mercredi 3 avril 2013

Anonymous


Titre : Anonymous
Réalisateur : Roland Emmerich
Acteurs : Rhys Ifans, Vanessa Redgrave, Joely Richardson
Date de sortie en France : 4 janvier 2012
Genre : drame, historique

Synopsis : 
C’est l’une des plus fascinantes énigmes artistiques qui soit, et depuis des siècles, les plus grands érudits tentent de percer son mystère. De Mark Twain à Charles Dickens en passant par Sigmund Freud, tous se demandent qui a réellement écrit les œuvres attribuées à William Shakespeare. Les experts s’affrontent, d’innombrables théories parfois extrêmes ont vu le jour, des universitaires ont voué leur vie à prouver ou à démystifier la paternité artistique des plus célèbres œuvres de la littérature anglaise.
A travers une histoire incroyable mais terriblement plausible, "Anonymous" propose une réponse aussi captivante qu’impressionnante. Au cœur de l’Angleterre élisabéthaine, dans une époque agitée d’intrigues politiques, de scandales, de romances illicites à la Cour, et de complots d’aristocrates avides de pouvoir, voici comment ces secrets furent exposés au grand jour dans le plus improbable des lieux : le théâtre…  


Avis : 
Attention, Roland Emmerich tente de s'assagir ! Après nous avoir offert du bon gros blockbuster idiot (2012, Le Jour d'après...), il retourne en Allemagne avec un budget moins conséquent pour les besoins de ce Anonymous, surfant pour l'occasion sur le débat autour de la paternité des oeuvres de William Shakespeare, question qui était particulièrement à la mode à l'époque - vous n'alliez quand même pas croire que le réalisateur allemand avait laissé son opportunisme de côté ?


Grâce à une reconstitution soignée et un casting très convaincant, Emmerich nous plonge dans l'Angleterre du seizième siècle et réussit son entrée en matière. Mais très vite, il va opter pour plusieurs flashbacks consécutifs, un élément qui deviendra vite récurrent dans le film et qui constituera son premier défaut. On se perd parfois un peu dans ces changements d'époque, et on s'agace également devant le procédé terriblement mal amené. Très vite, on s'aperçoit également que la mystère autour de l'auteur de Roméo et Juliette, très vite éventé, ne sert finalement que de prétexte aux intrigues de la Cour d'Elisabeth Ire d'Angleterre. Et si Shakespeare est présenté comme un salaud opportuniste, alcoolique, obsédé et sans aucun scrupule, on l'abandonne donc très vite.

Emmerich s'intéresse donc surtout à la question de la succession au trône d'Angleterre, aux histoires de sexe et d'héritiers plus ou moins légitimes de la Reine, et va définitivement pousser le bouchon trop loin. Les révélations se succèdent à un rythme infernal, donnant à toute cette histoire l'aspect d'un scénario de soap opera au rabais.Machin, auteur des textes attribués à Shakespeare, fait donc un enfant à Bidule alors qu'il est marié à Machine, ce qui ne plaît pas à Trucmuche qui va comploter avec Bazar, lui-même père de Machine qui va tout révéler à Machin avant que l'on ne découvre l'identité de Schmilblick, ami de Machin et proche de Bidule. Le tout s'enchaînant dans la dernière demi-heure du film.

On pensait donc apprécier le fait qu'Emmerich s'écarte du sentier des blockbusters hollywoodiens, mais force est de constater qu'on préfère presque quand il fait tout exploser autour de personnages aux belles valeurs. Parce que si cet Anonymous a de belles qualités esthétiques, le réalisateur se perd complètement en voulant mêler deux intrigues sans grand rapport, les laissant toutes les deux dans un état larvaire sans progression jusqu'à des révélations grotesques. Heureusement, Roland Emmerich a retrouvé la raison : en 2013, il va faire péter la maison blanche dans White House down. Ouf !

Note : 4/10


mardi 2 avril 2013

Syngué Sabour - Pierre de patience


Titre : Syngué Sabour - Pierre de patience
Réalisateur : Atiq Rahimi
Acteurs : Golshifteh Farahani, Hamidreza Javdan, Hassina Burgan
Date de sortie en France : 20 février 2013
Genre : drame

Synopsis : 
Au pied des montagnes de Kaboul, un héros de guerre gît dans le coma ; sa jeune femme à son chevet prie pour le ramener à la vie. La guerre fratricide déchire la ville ; les combattants sont à leur porte. La femme doit fuir avec ses deux enfants, abandonner son mari et se réfugier à l'autre bout de la ville, dans une maison close tenue par sa tante. De retour auprès de son époux, elle est forcée à l'amour par un jeune combattant. Contre toute attente, elle se révèle, prend conscience de son corps, libère sa parole pour confier à son mari ses souvenirs, ses désirs les plus intimes... Jusqu'à ses secrets inavouables. L'homme gisant devient alors, malgré lui, sa "syngué sabour", sa pierre de patience - cette pierre magique que l'on pose devant soi pour lui souffler tous ses secrets, ses malheurs, ses souffrances...  

