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samedi 5 novembre 2022

Le Jour du dauphin

 
Titre : Le Jour du dauphin (The Day of the dolphin)
Réalisateur : Mike Nichols
Acteurs : George C. Scott, Trish Van Devere, Paul Sorvino
Date de sortie en France :15 mars 1974
Genre : science-fiction

Synopsis : 
Alors qu’il est sur le point de trouver un moyen de communiquer avec les dauphins, un biologiste ne soupçonne pas que sa découverte puisse être détournée à d’autres fins. 
 
Avis : 
Réalisé par Mike Nichols (Le Lauréat, Ce plaisir qu'on dit charnel...), Le Jour du Dauphin s'inspire du roman Un animal doué de raison de Robert Merle. Il nous propose de suivre les expériences du Dr. Jake Terrell, qui a élevé Alpha, un dauphin qu'il a recueilli tout bébé. Un véritable lien s'est créé entre l'homme et l'animal, un lien renforcé par le fait que Terrell a appris à "Pha" à... parler. 
 
 
Bien sûr, il s'agit surtout pour l'animal de comprendre ce que dit l'humain, mais il est également capable de prononcer quelques mots et de se faire comprendre. L'effet est, il faut bien le dire, assez ridicule la première fois, mais on finit par s'y faire, d'autant que le film n'en abuse pas, du moins dans sa première partie, consacrée aux études du biologiste et aux capacités de Pha, puis de Bea. L'ensemble est certes assez naïf, mais entre les images, superbes, et la musique, on est surtout là pour admirer les dauphins, quitte à se contenter d'un scénario ténu et prétexte. 
 
Un scénario léger qu'on vient presque à regretter lorsque le film bascule, sans vraiment prévenir, dans le film d'espionnage, avec des grands méchants voulant utiliser les requins comme des armes. Là encore, on nage en pleine naïveté, on se croirait sortis d'un épisode de la série Flipper, mais cela fonctionne beaucoup moins. Cela aboutira néanmoins sur un final émouvant ("Pha loves Pa"), conclusion parfaite d'un film finalement assez simple et bon enfant, ce qui fait aussi du bien !



dimanche 11 juillet 2021

The Wicker man

 

Titre : The Wicker man
Réalisateur : Robin Hardy
Acteurs : Christopher Lee, Edward Woodward, Ingrid Pitt
Date de sortie : 1973
Genre : thriller

Synopsis : 
La veille du 1er mai, un policier du continent vient enquêter sur la disparition d'une fillette sur un îlot écossais. Il se heurte à l'hostilité et au mutisme de ses habitants...

Avis : 
C'est une oeuvre qui aura longtemps été oubliée dans nos contrées, avant d'être peu à peu redécouverte grâce à quelques passionnés tels que Jean-Pierre Dionnet et de devenir un classique, inspirant quelques films récents tels que Midsommar ou The VVitch... et même d'avoir droit à son remake avec l'inénarrable Nicolas Cage. Cette oeuvre, c'est The Wicker man, présent dans la liste des 100 meilleurs films britanniques du British Films Institute et considéré par Christopher Lee comme le meilleur film de sa carrière. 


S'il commence comme une enquête policière assez classique, le film de Robin Hardy va peu à peu brouiller les pistes, et nous emmener comme le sergent Howie dans un univers où les frontières sont floues, où l'on aura constamment l'impression que tout peut arriver, très loin de nos certitudes : celles d'homme de loi et de foi de Howie, celles d'amateurs de cinéma finalement peu habitués à vraiment sortir des sentiers battus du spectateur. En découle un film véritablement unique et particulièrement intelligent. 

Cette intelligence se retrouve d'ailleurs dans la confrontation entre les idées de Howie, chrétien dévot, et les habitants de l'île, adeptes de rites païens. L'intolérance horrifiée de l'un contre la condescendante cruauté des autres : le choc entre les deux mondes donnera des scènes formidables où le policier est confronté à tout ce qui incarne le pêché (notamment le sexe, avec ces villageois aux moeurs libérés, cette célébration de la nudité, ces symboles expliqués aux plus jeunes) et la tentation, comme la célèbre scène où Britt Ekland tente de le séduire. Le tout jusqu'à un final terriblement amoral et subversif, qui achève de faire de ce Wicker man une oeuvre culte, unique et indispensable. 



samedi 5 juin 2021

The Amusement Park


Titre :
The Amusement Park
Réalisateur : George A. Romero
Acteurs : Lincoln Maazel
Date de sortie en France : 2 juin 2021
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Alors qu'il pense passer une journée paisible et ordinaire, un vieil homme se rend dans un parc d'attractions pour y découvrir un véritable cauchemar.


