samedi 20 mars 2021

Magic

 


Titre : Magic
Réalisateur : Richard Attenborough
Acteurs : Anthony Hopkins, Ann-Margret, Burgess Meredith
Année de sortie : 1978
Genre : thriller, fantastique, drame

Synopsis : 
Marionnettiste de talent, Corky Withers est une grande vedette qui partage l'affiche avec Fats, sa marionnette partenaire. Ensemble, ils échangent des plaisanteries et font rire le public. Mais un jour, Corky refuse un gros contrat et s'enfuit dans sa ville natale sans donner d'explications à son impresario. Et pour cause : comment expliquer sans paraître fou que Fats la marionnette semble exercer une influence meurtrière sur celui qui la manipule ?

Avis :  

Lorsqu'on lit le synopsis de Magic, on pense être en terrain connu : celui du faux ventriloque accompagné de sa poupée qui est en fait humaine. Le jouet maléfique est un classique de l'épouvante, de la saga Chucky aux innombrables Puppet masters en passant par Dolls ou Dead silence, et on pense clairement, en tant que spectateur expérimenté et parfois un peu blasé, que l'on ne nous apprendra pas à faire la grimace. Heureusement, le film de Richard Attenborough (réalisateur oscarisé de Gandhi, que le grand public connaît sans doute davantage pour ses apparitions dans La Grande évasion ou Jurassic Park) va se montrer beaucoup plus malin. 


Magic joue ainsi la carte de la maladie mentale plutôt que de l'explication surnaturelle, et l'excellent Anthony Hopkins incarne à merveille ce personnage maladivement timide et préférant se cacher derrière son pantin pour s'exprimer. Une posture qui lui permet d'obtenir davantage de succès auprès du public, de séduire enfin son amour d'enfance... mais qui ravage petit à petit l'esprit du magicien, qui délègue de plus en plus ses responsabilités à l'objet qu'il imagine vivant. La performance de l'acteur est d'ailleurs troublante, laissant toujours un doute sur cette marionnette par ailleurs astucieusement filmée : oui, Corky est malade... mais n'a-t-on pas souvent l'impression que le regard ou le rictus de Fats est légèrement différent selon les plans ?

C'est sans doute ce qui m'a le plus impressionné dans ce film : sans jamais sembler donner de poids à la thèse de l'irréel, insistant même sur la progression de la folie de Corky, il laisse juste la porte entrouverte, juste assez pour titiller l'esprit du spectateur, et on pourra sans doute le revoir sous cet angle différent, en imaginant que Fats, cette poupée à l'apparence si remarquable, est bien doté d'une pensée propre. Simplement brillant. 




lundi 15 mars 2021

Possession


Titre : Possession

Réalisateur : Andrzej Zulawski

Acteurs : Isabelle Adjani, Sam Neill, Heinz Bennent

Date de sortie en France : 27 mai 1981

Genre : drame, horreur

Synopsis : 

Rentrant d'un long voyage, Marc retrouve à Berlin sa femme Anna et son fils, Bob. Mais rapidement, il se rend compte que le comportement de sa femme a changé. Prise de violentes crises, elle quitte le domicile. L'amie du couple, Annie, révèle à Marc le nom de l'amant d'Anna, Heinrich. Lorsqu'elle disparaît, Marc engage un détective qui découvre bientôt qu'Anna s'est réfugiée dans une étrange demeure où semble se cacher une créature surgie des ténèbres. 

Avis : 

 Si la formule est largement galvaudée, difficile de ne pas l'utiliser ici : Possession, du Polonais Andrzej Zulawski, est un film qui ne peut laisser personne indifférent, pour le meilleur comme pour le pire. Richesse thématique, interprétation hystérique, violence et sexe, il réunit tous les ingrédients pour marquer durablement le spectateur, jusqu'à le laisser un peu hébété au terme des deux heures que dure le métrage. 


 Tout commence pourtant "normalement", avec un couple en pleine rupture. Cris, larmes, coups, voisine qui savoure les miettes, enfant perdu au milieu de la guerre entre ses parents, amant perché et finalement également trahi, nous sommes dans un drame dont l'étrangeté nous frappe peu à peu. Un étrange reflet d'un côté, les cauchemars enfantins de l'autre, les mensonges de l'amant (mais en sont-ils vraiment ?), puis le comportement du personnage incarné par Adjani, entre moments d'hystérie pure et séquences d'un calme relatif. L'explosion arrive très vite, mais n'est que le prélude à l'étrange, puis à l'horreur. 

