vendredi 4 janvier 2013

Le Huitième Passager

Janvier 2013. En regardant l'année écoulée, et en faisant un bilan des films que j'avais vus, une conclusion s'impose : si mon amour pour le cinéma horrifique est toujours vivant, il faut bien avouer qu'il me donne beaucoup moins de plaisir que le cinéma plus classique. Pire encore, la plupart des films que j'ai détestés cette année sont des films horrifiques.

Partant de ce constat, j'ai donc décidé, parallèlement à mes chroniques sur horreur.com, d'ouvrir un blog me permettant de parler du cinéma dans son ensemble. Le fait d'avoir vu plus de 140 films sortis en 2012 sur les écrans ou directement en dvd est, il est vrai, une autre motivation, un blog gardant une trace plus évidente de mes modestes avis. Dès lors, autant commencer par un petit bilan de cette année cinématographique, par le biais d'un top 12 et d'un flop 12, comme on peut en voir un peu partout. Mais les miens sont forcément meilleurs, puisqu'il s'agit des miens.

J'essaierai ainsi chaque semaine de parler des films que j'ai vus, principalement des nouvelles sorties, mais parfois aussi de films plus anciens pour me faire plaisir. L'occasion de tordre le cou à certaines idées reçues, comme les supposées omniprésence des remakes et du cinéma américain et nullité du cinéma français, notamment comique, en évoquant des films ne bénéficiant pas toujours du nombre de salles qu'ils méritent. 


jeudi 3 janvier 2013

Top 2012

Il est toujours difficile de ne choisir que 12 films lorsqu'on en a aimé une trentaine, et je dois avouer avoir eu énormément de mal à départager les 20 derniers. Aussi, quelques films comme Argo, Looper, Skyfall, Starbuck, ParaNorman, Martha Marcy May Marlene ou même Amour ne figurent pas loin de cette liste...

12. GOD BLESS AMERICA (Bobcat Goldthwait)

 Terriblement jouissif, God Bless America nous propose de supprimer, les armes à la main, les éléments les plus nauséabonds de l'Amérique moderne : starlettes de la télé-réalité, extrémistes en tout genre, jeunes branleurs dans un cinéma...Rappelant le Chute libre de Joel Schumacher, l'aventure de ce duo haut en couleurs donne un sacré coup de pied au politiquement correct, malgré une certaine baisse de régime dans sa seconde partie. On aimerait cependant voir davantage de films comme celui-ci !


  11. LA CHASSE (Thomas Vinterberg)


Petite polémique à Cannes, La Chasse démontre à quel point un simple mensonge peut prendre d'immense proportions. La parole d'un enfant étant sacrée, et l'accusation de pédophilie étant ce qu'il y a de plus grave, toute objectivité disparaît, et les "aveux" des enfants sont extorqués, jusqu'à mettre sur le dos de la peur et du choc supposé la confession que tout cela n'était qu'un mensonge. Porté par un immense Mads Mikkelsen, Jagten est un film très fort, souvent suffocant, qui trouve un écho tout particulier avec l'affaire d'Outreau, il n'y a pas si longtemps...


  10. I WISH - NOS VOEUX SECRETS (Hirokazu Kore-eda)


Très loin du cynisme et de la noirceur des deux films précédents, I Wish est au contraire une très jolie histoire fondée sur l'innocence et la force de conviction des enfants. Mêlant des thèmes traditionnels du cinéma japonais, comme la confrontation entre tradition et modernité, l'éloignement familial ou la proximité d'une catastrophe naturelle, le film est rempli de bons sentiments mais fait preuve d'une remarquable simplicité et d'une sobriété salutaire à une époque où le cinéma a tendance à toujours appuyer les émotions.


9. DETACHMENT (Tony Kaye)

 Le réalisateur d'American History X n'a rien perdu de sa pertinence. Avec Detachment, il dissèque la vie lycéenne, autant de ses élèves, rebelles, blasés, isolés, violents, que de ses professeurs, trop impliqués ou pas assez. Le personnage interprété par un Adrien Brody retrouvé évolue ainsi au beau milieu d'un film cru et réaliste, où chacun est responsable, par ses actes ou son détachement. Quand Tony Kaye s'attaque au système éducatif américain, c'est quand même bien plus fort que ce qu'Entre les murs nous servait...



8. TAKE SHELTER  (Jeff Nichols)

Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? La perspective d'une tempête de grande ampleur, ou la folie d'un père obsédé par cette idée de tempête. Take Shelter nous propose un voyage aux confins de la folie, pour un film d'une étonnante puissance. Porté par un Michael Shannon une nouvelle fois impeccable (et qui éclipse ici totalement son interprétation, pourtant très bonne, dans le Bug de Friedkin) et une excellente Jessica Chastain, le film stupéfait surtout par son côté anxiogène et même parfois terrifiant, nous laissant toujours dans une semi-certitude destinée à être brisée à chaque seconde.


