lundi 6 mai 2013

Effets secondaires


Titre : Effets secondaires (Side effects)
Réalisateur : Steven Soderbergh
Acteurs : Jude Law, Rooney Mara, Catherine Zeta-Jones
Date de sortie en France : 3 avril 2013
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main, le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise… 

Avis : 
Pour l'une de ses dernières réalisation avant une pause sabbatique d'une durée indéterminée, Steven Soderbergh choisit de lancer, après Contagion, une nouvelle charge contre l'industrie pharmaceutique. Ici, il s'interroge sur les pratiques psychiatriques et le recours systématique aux antidépresseurs, et sur les expérimentations de médecins bien décidés à s'en mettre plein les poches. Dans le rôle de la victime, Emilie Taylor, interprétée tout en nuances par la formidable Rooney Mara. Dans celui du médecin, Jude Law. Mais tout n'est pas si simple que ça.



Car si Soderbergh met un place un thriller centré sur la psychopharmacologie et ses effets chez les malades, avec en point d'orgue le meurtre par Emilie, dépressive et somnambule, de son mari à peine sorti de prison, le film va doucement basculer du côté du thriller hitchcockien, où les duperies, les manipulations et les révélations vont se succéder, donnant à cet Effets secondaires un second souffle salvateur là où l'aspect médical commençait à perdre de son intérêt.


Ce glissement s'opère par de petits détails, quelques incohérences dans l'histoire d'Emilie, quelques coincidences troublantes. Soderbergh nous entraîne dans un jeu de piste haletant, nous piégeant à merveille avec le personnage de Jon Banks, personnage central du récit que l'on estime d'abord coupable de la folie de la jeune femme, avant que l'histoire ne nous fasse peu à peu changer d'avis, à mesure que l'on découvre les zones d'ombre de l'affaire. Un véritable tour de force, rendu possible par l'extraordinaire prestation de Jude Law (A.I. : Intelligence Artificielle, Hugo Cabret).

 Entre thriller pharmaceutique et jeu de piste hitchcockien, Steven Soderbergh (pour son avant-dernier film ?) livre une oeuvre intelligente, implacable, s'amusant avec les certitudes du spectateur pour mieux le piéger avec des révélations subtiles et justes. Un film porté par le superbe duo Rooney Mara (Millenium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes) - Jude Law, et qui rebondit parfaitement au moment où il semblait s'empêtrer dans un développement pénible.

Note : 8/10



dimanche 5 mai 2013

The Place beyond the pines


Titre : The Place beyond the pines
Réalisateur : Derek Cianfrance
Acteurs : Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva Mendes
Date de sortie en France : 20 mars 2013
Genre : drame, thriller, policier

Synopsis : 
Cascadeur à moto, Luke est réputé pour son spectaculaire numéro du «globe de la mort». Quand son spectacle itinérant revient à Schenectady, dans l’État de New York, il découvre que Romina, avec qui il avait eu une aventure, vient de donner naissance à son fils… Pour subvenir aux besoins de ceux qui sont désormais sa famille, Luke quitte le spectacle et commet une série de braquages. Chaque fois, ses talents de pilote hors pair lui permettent de s’échapper. Mais Luke va bientôt croiser la route d’un policier ambitieux, Avery Cross, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrenée par la corruption. Quinze ans plus tard, le fils de Luke et celui d’Avery se retrouvent face à face, hantés par un passé mystérieux dont ils sont loin de tout savoir…

Avis : 
Réunissant deux des acteurs phares du moment à Hollywood, Ryan Gosling (Drive, Gangster squad) et Bradley Cooper (Very bad trip, Happiness therapy), The Place beyond the pines raconte trois histoires en un film, trois chapitres liés par un acte central sanglant qui aura des conséquences sur deux générations : l'histoire de Luke, motard talentueux et petite frappe prêt à tout pour subvenir aux besoins de son jeune fils et pour récupérer la femme qu'il aime ; celle de Avery, policier novice retranché derrière ses idéaux de justice ; et enfin celles de leurs fils respectifs, qui deviendront amis sans rien savoir du drame qui a lié leurs parents.


Ces trois chapitres seront de qualité inégale. Celui mettant en scène Ryan Gosling, où l'on suit le quotidien de ce jeune homme paumé et écorché vif, puis ses braquages et enfin sa chute, est clairement le plus réussi. Spectaculaire autant que touchant, grâce notamment à l'interprétation de l'acteur, il aurait presque pu faire l'objet d'un film à lui tout seul, malgré une histoire plutôt classique. Classique, le second chapitre l'est également, nous racontant l'histoire de ce jeune flic projeté du jour au lendemain en pleine lumière, et rapidement confronté à la corruption et aux menaces de ses collègues.

