mercredi 3 février 2016

Made in France


Titre : Made in France
Réalisateur : Nicolas Boukhrief
Acteurs : Malik Zidi, Dimitri Storoge, François Civil
Date de sortie en France : 29 janvier 2016
Genre : thriller

Synopsis : 
Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris.

Avis : 
Attention, film polémique : destiné à l'origine à sortir en salles en novembre 2015, mais évidemment repoussé en raison de l'actualité, Made in France est finalement sorti directement en VOD. Il faut dire que le sujet est brûlant (une cellule terroriste projetant de frapper en plein Paris), forcément anxiogène, d'autant que certains parallèles ont un écho tout particulier.


Avec sa volonté de réalisme, sans surenchère nauséabonde, Made in France nous montre donc l'évolution d'un groupe de jeune musulmans dans la mise en oeuvre de leur entreprise terroriste. Menés par Hassan (impressionnant Dimitri Storoge), qui revient d'un entraînement militaire et prétend être en relation directe avec des leaders lui désignant des cibles à attaquer, les membres du groupe semblent chacun avoir leur propre raison, plus ou moins compréhensible, de céder à la violence.

Boukhrief ose ainsi nous montrer une réalité glaçante : il est finalement très facile de laver le cerveau de certains jeunes, jusqu'à leur faire oublier certains fondamentaux de la religion, jusqu'à leur faire gober tout et n'importe quoi, jusqu'à les amener aux pires extrémités. Bref, il est horriblement facile de conduire un groupe à massacrer des innocents. L'efficacité du propos se heurte hélas à une réalisation moins inspirée, donnant parfois un aspect téléfilm à l'ensemble, et à quelques ficelles un peu trop grosses (les policiers, le journaliste...).

Made in France est ainsi un film glaçant, et pas seulement parce qu'il évoque une actualité douloureuse : il appuie là où ça fait mal, en montrant des situations terriblement crédibles et d'une horrible banalité. Un film nécessaire, qui aurait mérité une sortie en salles, surtout en ce moment.

Note : 8/10




mardi 2 février 2016

Prémonitions


Titre : Prémonitions (Solace)
Réalisateur : Afonso Poyart
Acteurs : Anthony Hopkins, Colin Farrell, Abbie Cornish
Date de sortie en France : 9 septembre 2015
Genre : thriller, fantastique

Synopsis : 
Un tueur en série énigmatique sévit à Atlanta, laissant le FBI totalement désemparé. Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements à l’avance ! En désespoir de cause, ils se tournent vers le docteur John Clancy, un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le passé.

Avis : 
"Comment arrêter un tueur qui prévoit l'avenir ?" : c'est l'accroche que l'on peut lire sur l'affiche française, et avec elle, la promesse d'un thriller original, avec un aspect fantastique plutôt poussé. Pourtant, pendant la plus grande partie du film, nous serons devant une enquête classique pendant une grande partie du film, avant que le personnage du tueur ne se révèle soudain.


Une enquête classique donc, mais plutôt prenante : les scènes de crime sont très réussies, le mystère intéressant, notamment dans le lien qui unit les victimes. De même, le don que possède le personnage interprété par Anthony Hopkins donne lieu à quelques séquences de reconstitution formidables, avec quelques révélations qui nous tiennent en haleine. Le profil de l'assassin nous offre un début de réflexion sur l'euthanasie. Bon, d'accord, vraiment un début, ce ne sera jamais vraiment exploité, et rapidement abandonné, mais la thématique mérite d'être soulevée.

En revanche, le film devient beaucoup moins intéressant lorsque l'on découvre le tueur, mollement incarné par Colin Farrell avec tous les clichés possibles et imaginables, impressions renforcées par une mise en scène multipliant les lieux communs (un crucifix par-ci, une apparition quasi-subliminale par-là), et par un personne passant subitement du génie machiavélique au pire crétin possible. Toute cette partie donne finalement l'impression d'être bâclée, comme si le scénariste n'avait finalement pas su quoi faire de sa thématique de précognition.

Prémonitions est ainsi un thriller sympathique, principalement lorsqu'il se concentre sur son aspect policier. En revanche, à ne savoir que faire de son argument fantastique, il finit par déboucher sur un dernier acte convenu et assez grotesque, dans lequel seul Anthony Hopkins parvient encore à sauver les meubles... Frustrant !

Note : 6.5/10


lundi 1 février 2016

Dheepan


Titre : Dheepan
Réalisateur : Jacques Audiard
Acteurs : Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari, Srinivasan, Claudine Vinasithamby
Date de sortie en France : 26 août 2015
Genre : drame

Synopsis : 
Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Avis : 
Palme d'or au Festival de Cannes 2015, le septième film de Jacques Audiard (Un prophète, De rouille et d'os) nous fait suivre le parcours de Dheepan, ancien combattant tamoul fuyant le Sri Lanka après la défaite de son camp à la fin de la guerre civile. Il est rejoint par Yalini, qui devra se faire passer pour sa femme, et par Illayaal, qui devra prétendre être leur fille.


L'arrivée du trio dans son nouveau logement, les barrières liées à la langue, aux coutumes, l'évolution de leurs sentiments mutuels, la volonté de gagner de l'argent en trouvant des petits boulots, ou le projet plus flou de rejoindre l'Angleterre : dans sa première partie aux allures de chronique sociale, Dheepan est convaincant, touchant même par moments quand la gamine, plus prompte à s'intégrer que ses faux parents, se met à douter de leurs sentiments à son égard.

Hélas, très vite, les défauts apparaissent, principalement dans ce portrait fantasmé d'une ville de banlieue uniquement centrée autour de la violence, et où l'ensemble de la population est composée de petites racailles sans envergure. Une description qui aura son importance, puisqu'elle fera basculer la fin du film dans une espèce de délire très violent et surtout gratuit, pour une dernière partie souvent ridicule, poussant dans ses limites les plus grotesques le principe selon lequel Dheepan est toujours prêt à se révolter pour protéger ses valeurs.

Une excellente chronique sociale, puis un polar débile : Dheepan est une oeuvre un peu bancale, franchement gâchée par un final que ne renieraient pas les producteurs des pires vigilantes jamais mis en images. Un (énorme) bémol qui empêche ce nouvel Audiard de se hisser au niveau de ses précédentes réalisations, malgré de véritables qualité pendant la plus grande partie du film.

Note : 7/10