jeudi 6 mars 2014

La Belle et la Bête (Jean Cocteau)


Titre : La Belle et la Bête
Réalisateur : Jean Cocteau
Acteurs : Jean Marais, Josette Day, Marcel André
Date de sortie en France : 29 octobre 1946
Genre : fantastique, conte, drame

Synopsis : 
Pour l'offrir à sa fille, le père de la Belle cueille, sans le savoir, une rose appartenant au jardin de la Bête, qui s'en offense. Afin de sauver son père, la Belle accepte de partir vivre au château de la Bête.

Avis : 
A l'occasion de la sortie de La Belle et la Bête de Christophe Gans, revenons sur les deux célèbres adaptations du conte de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve qui ont précédé cette nouvelle lecture : avant de parler du classique Disney, intéressons-nous ici au film de Jean Cocteau, oeuvre majeure du cinéma fantastique français. 


S'il a remarquablement bravé l'épreuve du temps au niveau de ses décors (le château est splendide, la forêt a une atmosphère très particulière), il faut hélas avouer qu'il ne reste pas grand chose à sauver de cette version, dont la poésie infantile se heurte à un scénario, une réalisation et une interprétation très limités. Outre la morale franchement discutable (la Belle ne commence à aimer la Bête qu'après avoir reçu un magnifique collier de perles, et tout le monde ne semble finalement attiré que par la beauté ou la richesse), l'aspect théâtral tire l'ensemble vers le bas, avec cette sensation permanente de regarder une pièce plus qu'un film.

Cela se ressent ainsi dans la réalisation statique, la musique envahissante, le jeu outré des acteurs et dans les dialogues pompeux et très écrits, donnant au film un aspect irréel sans que l'on puisse prétendre que cela renforce l'aspect merveilleux du conte. Même en excusant le maquillage de la Bête, sans doute impressionnant à l'époque, il est difficile de ne pas la voir comme une espèce de chien pleurnichard, dont le costume emprisonne Jean Marais (par ailleurs bien meilleur dans le rôle d'Avenant, qui est le seul personnage intéressant du film) dans un surjeu permanent, tout en yeux écarquillés et en bondissements grotesques.

De nombreux défauts qu'il sera compliqué de pardonner, même malgré l'âge du film, de nombreuses oeuvres des années 20 et 30 étant bien plus modernes à tous les niveaux. La Belle et la Bête de Jean Cocteau est un classique pompeux et maniéré à ne pas redécouvrir, si ce n'est pour son esthétique...

Note : 3/10


mercredi 5 mars 2014

Nymphomaniac - volume I


Titre : Nymphomaniac - volume I
Réalisateur : Lars von Trier
Acteurs : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård, Stacy Martin
Date de sortie en France : 1er janvier 2014
Genre : drame, érotique

Synopsis : 
 La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Avis : 
 C'est un film qui a beaucoup fait parler de lui bien avant sa sortie, autant pour sa campagne de publicité, avec ces affiches nous montrant le visage des acteurs en plein orgasme, que pour la durée phénoménale du premier montage du film : on parle d'une oeuvre d'environ 5h30, que Lars von Trier refuse de couper. C'est finalement le producteur qui sera chargé de remonter le film, l'amputant d'1h30 et l'exploitant au cinéma en deux parties de deux heures chacune, avec un texte nous informant au début du film que le montage, s'il a été accepté par le réalisateur danois, n'est pas son montage. 


Pour cette première partie, nous suivrons l'enfance et l'adolescence de Joe (Charlotte Gainsbourg, pour sa troisième collaboration avec von Trier après Antichrist et Melancholia), racontée par elle-même à Seligman (Stellan Skarsgard, pour la cinquième fois). De sa découverte de la sexualité aux jeux sexuels avec de nombreux partenaires, le témoignage est émaillé des commentaires du vieil homme dans des comparaisons souvent cocasses avec la pêche à la mouche ou le cantus firmus de Bach.

Aussi, étonnamment, ce sont ces passages à l'humour très particulier qui marquent et convainquent le plus. On retiendra ainsi l'extraordinaire séquence où Uma Thurman débarque avec ses enfants chez Joe pour y retrouver son mari. Un décalage bienvenu dans un film dramatique autrement assez poussif, et finalement assez banal malgré l'évidente volonté de choquer de Lars von Trier et l'excellence de l'interprétation. On finit ainsi par s'ennuyer, la démonstration étant assez classique, et les scènes de sexe ne ressemblant finalement qu'à du remplissage.

En attendant la seconde partie, qui semble bien plus crue et s'attarder sur les expériences extrêmes de la Joe adulte, cette première partie peine donc à réellement convaincre. On y retrouve ainsi les tics de Lars von Trier (l'introduction, où Führe mich de Rammstein explose soudain après quelques minutes de silence et de contemplation, nous résume presque sa carrière), au service d'un film dont les rares moments forts (le chapitre Delirium, en noir et blanc, est magnifique) sont un peu noyés dans deux heures souvent creuses...

Note : 6/10


lundi 3 mars 2014

12 years a slave


Titre : 12 years a slave
Réalisateur : Steve McQueen
Acteurs : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong'o
Date de sortie en France : 22 janvier 2014
Genre : drame, biopic

Synopsis : 
Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité.

Avis : 
12 years a slave est l'adaptation, à partir de ses propres mémoires, de l'histoire étonnante de Solomon Northup, afro-américain libre enlevé puis vendu comme esclave, et exploité par plusieurs propriétaires pendant 12 ans, avant d'être délivré en 1853. Un thème fort donc, celui de l'esclavage, qui n'a pas toujours donné d'heureux résultats (on pense notamment à Amistad de Steven Spielberg) mais qui, entre les mains de Steve McQueen (Hunger, Shame) va donner un film d'une infinie puissance.


Porté par l'interprétation formidable de Chiwetel Ejiofor (2012, American gangster), le film nous plonge donc dans l'horreur des champs de coton, où les esclaves dépendent entièrement du bon vouloir de leurs maîtres : si certains ne semblent pas si mauvais, même s'ils les considèrent comme une banale marchandise, d'autres se révèlent particulièrement cruels et sadiques, n'hésitant pas à les battre quotidiennement ou à violer les femmes.

On assiste ainsi à des passages terribles, comme ces coups de fouet ou cette interminable scène de pendaison, dont l'impact est d'autant plus grand que McQueen choisit de les montrer de façon crue, sans artifice, sans chercher à nous tirer des larmes, sans chercher à appuyer sur certains passages dont l'aspect presque anecdotique vaut toutes les mises en scènes grandiloquentes du monde. Car là où l'on aurait pu se retrouver devant un horrible mélodrame, on est scotché par un film d'une intensité dramatique exceptionnelle, dont l'efficacité est totale et dont les injustices permanentes nous scandalisent et nous font réfléchir.

Finalement, le seul reproche que l'on pourrait faire au film serait de ne jamais donner l'impression que so histoire se déroule sur 12 ans. Un léger défaut, qui enlève sans doute un peu à l'horreur du destin de Solomon Northup et à l'impact des derniers instants. Cela n'empêche pas 12 years a slave d'être un véritable coup de poing, porté en outre par des acteurs époustouflants (outre Ejiofor, Michael Fassbender et Lupita Nyong'o sont excellents).

Note : 9/10