mercredi 19 mai 2021

Godzilla vs Kong


Titre : Godzilla vs Kong
Réalisateur : Adam Wingard
Acteurs : Alexander Skarsgård, Kyle Chandler, Millie Bobby Brown
Date de sortie en France : 
Genre : fantastique, action

Synopsis : 
À une époque où les monstres parcourent la Terre, et alors que l’humanité lutte pour son avenir, Godzilla et King Kong, les deux forces les plus puissantes de la nature, entrent en collision dans une bataille spectaculaire inédite. Alors que Monarch se lance dans une mission périlleuse en terrain inconnu, et qu’il découvre des indices sur les origines des Titans, un complot humain menace d’éradiquer ces créatures – qu’elles soient bonnes ou mauvaises – de la surface de la planète.

Avis : 
En 1962, pour son troisième film, Godzilla affrontait le monstre le plus emblématique du cinéma dans le bien nommé King Kong contre Godzilla. Soixante ans plus tard, c'est dans le cadre du MonsterVerse, où il apparaît également pour la troisième fois (après Godzilla (2014) et Godzilla II - Roi des monstres), que le Big G croise la route du Roi de Skull Island. Un affrontement que l'on aurait dû voir débarquer sur nos écrans en 2020, mais qui a ensuite été reporté en raison de la pandémie de Covid19, jusqu'à débarquer en France en VOD. A l'heure où j'écris ces lignes , aucune date de sortie n'est prévue sur nos grands écrans. Ce serait quand même dommage : même si beaucoup de monde l'a sans doute déjà vu, c'est typiquement le genre de spectacle qui se savoure pleinement plongé dans le noir, avec un écran de plusieurs mètres et une installation sonore de malade. 


Se focaliser sur les monstres, et laisser de côté les humains : voilà donc la recette idéale du film de monstres selon le réalisateur de Godzilla vs Kong, Adam Wingard. Une proposition alléchante, surtout après un Godzilla II - roi des monstres qui laissait beaucoup trop de place à ses personnages sans intérêt. Encore faut-il l'assumer. Et c'est là où le bât blesse : si Godzilla vs Kong remplit parfaitement sa promesse de spectaculaire, il se loupe complètement sur les personnages qui sont, une nouvelle fois, bien trop mis en avant pour ce qu'ils ont à apporter. 

On s'attendait donc à voir des monstres géants s'en foutre plein la tronche, et on ne sera pas déçus : il ne faudra que 10 minutes de films pour voir Godzilla détruire une zone industrielle et redécouvrir Kong sur son île. Les affrontements entre les deux icônes tiendront parfaitement leur promesse, notamment celui sur le porte-avion, bénéficiant d'effets spéciaux monstrueux et d'une mise en scène efficace. Tout juste pourra-ton regretter une physique fantaisiste par moments (ça bondit comme une gymnaste soviétique après 3 piqûres), ou une ville de Hong Kong où l'on ressent terriblement le côté artificiel du décor, mais ça envoie du lourd et, encore une fois, ça mériterait clairement d'être vu au cinéma. 

Martha...
WHY DID YOU SAY THAT NAME ???

Le problème, c'est que contrairement à ce que prétend Wingard, il y a des personnages, et ils prennent beaucoup, beaucoup trop de place. Pour rien. Au point de voir la saillie du réalisateur comme l'aveu d'un terrible échec : il y a une énorme différence entre ne pas vouloir développer ses personnages, et ne pas savoir le faire.  On va ainsi se farcir les caricatures que l'on retrouve beaucoup trop souvent dans les blockbusters de ces dernières années : le sidekick comique noir (complotiste de surcroît, c'est dans l'air du temps), le pote geek obèse et peu courageux (devinez qui va sauver la mise à tout le monde ?), Millie Bobby Brown qui n'est là que parce qu'elle est connue du grand public, la gamine sourde-muette (enfin, quand ça l'arrange) qui va apprendre la langue des signes à Kong, le méchant capitaliste tellement méchant que même sa fille est méchante (devinez qui va se faire tuer par sa propre ambition ?)... Dans un genre où les meilleurs films sont ceux qui parviennent à développer les personnages humains (Godzilla, King Kong et son remake par Jackson, les Gamera des années 90), il suffit pourtant de pas grand chose pour donner un peu d'intérêt ou d'enjeux : Kong : Skull island y parvient parfaitement par exemple. Mais même ce minimum semble inaccessible ici. 

Au final, Godzilla vs Kong n'offre pas exactement ce qu'on pouvait en attendre. Si on a bien du divertissement spectaculaire et sans prise de tête, le film donne une nouvelle fois trop de temps à des personnages sans intérêt et à un scénario complètement vide, contrairement à ce qu'annonçait Adam Wingard, malheureusement devenu le gentil yes-man à sa mémère. J'avoue ne pas forcément avoir hâte de le voir s'attaquer à la suite déjà prévue : Son of Kong



vendredi 30 avril 2021

Irréversible (version originelle / inversion intégrale)


Titre : Irréversible
Réalisateur : Gaspar Noé
Acteurs : Vincent Cassel, Albert Dupontel, Monica Bellucci
Date de sortie en France : 24 mai 2002 (version originelle) / 26 août 2020 (inversion intégrale)
Genre : drame, rape & revenge 

Synopsis : 
Une jeune femme, Alex, se fait violer par un inconnu dans un tunnel. Son compagnon Marcus et son ex-petit ami Pierre décident de faire justice eux-mêmes.

