lundi 13 juin 2016

Elle


Titre : Elle
Réalisateur : Paul Verhoeven
Acteurs : Isabelle Huppert, Laurent Laffite, Anne Consigny
Date de sortie en France : 25 mai 2016
Genre : thriller, comédie

Synopsis : 
Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.

Avis : 
Dix ans après Black book, le "hollandais violent", Paul Verhoeven, revient au cinéma avec l'adaptation du roman "Oh..." de Philippe Djian. Un retour un peu surprenant, avec un film français, et des acteurs que l'on n'attendait pas forcément devant sa caméra : Laurent Laffite, Virgine Effira, Vimala Pons... Un retour salué unanimement par la presse et un temps pressenti pour être récompensé à Cannes. On verra assez vite que tout ça n'est vraiment pas un gage de qualité.


Car avec Elle, Verhoeven signe une espèce de thriller comique parodiant un peu tout, de ses propres films au cinéma français en passant par la carrière de Huppert. On se retrouve ainsi avec tous les clichés possibles des films mettant en scène la haute société parisienne : la patronne cougar, objet des fantasmes d'un peu tout le monde et qui se tape le mari de sa meilleure amie ; son ex-mari, écrivain raté, qui se tape des étudiantes ; son fils un peu débile, employé chez Quick à Pigalle, souffre-douleur d'une petite amie qui porte l'enfant d'un de ses collègues ; sa mère hyper-cougar, entièrement refaite, affichant comme un trophée son nouveau boy-toy ; son père en prison pour avoir trucide l'ensemble de son voisinage quand elle était gamine ; sa voisine cul-béni et son mari, trader frustré et obsédé. Tout le monde est là donc, pour quelques passages parfois très drôles (le dîner de Noël) mais aussi vaguement gênants.

Gênant également, le fil rouge du récit, avec les viols subis par Michèle. C'est simple, si ces séquences font naître un certain malaise, on a souvent l'impression que Verhoeven a choisi ce sujet uniquement pour faire du transgressif facile. Le thème du viol, et par extension le comportement de ce personnage finissant par provoquer ses propres viols au fil d'une reconstruction psychologique cousue de fil blanc.

On ne sait donc pas trop quoi penser de ce nouveau Verhoeven. Il a le goût, l'odeur, l'aspect du téléfilm français moyen, bourré de clichés et prétentieux. Si on appréciera l'interprétation des acteurs (Laffite, absolument étonnant) et l'humour de certains passages, difficile d'accrocher à cet ensemble de parodies un peu nombriliste, d'autant qu'il multiplie les mauvaises idées (l'univers du jeu vidéo...) et tourne largement en rond, ne réservant comme surprises que le comportement idiot et difficilement crédible de certains personnages.

Note : 6/10


jeudi 9 juin 2016

The Door


Titre :‭ ‬The Door‭ (‬The Other side of the door‭)
Réalisateur :‭ ‬Johannes Roberts
Acteurs :‭ ‬Sarah Wayne Callies,‭ ‬Jeremy Sisto,‭ ‬Suchitra Pillai-Malik
Date de sortie en France :‭ ‬1er juin‭ ‬2016
Genre :‭ ‬épouvante,‭ ‬drame

Synopsis :‭ 
Une famille américaine mène une paisible existence en Inde jusqu'à ce qu'un accident tragique prenne la vie de leur jeune fils.‭ ‬La mère,‭ ‬inconsolable,‭ ‬apprend qu'un rituel antique peut lui permettre de lui faire un dernier adieu.‭ ‬Elle voyage alors jusqu'à un ancien temple,‭ ‬où se trouve une porte qui sépare le monde des vivants et celui des morts.‭ ‬Mais quand elle désobéit à l'avertissement sacré de ne jamais ouvrir cette porte,‭ ‬elle bouleverse alors l'équilibre entre les deux mondes.‭

