A l’issue d’un shooting et surtout de son after, un pubard s’endort sur
un matelas pneumatique, au coeur d’une gigantesque piscine. Il se
réveille pour constater que le niveau de l’eau a suffisamment baissé
pour qu’il se retrouve coincé, sans personne pour le secourir. Un
crocodile très joueur le rejoint…
Avis :
Deux personnes coincées dans une piscine avec un crocodile : c'est le point de départ, assez original, du thaïlandais The Pool, que l'on aura notamment découvert en France grâce au site de streaming Shadowz. Une promessealléchante, dans un genre, le film de crocodiles, généralement synonyme de médiocrité et de banalité : cette fois, on n'aura que la médiocrité.
Il faut dire qu'il est compliqué de débrancher le cerveau et de se laisser porter par le film de Ping Lumpraploeng, tant celui comporte de défauts rédhibitoires. Dès les premières minutes, l'interprétation fait tiquer, et les personnages principaux n'attirent guère la sympathie. Par la suite, entre des effets numériques franchement moches et des péripéties invraisemblables, on glisse peu à peu du survival prometteur au bon gros nanar qui tache. Et on va beaucoup rire.
Car les pauvres Day et Koy ont deux principales qualités : ils sont cons comme des manches à balai (non mais vraiment, au point de ne pas explorer les deux chemins pouvant potentiellement mener à la liberté, à se laisser prendre au piège de la piscine ou à rater lamentablement tout ce qu'ils entreprennent), et sont sans doute les personnages les plus malchanceux du monde, ratant systématiquement des possibilités de s'échapper parce qu'ils regardaient ailleurs. On finit par rire franchement devant l'accumulation improbable de leurs ratés, mais aussi face à l'imagination perverse du scénariste qui donne tout ce qu'il a pour les laisser dans leur piscine, souvent au détriment de toute logique ou de toute cohérence. Mentions spéciales pour la livraison de la pizza, le héros monstrueusement endurant et résistant, ou l'héroïne championne d'apnée.
The Pool ne vient donc pas redorer le blason du film de crocodile, cédant aux sirènes de la surenchère permanente pour un résultat prêtant largement à rire à ses dépens. Un bon gros nanar comme on les aime !
Une équipe de film vient tourner un documentaire sur le chamanisme dans
un village thaïlandais. Ils s’intéressent tout particulièrement à Nim,
une chamane habitée par un esprit qui se transmet de génération en
génération dans sa famille. Mais le tournage va prendre une tournure
terrifiante…
Avis :
Le cinéma thaïlandais n'est sans doute pas celui que l'on connaît le plus, même pour les amateurs de cinéma asiatique. Une méconnaissance sans doute due à l'exploitation d'un folklore local assez hermétique, avec ses nombreux phi (un terme que l'on pourrait traduire par esprit mais qui est en même temps beaucoup plus riche que ça) et ses légendes locales, comme celle de Nang Nak, exploitée dans de très nombreux films ; mais aussi pour leur goût pour les débordements dérangeants, avec par exemple l'étonnant phi Krasü, créature constituée d'une tête volante d'où pendent ses entrailles, ou l'exploitation horrifique de foetus et de bébés, comme dans The Snow white. Bref, rien de très vendeur pour le grand public occidental, qui ne connaît souvent ce cinéma que par le biais des frères Pang (la saga The Eye, Les Messagers) ou des réalisateurs Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakun (l'excellent Shutter et Alone). Des éléments qui expliquent peut-être pourquoi The Medium ne débarquera sans doute pas sur nos écrans, en dehors de sa projection au Festival du Film Coréen à Paris. Dommage.
