ambitieux et original, il signe ici une oeuvre qui semble habitée par le Diable, la folie et l'horreur se mêlant peu à peu vers un final aussi déroutant que séduisant, n'hésitant pas à égratigner la religion ou à tourner en dérision la réputation satanique du Black Metal. Un film où l'on retrouve évidemment son épouse, Sheri Moon, aux premiers plans, mais aussi quelques figures connues parmi les seconds rôles et les figurants (parmi lesquels Ken Foree, Michael Berryman, Sid Haig et Dee Wallace), dont le rythme et le scénario plutôt mince seront les uniques petits bémols.

Note : 8/10


lundi 5 août 2013

Le Passé


Titre : Le Passé
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa
Date de sortie en France : 17 mai 2013
Genre : drame

Synopsis :
Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.

Avis : 
Après la consécration internationale d'Une séparation, Asghar Farhadi était attendu au tournant. Il choisit pour l'occasion de venir tourner en France, avec des comédiens français, en langue française, ce qui l'obligera à avoir recours à un interprète pendant le tournage. Alors que le rôle de Marie devait à l'origine revenir à Marion Cotillard, son emploi du temps l'obligea à renoncer, et elle fut remplacée par Bérénice Bejo (The Artist, Populaire), à ma plus grande satisfaction. Le rôle de Samir sera quant à lui interprété par Tahar Rahim, révélé par Un prophète de Jacques Audiard.


S'il transpose son intrigue à Paris, Farhadi n'abandonne pas pour autant ses thèmes de prédilection, avec ses secrets gardés depuis bien trop longtemps et sa cellule familiale en crise. D'emblée, la situation est compliquée : Marie fait revenir Ahmad en France afin d'officialiser leur divorce. Elle a deux filles, dont le père vit maintenant en Belgique, et vit avec Samir, qu'elle souhaite épouser et dont elle attend un enfant. Samir a lui aussi un enfant, qu'il a eu avec son épouse, actuellement dans le coma après une tentative de suicide. Lucie, la fille aînée de Marie, déteste Samir et souhaite à tout prix voir sa mère renoncer à se marier avec lui. Au milieu de tout ça débarque donc Ahmad, dont la présence va rapidement attiser toutes les rancoeurs de ce joli monde.


Le réalisateur iranien va ainsi s'appuyer sur les regards de ses acteurs,jouer sur les silences gênés (notamment cette formidable séquence où Samir et Ahmad attendent longuement, sans un mot ni un regard pour l'autre, le retour de Marie), et amplifier ainsi les malaises, le tout en insistant sur ces lourds secrets, dont les conséquences sont parfois terribles. Le Passé nous propose ainsi un formidable puzzle, où les personnages devront  reconstituer une vérité dont l'importance était, jusqu'à l'arrivée d'Ahmad, toute relative.

Pourtant, malgré tout le talent de Farhadi pour raconter et mettre en images ces sujets, la sauce prend moins que pour ses précédents films. Peut-être, tout simplement, que le fait de situer l'action à Paris retire cette délicieuse sensation de dépaysement, malgré des thèmes universels, que l'on retrouvait en Iran. Ainsi, on est un peu plus sensible aux stéréotypes, de l'ouvrière maghrébine sans papiers, à l'accent à couper au couteau et incapable d'aligner trois mots dans un français correct, à la fille en pleine crise d'adolescence. Les révélations finissent également par en devenir caricaturales, dans une espèce de tourbillon où la subtilité habituelle de Farhadi finit par se perdre un peu.

Le Passé est donc une petite déception, principalement due à la comparaison avec les précédentes oeuvres du réalisateur iranien. Reste néanmoins une oeuvre très forte, intense et prenante, où le formidable trio d'acteurs Bejo-Rahim-Mosaffa évolue à merveille au milieu des non-dits, des secrets de polichinelle et des confrontations (ou des non-confrontations) douloureuses. Et s'il n'atteint pas la qualité de La Fête du feu ou d'Une séparation, le film d'Asghar Farhadi reste néanmoins une des plus belles réussites de cette première moitié d'année.

Note : 7,5/10