Avis :‭ 
Se rendre au cinéma pour voir un film d'épouvante récent est devenu une véritable épreuve.‭ ‬Entre de trop rares bonnes surprises‭ (‬j'ai beaucoup aimé‭ ‬It follows,‭ ‬par exemple‭)‬,‭ ‬il faut quand même se farcir toute une brochette d'oeuvres plus ou moins mauvaises,‭ ‬d'autant plus difficiles à trier que certaines sont mystérieusement accueillies de façon positive‭ (‬je ne comprends toujours pas le succès de‭ ‬Conjuring ou de‭ Mister Babadook‭)‬.‭ ‬Alors quand‭ ‬The Door arrive,‭ ‬avec en tête d'affiche l'une des actrices les plus irritantes de ces dernières années‭ (‬Sarah Wayne Callies,‭ ‬qui a donné des envies de baffes aux fans de‭ ‬Prison Break et de‭ ‬The Walking dead‭) ‬et une réputation désastreuse,‭ ‬c'est à reculons que l'on décide de se déplacer quand même...


Produit par Alexandre Aja,‭ ‬ce qui n'est pas vraiment un gage de qualité,‭ ‬The Door nous propose‭ ‬de suivre une famille américaine installée en Inde,‭ ‬avec la possibilité,‭ ‬comme l'avait fait le remake de‭ ‬The Grudge il y a quelques années,‭ ‬d'évoquer les thèmes du dépaysement,‭ ‬du choc des cultures,‭ ‬de la confrontation entre le rationnel occidental et les superstitions locales.‭ ‬Hélas,‭ ‬si nous aurons droit à quelques éléments issus du folklore indien‭ (‬les Aghoris,‭ ‬l'idée de réincarnation...‭)‬,‭ ‬le film choisit d'ignorer tout cela,‭ ‬se contentant d'aligner paresseusement les idées empruntées ailleurs.

On retrouve ainsi un peu de cinéma d'épouvante américain‭ (‬de‭ ‬Simetierre à‭ ‬L'Exorciste‭)‬,‭ ‬un peu d'européen ou de japonais‭ (‬le fantastique naissant avec le drame familial rappelle‭ ‬L'Orphelinat ou‭ Dark Water,‭ ‬et le démon lorgne clairement du côté de Sadako et de Kayako‭)‬,‭ ‬pour un résultat sans imagination ni identité.‭ ‬The Door aligne les clichés,‭ ‬multiplie les jump-scares...‭ ‬et enfonce toutes les portes ouvertes.‭ ‬Oui,‭ ‬le fantôme jouera à cache-cache,‭ ‬fera bouger quelques objets,‭ ‬s'essaiera à la musique,‭ ‬tandis que le démon se contentera de faire peur à l'héroïne,‭ ‬le tout sous l'oeil méfiant de la domestique,‭ ‬qui après avoir expliqué à Sarah Wayne Callies comment communiquer avec son fils décédé,‭ ‬lui reprochera d'avoir ouvert la porte :‭ ‬mais tu t'attendais à quoi,‭ ‬connasse ‭? ‬Tu pensais que ta gentille patronne occidentale suicidaire,‭ ‬qui n'en a rien à foutre de tes croyances,‭ ‬obéirait bien gentiment à une instruction formulée du bout des lèvres et résisterait à l'envie d'ouvrir la porte au fils dont elle se sent responsable du décès ‭? ‬Alors que tu ne l'as absolument pas prévenu des conséquences ‭? ‬Alors que la porte en question est l'unique issue du temple ‭?


Trop banal et stéréotypé pour faire peur, le film se plante également sur l'aspect dramatique : à aucun moment on ne ressent de la peine pour cette mère qui a perdu son fils et se sent coupable de l'avoir abandonné. Là encore, on nage en plein déjà vu et au milieu des clichés, un peu comme dans Babadook. Il faut dire aussi que le choix de Sarah Wayne Callies dans le rôle est une monumentale erreur, le spectateur ne pouvant à aucun moment s'identifier à l'actrice qu'il a si souvent détestée par le passé, quand bien même son interprétation n'est pas totalement honteuse.

