lundi 26 août 2013

Dracula (Dario Argento)


Titre : Dracula (Dracula 3D)
Réalisateur : Dario Argento
Acteurs : Rutger Hauer, Asia Argento, Thomas Kretschmann
Date de sortie en France : 
Genre : épouvante, horreur

Synopsis : 
Transylvanie, 1893. Jonathan Harker, jeune bibliothécaire, arrive dans le village de Passo Borgo afin de travailler pour le Comte Dracula, un noble du lieu. Confronté à la personnalité mystérieuse de son hôte, Jonathan ne tarde pas à découvrir la vraie nature du Comte et le danger qu’il représente, notamment pour sa femme, Mina. Alors que les morts violentes s’accumulent, seul Abraham Van Helsing, qui a déjà croisé la route de Dracula, semble à même de pouvoir l’empêcher de poursuivre son sinistre dessein. 

Avis : 
Alors qu'on le pense au fond du trou depuis des années, l'ancien maître de l'horreur Dario Argento nous prouvait qu'il pouvait encore creuser et repousser les limites de la nullité : Card player, Mother of tears, Giallo, autant de navets consternants qui laissaient imaginer la mort artistique définitive du réalisateur italien. Pourtant, il revient une nouvelle fois en 2013 pour une énième adaptation du Dracula de Bram Stoker.


Il n'y avait guère de suspense : ce Dracula est une nouvelle oeuvre navrante, une nouvelle pierre à l'édifice de la médiocrité de l'auteur des Frissons de l'angoisse. Pourtant, on y discerne cette fois une espèce de générosité presque naïve, un retour à une esthétique un peu plus soignée, qui font de ce film de vampires un métrage moins nullissime que prévu. 

En grattant bien, en passant outre l'interprétation grotesque de l'ensemble du casting (on a l'habitude pour Asia Argento, mais voir Rutger Hauer jouer aussi mal est presque douloureux), les erreurs de montage ou ces passages hallucinants (la mante géante !), on trouve même quelques qualités à ce film d'Argento, ce qui n'était pas arrivé depuis presque 10 ans !

On appréciera ainsi le rythme plutôt soutenu du film, les décors plutôt réussis, et une relative fidélité au roman de Bram Stoker. Van Helsing est ainsi bien loin du clown qu'il était devenu dans le Bram Stoker's Dracula de Coppola, même si la facilité avec laquelle il vainc ses ennemis est souvent risible. Quelques qualités qui, en plus de l'amusement provoqué par de nombreux passages grotesques, font passer un moment presque agréable devant ce Dario Argento's Dracula.

Note : 3/10


dimanche 25 août 2013

Paradis : amour


Titre : Paradis : amour (Paradis : Liebe)
Réalisateur : Ulrich Seidl
Acteurs : Margarete Tiesel, Peter Kazungu, Inge Maux
Date de sortie en France : 9 janvier 2013
Genre : drame

Synopsis : 
Sur les plages du Kenya, on les appelle les « sugar mamas », ces Européennes grâce auxquelles, contre un peu d‘amour, les jeunes Africains assurent leur subsistance. Teresa, une Autrichienne quinquagénaire et mère d’une fille pubère, passe ses vacances dans ce paradis exotique. Elle recherche l’amour mais, passant d’un « beachboy » à l’autre et allant ainsi de déception en déception, elle doit bientôt se rendre à l’évidence : sur les plages du Kenya, l’amour est un produit qui se vend. 

Avis : 
 Premier volet de la trilogie Paradis, avant les chapitres Foi et Espoir, Amour est un film qui pourra difficilement laisser indifférent. Car au travers d'un thème déjà malsain, celui du tourisme sexuel, Ulrich Seidl va livrer un métrage d'une crudité et d'une cruauté assez déstabilisantes, repoussant même à plusieurs reprises les limites d'un mauvais goût parfaitement assumé.


Avec cette chronique autour de sa quinquagénaire venue combler son manque d'amour dans les bras de jeunes Kényans, Seidl semble dénoncer autant le comportement de ces "sugar mamas" dont l'attitude, entre esclavagisme et racisme, est souvent répugnante, que celui de ces "beachboy" qui ont parfaitement saisi la possibilité d'exploiter ces femmes fragiles et facilement manipulables. Mais il faut bien l'avouer : on a surtout l'impression qu'il cherche uniquement à créer le malaise chez le spectateur.

