mardi 30 août 2022

The Reef

 

Titre : The Reef
Réalisateur : Andrew Traucki
Acteurs : 
Date de sortie en France : 21 juin 2011 (DVD)
Genre : horreur

Synopsis : 
Luke, Matt, Suzie et Kate embarquent sur le yacht de Warren et profitent du voyage pour s'attarder sur la plage d'une île déserte. Repartant en catastrophe alors que la marée descendante menace d'échouer le bateau, ils reprennent le large. Malheureusement, quelques heures plus tard, ils heurtent un récif coralien retournant l'embarcation, la destinant à couler à moyenne échéance. Le groupe décide alors de rejoindre une île à la nage, mais va rapidement rencontrer un terrible prédateur sur son chemin. 
 
Avis : 
Après le sympathique Black Water, Andrew Traucki récidive dans le domaine du survival animalier réaliste. Succédant au crocodile dans la mangrove du nord de l'Australie, c'est cette fois le grand requin blanc qui menace un groupe perdu en pleine mer. Une situation qui rappelle inévitablement Open Water - en eaux profondes, auquel le précédent film de Traucki pouvait déjà faire penser. Toutefois, The Reef va se réveler complètement différent du film de Chris Kentis, notamment par le biais d'une action un peu plus présente et d'un côté plus spectaculaire. 
 
"Inspiré de faits rééls", en l'occurrence l'histoire de Ray Boundy, seul survivant d'un incident similaire en 1983, The Reef va rapidement favoriser l'immersion du spectateur grâce à un choix difficile : faut-il rester sur l'épave qui risque de couler dans les prochaines heures pour attendre d'hypothétiques secours, ou faut-il tenter sa chance à la nage vers une île que l'on n'aperçoit pas, dans une eau peut-être infestée de requins ? Le réalisateur choisira de suivre le groupe essayant de rejoindre la terre ferme... et qui sera rapidement confronté à sa pire crainte. Si pendant quelques minutes le périple est peu intéressant, il devient assez vite rythmé par l'impression redondante qu'ont les personnages d'apercevoir quelque chose, ce que l'un d'entre eux, possédant l'unique paire de lunettes de plongée, s'empresse de vérifier à chaque fois... jusqu'à repérer une ombre bien sinistre rodant non loin. Ces quelques minutes durant lesquelles le requin tourne autour du groupe constituent à mon avis le meilleur passage du film. La tension est présente, le suspense progresse de façon très efficace et chaque coup d'oeil jeté sous l'eau est l'occasion de frémir en même temps que le groupe. 
 
Et lorsque l'animal attaque, c'est terriblement impressionnant, notamment grâce à des effets spéciaux très réussis, intégrant de véritables images de grand requin blanc à l'action pour un réalisme saisissant, rarement vu au cinéma. On regrettera néanmoins une certaine volonté de spectaculaire qui dessert parfois le film, notamment avec une utilisation trop évidente de la musique, insistant sur les passages dramatiques là où le silence et les bruits naturels auraient peut-être été plus efficaces. Dommage également que le film finisse par ressembler à n'importe quel film mettant en scène un animal tueur, celui-ci étant apparemment décidé à tuer l'intégralité du groupe tel le tueur d'un slasher basique... Enfin, s'il est toujours difficile d'imaginer ce qu'on ferait dans de telles circonstances, certains comportements risqueront de sembler peu probables au spectateur, comme celui menant à la première attaque...
 
Ces quelques bémols restent néanmoins des défauts bien trop faibles pour empecher The Reef d'être une réussite qui réussit, malgré un postulat semblable, à se démarquer d'Open Water en misant davantage sur l'action et le spectaculaire, au détriment de la psychologie des personnages. 
 

 

lundi 29 août 2022

Nope

Titre : Nope
Réalisateur : Jordan Peele
Acteurs : Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Steven Yeung
Date de sortie en France : 10 août 2022
Genre : science-fiction

Synopsis : 
Les habitants d’une vallée perdue du fin fond de la Californie sont témoins d’une découverte terrifiante à caractère surnaturel. 
 
Avis : 
Je pense pouvoir affirmer sans trop de risques qu'après ses deux premiers films (Get out et Us), Jordan Peele est un réalisateur particulièrement clivant, génie pour les uns et surcôté pour les autres. De mon côté, j'ai trouvé à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts dans ces deux oeuvres : un point de départ très intriguant, une première moitié de film passionnante, une mise en scène très soignée... puis une seconde partie retombant comme un soufflet, et me laissant une impression finale assez mitigée. Autant dire que je n'avais aucune attente ni aucune appréhension avant d'aller voir Nope... mais aussi la chance d'avoir été largement épargné par la campagne promotionnelle française, révélant beaucoup trop d'éléments de l'intrigue. 


