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samedi 21 janvier 2023

Troll


Titre : Troll
Réalisateur : Roar Uthaug
Acteurs : Ine Marie Wilmann, Kim S. Falck-Jørgensen, Mads Sjogard Pettersen
Date de sortie en France : 1er décembre 2022
Genre : fantastique

Synopsis : 
Lorsqu'une explosion dans une montagne en Norvège réveille un ancien troll, les autorités font appel à une paléontologue intrépide pour l'empêcher de semer le chaos.
 
Avis :
Petit succès de la fin 2022 sur Netflix, le dernier film de Roar Uthaug (La Vague) met en scène une créature issue du folklore scandinave, mais qui n'est pas une figure si présente dans le cinéma : en dehors d'apparitions, souvent courtes, dans des films de fantasy (Le Hobbit, par exemple), on a surtout vu les trolls dans le très sympathique Troll Hunter de André Øvredal, ou dans Border d'Ali Abbasi. 
 
 
Pour l'occasion, le réalisateur de Cold Prey va s'inspirer du Godzilla de Roland Emmerich, jusqu'à en copier certains éléments (les traces de pas comme premiers signes du monstre, le spécialiste enrôlé de force au moment où il vient de faire une découverte, l'alliance avec un militaire, la poursuite sur le pont...), mais va surtout reprendre certains éléments des films de monstres japonais, avec l'utilisation du folklore local, ou le fait que la créature n'est pas décrite comme un simple monstre, mais comme une entité capable de sentiments et symbolisant une certaine forme de tradition face au progrès. 
 
On en viendrait presque à regretter l'orientation très américaine qu'adopte rapidement le film, entre cellule de crise, affrontements à grands renforts d'explosion et personnages sympathiques mais très archétypaux. Les meilleurs passages sont à mes yeux les séquences reprenant les légendes autour des trolls, même si l'affrontement contre les hélicoptères est assez mémorable, grâce notamment à des effets spéciaux impeccables. 
 
Bref, j'ai passé un excellent moment devant ce Troll de Roar Uthaug qui, s'il ne réinvente clairement pas le genre, se montre efficace et prenant. Sur le même thème, j'ai néanmoins une préférence pour l'approche pseudo-documentaire de Troll Hunter



dimanche 7 août 2022

Incantation

 

Titre : Incantation (Zhou)
Réalisateur : Kevin Ko
Acteurs : Hsuan-yen Tsai, Ying-Hsuan Kao, Sean Lin
Date de sortie en France : 8 juillet 2022 (Netflix)
Genre : fantastique, épouvante
 
Synopsis : 
Il y a six ans, Lee Jo-nan était frappée d'une malédiction après avoir brisé un tabou religieux. Aujourd'hui, elle doit protéger sa fille des répercussions de ses actes. 
 
Avis : 
Je ne sais pas si c'est pareil pour vous, mais en tant qu'amateur de cinéma d'horreur et d'épouvante, certains qualificatifs allument immédiatement des alarmes dans mon esprit. Les expressions "le film le plus terrifiant" ou "inspiré d'une histoire vraie", les articles sur des sites de mode ou de jeux vidéo sur les spectateurs apparemment traumatisés par un film, les vagues de tweets à la syntaxe acrobatique indiquant que "se filme ma fé fair dé cochemarres lol ptdr", tout ceci me donne envie de fuir. Tout comme la mention "found footage", devenue depuis longtemps synonyme presque systématique de "bonne grosse daube fauchée sans imagination". Et j'avoue me méfier des films estampillés Netflix, Amazon Prime, Disney+... Alors forcément, quand un found-footage arrive de Taïwan, avec l'étiquette Netflix, auréolé du titre de "plus gros succès horrifique du pays" et qu'il a provoqué plus de terreur chez les adolescents que l'ouverture d'un Bescherelle, tous les voyants sont au rouge ! Mais quand même, là-bas, au fond, quelques petits signes m'ont incité à donner une chance à Incantation : les avis plutôt positifs de quelques connaissances, et les avis les plus négatifs sur Allociné. Merci à vous, car contre toute attente, j'ai plutôt aimé le film de Kevin Ko, malgré quelques gros défauts. 
 

