dimanche 11 juillet 2021

The Wicker man

 

Titre : The Wicker man
Réalisateur : Robin Hardy
Acteurs : Christopher Lee, Edward Woodward, Ingrid Pitt
Date de sortie : 1973
Genre : thriller

Synopsis : 
La veille du 1er mai, un policier du continent vient enquêter sur la disparition d'une fillette sur un îlot écossais. Il se heurte à l'hostilité et au mutisme de ses habitants...

Avis : 
C'est une oeuvre qui aura longtemps été oubliée dans nos contrées, avant d'être peu à peu redécouverte grâce à quelques passionnés tels que Jean-Pierre Dionnet et de devenir un classique, inspirant quelques films récents tels que Midsommar ou The VVitch... et même d'avoir droit à son remake avec l'inénarrable Nicolas Cage. Cette oeuvre, c'est The Wicker man, présent dans la liste des 100 meilleurs films britanniques du British Films Institute et considéré par Christopher Lee comme le meilleur film de sa carrière. 


S'il commence comme une enquête policière assez classique, le film de Robin Hardy va peu à peu brouiller les pistes, et nous emmener comme le sergent Howie dans un univers où les frontières sont floues, où l'on aura constamment l'impression que tout peut arriver, très loin de nos certitudes : celles d'homme de loi et de foi de Howie, celles d'amateurs de cinéma finalement peu habitués à vraiment sortir des sentiers battus du spectateur. En découle un film véritablement unique et particulièrement intelligent. 

Cette intelligence se retrouve d'ailleurs dans la confrontation entre les idées de Howie, chrétien dévot, et les habitants de l'île, adeptes de rites païens. L'intolérance horrifiée de l'un contre la condescendante cruauté des autres : le choc entre les deux mondes donnera des scènes formidables où le policier est confronté à tout ce qui incarne le pêché (notamment le sexe, avec ces villageois aux moeurs libérés, cette célébration de la nudité, ces symboles expliqués aux plus jeunes) et la tentation, comme la célèbre scène où Britt Ekland tente de le séduire. Le tout jusqu'à un final terriblement amoral et subversif, qui achève de faire de ce Wicker man une oeuvre culte, unique et indispensable. 



mercredi 7 juillet 2021

Conjuring : sous l'emprise du Diable


Titre : Conjuring : sous l'emprise du Diable (The Conjuring: the Devil made me do it)
Réalisateur : Michael Chaves
Acteurs : Vera Farmiga, Patrick Wilson, Ruairi O'Connor
Date de sortie en France : 9 juin 2021
Genre : épouvante, thriller

Synopsis : 
Dans cette affaire issue de leurs dossiers secrets – l'une des plus spectaculaires – , Ed et Lorrain commencent par se battre pour protéger l'âme d'un petit garçon, puis basculent dans un monde radicalement inconnu. Ce sera la première fois dans l'histoire des États-Unis qu'un homme soupçonné de meurtre plaide la possession démoniaque comme ligne de défense.

Avis : 
Huitième volet de l’univers cinématographique Conjuring, Sous l’emprise du Diable nous permet de retrouver, 5 ans après Le Cas Enfield, le couple Warren. Entre temps, l’univers s’est enrichi de nouveaux films consacrés à la poupée Annabelle (La Création du mal puis La Maison du mal), au démon Valak dans La Nonne, et à la Llorona dans La Malédiction de la Dame Blanche. C’est d’ailleurs au réalisateur de ce dernier, Michael Chaves, que revient la lourde tâche de succéder à James Wan, ce dernier se contentant de produire et de participer au scénario.

 
Comme pour les précédents épisodes, Conjuring 3 est inspiré de faits réels, ce qui signifie qu’il se base vaguement sur des histoires à la véracité douteuse relayées par des personnes ayant tendance à déformer la réalité. Cette fois, le scénario aborde l’histoire de Arne Cheyenne Johnson, qui après avoir tué son propriétaire, tenta de plaider la possession démoniaque pour expliquer son geste. Sans succès. L’histoire va permettre à la saga d’explorer de nouveaux horizons, entre malédiction et sorcellerie, en privilégiant son côté « enquête » - qui a toujours été, à mes yeux, l’élément le plus réussi de la saga.
 
On n’échappera malheureusement pas aux insupportables clichés que le genre nous vomit à la tronche depuis trop longtemps. Refusant d’installer une quelconque ambiance, le film ne se construit qu’autour de jump-scares stéréotypés et sans surprise, tente de donner le change en faisant beaucoup, beaucoup de bruit, et nous gratifie une nouvelle fois des éternelles séances de contorsionnisme diabolique pour illustrer la possession. On a parfois l’impression que, paniqué à l’idée d’avoir montré un élément un peu plus subtil, Conjuring se met à hurler et à trembler pour vite reprendre les rails de l’épouvante inoffensive grand public.

