lundi 11 juillet 2016
A war
Titre : A war (Kriegen)
Réalisateur : Tobias Lindholm
Acteurs : Pilou Asbaek, Tuva Novotny, Dar Salim
Date de sortie en France : 1er juin 2016
Genre : guerre, drame, thriller
Synopsis :
Le commandant Claus M. Pedersen et ses hommes sont affectés dans une province d’Afghanistan, tandis qu’au Danemark, sa femme, Maria, tente de faire face au quotidien et d’élever seule leurs trois enfants. Au cours d’une mission de routine, les soldats sont la cible d’une grave attaque. Pour sauver ses hommes, Claus va prendre une décision qui aura de lourdes conséquences pour lui, mais également pour sa famille…
Avis :
La vie d'un soldat envoyé au Moyen-Orient, et les conséquences des combats sur sa vie quotidienne lors de son retour au pays : le nouveau film de Tobias Lindholm (R, Hijacking) présente une thématique assez proche du American sniper de Clint Eastwood. Avec une subtilité supplémentaire : A war va en effet s'interroger sur la responsabilité des soldats, parfois prêts à tout pour accomplir leur mission ou protéger leurs alliés.
Le film se divise donc en deux parties parallèles : d'abord celle où l'on suit le quotidien des soldats danois en Afghanistan, au contact des populations locales, entre volonté de conciliation et tentatives d'obtenir des informations sur les talibans. Avec une superbe économie de moyens (on ne verra jamais les ennemis), Lindholm parvient à nous immerger parfaitement au sein du groupe de soldats, dont nous partagerons les doutes, les blessures, mais aussi les rares moments de satisfactions.
La seconde nous ramène au Danemark : après avoir constaté les conséquences de l'absence de Pedersen sur sa famille restée au pays, nous assistons aux effets de son retour ainsi qu'à son procès. C'est cette ultime partie qui sera la plus faible du film : si l'on appréciera l'ambiguïté qui ressort de l'audience, on regrettera l'aspect un peu caricatural de certains éléments, comme la représentante de l'accusation, présentée comme particulièrement détestable alors que son raisonnement est plutôt compréhensible.
Nouvelle réussite pour Tobias Lindholm donc, qui réussit là où Clint Eastwood avait échoué. On ressent parfaitement les dilemmes moraux imposés aux soldats, et on appréhende bien mieux leur humanité, avec leurs qualités et leurs défauts. On saluera également, une nouvelle fois, la performance de Pilou Asbaek (l'acteur fétiche de Lindholm, également vu dans Lucy et dans Profanation), parfait dans le rôle de ce commandant coincé entre sa mission, ses soldats, son devoir de protection, sa moralité et sa famille.
Note : 8/10
dimanche 10 juillet 2016
Amis publics
Titre : Amis publics
Réalisateur : Edouard Pluvieux
Acteurs : Kev Adams, Vincent Elbaz, Paul Bartel
Date de sortie en France : 17 février 2016
Genre : comédie dramatique
Synopsis :
Afin de réaliser le rêve de son jeune frère malade, Léo et leurs meilleurs potes organisent un faux braquage… mais le jour J, ils se trompent de banque. Le faux braquage devient un vrai hold-up. Commence alors l’aventure extraordinaire des Amis Publics !
Avis :
Les yeux (photoshoppés) semblent fixer l'horizon, voire l'avenir. Le sourire a disparu. Un simple regard sur l'affiche d'Amis publics nous livre l'information suivante : Kev Adams, le post-ado comique pour pré-ado, n'est plus un simple humoriste. C'est un Acteur, et il compte bien nous le prouver dans cette gentille petite comédie dramatique qu'il a coproduite.
A la suite d'un concours de circonstances, un petit groupe de losers cambriole malencontreusement une banque. Et comme les flics sont, évidemment, des incapables abrutis fans de gangsters, que l'opinion publique leur est favorable et qu'ils ont trouvé une cause à défendre, ils vont continuer ces braquage, armés de pistolet en plastique et d'une bonne dose de culot. Bon, soyons honnête, si tout ça n'est qu'un prétexte, que le message est d'un populisme navrant, que les ficelles sont grosses comme des séquoias et que les gags sont particulièrement éculés, on pouvait s'attendre à pire.