Avis :
Avec Syngué Sabour, Atiq Rahimi adapte lui-même son propre roman du même nom, lauréat du prix Goncourt en 2008. Sur fond de guerre civile en Afghanistan, il se concentre sur une femme veillant sur son mari inconscient depuis qu'il a pris une balle dans la nuque. Trop pauvre pour se procurer des médicaments, elle ne peut compter que sur la prière pour espérer voir l'homme se réveiller et, sous la menace des attaques, choisit de confier ses deux filles à sa tante, restant ainsi seul avec lui, et en profitant bientôt pour lui confier ses secrets, la domination de son mari l'empêchant d'avoir de vraies discussions avec lui tant qu'il était en pleine possession de ses moyens.

Syngué Sabour - Pierre de patience va ainsi prendre la plupart du temps la forme de longs monologues pendant lesquels la femme va peu à peu se libérer, prendre pleinement conscience d'elle-même et avouer peu à peu ses secrets les plus honteux à un homme réduit à l'état d'objet - comme dans un juste retour des choses, une inversion de la condition de l'homme et de la femme en temps normal. Le mari devient un objet qu'il convient de cacher, ne servant plus que de confident, de "syngué sabour", la fameuse pierre de patience.


De la patience, il en faudra d'ailleurs au spectateur pour suivre un film où il ne se passe finalement pas grand chose. A l'exception de la venue d'un soldat dans la seconde partie, on se contente d'assister aux confessions de la femme dans un endroit unique. Heureusement, Golshifteh Farahani, jeune actrice que l'on a déjà pu voir dans A propos d'Elly d'Asghar Farhadi, Mensonges d'état de Ridley Scott ou Poulet aux prunes de Marjane Satrapi, est formidable, son jeu tout en nuance servant merveilleusement l'évolution subtile du personnage et suffisant largement à maintenir l'intérêt du spectateur. 

Si l'on s'ennuie parfois, on regrettera également un final un peu trop convenu et prévisible, gâchant à mon sens la finesse caractérisant jusqu'alors le film. Dommage, car l'intérêt du film venait justement de cette lente transformation de la femme, aspirant à plus d'attention et de liberté après des années d'enfermement physique et psychologique. Un bémol qui empêche le film de se hisser parmi les oeuvres les plus marquantes du cinéma du Moyen-Orient de ces dernières années.


Note : 7/10



lundi 1 avril 2013

Le Monde fantastique d'Oz


Titre : Le Monde fantastique d'Oz (Oz : the great and powerful)
Réalisateur :  Sam Raimi
Acteurs : James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams
Date de sortie en France : 13 mars 2013
Genre : fantastique, fantasy

Synopsis : 
Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…
Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?

Avis : 
Plus de 70 ans après Le Magicien d'Oz de Victor Fleming, Sam Raimi nous propose de replonger dans le pays d'Oz afin de découvrir les origines de son Magicien, mais aussi de sa méchante sorcière de l'ouest. C'est également l'occasion de retrouver la ville d'emeraude, Glinda la gentille sorcière du sud, les Munchkins et la célèbre route de brique jaune. Sam Raimi glissera aussi quelques clins d'oeil aux personnages du film de 1939, avec ce que l'on devinera être le Lion et le créateur de l'Homme de fer-blanc.


Autre hommage appuyé au film de Victor Fleming : Sam Raimi débute son film en noir et blanc, la couleur n'apparaissant, comme pour l'oeuvre originale, que lorsque nous arrivons au pays d'Oz. Il va également reprendre le système de doubles, les acolytes du magicien au Kansas ayant leur équivalent dans le monde féerique. Le réalisateur reproduit donc fidèlement le célèbre univers afin de retracer le parcours du Magicien et des sorcières, tout en restant dans le divertissement familial.


Dans un univers très coloré et délicieusement kitsch, nous découvrirons ainsi pourquoi la Méchante sorcière de l'ouest est si méchante, à travers une ambiance et une histoire très "disneyienne". Les nouveaux compagnons d'Oz, moins attachants que l'Epouvantail, l'Homme de fer-blanc et le Lion, restent ainsi très enfantins, et seul le personnage de Theodora est véritablement intéressant. La progression est également très linéaire, le groupe se contentant finalement d'aller et venir sur la route de brique jaune, et l'évolution du Magicien restant très prévisible.

On a ainsi un peu de mal à véritablement se passionner pour le film, jusqu'au formidable final opérant la jonction entre le film et son modèle, à grands renforts d'effets spéciaux et d'explosions multicolores. Un passage très réussi où le réalisateur des Evil Dead et des Spiderman glisse quelques images assez effrayantes, mais rappelle aussi par moments les duels de Harry Potter et la Coupe de feu ou de Star Wars épisode II : l'attaque des clones.

Sam Raimi signe ainsi un film familial agréable bien que trop convenu, la naïveté inhérente à l'univers d'Oz fonctionnant beaucoup moins 70 ans plus tard. Retrouvant pour l'occasion James Franco, par ailleurs très bien entouré (Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams, quand même !), et glissant l'habituel caméo de Bruce Campbell, le réalisateur risque d'agacer encore ses fans de la première heure, outrés de voir un ancien réalisateur de films d'horreur vendre son âme et réaliser des films tout public. Personnellement, je préfère largement voir ce Monde fantastique d'Oz plutôt que le paresseux Jusqu'en Enfer, par ailleurs bien moins effrayant.

Note : 6/10