jeudi 16 mai 2013

La Traversée du temps


Titre : La Traversée du temps (Toki wo kakeru shōjo)
Réalisateur : Mamoru Hosoda
Acteurs : Riisa Naka, Takuya Ishida, Mitsutaka Itakura
Date de sortie en France : 4 juillet 2007
Genre : animation, fantastique

Synopsis : 
Makoto est une jeune lycéenne comme les autres, un peu garçon manqué, pas trop intéressée par l'école et absolument pas concernée par le temps qui passe ! Jusqu'au jour où elle reçoit un don particulier : celui de pouvoir traverser le temps. Améliorer ses notes, aider des idylles naissantes, manger à répétition ses plats préférés, tout devient alors possible pour Makoto. Mais influer sur le cours des choses est un don parfois bien dangereux, surtout lorsqu'il faut apprendre à vivre sans !  

Avis : 
 Avant Summer Wars et Ame & Yuki : les enfants loups, Mamoru Hosoda avait principalement travaillé comme animateur pour le studio Toei Animation, travaillant notamment sur les séries Sailor Moon et Dragon Ball Z, puis réalisant ses premiers longs métrages avec les adaptations au cinéma de Digimon et de One Piece. Quittant la Toei, après avoir notamment été approché par le studio Ghibli pour réaliser Le Château ambulant (ce qui n'aboutira malheureusement pas), Hosoda rejoint ensuite le studio Madhouse, où il réalisera un film plus mature que ce qu'il proposait jusqu'alors : La Traversée du temps.


Adaptation d'une nouvelle, extrêmement populaire au Japon, écrite par Yasutaka Tsutsui (également auteur de Paprika), le film est basé sur la capacité de Makoto, une jeune lycéenne, à voyager dans le temps. Et si le voyage temporel rappelle, forcément, la trilogie Retour vers le futur ou L'Effet papillon, le film de Mamoru Hosoda va s'en distinguer par une fraicheur et une intelligence remarquables, la légèreté des premières minutes, où la jeune fille utilise son pouvoir avec insouciance, pour dormir plus longtemps ou éviter un repas désagréable, étant peu à peu contrebalancée par les conséquences négatives du moindre saut dans le temps.

Des conséquences qui seront même dramatiques quand, en essayant d'organiser la vie amoureuse d'un de ses amis, elle causera involontairement son décès, dans une scène assez bouleversante. L'ambiance du film devient dès lors plus mélancolique et plus grave, notamment avec les révélations sur l'un des personnages principaux et le thème de la séparation ou de la perte d'un être cher, mais aussi plus largement celle de l'importance des choix que l'on fait et des conséquences de nos actes.

La Traversée du temps est donc une jolie réussite, qui permit à Mamoru Hosoda d'abandonner les films d'animation enfantins pour se consacrer à un univers plus mature, dans la lignée d'Hayao Miyazaki et des oeuvres du studio Ghibli. Il signe ici une jolie fable, jonglant avec des ambiances différentes et remarquable d'intelligence et de fraicheur. Il fera encore mieux avec ses oeuvres suivantes.

Note : 8/10






mercredi 15 mai 2013

Mamà


Titre : Mamà
Réalisateur : Andres Muschietti
Acteurs : Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Megan Charpentier
Date de sortie en France : 15 mai 2013
Genre : épouvante, horreur

Synopsis : 
Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique…

Avis : 
 Produit par Guillermo del Toro, Mamà a obtenu un immense succès au festival du film fantastique de Gérardmer 2013, obtenant le Grand prix du jury, le prix du public et le prix du jury jeunes. Si de telles récompenses ne sont pas forcément gage de qualité (on se rappelle par exemple de Babycall ou de Midnight meat train), la présence en tête d'affiche de Jessica Chastain, formidable actrice que l'on a pu voir récemment dans les non moins formidables Take Shelter et Zero Dark Thirty, semblait de nature à rassurer.

 

Hélas, à l'image d'une autre production de Del Toro récompensée à Gérardmer, L'Orphelinat, Mamà va très rapidement montrer ses limites, après une mise en place pourtant réussie, ruinant au passage les espoirs nés des premières minutes. Car l'introduction, très réussie, laissait la place à une atmosphère angoissante, par le biais notamment d'une scène superbe, où l'on nous révèle subtilement la présence de l'entité dans la chambre, jouant avec une des gamines. Hélas, quelques secondes plus tard, la magie disparaît avec deux jump-scares grotesques, plongeant dans le défaut récurrent des films d'épouvante de ces dernières années : la paresse.