Si Cooper rend le personnage attachant, le rythme plus lent et les événements plus convenus sont moins convaincants que dans la partie précédente. La dernier volet de l'histoire sera quant à lui le plus désagréable, sombrant dans la banalité la plus totale en suivant ces deux jeunes paumés, jusqu'à un final frôlant le grotesque, tentant vainement de boucler la boucle. L'aspect dramatique devient ici trop appuyé, trop artificiel, et on se désintéresse de ces deux jeunes garçons irritants.

The Place beyond the pines est en fait un peu trop long, sentiment renforcé par une qualité en constante baisse entre les trois chapitres. Ainsi, si le premier chapitre, concentré sur Ryan Gosling et l'étonnante Eva Mendes, remplit totalement son objectif, le second est bien moins réussi et le troisième n'est pas loin d'être complètement loupé, malgré les efforts de Derek Cianfrance (Blue Valentine), qui tente d'apporter un peu de relief à une histoire inintéressante...

Note : 6,5/10


La Falaise mystérieuse


Titre : La Falaise mystérieuse (The Uninvited)
Réalisateur : Lewis Allen
Acteurs : Ray Milland, Ruth Hussey, Donald Crisp
Date de sortie en France : 11 mars 1946
Genre : horreur, romance

Synopsis : 
 Au cours d'un séjour dans les Cornouailles, Roderick Fitzgerald et sa soeur Pamela achètent, pour une somme dérisoire, une superbe bâtisse surplombant une falaise.
Ils s'y installent, mais dès la première nuit, leur sommeil est troublé par les sanglots mystérieux d'une femme...

Avis : 
  Adapté du livre de Dorothy Macardle, Uneasy Freehold, La Falaise mystérieuse est un film de maison hantée se déroulant dans un lieu assez particulier. La demeure en question est en effet une superbe habitation dominant une falaise. Une maison où se déroulent des événements étranges, et que le propriétaire choisit de vendre pour un prix dérisoire. Roderick et Pamela, tombés sous le charme de l'endroit, l'achètent, mais sont très rapidement confrontés à des phénomènes inexplicables.

Les animaux refusent de monter à l'étage, une odeur de mimosa se fait parfois sentir, les fleurs fânent rapidement...et le frère et la soeur sont réveillés dès leur première nuit par des pleurs. Aucun doute, la maison est hantée, et ces phénomènes semblent amplifiés par la présence de Stella, la petite-fille du propriétaire, dont Roderick est tombé amoureux.


Le film va ainsi jongler entre les genres : de l'angoisse lors des manifestations surnaturelles, de la romance pour la relation entre Stella et Roderick, de l'humour avec le détachement du jeune homme, mais aussi et surtout une enquête quant à l'origine du poltergeist et ses motivations. Un mélange des genres qui va peu à peu gangrener le film, chaque élément parasitant un autre, l'humour prenant parfois le pas sur les situations angoissantes et l'enquête apparaissant souvent un peu confuse. On appréciera cependant le rebondissement que constitue l'une des révélations, jetant un oeil nouveau sur l'histoire qui était jusque là plutôt classique.

Mais ce rebondissement coïncide également avec des manifestations plus franches : alors que la sobriété de la première partie en faisait toute l'efficacité, les spectres apparaissent devant la caméra, réduisant considérablement leur potentiel effrayant. Même la scène de spiritisme, qui aurait pu être vraiment angoissante, est gâchée par des artifices peu convaincants. Dommage, car les actrices (la jeune Gail Russell et Ruth Hussey) réagissent de façon très réalistes face à ces événements. La décontraction du personnage interprété par Ray Milland (que l'on reverra dans bien d'autre films, dont Le Crime était presque parfait d'Hitchcock) contribue quant à elle à amoindrir l'aspect angoissant du film, jusqu'à une dernière confrontation qui est ainsi plutôt grotesque.

Considéré par Martin Scorsese comme l'un des "11 films les plus effrayants de tous les temps", La Falaise mystérieuse profite largement du décor de sa demeure aux aspects gothiques et de la sobriété de ses effets pour installer un climat plutôt oppressant, comme le fera Robert Wise pour La Maison du Diable. Hélas, le film s'égare en chemin se dispersant parmi plusieurs genres différents, ne faisant véritablement mouche dans aucun d'entre eux. Reste un film de maison hanté sympathique, dont la première partie reste vraiment remarquable.

Note : 7/10