 
Et si la réalisation de Chaves évite le côté « m’as-tu vu » dans lequel s’enfermait parfois Wan (pas de travelling à 360° à cloche-pied les yeux bandés ici), c’est pour mieux insister sur ses références, le film reprenant par exemple le plan iconique de L’Exorciste, ou pour mieux tuer dans l’oeuf tout élément de surprise. Absolument rien ne dépasse, c’est propre, c’est carré, c’est lisse… c’est l’univers cinématographique Conjuring, et apparemment, c’est ce que veut voir le public, qui se rue en salles à chaque épisode.
 
Si le film n’essaie plus de faire peur, il tente en revanche d’apporter un peu de substance à son scénario. Il faut bien avouer que cela fonctionne plutôt bien, à l’image de ce que proposait par moments Le Cas Enfield. Rien qui viendra renouveler le genre, mais le mystère est assez efficace pour donner envie de suivre l’enquête. Dommage que ça se termine en eau de boudin, entre révélation bancale et vite expédiée, mais c’est sans doute dans cette direction que la saga devrait creuser pour ses inévitables futurs épisodes.
 
De l’épouvante prémâchée, sans saveur, et qui ressemble à tous les films d’épouvante de ces dernières années : Conjuring : sous l’emprise du Diable remplit sans doute parfaitement sa fonction de gentil blockbuster horrifique estival pour adolescent. On passera plus de temps à secouer la tête de dépit qu’à frissonner…
 

 

samedi 5 juin 2021

The Amusement Park


Titre :
The Amusement Park
Réalisateur : George A. Romero
Acteurs : Lincoln Maazel
Date de sortie en France : 2 juin 2021
Genre : drame, thriller

Synopsis : 
Alors qu'il pense passer une journée paisible et ordinaire, un vieil homme se rend dans un parc d'attractions pour y découvrir un véritable cauchemar.


Avis : 
Lorsqu'il y a presque 50 ans, l'Eglise Luthérienne commande à George A. Romero un film destiné à alerter sur les conditions de vie des personnes âgées dans le pays, afin d'attirer les bénévoles, ils ne s'attendaient certainement pas à voir le réalisateur de La Nuit des morts-vivants leur livrer une oeuvre aussi politique qu'expérimentale. Le film ne fut par conséquent pas exploité, et oublié jusqu'en 2018, où une copie fut retrouvée, restaurée, et enfin exploitée en salles. Le résultat est un film qui risque d'en déstabiliser plus d'un, mais qui s'inscrit parfaitement dans la filmographie de Romero, et résonne de façon troublante avec l'actualité. 



Car le réalisateur va nous plonger, aux côtés de son vieillard (Lincoln Maazel, seul comédien professionnel du film, que l'on retrouvera dans Martin), dans un parc d'attraction cauchemardesque où rien ne sera épargné aux plus âgés. Ostracisés (surtout si, en plus d'être âgés, ils sont pauvres et / ou noirs), infantilisés, volés, exploités, violentés, ridiculisés, oubliés, sans soins adaptés... Romero use à merveille de son talent pour la métaphore pour nous faire saisir l'horreur du traitement réservé aux anciens, dans toute sa banalité, son cynisme et son caractère inéluctable. Comme il le rappelle (de façon, il faut bien l'avouer, un peu lourde) lors de son introduction et de sa conclusion, la vieillesse n'est finalement que l'avenir, plus ou moins éloigné, des spectateurs, et une séance de divination indiquera sans ambiguïté que ce destin est celui qui nous attend tous, dans l'indifférence ou l'hostilité des plus jeunes. Un destin sur lequel plane constamment l'ombre de la mort, mais aussi de la démence. 

Au-delà du message sous-jacent, le réalisateur parvient à faire naître une ambiance particulièrement anxiogène en nous plongeant au coeur de ce parc d'attraction. Cacophonie permanente, promiscuité inquiétante, le personnage principal et le spectateur sont harcelés en permanence par des parasites. A l'image de ce qu'il sublimera quelques années plus tard dans Zombie, Romero utilise un lieu unique (le parc d'attractions préfigure le centre commercial) et le pervertit pour symboliser son pays et ses dérives, chaque attraction illustrant les différentes dérives. On ne s'étonnera pas non plus de voir que le film date de 1973, année où sortiront également Season of the witch ou La Nuit des fous vivants (The Crazies), deux films tout aussi politiques sur les dérives de la société américaine - mais pas seulement. Là encore, entre la place de la femme d'un côté et les errances gouvernementales de l'autre, l'écho avec l'actualité est troublant. 

Romero parvient donc à faire d'une oeuvre de commande un film assez terrifiant, faisant naître un réel malaise chez le spectateur qu'il plonge peu à peu dans un véritable cauchemar qu'il ne semble que pouvoir répéter indéfiniment. Un cauchemar qui démontre une nouvelle fois le talent du réalisateur pour mettre en images les dérives les plus cruelles de la société, dérives qui sont encore aujourd'hui particulièrement présentes : il suffit d'observer le traitement réservé aux plus âgés dans certaines maisons de retraites ou pendant la pandémie de Covid-19. Un cauchemar que l'on conseillera surtout aux fans purs et durs du réalisateurs. Les autres risquent, comme les commanditaires du film en 1973, de vite vouloir oublier ce trip expérimental auquel ils n'étaient pas préparés.