La promesse de peur s'étant envolée, on s'agace rapidement des effets éculés que tente de nous servir le réalisateur Andres Muschietti. Des effets rendus d'autant plus abscons que l'on tente de nous surprendre tout en nous révélant immédiatement la nature de la menace. La surprise sera d'autant plus absente que le film se contente de reprendre les poncifs du cinéma d'épouvante de ces dernières années. On pense ainsi, par exemple, à Fragile, à L'Orphelinat, à La Dame en noir ou même à Dark Water. On a ainsi toujours une longueur d'avance sur le film, devinant bien à l'avance les motivations de Mamà. 

C'est d'autant plus frustrant que le film est remarquablement emballé, l'esthétique ayant bénéficié d'un soin tout particulier, tout comme les personnages des jeunes filles revenues à l'état sauvage tout simplement saisissante. On ne peut pas en dire autant de la fameuse Mamà, complètement ratée et prêtant presque plus à sourire qu'à frissonner, rappelant même les apparitions numériques au rabais du très mauvais Grave Encounters...

Mamà n'est finalement pas désagréable, grâce à des qualités indéniables de réalisation et d'interprétation. Néanmoins, à se reposer sur les clichés et les mécanismes paresseux que l'on n'a que bien trop vus pour tenter vainement de faire sursauter, Andres Muschietti finit par frustrer et par agacer, condamnant son film à un oubli rapide. Peut-être que s'il avait été réalisé 15 ans plus tôt...

Note : 5/10



lundi 13 mai 2013

La Fête du feu


Titre : La Fête du feu (Chaharshanbe Suri)
Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteur : Hedieh Tehrani, Taraneh Alidoosti, Hamid Farokhnezhad
Date de sortie en France : 26 décembre 2007
Genre : drame

Synopsis : 
Ce mardi est "Chahar shanbeh souri", une fête du feu plurimillénaire. Rouhi, une jeune aide-ménagère qui vit un bonheur complet et va bientôt se marier, est employée pour la journée chez un jeune couple. Elle découvre un foyer en pleine crise, dont la femme soupçonne son mari de la tromper avec une voisine...   

Avis : 
  Troisième film de l'iranien Asghar Farhadi (Les Enfants de Belle Ville, Une séparation), La Fête du feu nous fait entrer dans l'intimité d'un couple en crise par le biais de la jeune Rouhi. Comme elle, nous sommes projeté au beau milieu du quotidien d'un homme et d'une femme dont les journées sont rythmées par les disputes. Rouhi arrive d'ailleurs pour nettoyer les dégâts causés par un énième affrontement, la femme Mojdeh, étant convaincu que son mari, Morteza, la trompe avec la voisine, Simin. Des soupçons nés de détails, d'un numéro inconnu composé sur le téléphone, de rumeurs, d'un parfum.


L'appartement du couple devient ainsi la place centrale d'un huis clos très prenant, où le réalisateur attise notre curiosité en nous glissant peu à peu quelques indices, et en nous laissant, comme Rouhi, essayer de reconstituer les pièces du puzzle. Prise à son tour dans le jeu des commérages, elle influencera à son tour les réactions de Mojdeh et Morteza, tantôt par naïveté, tantôt par honnêteté, tantôt en voulant tout simplement calmer la situation ou répondre à la bienveillance d'un autre personnage.

Nous ne sortirons que rarement de l'appartement et ces environs, principalement pour assister à quelques préparatifs de la fameuse Fête du feu, dont l'aperçu que nous aurons au détour d'un long trajet nocturne en voiture sera simplement magnifique. L'événement sera pourtant omniprésent dans le film, à travers les explosions permanentes des pétards, accentuant encore l'aspect oppressant de la situation du couple. Farhadi nous tient ainsi parfaitement en haleine, et prend bien soin de ne nous donner la clé de l'histoire que dans les ultimes minutes, mettant ainsi à l'épreuve l'innocente de la future mariée qu'est Rouhi, interprétée par la resplendissante Taraneh Alidoosti.

La Fête du feu est donc un superbe film, portant déjà en lui les prémices du futur Une séparation, où Asghar Farhadi dissèque la vie de couple à travers une histoire apparemment simple, mais menée avec une intelligence remarquable. Et si les personnages finissent par s'empoisonner mutuellement de leurs mensonges et de leurs soupçons, les retrouvailles entre Rouhi et son fiancé laissent clairement entrevoir un espoir, où l'honnêteté et la simplicité suffisent au bonheur.

Note : 9/10