mercredi 4 septembre 2013

Grigris


Titre : Grigris
Réalisateur : Mahamat Saleh Haroun
Acteurs : Souleymane Démé, Anaïs Monory, Cyril Gueï
Date de sortie en France : 10 juillet 2013
Genre : drame

Synopsis : 
Alors que sa jambe paralysée devrait l'exclure de tout, Grigris, 25 ans, se rêve en danseur. Un défi. Mais son rêve se brise lorsque son oncle tombe gravement malade. Pour le sauver, il décide de travailler pour des trafiquants d'essence… 

Avis : 
Grigris est un étrange personnage : malgré une jambe handicapée, il gagne sa vie en dansant dans un club de N'Djamena. Ses démonstrations sont l'occasion d'un spectacle fascinant, aussi beau que déstabilisant, la sensualité du jeune étant sans cesse contrebalancée par les mouvements particuliers de sa jambe. En dehors de ce travail, il aide son oncle dans sa boutique de tailleur-photographe, où il rencontrera Mimi, très belle jeune femme qui souhaite devenir mannequin.


Sur le fond, l'histoire de Grigris est assez classique : le jeune homme gentil et naïf contraint de contourner la loi pour gagner de l'argent, l'histoire d'amour naissante avec une jeune femme aussi marginale que lui, la confrontation avec la violence du milieu des trafiquants. On pourrait citer de nombreux films noirs et de mafia hollywoodiens évoquant les mêmes thèmes. Pourtant, avec son environnement particulier, nous plongeant au coeur du Tchad, et sa volonté de ne pas céder aux poncifs du genre, Grigris va subtilement s'en démarquer et nous proposer un autre cinéma.

Mahamat Saleh Haroun ne nous permet ainsi jamais de vraiment nous attacher au personnage principal. S'il est assez naïf et plein de bonne volonté, il n'oublie pas de mentir et de voler afin de parvenir à ses fins, et est très souvent présenté comme irresponsable, capable d'attirer le malheur sur son entourage. Même son physique si particulier, constamment mis en évidence, nous fait osciller entre une certaine pitié et une certaine gène. Finalement, c'est lors du dernier acte, quand le couple revient à une vie simple, qu'ils deviennent enfin complètement humains et intégrés, leurs différences semblant miraculeusement disparaître. 

Il faudra certes supporter un rythme assez lent, malgré quelques passages intenses, et quelques acteurs peu inspirés, mais ce Grigris reste un très joli film, qui oscille, à l'image de son héros, entre le beau et le bancal, le généreux et le maladroit. Un héros magnifique et pathétique à la fois, qui permet au film de dépasser son synopsis classique.

Note : 7,5/10


 

lundi 2 septembre 2013

Marius


Titre : Marius
Réalisateur : Daniel Auteuil
Acteurs : Raphaël Personnaz, Victoire Belezy, Daniel Auteuil
Date de sortie en France : 10 juillet 2013
Genre : drame, romance

Synopsis : 
Dans le Vieux-Port de Marseille, César tient le bar de la Marine, avec son fils Marius. Cependant, le jeune homme rêve d'embarquer sur l'un des bateaux, qui passent devant le bar, pour partir vers des pays lointains. Fanny, une jeune et jolie marchande de coquillages, est secrètement amoureuse de Marius depuis des années. Ce dernier est lui épris de la jeune femme, mais n'a jamais su lui avouer.

Avis : 
Je n'ai jamais lu l'oeuvre de Pagnol, ni vu une quelconque de ses adaptations. C'est donc avec ce premier volet de la trilogie marseillaise réalisée par Daniel Auteuil (Fanny est sorti le même jour que Marius, et César devrait sortir en 2014) que je découvre l'histoire. Une histoire par ailleurs assez classique d'amours contrariées entre deux jeunes adultes que tout doit réunir, mais que la vie sépare.


Le principal attrait du film est évidemment cette ambiance marseillaise, avec ces personnages aussi hauts en couleur que leur façon de s'exprimer. Il faut beau, il faut chaud, tout le monde est bien gentil, et on se laisse prendre par cette ambiance mélodramatique avec un réel plaisir, d'autant que Daniel Auteuil, avec une réalisation très classique, semble vouloir nous bercer dans un rythme régulier, sans changement de rythme. On s'amuse également à retrouver des tirades et des répliques connues, comme le verre à quatre tiers ou le célèbre "tu me fends le coeur".

En fait, l'unique ombre au tableau vient de l'interprétation : si tous les acteurs ne sont pas aussi irritants que Marie-Anne Chazel, on peine à être convaincu par Marius, interprété par un Raphaël Personnaz qui ne semble jamais vraiment touché par ce qui se passe. On sera en revanche un peu plus charmé par Victoire Belezy, qui incarne une bien charmante Fanny, et Daniel Auteuil saura parfaitement nous amuser en César.

Bref, Marius est un film particulièrement agréable, sans aucun temps mort, et dont on ressort avec l'envie de rapidement voir la suite, voire même les précédentes adaptations. Ou tout simplement d'aller voir la mer, qu'on voit danser...

Note : 7,5/10




dimanche 1 septembre 2013

Frankenstein (1994)


Titre : Frankenstein (Mary Shelley's Frankenstein)
Réalisateur : Kenneth Branagh
Acteurs : Kenneth Branagh, Robert De Niro, Helena Bonham Carter
Date de sortie : 11 janvier 1995
Genre : fantastique, drame

Synopsis : 
Le jeune savant Victor Frankenstein est persuadé que la science peut venir à bout de tout et même créer la vie. Il s'attèle à cette tache avec ardeur et crée à partir de morceaux de cadavres un être humain qui sera acculé par sa différence à la méchanceté. 

Avis : 
L'adaptation du roman de Mary Shelley par Kenneth Branagh (Henry V) est presque un cas d'école : elle montre en effet à quel point on peut trahir un roman tout en essayant de lui être fidèle. Cette version de Frankenstein est ainsi considérée comme l'une des plus proche de la lettre de l'oeuvre originale, mais va inexorablement s'en démarquer par un esprit diamétralement opposé à l'histoire sombre et cruelle de la romancière britannique.


On est ainsi très loin des Frankenstein et La Fiancée de Frankenstein de James Whale, ou de Frankenstein s'est échappé ! et La Revanche de Frankenstein de Terence Fisher, qui prennent beaucoup plus de libertés avec le texte mais en conservent l'esprit. Ne cherchez pas ici la dimension dramatique entourant le monstre de Frankenstein, elle passera tout simplement à la trappe, évacué par la prestation horriblement théâtrale de Robert De Niro, malgré un maquillage très réussi.

On retrouve néanmoins de nombreux éléments communs au livre : l'introduction et la conclusion dans les glaces de l'arctique, le cadre historique et géographique, l'attachement du monstre à une famille démunie, sa volonté de trouver une compagne, et finalement sa vengeance. Mais Branagh évacue toute subtilité, multipliant les effets de réalisation ringard et insistant sur l'interprétation outrée de ses acteurs. La progression de l'histoire est chaotique, et quand il décide finalement de prendre un peu de marge par rapport au livre...c'est pour verser dans le gros bis, voire Z, qui tâche.

On a ainsi le monstre qui assassine de façon très sanglante Elisabeth, et Frankenstein qui, oubliant soudain toute retenue, choisit de la ressusciter façon puzzle. Une façon de faire définitivement exploser le grotesque de cette adaptation à côté de la plaque, ce qui ne surprend guère quand on s'aperçoit que le film est produit par Francis Ford Coppola, réalisateur de son côté d'un Dracula aux défauts similaires...

Note : 3/10