7. THE DARK KNIGHT RISES (Christopher Nolan)

 Film incontournable cette année, la conclusion de la trilogie semble avoir pas mal divisé. Pourtant, le film est à mon sens l'aboutissement parfait de l'histoire, grâce à une densité et un aspect apocalyptique que ses prédécesseurs, malgré tout le talent d'Heath Ledger, n'atteignaient pas, mais préparaient largement. Les personnages sont traités à merveille, aussi importants qu'anecdotiques au milieu de ce chaos dont s'extraira enfin Batman, embrassant enfin son rôle de héros qui l'attendait depuis Batman Begins. Du grand art.



 6. FRANKENWEENIE (Tim Burton)

En l'espace de quelques mois, Tim Burton aura démontré qu'il était capable du pire (Dark Shadows) comme du meilleur avec cette nouvelle version de son Frankenweenie. Brassant de multiples références, de Nosferatu à Rodan, en passant par les Gamera, Le Cauchemar de Dracula et Vincent Price, il signe ici un des meilleurs films de sa carrière, et retrouve pour l'occasion la magie et l'émotion de ses débuts. Avec Frankenweenie, c'est Tim Burton, plus que Sparky, qui ressuscite.



5. KILLER JOE (William Friedkin)

 Une monstrueuse galerie de personnages, une progression inéluctable, du cul, de la violence, et Joe. Joe et son regard de feu, le dernier souffle qui vient faire basculer une famille déjà profondément déséquilibrée, volant l'innocence de la cadette, fustigeant la passivité du père, ridiculisant les pulsions de la femme adultère et remettant à sa place le fils avide et égoïste. Une descente aux Enfers sans concession, orchestrée par un William Friedkin au sommet de sa forme.




 4. LES ENFANTS LOUPS : AME ET YUKI (Mamoru Hosoda)

Si le studio Ghibli cherche toujours le successeur de Hayao Miyazaki (malgré le très sympathique La Colline aux coquelicots de son rejeton), l'animation japonaise continue de briller avec ce formidable film signé Mamoru Hosoda, déjà derrière Summer Wars et La Traversée du temps. Entre conte initiatique et ode à la nature, le film transcende une histoire assez simple pour nous surprendre grâce aux destins des deux enfants, liés par la même malédiction mais dont la recherche d'identité sera radicalement différente, jusqu'à un magnifique final.



3. MILLENIUM, LES HOMMES QUI N'AIMAIENT PAS LES FEMMES (David Fincher)

Si David Fincher nous prouve depuis longtemps qu'il est un des réalisateurs les plus intéressants du moment à Hollywood, il réussit cette fois le pari de se renouveler en signant cette seconde adaptation, après le Millenium de Niels Arden Oplev, de l'oeuvre de Stieg Larsson. Si Rooney Mara, bien qu'excellente, ne fait pas oublier Noomi Rapace, l'adaptation de Fincher apporte un nouveau souffle à l'histoire, grâce à un visuel irréprochable, une interprétation impeccable et surtout une réalisation parfaite. Le film possède en plus le plus beau générique de l'année, sur la reprise d'Immigrant Song par Trent Reznor.


2. CHEVAL DE GUERRE (Steven Spielberg)

Avec Cheval de guerre, Spielberg pousse à son paroxysme les deux principaux aspects de sa filmographie, le divertissement familial et le grand spectacle. Et ça fonctionne parfaitement, le film offrant autant de scènes de batailles épiques que de moments plus intimistes, plus émouvants, comme cette pause improvisée dans le no man's land entre deux tranchées où les ennemis s'allient pour sauver le cheval. Si Tintin était une petite déception, Cheval de guerre est sans doute la meilleure oeuvre de son réalisateur depuis un bon nombre d'années !

1. DESPUES DE LUCIA (Michel Franco)

Après le coup de poing Daniel y Ana, Michel Franco récidive et nous offre une nouvelle fois une image peu reluisante du Mexique, à partir du même élément déclencheur : le sexe et la vidéo. Il met ici en images le calvaire d'Alejandra qui, après le décès de sa mère, Lucia, découvre une nouvelle école où elle deviendra rapidement le bouc-émissaire. Michel Franco joue avec nos nerfs en faisant durer les séquences d'humiliation, tout en nous épargnant les images des pires sévices, laissant notre esprit faire le reste. Cela donne un film très dur, particulièrement révoltant, et indéniablement l'oeuvre qui m'a le plus remué au cinéma en 2012.

Flop 2012


12. DARK SHADOWS

Depuis 2005 (certains diront depuis encore plus longtemps), nous avons perdu Tim Burton, et Dark Shadows vient consacrer cette chute : le réalisateur s'auto-parodie dans un film où l'humour puéril et / ou gras vient ponctuer une histoire sans relief. Heureusement, Burton se rattrapera largement plus tard dans l'année...


