jeudi 31 mars 2016

Jodorowsky's Dune


Titre : Jodorowsky's Dune
Réalisateur : Frank Pavich
Acteurs : Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger
Date de sortie en France : 16 mars 2016
Genre : documentaire

Synopsis : 
En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de "Dune" au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes "El Topo" et "La Montagne sacrée", accepte.

Avis : 
C'est l'histoire du plus grand film‭ ‬jamais réalisé.‭ ‬D'une œuvre devenue culte alors que personne n'a jamais pu la voir.‭ ‬L'adaptation du roman de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky (La Montagne sacrée, La Danza de la realidad) dans les années‭ ‬70‭ ‬est de celles qui ont révolutionné le cinéma de science-fiction...‭ ‬alors que le film n'a jamais pu être réalisé.‭ ‬Une œuvre folle qui méritait bien un documentaire afin de mieux cerner le monstre qu'aurait pu devenir ce film et l'influence qu'il a eue sur le cinéma.‭


Le film de Frank Pavich s'articule autour des interviews de l'inimitable Alejandro Jodorowsky lui-même,‭ ‬qui évoque la conception de son film avec un enthousiasme communicateur,‭ ‬mais aussi avec le recul des‭ ‬40‭ ‬ans écoulés depuis cet échec.‭ ‬Plus qu'une simple œuvre cinématographique,‭ ‬son Dune est pensé comme une œuvre d'art,‭ ‬qui doit dépasser les limites du grand écran,‭ ‬jusqu'à devenir un objet sacré.‭ ‬Pour cela,‭ ‬il va s'entourer d'une équipe de "guerriers",‭ ‬débusquant des talents alors méconnus,‭ ‬utilisant parfois les moyens les plus fous pour recruter les artistes les plus aptes à interpréter sa vision.

Moebius‭ ‬/‭ ‬Jean Giraud,‭ ‬repéré pour son Blueberry et qui continuera à travailler avec Jodorowsky sur la BD L'Incal ‭; ‬H.R.‭ ‬Giger ‭; ‬Chris Foss,‭ ‬illustrateur ayant entre autres travaillé sur de nombreuses couvertures de roman de SF ‭; ‬Dan O'Bannon,‭ ‬recruté grâce à son travail sur le Dark Star de Carpenter ‭; ‬Pink Floyd et Magma à la musique ‭; ‬Salvador Dali,‭ ‬payé‭ ‬100‭ ‬000‭ ‬euros la minute utile‭ (‬ ‭!)‬ ‭; ‬Orson Welles,‭ ‬à qui le réalisateur promet de recruter pour le tournage le cuisinier de son restaurant favori ‭; ‬David Carradine,‭ ‬Udo Kier,‭ ‬Amanda Lear...‭ ‬Une liste de noms si monstrueux qu'on peine à imaginer ce qu'aurait pu donner le film,‭ ‬malgré les interviews de plusieurs d'entre eux et les dessins réalisés par les artistes pour le film.‭ ‬On remarquera d'ailleurs que plusieurs d'entre eux ont se sont retrouvés sur le tournage d'Alien,‭ ‬le huitième passager,‭ ‬quelques années plus tard.


Le documentaire retranscrit à merveille la passion un peu folle de Jodorowsky pour son œuvre.‭ ‬Le réalisateur lui-même s'amuse un peu de la démesure de son projet,‭ ‬notamment quand il évoque la durée phénoménale de‭ ‬14‭ ‬heures qu'il lui aurait fallu pour mettre en images son script,‭ ‬et évoque sa déception lorsque le film n'a pas pu se faire,‭ ‬ou quand David Lynch a été chargé de l'adaptation de Dune‭ – ‬déception passagère,‭ ‬Jodorowsky avouant presque honteusement avoir été soulagé devant le fiasco du réalisateur d'Eraserhead.

On sort de ce documentaire avec le sentiment un peu particulier d'avoir passé un excellent moment, d'avoir appris beaucoup de choses... mais aussi le terrible regret de ne pouvoir découvrir cette oeuvre hors du commun qu'aurait pu nous offrir Alejandro Jodorowsky. Si l'on peut retrouver l'influence de ce film dans une quantité considérable de films, de Star Wars à Prometheus, on aimerait également pouvoir mettre la main sur le magnifique storyboard dont il n'existe plus que quelques exemplaires, ou voir un réalisateur relever le défi lancer par le réalisateur chilien : réaliser enfin ce Dune, en film d'animation par exemple. En tout cas, ce documentaire est une oeuvre à voir pour tout fan de film de science-fiction.