Car Nope, dans sa première partie, cherche largement à entretenir le mystère autour du phénomène se déroulant au-dessus du ranch Haywood. Dans une démarche citant de façon assez évidente les Rencontres du troisième type et Dents de la mer de Steven Spielberg, Peele joue sur l'invisible et sur les éléments extérieurs pour indiquer que la menace est présente : des chevaux en panique, bruits (terrifiants) de hurlements, un fanion semblant descendre d'un nuage, et des perturbations électromagnétiques. On ne devine ainsi que progressivement la nature du phénomène... avant de nous apercevoir, en même temps que les personnages, qu'il n'est pas ce qu'il semblait être. 

On se retrouve ainsi devant deux parties bien distinctes : la première, où l'on tente d'appréhender l'inconnu, et la seconde où cet inconnu est identifié, et où les personnages vont tenter de lui survivre... mais aussi de capitaliser dessus. Peele en profite alors pour nous livrer des séquences très impressionnantes (l'attaque du ranch), la seconde partie offrant le contrepoint spectaculaire de la première, plutôt lente et posée. 
 
 
Le réalisateur en profite également pour tourner en dérision la recherche permanente du buzz, de la séquence qui fera parler - et enrichira son auteur. Parfois de façon très évidente (le journaliste de TMZ), parfois de façon plus subtile avec le personnage de Jupe (incarné par Steven Yeung, que l'on connaît pour ses rôles dans Mayhem et surtout The Walking dead), ex-enfant star marqué par une expérience traumatisante, qu'il choisit désormais d'utiliser à son profit. On sent également toute l'importance du concept même d'image, autant dans la volonté d'immortaliser l'évènement que dans l'amour que porte le réalisateur pour son art, citant les travaux de Eadweard Muybridge, clamant sa préférence pour les effets spéciaux à l'ancienne, se passionnant pour ces petites mains oubliées ou rejetées par la machine holywoodienne.
 
A mes yeux, si le film semble diviser encore plus que les précédents, Nope réussit même là où Get out et Us échouaient : il va au bon de son concept, et propose une seconde partie très réussie, jusqu'à un final visuellement superbe (on sent que l'influence de l'animation japonaise, et principalement Evangelion, sur Peele, qui en profite aussi pour glisser un clin d'oeil à Akira). Un film que j'ai vraiment hâte de revoir, notamment pour mieux apprécier les moments où Peele se joue de nous, mais aussi parce qu'au-delà de la narration et du visuel du film, j'ai largement apprécié le duo Kaluuya (parfait dans le rôle de ce frère taciturne) - Palmer (rayonnante dans celui de la soeur extravertie). 



samedi 27 août 2022

Lords of chaos

 
Titre : Lords of chaos
Réalisateur : Jonas Akerlund
Acteurs : Rory Culkin, Emory Cohen, Jack Kilmer
Date de sortie en France : 19 juin 2019 (VOD)
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Dans le climat beaucoup trop apaisé de la Norvège des années 1990, Euronymous fonde le groupe Mayhem et devient l’épicentre de la nouvelle scène black métal norvégienne. Sa rencontre avec Varg Vikernes, l’homme derrière le projet musical Burzum, va précipiter les membres de son cercle dans une surenchère criminelle. 
 
Avis : 
Entre réalité et fantasmes, Lords of chaos retrace les premières années du mythique groupe de black metal norvégien Mayhem, en suivant principalement son leader, Euronymous, dans un film dont l'atmosphère oscille constamment entre noirceur et moquerie. 


Car il y a constamment le sentiment d'être devant un groupe de pieds-nickelés lorsqu'on suit les membres du groupe. Euronymous et ses camarades ne sont clairement pas présentés comme des lumières, tout comme Varg plus tard, et entre leur amateurisme, leurs moeurs de métalleux de supermarché (prenant des poses un peu ridicules avec des armes blanches) et leurs discours sans queue ni tête (parfois même interrompus de façon improbables, comme lorsqu'il s'agit d'aller récupérer un kebab au comptoir au beau milieu d'un long monologue contre le métal commercial), on peine à prendre au sérieux tout ce beau monde. On peut comprendre que le projet ait été plutôt mal accueilli dans le milieu du black metal...

Mais cet aspect est régulièrement contrebalancé par la violence du film. Car en plus d'être cons, les personnages s'entraînent mutuellement dans un concours de bites pour savoir qui est le plus "true". Alors on brûle des églises, et on finit par tuer, dans des séquences mises en scène de façon extrêmement froide. La scène du suicide de Dead est ainsi assez dure, même s'il y a toujours dans l'air cette espèce de distanciation un peu moqueuse, et le meurtre de Euronymous suit à peu près le même schéma. 

Au final, j'ai trouvé le film passionnant, vulgarisant de façon efficace l'histoire de Mayhem pour en faire un thriller aussi efficace... que drôle, alors qu'il montre des événements particulièrement sombres. Et si on ne parle finalement presque jamais de musique, c'est surtout cette jeunesse désoeuvrée et prête à tout pour qu'on parle d'elle que l'on garde en mémoire, avec le sentiment que rien n'a vraiment changé depuis...