Tout y est cru, tout y est glauque, dans cette Afrique bien éloignée des cartes postales. La façon de filmer du réalisateur autrichien, proche du documentaire, donne un rendu étouffant, une ambiance particulièrement troublante, jusqu'à se demander quelle a été sa volonté. Car à un moment, le film dérape complètement, quand on exhibe et humilie un jeune Kényan entouré par quatre quinquagénaires allemandes bien décidées à le ramener à un statut d'animal. De dérangeant, le film devient soudain nauséabond, et si l'on devine bien là l'intention du réalisateur, il devient compliqué de trouver une légitimité à ce passage d'une violence inouïe.

Paradis : amour est ainsi un film plutôt vénéneux (notamment lorsque l'on sait que les africains sont interprétés par de véritables beachboys...), tentant de développer un postulat de base plutôt intéressant par le seul biais d'un voyeurisme qui devient peu à peu sordide, empêchant finalement toute réflexion. On retiendra néanmoins Margarete Tiesel, parfaite en quinquagénaire un peu perdue au milieu de tout ça et rapidement dépassée par sa propre naïveté. Paradis : amour frappe fort, mais sans doute pas au bon endroit...

Note : 3/10



samedi 24 août 2013

L'Eté du démon


Titre : L'Eté du démon (Kichiku)
Réalisateur : Yoshitaro Nomura
Acteurs : Ken Ogata, Shima Iwashita, Mayumi Ogawa
Date de sortie : 1978
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Depuis quelques années, un imprimeur entretient une maîtresse avec laquelle il a eu trois enfants. Mais ses affaires tournent mal, il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille adultérine. Excédée, la femme fait un jour irruption chez son amant irresponsable : elle lui jette sa progéniture au nez avant de s'évanouir dans la nature. La situation n'est pas du goût de l'épouse légitime. Ivre de jalousie et de haine, elle réussit à convaincre son mari de commettre l'impensable : faire disparaître les enfants pour de bon.

Avis : 
 Prolifique réalisateur japonais (on lui doit 89 longs métrages), Yoshitaro Nomura avait connu un énorme succès en 1974 avec Le Vase de sable, adaptation d'un roman de Seicho Matsumoto. Quelques années plus tard, il s'inspire à nouveau de l'auteur pour réaliser L'Eté du démon, terrible drame plongé dans un cadre social étouffant. 


Dans la chaleur étouffante d'un été caniculaire, Sokichi est enfermé dans son imprimerie au bord de la faillite avec son épouse, qui travaille avec lui, et leur unique employé. La situation devient encore plus difficile lorsque son amante abandonne chez lui ses trois enfants illégitimes, entraînant la furie de son épouse. Impossible d'élever ces gamins, et impossible de retrouver la mère : l'unique solution s'offrant à Sokichi, poussé par sa femme, est de se débarrasser d'eux...

Porté par un Ken Ogata formidable dans le rôle du mari faible et dominé, hésitant entre l'amour inné qu'il porte à ses enfants et l'impossibilité matérielle de les garder chez lui, L'Eté du démon se révèle particulièrement glaçant. Nomura choisit de se concentrer sur le père plutôt que les enfants, offrant avec Sokichi un personnage complexe et crédible, dépassé par sa propre lâcheté, nous offrant ainsi quelques scènes déchirantes. Il n'oublie cependant pas de s'attarder sur les enfants, dont le jeune garçon, au regard remarquable d'intensité, coincé entre son innocence enfantine et la confiance qu'il porte naturellement en son père, et la conscience instinctive de ce qui se passe dans cette maison où ils ne sont pas les bienvenus.

Avec pour seul véritable bémol une fin qui aurait gagné à être écourtée de quelques minutes, L'Eté du démon est donc un drame très réussi, où la réalisation classique de Nomura offre l'écrin idéal à la performance de Ken Ogata pour un film souvent glaçant, dont on ressort assez secoué.

Note : 9/10