 

La première chose qui frappe devant Incantation, c'est sa volonté d'impliquer le spectateur. A ce titre, on peut presque se réjouir de découvrir le film sur Netflix, et de pouvoir le regarder seul, dans le noir, plutôt que dans une salle bondée. Dès les premières minutes, le personnage principal nous interpelle directement, brisant le sacrosaint quatrième mur, nous fait participer à quelques illusions d'optique, et nous invite à mémoriser une image et à retenir et réciter une incantation afin de protéger sa fille, manifestement victime d'une malédiction ou d'une possession, si l'on en croit les images que nous avons vues un peu plus tôt. Et, régulièrement, on viendra nous rappeler cette fameuse incantation (Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma), nous plongeant entièrement dans le récit. Et si le procédé semble d'abord un peu gratuit, un peu facile, le final nous montrera au contraire que cette façon d'impliquer le spectateur était une vraie bonne idée.

Passées ces instructions, nous nous retrouvons d'abord devant un found-footage assez classique, lorgnant clairement vers Paranormal Activity par exemple (le son qui accompagne les manifestations étranges, l'ombre qui semble s'intéresser à la gamine), en plus agressif. Nous n'en sommes encore qu'aux premières minutes que l'esprit, le fantôme ou le démon qui tourne autour de Ronan et de Dodo s'en est déjà donné à coeur joie pour effrayer le spectateur et, même si l'on connaît parfaitement ces ficelles, cette agressivité est assez efficace. 
 

 
Le rythme retombe ensuite légèrement, tandis qu'Incantation nous aiguille sur sa principale thématique, celle de la malédiction autour de Dodo. C'est sans doute là que se trouve le principal défaut du film... mais aussi l'une de ses principales qualités : l'enquête est assez passionnante, d'autant que l'on découvre totalement le culte lié à Mère Bouddha, entre incantations, sacrifices, et offrandes. Des rituels obscurs, souvent associés au body horror (trypophobes s'abstenir), dont on va, comme les personnages, tenter de recoller les morceaux, comme pour un puzzle macabre. Un puzzle d'autant plus compliqué à appréhender que la narration du film est très éclatée, jonglant sans prévenir entre les époques, nous laissant parfois un peu confus. 

Difficile de vraiment savoir si ce procédé handicape réellement le film : d'un côté, il renforce clairement le sentiment d'inconfort du spectateur qui, déjà baladé par les mouvements des caméras portées par les protagonistes, ne peut même pas réfléchir tranquillement aux éléments qu'il a face à lui. De l'autre, il est parfois vraiment frustrant, et peut clairement faire décrocher les moins attentifs, d'autant que le film est assez long et parfois assez bavard. Il faudrait presque le regarder une seconde fois assez rapidement pour mieux appréhender l'ensemble des subtilités... mais qui en aura vraiment envie ?
 

 
L'éclatement de la narration permet également de détourner un peu l'attention des thématiques souvent classiques, et que l'on connaît déjà via les représentants les plus connus de la J-Horror. L'idée d'une malédiction se transmettant rappelle ainsi Ring ou Kaïro, les allers-retours temporels évoquent la saga Ju-On, et la détérioration de l'état mental de la mère, ainsi que ses conséquences sur la santé de sa fille, font quant à eux écho à Dark water. On retrouve également quelques séquences assez classiques, mais souvent efficaces, de l'apparition furtive d'une ombre à cette route qui se répète, encore et encore, en passant par des objets qui bougent seuls : sans cette malédiction que l'on découvre petit à petit, nous serions sans doute en terrain (très) connu, ce qui ne retire rien à la force de certains passages, comme la visite de la grotte, au centre du mystère. On sera même surpris par le faible nombre de jump-scares, ce qui est forcément une qualité pour un film tentant surtout d'installer une ambiance. 