 Une horreur viscérale, que je situe plus proche du Cronenberg des débuts (Chromosome 3, par exemple) que de Lovecraft, et qui s'illustre par une créature monstrueuse ou par les crises d'Isabelle Adjani, dont celle, tétanisante, du métro, qui répousse très loin les limites de la folie sur grand écran. Sam Neill n'est pas en reste, dans une folie qui semble plus retenue, qu'il exprime comme souvent par son regard ou son sourire... mais également de façon parfois plus frontale. 

 Evidemment, un film d'une telle richesse (Zulawski parle entre autres de couple, de sexe, de politique, de double, de murs, d'enfance...) ne peut être que clivant : certains citeront par exemple l'interprétation très théâtrale comme un défaut, là où elle achève selon moi d'emmener le film dans une étrangeté permanente. De mon côté, Possession est une oeuvre formidable, qui nous plonge très loin dans ses ténèbres (au sens figuré comme au sens propre), qui nous y noie et nous y étouffe même par moments, autant grâce à son extravagance qu'à son aspect terriblement fermé et froid.




lundi 25 janvier 2021

La Bête tue de sang froid

 

Titre : La Bête tue de sang froid (L'Ultimo treno della notte)

Réalisateur : Aldo Lado

Acteurs : Flavio Bucci, Laura D'Angelo, Irene Miracle

Date de sortie en France : 30 août 1978

Genre : rape & revenge


Synopsis : 

Lisa Stradi et sa cousine Margaret Hoffenbach, âgées de seize ans, s'apprêtent à passer les fêtes de Noël à Vérone chez les parents de Lisa. Dans le train parti de Munich, elles croisent deux voyous en cavale et une bourgeoise nymphomane qui sèment le désordre. Lorsque le train est immobilisé de nuit dans une petite gare autrichienne, suite à une alerte à la bombe, les deux jeunes filles décident de changer de train et de fuir les importuns. Hélas, le trio maléfique croise à nouveau leur route. Isolées dans un wagon, Lisa et Margaret vont subir un véritable calvaire.

Avis : 

Réalisé par Aldo Lado (Je suis vivant !), La Bête tue de sang froid, également connu sous le titre du Dernier train avant la nuit reprend le postulat de La Source d’Ingmar Bergman et de La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven (Aldo Lado affirme n’avoir vu aucun de ces films, ce qui semble difficile à imaginer), sorti 3 ans plus tôt : après avoir violé puis tué deux jeunes filles, un groupe de criminels se réfugie par hasard chez les parents de l’une d’elle.


Après une longue présentation des personnages, Aldo Lado va se focaliser sur l’interminable calvaire des deux jeunes femmes. Humiliations, violences, viol et enfin meurtres : les amateurs de rape & revenge seront en terrain connu, même si le film apporte un élément original via la présence d’une femme, décrite comme perverse, qui encourage les deux marginaux à agresser leurs deux victimes. Si le film en fait un peu trop dans la violence gratuite (le passager qui passe vite fait dans le compartiment le temps de violer une des deux amies avant de repartir), son efficacité réside surtout avec le parallèle constant entre le destin tragique des deux jeunes femmes et la situation au domicile de l’une d’elle, entre échanges sur la nécessité de bannir la violence de la société, repas chaleureux, danses, rires et attente enthousiaste.

 

La dernière partie, bien plus courte, sera consacrée à la vengeance du père de famille contre les deux violeurs. Là encore, rien de bien nouveau : on sent l’influence du film de Craven sur celui de Lado, une cravate remplaçant le médaillon. Le père, qui prônait plus tôt la nécessité d’évoluer vers la non-violence, devient une Bête qui tue de sang-froid, totalement aveuglé par sa tristesse et sa haine. On pourrait également déceler une espèce de sous-texte social avec ces deux marginaux finalement piégés par les plus riches (après tout, sans l’intervention de la femme dans le train, ils n’étaient que de petits loubards sans envergure, et le rôle de cette dernière dans la vengeance achève de laisser un goût amer en bouche), mais amené avec la finesse d’un coup de couteau en plein sexe…

 

La Bête tue de sang-froid est donc un rape & revenge assez classique mais efficace, qui bénéficie surtout de son ambiance particulière (nous sommes dans les années de plomb italiennes, ce qui rappelle un peu San Babila : un crime inutile également sorti chez Le Chat qui fume) et de son cadre particulier, avec ces cabines de train qui donnent un sentiment d’étouffement et de confinement.