Il se dégage ainsi du film une certaine énergie, plutôt communicative. Certaines répliques font mouche, on sourit régulièrement, on parvient même à oublier la connerie du film, notamment grâce à la prestation de Paul Bartel (Les Petits princes) ou des seconds rôles. Quant à Kev Adams, s'il est moins insupportable qu'à l'accoutumée, cette espèce d'ode à sa générosité, son humour et sa coolitude finissent assez vite par lasser.
Pas beaucoup d'intérêt donc dans cette comédie dramatique sans ambition ni imagination, mais pas d'arnaque non plus : on ne passe pas un mauvais moment malgré des défauts omniprésents et un Kev Adams qui, s'il tente de faire profil bas, agacera le spectateur dès qu'il ouvrira la bouche pour vanner un de ses camarades. On préfèrera néanmoins largement le voir dans un rôle comme celui-ci plutôt que dans ses "comédies" insupportables.
Note : 3.5/10
samedi 18 juin 2016
The Witch
Titre : The Witch
Réalisateur : Robert Eggers
Acteurs : Anya Taylor Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie
Date de sortie en France : 15 juin 2016
Genre : horreur
Synopsis :
1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…
Avis :
On l'attendait impatiemment depuis de nombreuses semaines : précédé d'une réputation extrêmement flatteuse depuis sa projection à Sundance en 2015, The Witch arrive enfin au cinéma en France, plusieurs mois après sa sortie américaine, et plusieurs semaines après le début de son exploitation vidéo. Si on voulait volontairement massacrer la sortie française du film, on ne s'y serait sans doute pas pris autrement... mais bon, après la sortie de Krampus en plein mois de mai, plus rien ne m'étonne.
Pour son premier film, Robert Eggers (que l'on annonce déjà à la tête d'un remake de Nosferatu) choisit d'aborder son sujet de façon crue et réaliste, quitte à s'attirer les foudres des spectateurs à qui il va demander de s'investir pendant le film. Il reprend ainsi les grandes lignes du thème de la sorcellerie, et les dilue dans un récit qui semble souvent n'avoir rien à voir avec l'horreur. Pourtant, par le biais d'une bizarrerie indéfinissable par-ci, d'un détail troublant par-là, le film nous emmène irrémédiablement dans un malaise grandissant, nous faisant peu à peu redouter des manifestations plus directes à chaque fois que la lumière décroît et que les bougies s'allument, ou lors des excursions dans la forêt, personnage à part entière de la première partie du récit.
C'est peut-être la plus grande force de The Witch : le film articule son récit fantastique autour de thématiques fortes. Excessivement pieuse, cette famille de colons, arrachée à son pays natal puis à sa colonie d'adoption est finalement abandonnée par Dieu lui-même avec la disparition du dernier né. La foi des personnages est mise à rude épreuve par les drames, mais aussi par les changements plus subtils s'opérant chez les aînés, au seuil de l'adolescence. Obscurantisme religieux, sexualité, responsabilité, des sujets qui se prêtent parfaitement au thème de la sorcellerie, au service d'un symbolisme peut-être parfois trop évident.
Le soin apporté à la reconstitution de l'époque renforce encore la puissance de ces thématiques et l'ambiance qui se dégage du film. The Witch fonctionne parce qu'on y croit, grâce à des acteurs impeccables, évidemment (jusque ces jumeaux inexplicablement repoussants) ; grâce encore à l'utilisation de lumières naturelles, qui donnent une atmosphère particulière au film ; mais aussi grâce à une utilisation pertinente du folklore lié aux sorcières, Eggert s'inspirant de témoignages et de récits d'époque, et reprenant les éléments caractéristiques des légendes (le bouc noir, la nourriture viciée...).
Si certains le trouveront certainement trop lent, The Witch constitue une alternative formidable au cinéma horrifique actuel, trop souvent réduit à une foire aux jump-scares. Ici, on ne vous prend pas par la main pour tout vous expliquer. Ici, vous ne sursauterez pas, mais le malaise que vous ressentirez face aux événements subis par cette famille vous marquera sans doute de façon bien plus profonde, grâce à une progression implacable et un réalisme étonnant.
Note : 8.5/10
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