Note : 9/10



mardi 29 mars 2016

Moonwalkers


Titre : Moonwalkers
Réalisateur : Antoine Bardou-Jacquet
Acteurs : Ron Perlman, Rupert Grint, Robert Sheehan
Date de sortie en France : 2 mars 2016
Genre : comédie

Synopsis : 
Juillet 1969, Tom Kidman, l'un des meilleurs agents de la CIA de retour du Vietnam, est envoyé à Londres pour rencontrer Stanley Kubrick et le convaincre de filmer un faux alunissage au cas où la mission Apollo 11 échouerait. Kidman ne trouve pas Kubrick, mais il tombe sur Jonny, le manager raté d'un groupe de rock hippie. Tout les oppose, mais ils n’auront pas d’autre choix que de travailler ensemble, remplacer Kubrick, tromper la CIA, éviter les drogues hallucinogènes et sauver leur vie en montant la plus grosse supercherie de l’histoire.

Avis : 
Avec Moonwalkers, Antoine Bardou-Jacquet va tourner en dérision les rumeurs, toujours à la mode, selon lesquelles l'homme n'a pas vraiment marché sur la Lune, et que les vidéo montrant Armstrong et Aldrin ont en fait été tournées en studio par Stanley Kubrick ! Un complot qui sera donc le point de départ d'un film déjanté et complètement fou.


Car évidemment, la rencontre entre l'agent de la CIA, vétéran du Viêt Nam, et un manager raté dont l'entourage est principalement composé d'artistes ratés et/ou drogués jusqu'à l'os. Cela donne des séquences formidables, avec l'éternelle confrontation entre deux mondes diamétralement opposés : la rencontre entre Ron Perlman (Hellboy, Le Nom de la rose) et Robert Sheehan (la série Misfits) qui se fait passer pour Stanley Kubrick, ou les scènes de tournage de la fameuse fausse vidéo.

On appréciera d'ailleurs les nombreux clins d'oeil à la filmographie du réalisateur de 2001 : l'odyssée de l'espace (comme La Pie voleuse de Rossini en fond sonore pendant une séquence très violente, par exemple). Mais le coeur du film reste quand même l'immense détournement lié aux images "de la Lune", avec des idées toutes les minutes ou la personnalité complètement folle de Renatus, le réalisateur, le tout dans une ambiance psychédélique parfois un peu lourde, régulièrement idiote, mais souvent très drôle.

Moonwalkers est donc une sympathique petite comédie, regroupant les excellents Ron Perlman, Robert Sheehan et Rupert Grint, qui s'émancipe brillamment de la saga Harry Potter avec ce rôle. Tout n'est évidemment pas parfait, mais je me suis vraiment amusé devant le film d'Antoine Bardou-Jacquet, qui constitue l'une de mes meilleures surprises depuis plusieurs mois.

Note : 7.5/10



dimanche 27 mars 2016

The Assassin


Titre : The Assassin (Nie yin niang)
Réalisateur : Hou Hsiao-Hsien
Acteurs : Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou
Date de sortie en France : 9 mars 2016
Genre : drame

Synopsis : 
Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil.  Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d'éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l'Empereur  a tenté de reprendre le contrôle en s'organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji'an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l'homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec  "l'ordre des Assassins".

Avis : 
Si vous comptez voir The Assassin, j'ai deux conseils pour vous. Le premier : n'y allez pas ! Le second : si vous ne pouvez pas éviter d'y aller, lisez soigneusement le synopsis. Cela vous permettra de ne pas être perdu pendant plus d'une heure à tenter de définir qui est qui, qui fait quoi, et pourquoi.


Car le film de Hou Hsiao-Hsien sera (volontairement ?) obscur, avec une narration maniant l'art de l'ellipse et du hors-champ, obligeant le spectateur à être particulièrement attentif. Un véritable challenge, tant l'oeuvre du réalisateur taïwanais sera pénible à suivre. Même en ayant l'habitude du rythme parfois très lent du cinéma asiatique, et notamment chinois, The Assassin va battre des records, avec en plus cette impression tenace que le film est lent juste pour être lent, sans que rien ne le justifie.

Evidemment, cela permet au réalisateur de composer quelques plans magnifiques et de jouer sur la perception du spectateur, notamment lors des brefs affrontements, mais cette lenteur complaisante finit par devenir irritante tant elle semble superflue : elle n'apporte absolument rien au récit, ne faisant qu'allonger une histoire qui aurait pu être réglée en 20 minutes tant elle est vide.

Visuellement magnifique, The Assassin est néanmoins l'incarnation type de l'oeuvre insupportable de prétention. Non, étirer artificiellement le temps ne permets ni de camoufler une histoire sans grand intérêt, ni d'insuffler une quelconque puissance ou profondeur à l'ensemble...

Note : 3/10