Pourtant, le film est précédé d'une énorme réputation, née notamment de son exploitation en Corée du Sud : des journalistes qui en pleurent de terreur, des critiques qui en font des cauchemars (ce qui arrivera également à l'un de nos chroniqueurs les plus chevronnés !), des séances où l'on laisse la lumière allumée pour rassurer les spectateurs, d'autres où des bouchons d'oreilles sont distribués... Forcément, même si l'on se méfie toujours de ce genre d'échos (on ne compte plus les films médiocres faisant leur promotion sur les réactions disproportionnées des spectateurs), ça intrigue et donne clairement envie de se faire une idée soi-même.
Une envie d'autant plus grande que le réalisateur n'est autre que Banjong Pisanthanakun (Shutter donc, mais également l'un des plus gros succès de l'histoire du cinéma thaïlandais avec Pee Mak, adaptation... de la légende de Nang Nak), et que le producteur et scénariste est le sud-coréen Na Hong-jin, réalisateur des formidables The Chaser et The Strangers, qui reste l'une des rares expériences cinématographiques de ces dernières années à m'avoir véritablement remué.
The Medium se présente comme un reportage suivant le personnage de Nim, une chamane possédée par l'esprit de Ba Yan, et faisant le lien entre la divinité et le village. Dans la famille de Nim, cette tâche se transmet de génération en génération : sa grand mère, puis sa tante ont été possédées par Ba Yan, mais sa soeur Noi a refusé de devenir medium, préférant se tourner vers le Christianisme. Noi vient par ailleurs de perdre son mari, Wiroj, mort d'un cancer, peu après le suicide de leur fils, Mac. Enfin, Nam et Noi ont également un frère aîné, Manit.
Pisanthanakun prend le temps de nous présenter ces personnages, leurs différents caractères, ce qui les lie et ce qui les sépare, et même certains éléments de leurs passés respectifs, comme le destin du grand-père puis du père de Wiroj. En plus d'apporter une vraie profondeur aux protagonistes (par ailleurs parfaitement interprétés, notamment par Sawanee Utoomma et Narilya Gulmongkolpech), tous ces détails auront leur importance dans l'histoire, renforçant la crédibilité de ce qui leur arrive. Une histoire qui, elle-même, prend le temps de se développer, et réussit même par le biais de ce faux documentaire à donner ou à suggérer au profane les clés nécessaires à la compréhension des événements folkloriques.
Et ça fonctionne parfaitement. Comme souvent dans les films traitant de possession, le spectateur attentif pourra repérer les premières manifestations, souvent subtiles, comme un comportement qui change légèrement (un manque d'attention lors de funérailles par exemple) ou un étrange reflet dans une vitre. Les manifestations deviennent ensuite plus classiques, plus évidentes, mais restent terriblement efficaces grâce à un sens aigu de la mise en scène (l'utilisation des caméras portées par l'équipe aura rarement été aussi judicieuse - quitte à parfois sembler artificielle) et du timing.
C'est simple, si le film progresse très lentement durant sa première heure, installant parfaitement ses enjeux et son ambiance, la pression monte ensuite très vite, pour ne plus lâcher le spectateur durant 40 minutes. On bascule alors dans des séquences terrifiantes, où les rares jump-scares viennent simplement nous permettre de souffler quelques secondes avant de replonger dans l'ambiance cauchemardesque accompagnant l'ultime séquence. A l'image de la dernière partie de The Strangers, avec lequel le film partage de nombreux points (le lien entre modernité et tradition, la présence discrète et pourtant omniprésente des croyances, la perversion de l'innocence, l'importance de l'héritage...), on ressort complètement lessivé de cette conclusion, qui nous hante encore bien longtemps après que les lumières se sont rallumées.
The Medium est une vraie expérience, qu'il est presque criminel de ne pas proposer sur grand écran, notamment pour profiter d'une ambiance sonore particulièrement immersive. Clairement le meilleur film horrifique de l'année, et l'une des oeuvres les plus marquantes depuis longtemps, The Medium est un film qu'on a autant envie de vite revoir, afin de mieux appréhender certains détails de l'histoire, que d'oublier, tant il peut être éprouvant.