Avis : 
Lorsqu'il y a presque 50 ans, l'Eglise Luthérienne commande à George A. Romero un film destiné à alerter sur les conditions de vie des personnes âgées dans le pays, afin d'attirer les bénévoles, ils ne s'attendaient certainement pas à voir le réalisateur de La Nuit des morts-vivants leur livrer une oeuvre aussi politique qu'expérimentale. Le film ne fut par conséquent pas exploité, et oublié jusqu'en 2018, où une copie fut retrouvée, restaurée, et enfin exploitée en salles. Le résultat est un film qui risque d'en déstabiliser plus d'un, mais qui s'inscrit parfaitement dans la filmographie de Romero, et résonne de façon troublante avec l'actualité. 



Car le réalisateur va nous plonger, aux côtés de son vieillard (Lincoln Maazel, seul comédien professionnel du film, que l'on retrouvera dans Martin), dans un parc d'attraction cauchemardesque où rien ne sera épargné aux plus âgés. Ostracisés (surtout si, en plus d'être âgés, ils sont pauvres et / ou noirs), infantilisés, volés, exploités, violentés, ridiculisés, oubliés, sans soins adaptés... Romero use à merveille de son talent pour la métaphore pour nous faire saisir l'horreur du traitement réservé aux anciens, dans toute sa banalité, son cynisme et son caractère inéluctable. Comme il le rappelle (de façon, il faut bien l'avouer, un peu lourde) lors de son introduction et de sa conclusion, la vieillesse n'est finalement que l'avenir, plus ou moins éloigné, des spectateurs, et une séance de divination indiquera sans ambiguïté que ce destin est celui qui nous attend tous, dans l'indifférence ou l'hostilité des plus jeunes. Un destin sur lequel plane constamment l'ombre de la mort, mais aussi de la démence. 

Au-delà du message sous-jacent, le réalisateur parvient à faire naître une ambiance particulièrement anxiogène en nous plongeant au coeur de ce parc d'attraction. Cacophonie permanente, promiscuité inquiétante, le personnage principal et le spectateur sont harcelés en permanence par des parasites. A l'image de ce qu'il sublimera quelques années plus tard dans Zombie, Romero utilise un lieu unique (le parc d'attractions préfigure le centre commercial) et le pervertit pour symboliser son pays et ses dérives, chaque attraction illustrant les différentes dérives. On ne s'étonnera pas non plus de voir que le film date de 1973, année où sortiront également Season of the witch ou La Nuit des fous vivants (The Crazies), deux films tout aussi politiques sur les dérives de la société américaine - mais pas seulement. Là encore, entre la place de la femme d'un côté et les errances gouvernementales de l'autre, l'écho avec l'actualité est troublant. 

Romero parvient donc à faire d'une oeuvre de commande un film assez terrifiant, faisant naître un réel malaise chez le spectateur qu'il plonge peu à peu dans un véritable cauchemar qu'il ne semble que pouvoir répéter indéfiniment. Un cauchemar qui démontre une nouvelle fois le talent du réalisateur pour mettre en images les dérives les plus cruelles de la société, dérives qui sont encore aujourd'hui particulièrement présentes : il suffit d'observer le traitement réservé aux plus âgés dans certaines maisons de retraites ou pendant la pandémie de Covid-19. Un cauchemar que l'on conseillera surtout aux fans purs et durs du réalisateurs. Les autres risquent, comme les commanditaires du film en 1973, de vite vouloir oublier ce trip expérimental auquel ils n'étaient pas préparés.



jeudi 12 juin 2014

Black Christmas


Titre : Black Christmas
Réalisateur : Bob Clark
Acteurs : Margot Kidder, Olivia Hussey, Keir Dullea
Date de sortie en France : 1er janvier 2012 (DVD)
Genre : épouvante, horreur

Synopsis : 
Des jeunes femmes faisant parties d'une confrérie universitaire passent les vacances de Noël ensemble. Le groupe reçoit d'étranges appels téléphoniques, les jeunes femmes, qui semblent au départ s'en amuser, ne se doutent pas une seconde que les appels sont passés de l'intérieur de la maison...

Avis : 
Quelques années après La Baie Sanglante de Mario Bava, qui mêlait des ingrédients de giallo avec des codes qui seront la signature du slasher, et quelques années avant Halloween de John Carpenter, sortait en 1974 un film précurseur du slasher: Black Christmas. Ce dernier vient en effet poser certains éléments qui deviendront récurrents dans le genre: une maison isolée, un tueur mystérieux...


