mardi 11 février 2014

Du sang et des larmes


Titre : Du sang et des larmes (Lone survivor)
Réalisateur : Peter Berg
Acteurs : Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch...
Date de sortie en France : 1er janvier 2014
Genre : guerre

Synopsis : 
Le 28 juin 2005, un commando de quatre Navy Seals prend part à l’opération "Red Wing", qui a pour but de localiser et éliminer le leader taliban Ahmad Shah. Mais rapidement repérés et encerclés, les quatre soldats vont se retrouver pris au piège.

Avis : 
  Engagez-vous, rengagez-vous qu'y disaient ! Si on avait encore un doute, Du sang et des larmes vient le dissiper : l'armée Américaine recrute. Si vous voulez être dans le camp des gentils, des courageux, des sauveurs de la veuve et de l'orphelin et si vous souhaitez aller apporter la liberté dans des contrées sauvages à grands coups d'opérations militaires, n'hésitez plus ! Le nouveau film de Peter Berg (Very bad things, Hancock) nous rappelle que le film de guerre américain est souvent synonyme de bonne grosse propagande éhontée.


Tenez, les deux premières scènes : on nous montre d'abord les Navy Seals à l'entraînement, bravant les difficultés et les humiliations grâce à leur courage et leur entraide ; puis on nous montre un groupe de Talibans exécutant un des leurs en le décapitant à la machette. Le décor est planté, et le fond ne variera pas d'un iota pour cette publicité de deux heures pour la Navy. Heureusement, à l'image de La Chute du Faucon Noir, le film va se montrer assez rythmé et intense pour que l'on puisse passer un bon moment.

Car l'aspect "David contre Goliath" fonctionne toujours, avec ces quatres soldats américains confrontés à des dizaines d'ennemis mieux armés et connaissant mieux le terrain. Très intense, très violent, le film ne nous épargne pas les blessures, très spectaculaires, des héros du film (en revanche, les ennemis meurent généralement dans une totale banalité). Impacts de balles, chutes vertigineuses, les soldats en voient de toutes les couleurs, mais parviendront néanmoins à faire preuve d'un étonnant héroïsme le moment venu.

Du sang et des larmes est donc le film de guerre américain classique, dont la morale nauséabonde est sans doute le moins bel hommage que l'on pourrait faire des soldats dont le sacrifice a inspiré le scénario. Violent, intense et nauséabond, ce qui remplit finalement exactement les attentes que l'on aurait pu avoir...

Note : 4,5/10


Cartel


Titre : Cartel (The Counselor)
Réalisateur : Ridley Scott
Acteurs : Michael Fassbender, Javier Bardem, Cameron Diaz...
Date de sortie en France : 13 novembre 2013
Genre : thriller

Synopsis : 
La descente aux enfers d’un avocat pénal, attiré par l’excitation, le danger et l’argent facile du trafic de drogues à la frontière américano-mexicaine. Il découvre qu’une décision trop vite prise peut le faire plonger dans une spirale infernale, aux conséquences fatales.

Avis : 
 Scénarisé par Cormac McCarthy, auteur notamment des romans No country for old men et La Route, et réalisé par Ridley Scott, Cartel nous plonge dans le monde du trafic de drogue à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Nous allons ainsi suivre Michael Fassbender, pour sa deuxième collaboration avec Scott après Prometheus, rapidement confronté à la cruelle réalité d'un cartel tout-puissant ne pardonnant aucune erreur, même hypothétique.


Avec un tel sujet et un tel casting - aux côtés de Fassbender, on retrouve quand même Javier Bardem (No country for old men, Skyfall), Penelope Cruz (Ouvre les yeux, Vicky Christina Barcelona), Brad Pitt (Fight Club, World war Z) ou encore Cameron Diaz -on ne pouvait qu'avoir de fortes attentes. Pourtant, très rapidement, on va s'apercevoir que nous sommes devant un thriller bavard, aux enjeux flous et sans aucun souffle. En fait, en dehors de la noirceur due au scénario de McCarthy, qui insiste sur le contraste entre l'innocence du personnage de Cruz et l'horreur des événements qui vont marquer son fiancé, il n'y a pas grand chose à sauver.

On attend ainsi pendant 1h30 que le film démarre, en n'ayant finalement que les anecdotes sexuelles de Javier Bardem à se mettre sous la dent. Et même à ce moment là, Cartel ne décolle pas, se contentant de dérouler paresseusement son histoire, se contentant d'aligner les dialogues sans grand intérêt et nous menant sans jamais changer de rythme jusqu'à un final plutôt réussi, mais qui arrive bien trop tard. Il faut plus de deux heures avant de trouver un passage prenant.

Bref, Cartel est une vraie déception, un thriller mou et sans enjeu nous tirant trop rarement d'un véritable ennui malgré une histoire qui avait un véritable potentiel et un casting impressionnant. On se demande néanmoins si les acteurs étaient conscients des limites de leurs dialogues et de leurs personnages, tant ceux-ci sonnent creux et donnent uniquement l'impression de réciter leurs répliques sans y croire. On se demande également si on doit encore attendre mieux de la part de Ridley Scott, dont les belles années semblent décidément bien loin...

Note : 2,5/10


dimanche 9 février 2014

Le Vent se lève


Titre : Le Vent se lève (Kaze Tachinu)
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Acteurs : Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima
Date de sortie en France : 22 janvier 2014
Genre : animation, drame

Synopsis : 
Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.

Avis : 
 Si Hayao Miyazaki a déjà annoncé plusieurs fois sa retraite à la sortie d'oeuvres précédentes, cette fois, il semble bien que l'on doive accepter l'idée que Le Vent se lève sera sa dernière réalisation. Pour l'occasion, il s'inspire de la vie de Jiro Horikoshi, le concepteur des Zero japonais qui seront utilisés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Nous suivrons donc pendant deux heures les grandes étapes de la vie de l'ingénieur, dans un film plus réaliste que ce à quoi nous a habitués le réalisateur.


En fait, Miyazaki va ici largement délaisser l'innocence qui caractérisait la plupart de ses oeuvres pour nous livrer un drame mature, avec en toile de fond l'évolution du Japon pendant la première moitié du vingtième siècle : nous assisterons donc au tremblement de terre de Kanto en 1923, à la Grande Dépression, et l'escalade progressive vers la Seconde Guerre Mondiale. Un sérieux qui n'est pas sans rappeler Le Tombeau des lucioles d'Isao Takahata, et au milieu duquel évoluera donc Jiro, un doux rêveur, génial et visionnaire, dont le parcours pourra rappeler celui de Miyazaki lui-même. 

Ainsi, en dehors de (trop rares) séquences de rêves, Le Vent se lève s'adresse plutôt à un public adulte, plus apte à lire entre les lignes, à reconnaître les signes annonciateurs et les conséquences des drames nationaux, mais aussi plus à-même d'apprécier cette magnifique histoire d'amour, aussi terrible que belle, qui permet à Miyazaki de traiter un sujet difficile avec énormément de poésie, de laisser libre-court à la magie pendant quelques superbes scènes.

Ce dernier film du maître de l'animation japonaise est donc la conclusion parfaite à sa carrière. Avec un film pourtant différent de ce qu'il nous a habituellement proposé, Miyazaki semble en effet livrer un dernier regard en arrière, autant sur une partie sombre de l'histoire de son pays que sur un personnage qui lui ressemble. Et si on gagne en réalisme ce que l'on perd en poésie, si le réalisateur étire parfois à l'excès le rythme de son ultime oeuvre, c'est sur une nouvelle réussite qu'il nous quitte. Le Vent se lève, il faut tenter de vivre...

Note : 9/10