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vendredi 18 avril 2014

Rendez-vous avec la peur


Titre : Rendez-vous avec la peur (Night of the demon)
Réalisateur : Jacques Tourneur
Acteurs : Dana Andrews, Peggy Cummins, Niall MacGinnis
Date de sortie en France : 
Genre : épouvante, fantastique

Synopsis : 
Le docteur John Holden, un savant américain, se rend à Londres afin de mener son enquête sur la mort de son collègue, le professeur Harrington. Ce dernier avait fait part de ses soupçons sur le Dr Karswell qu'il pensait lié à des forces démoniaques. Holden se rend vite compte que ces doutes n'étaient pas anodins.

Avis : 
C'est l'histoire d'un film saboté par son producteur : Rendez-vous avec la peur, de Jacques Tourneur, est un excellent film, uniquement gâché par le choix totalement idiot de placer, contre l'avis de Tourneur, en début et en fin de film, un monstre qui détruit absolument tout le propos du film, et en court-circuite l'intrigue dans l'unique volonté d'en mettre plein les yeux au spectateur lambda de l'époque.


Car Night of the demon est avant tout un film opposant deux hommes, deux façons de voir le monde qui les entoure : le docteur Holden est un cartésien qui ne croit absolument pas aux démons, à la vie après la mort ni à la magie ; le docteur Karswell est en revanche persuadé de l'existence de créatures fantastiques, et prétend même pouvoir maîtriser ce monde occulte. Cet affrontement sera le coeur même du film, Tourneur ne nous apportant à aucun moment une réponse définitive, laissant apparaître des failles dans les arguments de chacun des deux personnages, et prenant soin de toujours laisser une place à une explication rationnelle lors des passages flirtant avec le fantastique, comme la séance de spiritisme.

A l'image de ce que fera plus tard Robert Wise dans La Maison du Diable, le réalisateur français va faire naître une impression de mystère grâce à sa réalisation et à la qualité de ses interprètes. Une réalisation élégante, jouant sur les ombres et la lumières, sur les angles, et parvenant même à faire naître un certain malaise dans un couloir vide ou à la simple apparition d'une main. Seulement voilà, l'apparition de la Bête (que je trouve plutôt impressionnante d'ailleurs, malgré des effets spéciaux complètement ratés) dès le début du film détruit tout, ne laisse plus aucun doute sur la nature fantastique des événements.

On aimerait pouvoir amputer Rendez-vous avec la peur de ces courtes minutes qui n'ont rien à faire dans le film, très loin de l'élégance et du pouvoir de suggestion dont fait preuve Jacques Tourneur. Car même si l'on devine assez bien ce que donne le film sans les apparitions de son monstre en caoutchouc, il dénature totalement le mystère central du film, le réduisant presque à une simple série B d'épouvante. C'est d'autant plus frustrant que, malgré cela, le film reste un des indispensables du cinéma d'épouvante !

Note : 8,5/10


jeudi 19 septembre 2013

Le Château de l'araignée


Titre : Le Château de l'araignée (Kumonosu-jô)
Réalisateur : Akira Kurosawa
Acteurs : Toshirô Mifune, Chiaki Minoru, Isuzu Yamada
Date de sortie : 1957
Genre : drame

Synopsis : 
Alors qu'ils traversent une forêt après une bataille, les généraux Washizu et Miki rencontrent un esprit. Celui-ci prédit que Washizu deviendra seigneur du Château de l'araignée, mais que ce seront les descendants de Miki qui lui succéderont. Mise dans la confidence, la femme de Washizu va influencer son mari pour que la prophétie se réalise seulement à l'avantage de celui-ci.

Avis : 
 Avec Le Château de l'araignée, Akira Kurosawa adapte le Macbeth de Shakespeare, en transposant l'histoire dans le Japon du seizième siècle. Le film raconte donc comment le général Washizu, après la prophétie d'un esprit et sous l'influence de sa femme, va provoquer sa prise de pouvoir et sa propre chute, accomplissant les prédictions en tentant d'y échapper.


S'inspirant notamment du théâtre , Kurosawa met en scène ses personnages dans des décors souvent vides, insistant ainsi sur l'interprétation de ses acteurs : l'impassible Asaji (Isuzu Yamada), influençant tout en finesse les décision de son mari Washizu, interprété avec talent par le toujours formidable Toshirô Mifune, dans un registre bien plus expressif. On appréciera tout particulièrement le passage où Asaji parvient à convaincre Washizu d'assassiner son seigneur, et la disparition presque surnaturelle de cette dernière, comme animée d'une nouvelle force grâce à la décision de son mari.

Kurosawa nous réserve d'autres passages forts, comme la rencontre de l'esprit, dans une forêt impénétrable et baignée par la brume, ou ce final où Washizu rencontre finalement son destin. Il amplifie grâce à sa réalisation la portée de certaines séquences, soulignant subtilement la surprise des deux soldats lorsque, pour la première fois, la prémonition semble effectivement se réaliser.

Le Chateau de l'araignée est donc un excellent film de Kurosawa, mêlant parfaitement une intrigue occidentale à un univers typiquement japonais. Grâce à une réalisation discrète mais extrêmement précise, et à des acteurs formidables, il fait d'une histoire de destin assez simple un film épique et particulièrement machiavélique, les manipulations succédant aux trahisons et aux mensonges. Un must, évidemment.

Note : 9/10