En dehors d'une narration parfois agaçante, cet Incantation a donc été pour moi une très bonne surprise. Si l'on n'est certes pas sur le film le plus terrifiant de tous les temps. J'ai vraiment adoré découvrir les éléments de cet étrange culte et cette malédiction, j'ai parfois frissonné, et j'ai adoré la façon qu'a le film d'impliquer le spectateur, jusque dans un final vraiment étonnant. Allez, tous avec moi : Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma, Hou-ho-xiu-yi, Si-sei-wu-ma... Tout va bien se passer.
 

 

mardi 22 février 2022

Massacre à la tronçonneuse (2022)

 
 
Titre : Massacre à la tronçonneuse (Texas chainsaw massacre)
Réalisateur : David Blue Garcia
Acteurs : Sarah Yarkin, Elsie Fisher, Mark Burnham
Date de sortie en France : 18 février 2022 (Netflix)
Genre : horreur
 
Synopsis : 
Melody, sa sœur adolescente Lila et leurs amis Dante et Ruth se rendent dans la petite ville de Harlow, au Texas, pour lancer une nouvelle entreprise. Mais leur rêve se transforme bientôt en cauchemar éveillé lorsqu'ils pénètrent sans le vouloir dans le monde de Leatherface, le dangereux tueur en série dont l'héritage sanglant continue de hanter les habitants de la région. Parmi eux, Sally Hardesty, unique survivante du tristement célèbre massacre de 1973, et bien décidée à se venger. 
 
Avis : 
Neuvième film de la saga, Massacre à la tronçonneuse est la suite directe de Massacre à la tronçonneuse (mais attention, ce n'est pas la suite de Massacre à la tronçonneuse !). Il s'inscrit donc à la place de Massacre à la tronçonneuse 2 ou de Texas chainsaw 3D en tant que suite directe au film de Tobe Hooper, s'inscrivant ici dans cette formidable mode du "requel", mi-remake mi-séquelle, qui porte le même titre que l'original sans qu'on ne comprenne vraiment pourquoi. Ici, le modèle est clairement Halloween (mais pas Halloween, ni même Halloween) : on retrouve Leatherface, 50 ans plus tard (il a, selon les producteurs, une soixante d'année, ce qui indique qu'il avait donc environ 10 ans dans l'original ?), mais aussi Sally Hardesty en mode Laurie Strode 2018, qui veut régler son compte au tueur. Bref, les producteurs et les scénaristes se sont drogué en regardant Halloween (2018), et ont décidé d'adapter le concept à Massacre à la tronçonneuse. 
 
 

Et si Sally est devenue Laurie Strode, c'est en Jason Voorhees que s'est quant à lui transformé Leatherface en cinquante ans. Une puissance herculéenne, une résistance à toute épreuve, capable de dézinguer tout un groupe en quelques secondes, il a lui aussi suivi l'évolution de Myers, passé de The Shape à The Gros Bourrin de 1978 à 2021. On n'en saura pas plus sur son parcours depuis 50 ans, sur les raisons qui l'ont poussé à ranger sa tronçonneuse. Leatherface n'est plus qu'un monstre lambda, comme on peut en voir dans n'importe quel slasher de bas étage. 

Tout ça donne finalement un bon gros navet comme le cinéma actuel peut en produire par paquets de douze. Des incohérences à la pelle, des personnages sans intérêt, un scénario réduit à sa plus simple expression, une mise en scène qui se contente du minimum : autant dire qu'on oublierait sans doute le film aussi vite qu'on ne l'a vu s'il n'y avait pas cette séquence qui se démarquait clairement du lot. Je parle évidemment de la scène du bus, complètement coconne mais terriblement jouissive. Elle marquera malheureusement le point de départ vers un final sans queue ni tête et terriblement navrant. 

Au moins, le film restera dans le thème de la saga : à violer sans vergogne les cadavres de Tobe Hooper, Marylin Burns ou encore Gunnar Hansen, on peut difficilement faire plus "profanation de cadavres". Sans grand intérêt, il aura pour plus grand qualité d'être assez court pour ne pas trop s'ennuyer...