 11. LES TUCHE

 Le genre de film qui peut facilement expliquer la mauvaise réputation de la comédie française. Surfant allégrement sur un Bienvenue chez les ch'tis, le film d'Olivier Baroux ressemble à s'y méprendre à une déclinaison de l'émission de télé-réalité "les Chtis à...", avec la même bêtise, la même vulgarité, les mêmes clichés uniquement destinés à se moquer, jusqu'à en devenir abject.


10. PIEGEE

   Après Contagion, Steven Soderbergh récidive dans le domaine du film qui brille plus par son casting impressionnant que pour ses qualités intrinsèques. Fassbender, McGregor, Paxton, Tatum, Banderas et Douglas entourent donc la monolithique Gina Carano, plus à l'aise en MMA que devant une caméra. Résultat : un film sans aucun intérêt, alignant les poncifs du genre (tiens, une trahison !), dont même les scènes d'action n'arrivent pas à sortir le spectateur de l'ennui.

9. BATTLESHIP

 Comme Piégée, Battleship mise absolument tout sur son pognon, en plaçant quelques noms connus au milieu de ses effets spéciaux omniprésents. Ainsi, Liam Neeson, Taylor Kitsch et Rihanna évoluent tristement dans cette adaptation...du jeu de société Battleship (la bataille navale). Une invasion extraterrestre rappelant Pearl Harbor, en bien moins intense, mais tout aussi idiot...

 8.THE THEATRE BIZARRE


Précédé d'une réputation flatteuse, ce film à sketches est finalement une énorme déception. A l'exception du segment The Accident, rien de bien passionnant à se mettre sous la dent, les réalisateurs manquant cruellement d'imagination, jusqu'à se contenter de scènes chocs pour tenter de marquer le spectateur (Karim Hussain semble d'ailleurs faire carrière sur cet unique idée). Inutilement racoleur donc, l'horreur et la nudité ne servant que de prétexte destiné à faire oublier l'absence de scénario de chaque segment...

7. PARANORMAL ACTIVITY 4

 Parmi les valeurs sûres, la saga Paranormal Activity commençait à m'inquiéter : après un premier épisode tout simplement nul, le deuxième puis le troisième volet montraient une vraie amélioration. Heureusement, ce dernier volet en date replonge dans la nullité du premier volet : il ne se passe rien avant les 3 dernières minutes, à l'exception de la présence d'une entité bien gentille, se contentant de jouer avec les enfants et de cacher quelques objets...

 6. RESIDENT EVIL RETRIBUTION

 Autre saga sur laquelle on peut compter à l'heure de faire la liste annuelle des plus mauvais films : Resident Evil. Persistant sur le chemin de la ringardise, entre ralentis grotesques, bullet time suranné et même effets rayons X, Paul W.S. Anderson oublie une nouvelle fois toute notion de scénario, reprenant pour l'occasion le fil conducteur d'un des livres inspirés de la saga vidéoludique. Grotesque et prétentieux.


5. SUPERSTAR

 Une idée de base réjouissante, mais qui retombe très vite à plat. Le film se contente alors de ressasser les éternelles réserves sur les dérives de la télé-réalité et de la course à la célébrité, et le personnage interprété par Kad Merad, gentil inconnu incapable de réagir ou de se rebeller, devient rapidement irritant.



4. LE GRAND SOIR
 Pas grand chose à dire à propos de ce film, qui n'a lui-même pas grand chose à raconter.On part de nulle part, on brasse de l'air pendant une heure, et on ne débouche nulle part.







3. DEVIL INSIDE

 Dans le genre opportuniste, Devil Inside fait fort : les histoires inspirées de faits rééls, le found footage et la possession sont à la mode ? Autant combiner les trois ! Le tout étant fait avec une absence totale d'imagination et de talent, repoussant les limites de la nullité, ce film a longtemps fait figure de favori au titre de pire film de l'année...

2. CHRONIQUES DE TCHERNOBYL

 Il aura donc fallu 26 ans avant que la catastrophe de Tchernobyl ne nous livre ses retombées les plus négatives, par le biais de cet horrible navet. Dommage que, contrairement au nuage radioactif à l’époque, ce film ne se soit pas arrêté à nos frontières...Et pourtant, on n'avait pas encore vu le pire...


1. THE IMPOSSIBLE

Horriblement artificiel, The Impossible rappelle qu'il ne suffit pas de faire un film sur un événement marquant pour faire naître l'émotion. En tentant vainement de nous extirper une larme, à grand renfort de surjeu (Watts et McGregor n'ont jamais aussi mal joué...), de musique mielleuse et de ficelles scénaristiques grotesques, The Impossible se révèle énervant et, pire que tout, réussit à donner du tsunami l'image d'un petit désastre pas trop grave, puisque de toute façon tout le monde est gentil, tout le monde est disposé à aider son prochain, même quand cela réduit ses propres chances de retrouver un proches. Le tout jusqu'à un Happy end tout bonnement imbuvable.