Avis : 
Il avait été le grand choc du Festival de Cannes en 2002 : rape & revenge ultra-violent, bénéficiant de noms prestigieux au casting (Dupontel, Bellucci, Cassel), Irréversible de Gaspar Noé avait secoué pas mal de monde, tant pour son sujet que pour sa forme, avec de longs plans séquences, avec ces images tourbillonnantes, ses sons à basse fréquence, mais aussi son montage antéchronologique. Dix-huit ans plus tard, le film est ressorti en "inversion intégrale", remonté de façon chronologie, afin de nous faire appréhender de façon différente les événements. 


Le principal intérêt du montage original était de nous faire découvrir, après l'explosion de violence initiale, le caractère des différents personnages, et de permettre une certaine réflexion au spectateur sur l'aspect moral ou non de la vengeance. Cette réflexion était également renforcée par la révélation sur l'identité du violeur, mais aussi sur les scènes plus légères qui se succédaient jusqu'à la fin : à l'écran, c'est beau, mais dans l'esprit du spectateur, tout est perverti par le fait d'avoir déjà assisté au tragique destin des personnages. 

En "inversion originale", le film devient un vulgaire rape & revenge comme il en existe des dizaines. Long à démarrer, avec des personnages auxquels on n'accorde plus aucune sympathie (leurs défauts nous sautent bien plus aux yeux, de même que la faiblesse de l'écriture). Toute réflexion disparaît, laissant place au schéma habituel "exposition - viol - vengeance" du genre, qui a connu plus violent et plus radical - et donc, quelque part, plus réussi. Sans nier la force de la scène du viol, ou la violence de la séquence de l'extincteur, leur impact est bien moins fort dans ce sens, tout comme celui de la fameuse révélation. 

J'avais beaucoup aimé (autant que faire se peut) la version de base d'Irréversible, dont le montage faisait oublier les défauts. Défauts qui apparaissent soudain au grand jour avec le remontage chronologique, perdant une grande partie de la force et de l'impact du film juste pour expliciter de façon plus évidente les caractères des protagonistes. Le temps détruit tout, paraît-il : sans doute peut-on en dire autant d'un montage différent. 



jeudi 29 avril 2021

Mortal Kombat


Titre : Mortal Kombat
Réalisateur : Paul W.S. Anderson
Acteurs : Christophe Lambert, Robin Shou, Linden Ashby
Date de sortie en France : 25 octobre 1995
Genre : fantastique, arts martiaux

Synopsis : 
Lord Rayden fait équipe avec un guerrier, un maître en arts martiaux et une belle détective pour remporter le tournoi Mortal Kombat. S'ils échouent, ce sera la fin de l'Humanité.

Avis : 
Si les adaptations de jeux vidéo débarquent régulièrement sur nos écrans de cinéma, ça n'a pas toujours été le cas. Mais au début des années 90, trois licences vont connaître, coup sur coup, les joies du cinéma : Super Mario Bros. en 1993, Street Fighter en 1994, et Mortal Kombat, qui nous intéresse ici, en 1995. Si les deux premiers restent surtout dans les mémoires pour leur absolue médiocrité (j'ai néanmoins une certaine sympathie pour le second...), le troisième est souvent cité comme exemple des moins pires adaptations.  A l'heure où une nouvelle version arrive sur les écrans, il est temps de se replonger sur le film de Paul W.S. Anderson - qui flinguera plus tard d'autres licences vidéoludiques avec les adaptations médiocres de Resident Evil  ou Alien vs Predator


Mortal Kombat étant à l'origine un jeu de baston, principalement réputé pour sa violence graphique, on ne s'attardera évidemment pas sur le scénario. L'histoire n'est qu'un prétexte aux combats, et on appréciera en fait ce côté joyeusement rentre-dedans : on caractérise vite fait le héros via un drame, on présente les personnages secondaires de façon purement formelle, on nous balance un enjeu trop gros pour être vrai... et on met l'accent sur LA star du film, Christophe Lambert, en totale roue libre dans le rôle de Raiden, et dont le rire alimente encore, 25 ans plus tard, de nombreuses conversations sur internet. Et, de façon presque incroyable, alors que tout ça ne devrait pas fonctionner : ça fonctionne. 

Les personnages bénéficient d'un charisme certain, et les combats s'enchaînent à un bon rythme et avec une certaine efficacité, entrecoupés de répliques parfaitement péremptoires. On appréciera ainsi l'affrontement entre Johnny Cage et Goro, contre Scorpion ou le duel final entre Liu Kang et Shang-Tsung. Pourtant, on est loin des sommets des arts martiaux, l'ensemble n'est pas toujours bien chorégraphié et ne se donne pas forcément la peine d'essayer, et on ne retrouve à aucun moment les débordements sanglants des jeux. Mais, encore une fois, ça fonctionne. 

Bien sûr, impossible également de ne pas souligner la musique, et son thème devenu culte. Mortal Kombat est ainsi l'exemple typique du film qui ne devrait pas fonctionner tant il est bourré de défauts, mais qui est finalement assez efficace pour bénéficier d'une certaine indulgence. Quelques éléments ont bien entendu pas mal vieilli depuis (Reptile), mais le film demeure un divertissement assez agréable, sans doute grâce à une certaine naïveté et une sincérité trop rarement présentes dans le genre.