Ainsi, en regardant le film, il est très difficile de ne pas penser à Halloween, avec le cadre d'une fête et une introduction en vue subjective, ou à Terreur sur la ligne (puis plus tard Scream) pour l'utilisation d'un téléphone au centre de l'intrigue. Avec le film de Carpenter, Black Christmas partage aussi la particularité de ne pas miser sur le sanglant, mais plutôt sur le brutal, avec des mises à mort soudaines et rapides. Ce qui n'empêche pas Clark de livrer un meurtre magnifique, aux accents giallesques, rappelant les grandes heures de Dario Argento, ou La Résidence, de Serrador.

Black Christmas est surtout un film à l'ambiance particulière, souvent glauque ou macabre. Le tueur est un véritable cinglé, dont les motivations et l'identité restent mystérieuses, qui met en scène les cadavres de façon dérangeante...et effraie aussi, dans des séquences téléphoniques vraiment réussies. Une ambiance qui reste glauque jusqu'au bout, même quand le film utilise par moments l'humour, notamment par le biais de personnages hauts en couleur (énorme Margot Kidder !). Jusqu'au bout donc, et une fin que je trouve particulièrement glaciale.

Un film injustement méconnu, même à l'époque de sa sortie (il n'est pas sorti au cinéma en France), resté dans l'ombre des futurs Halloween et Vendredi 13, il est revenu au goût du jour avec son remake, puis une première édition française en dvd il y a quelques mois. L'occasion donc de (re)découvrir ce film précurseur du slasher, qui est parmi les tous meilleurs de ce genre.

Note : 9/10


samedi 20 avril 2013

Duel


Titre : Duel
Réalisateur : Steven Spielberg
Acteurs : Dennis Weaver
Date de sortie en France : 21 mars 1973
Genre : thriller

Synopsis : 
Sur une route californienne, un modeste employé de commerce se voit pris en chasse par un énorme camion. Une course-poursuite effrénée s'engage... 

Avis : 
En 1971, le jeune Steven Spielberg est encore un inconnu aux yeux du grand public. Ayant principalement oeuvré sur des séries, comme Columbo ou Night Gallery, il va connaître son premier grand succès avec un téléfilm diffusé dans le cadre des movie of the week end pour la chaîne de télévision ABC : Duel. Il adapte pour l'occasion une nouvelle de Richard Matheson, auteur notamment de Je suis une légende ou de L'Homme qui rétrécit, qui signera le scénario du téléfilm, et d'un budget de 375.000 dollars pour treize jours de tournage.

Dans un paysage désertique rappelant par moments l'atmosphère de certains westerns, Spielberg met en images une course-poursuite intense dans laquelle un camion-citerne Peterbilt 281 poursuit sans motif apparent David Mann (Dennis Weaver, repéré par le réalisateur dans La Soif du Mal d'Orson Welles) au volant de sa Plymouth Valiant. Rapidement, cette poursuite prend toutes les apparences d'une chasse entre le prédateur, ce camion imposant et rouillé, à l'aspect repoussant, et la proie blessée, cette voiture défectueuse avec laquelle il semble jouer. Une impression qui ancre le téléfilm dans le fantastique le plus pur, l'immense camion devenant un personnage à part entière.


Si l'on n'aperçoit que très rarement son conducteur (dont on ne verra que le bras ou les pieds), c'est surtout par son apparence et son comportement que le véhicule rappelle une créature malfaisante : recouvert de rouille, cabossé, il semble porter les stigmates (et les trophées, consistant en une collection de plaques d'immatriculation exhibées comme autant de scalps de ses victimes) d'affrontement passés, observe sa proie, fait semblant de la laisser échapper pour mieux la retrouver ensuite...Mieux encore : blessé, le monstre semblera même saigner et rugir. C'est un véritable Léviathan mécanique qui poursuit David Mann, cet homme ordinaire, marié et père de famille qui devra faire preuve de toute son ingéniosité et son courage pour lui échapper, dans une oeuvre qui évoque déjà le futur Les Dents de la mer.

Face au succès du téléfilm, Universal décidera de sortir le film à l'étranger, où le film bénéficiera parfois, comme en France où il remportera le Grand Prix du festival du film fantastique d'Avoriaz en 1973, d'une sortie en salles dans une version allongée de 16 minutes, Spielberg tournant des scènes supplémentaires afin de parvenir à un film d'1h30. 

Transcendant un sujet plutôt maigre, le réalisateur offre donc avec ce Duel une de ses oeuvres les plus remarquables, sans aucun temps mort et au suspense omniprésent, avec laquelle, avant même d'inspirer la peur des requins, il a poussé de nombreux automobilistes à frissonner en voyant un camion-citerne apparaître dans leur rétroviseur.

Note : 8/10