Je ne pourrai donc que vous conseiller d'éviter ce film, nouvelle entrée sans saveur dans la longue liste des films d'épouvante contemporain aussi vite oubliés que vus. Dommage, car il y avait sans doute de belles possibilités avec l'aspect dramatique couplé à l'aspect fantastique, ou avec le folklore indien...

Note : 2/10


mercredi 8 juin 2016

Eddie the Eagle


Titre : Eddie the Eagle
Réalisateur : Dexter Fletcher
Acteurs :‭ ‬Taron Edgerton,‭ ‬Hugh Jackman,‭ ‬Christopher Walken
Date de sortie en France :‭ ‬4‭ ‬mai‭ ‬2016
Genre :‭ ‬biopic,‭ ‬drame

Synopsis :‭ 
Eddie Edwards n’a jamais rien eu d’un athlète,‭ ‬bien au contraire.‭ ‬Pourtant,‭ ‬depuis qu’il est petit,‭ ‬il n’a qu’un seul rêve‭ ‬:‭ ‬participer aux Jeux Olympiques.‭ ‬Au fil des années,‭ ‬ni son piètre niveau sportif,‭ ‬ni le manque de soutien,‭ ‬ni les moqueries n’ont entamé sa volonté.‭ ‬Et c’est ainsi qu’en‭ ‬1988,‭ ‬celui qui n’a jamais lâché a réussi à se retrouver,‭ ‬on ne sait trop comment,‭ ‬aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary.‭ ‬Avec l’aide d’un entraîneur aussi atypique que lui,‭ ‬ce sauteur à ski pas comme les autres va secouer le monde du sport et conquérir le cœur du public en accomplissant une performance olympique aussi improbable qu’historique...‭

Avis :‭ 
Au rayon des perdants magnifiques,‭ ‬Eddie‭ '‬The Eagle‭' ‬Edwards mérite certainement la médaille d'or.‭ ‬Premier britannique à participer à l'épreuve de saut à skis aux Jeux Olympiques d'hiver,‭ ‬le sportif sera moins célèbre pour ses performances‭ (‬bon dernier aux deux épreuves de saut aux J.O de Calgary‭) ‬que pour son personnalité et sa persévérance face à l'adversité.‭ ‬Une personnalité qui méritait bien un film.


On pense évidemment à‭ ‬Rasta Rocket‭ (‬mais aussi au récent‭ ‬Good luck Algeria‭) ‬avec ce personnage d'abord moqué,‭ ‬puis célébré,‭ ‬symbole parfait de la maxime de Pierre de Coubertin.‭ ‬Forcément romancé,‭ ‬le film retrace l'histoire de ce sportif hors du commun avec une bonne humeur communicative,‭ ‬en revisitant le conflit avec ses parents‭ (‬qui souhaitent le voir effectuer une carrière plus classique‭)‬,‭ ‬l'hostilité de certains sportifs et du comité olympique britannique,‭ ‬mais aussi ses difficultés à maîtriser un sport aussi dangereux.

Cela donne quelques séquences convenues‭ (‬les premiers échecs,‭ ‬les humiliations,‭ ‬les succès‭) ‬mais efficaces,‭ ‬qui donnent de vrais frissons.‭ Le dernier saut est ainsi un modèle de dramaturgie,‭ ‬jouant avec les limites de la caricatures pour nous offrir,‭ ‬le temps d'un interminable ralenti,‭ ‬du suspense,‭ ‬de l'émotion,‭ ‬du rire et une certaine euphorie.‭

Profitant pleinement de la formidable histoire vraie dont il s'inspire,‭ ‬Eddie the Eagle est un vrai‭ ‬feel-good movie,‭ ‬qui dépasse la sensation de déjà-vue et sa relative banalité et parvient à nous émouvoir,‭ ‬grâce notamment à l'étonnant Taron Egerton‭ (‬Kingsman,‭ ‬Legend‭)‬,‭ ‬parfaitement épaulé par un Hugh Jackman‭ (‬Real Steel,‭ ‬Le Combat de l'Immortel) ‬qui surprend toujours là où on ne l'attendait pas forcément.

Note :‭ ‬7,5/10